‹ Dictionnaire des drogues simples et composées ou dictionnaire dhístoire naturelle médicale de pharmacologie et de chimie pharmaceutique (volume 2)Chapitre 33 sur 119 · TABAC · texte numérisé non relu

TABAC

que de pure fantaisie ; ils sont devenus des besoins pour une infinité de personnes, à un tel point que le monopole de la vente du tabac est un des impôts indirects dont le produit rapporte le plus au Gouvernement. Il résulte de ce monopole, que nous n’avons , en France , qu’un tabac de médiocre qualité; car rien ne stimule les planteurs et les préparateurs comme la concurrence commerciale. Or, en ce moment, cette concurrence ne pouvant exister , les employés de la régie font leur devoir , et rien de plus. A la vérité , le sol et le climat influent sur les qualités du tabac , de manière à y faire distinguer plusieurs sortes ou variétés , selon les pays où cette plante est cultivée. Ainsi, les tabacs de : la Virginie, de la Havane (i), du Le*vanl , etc. , ont des qualités fort différentes. D’ailleurs , le Nicoliana Tabacum n’est pas la seule espèce que l’on cultive pour les usages économiques ; on fait encore un grand usage ; i°. du Nicoliana rustica, L. , nommé vulgairement tabac femelle et tabac du Mexique. Ses feuilles sont entières , ovales , obtuses, cordiformes , épaisses et glutineuses. On croit que c’est la première espèce que l’on a cultivée en Europe. 2°. Du Nicoliana paniculala , L. , ou tabac d' Asie , tabac de Nérinc, qui a des feuilles pétiolées, cordiformes, aiguës, un peu pu~ bescentes et blanchâtres.

Nous avons dit plus haut que le tabac était originaire de l’Amérique. Quand les Espagnols abordèrent au Mexique, ils le trouvèrent en usage parmi les babitans, mais seulement comme un médicament énergique et stupéfiant, dont les prêtres idolâtres se servaient en certaines circonstances > lorsque, par exemple,' ils voulaient paraître inspirés: à cet effet, ils en respiraient la fumée qui les jetait dans une sorte d’excitation mentale, bien favorable à leurs impostures. Le tabac était désigné sous le nom de Petun chez divers peuples

(1) Selon M. Virey, on emploie, h Cuba, pour parfumer le tabac , le Piqueria tt inervia , petite plante de la famille des Synanthe'rées qui croît naturellement dans cette île et dans le Mexique. Elle èst cultive'e au Jardin du Roi , à Paris.

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de l’Amérique méridionale. Les Espagnols l’ayant observé d’abord près de Tabago , lui donnèrent le 110m de ce pays , et ce nom a été conservé ou légèrement modifié dans la plupart des idiomes. Nicot , ambassadeur de France en Portugal , fut le premier qui, vers l’année i56o, apporta du tabac en poudre et en fit présenta Catherine de Médicis, d’où lui est venu le nom de poudre de la Reine , sous lequel il fut long-temps connu. Son usage devint bientôt général , et se répandit chez tous les peuples de la terre. Les Orientaux s’y adonnèrent d’abord avec une telle passion , qu’un Sophi de Perse fit défense de priser du tabac sous peine de mort, ou du moins menaça de faire couper le nez aux priseurs. Un autre souverain ( Jacques Ier, roi d’Angleterre ) écrivit un ouvrage contre le tabac ; et les foudres du Vatican furent lancées contre les amateurs de cette poudre. Ces défenses n’ont abouti qu’à faire rechercher avec encore plus d’ardeur une substance qui , par ellemême , n’offre qu’un attrait , pour ainsi dire , négatif ; car ce n’est pas la légère excitation produite par une poudre puante ou par sa fumée qui puisse être un plaisir réel ; c’est une jouissance toute particulière , du genre de celles que créent les habitudes , que l’on ne savoure pas avec délices , mais dont l’impérieux besoin se fait sentir lorsqu’on en est privé.

Considéré comme médicament , le tabac est doué de propriétés énergiques. La poudre est un sternutatoire qui peut avoir quelquefois un emploi avantageux. Il en est de même de sa fumée que l’on administre dans l’asphyxie par submersion, en l’insufflant dans les voies aériennes des noyés , où elle détermine de l’irritation ainsi que la contraction du diaphragme et tend à rétablir la respiration.

La décoction de tabac, prise à l’intérieur , agit à la manière des poisons narcotico-âcres. On fait usage de cette décoction comme médicament externe, soit en fomentations, soit en lavemens, dans l’apoplexie, le tétanos traumatique et d’autres affections du système nerveux. Mais son emploi, même extérieurement, doit être fait avec prudence, eî l’on a plusieurs exemples où cette drogue a produit les plus fâcheux ré-

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sultats. Nous nous contenterons de citer celui rapporte' par M. Ansiaux de Liège (i), d'une jeune dame qui expira aussitôt après avoir pris un lavement fait avec une décoction de 2 onces de tabac à fumer. On doit observer , il est vrai , que le tabac à fumer est beaucoup plus âcre que les feuilles simplement desséchées (2) ; mais nous croyons néanmoins que le tabac contient un principe âcre et stupéfiant, analogue à celui de la stra— moine et d’autres Soianées, que l’on ne saurait employer avec trop de circonspection. V. Stramoine. Pour plus de sécurité , il convient de n’administrer les feuilles de tabac qu’à l’état frais. On 11e craint pas alors que l’herboriste ou le pharmacien leur substitue , par mégarde ou ignorance , celles d’une autre plante ; ces feuilles fraîches 11e paraissent pas d’ailleurs douées d’une activité aussi dangereuse que lorsqu’elles ont subi , pendant la dessication , une sorte de fermentation qui a pu en faire varier les principes constituans.

On a employé avec succès , à l’extérieur , la décoction de tabac dans le traitement local de la gale, et pour détruire la vermine qui pullule dans certaines parties du corps.

Plusieurs analyses du tabac ont été publiées par divers chimistes. Nous ne citerons ici que les résultats de celle qui a été publiée par M. Vauquelin. ( Annales de Chimie , t. LXXI , p. 89, et Bulletin de Pharmacie , t. I, p. '4i8. ) Ce célèbre chimiste a opéré sur la variété à larges feuilles du Nicotiana Tabacum, et en a obtenu: i°. une grande quantité d’albumine ; 2°. une matière rouge , soluble dans l’alcool et dans l’eau , se boursouflant considérablement lorsqu’on la chauffe , et dont la nature n’est pas bien connue ; 3°. un principe âcre, volatil , incolore , légèrement soluble dans l’eau , très soluble dans l’alcool; 4°- résine verte ou chlorophylle ; 5°. de la

fibre ligneuse ; 6Ü. de l’acide acétique; 70. du nitrate de po—

(1) V. Joum. de Chim. méd. , janvier 1827 , p. 23.

(2) Afin d’exalter les propriétés du tabac à priser ou à fumer, on met les feuilles en tas, on les arrose légèrement avec de la mélasse délayée et de l’eau salée; on les remue de temps à autre, pour favoriser la fermentation et le développement du principe volatil.

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