Tome IL
perflues. Voici comme on a coutume de procéder : on extrait de la manière la plus convenable les viscères et les intestins ; on y fait des incisions profondes et multipliées ; on les lave à grande eau , puis avec du vinaigre camphré et de l’alcool également camphré ; on les roule ensuite dans une poudre fine , composée de tan, de sel marin décrépite, de quinquina, de cannelle, de benjoin et de bitume de Judée. Le tan doit former à peu près la moitié du poids , et le sel un quart. Les autres drogues sont accessoires , et l’on peut sans inconvénient les remplacer les unes par les autres , ou par des substances analogues par leurs propriétés ; quelquefois on y incorpore des huiles volatiles. De même que les viscères, le corps doit être profondément incisé dans la direction des muscles , puis successivement lotionné avec l’eau, le vinaigre et l’alcool camphrés; on parcourt toutes les incisions avec un pinceau imprégné d’une solution alcoolique concentrée de sublimé corrosif. On applique ensuite sur toutesles parties incisées, et sur toutes les faces internes des cavités , une couche de vernis composé de baume du Pérou et de copahu ; on met les viscères en place , et l’on comble les vides avec suffisante quantité de poudre astringente aromatique. On recoud les tégumens avec du fil ciré , en ayant soin de vernir et de saupoudrer la face interne de ceux qui doivent être réappliqués sur les os. Les cavités ayant été fermées, on applique une couche de vernis sur les incisions extérieures, et on les remplit de poudre. Enfin , on vernit de nouveau, et l’on couvre de poudre toute la superficie extérieure du corps; on y applique des bandes vernissées , et l’on place le- tout dans un cercueil de plomb, dont on remplit les interstices avec le surplus de la poudre.
Ce mode d’embaumement extrêmement coûteux serait susceptible de plusieurs améliorations. Les incisions que l’on est obligé de pratiquer déforment presque totalement les corps , en sorte qu’on semble plutôt avoir eu pour but de conserver des viandes hachées que des cadavres humains. La simple application, à l’aide d’un pinceau, d’un peu de solution alcoolique de sublimé corrosif nous paraît insuffisante , et les
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poudres aromatiques ou amères devraient être remplacées par celles du tan et du charbon, mêlées en égale proportion.
Si l’on ne met pas en usage le procédé de l’embaumement par le sublimé corrosif, pour les corps des personnages illustres , c’est qu’011 est souvent pressé d’en faire les funérailles. Mais ne pourrait-on pas accélérer l’action du sel mercuriel par un autre procédé que la macération à froid? Quelques heures d’ébullition , ou peut-être d’une simple infusion à une température moindre que l’ébullition, dans le cas où celle-ci désagrégerait les tissus animaux, ne serait-elle pas suffisante pour que les chairs se pénétrassent du sel et se convertissent en une matière inorganique et indestructible ? Cette question , que nous soumettons en passant au jugement des chimistes, est digne de leurs recherches, et ne peut être résolue que par des expériences directes.
Jusqu’ici nous n’avons traité de l'embaumement que relativement aux cadavres humains. Ce n’est pourtant pas l’application la plus utile que cet art doit offrir; car il est bien peu important , sous quelque rapport que l’on envisage la question , que la matière inanimée se conserve avec les formes qu’elle a eues pendant la vie. Cet usage n’est propre qu’à flatter la vanité de ceux que le hasard de la naissance a placés au-dessus de leurs égaux en droits et de leurs supérieurs en mérite , mais qui ont encore l’orgueilleuse prétention d’être distingués des autres mortels, après que la nature a promené son niveau sur leurs têtes. L’embaumement nous offre une utilité plus réelle dans son application à la conservation des pièces d’ Anatomie et d’Histoire naturelle. En parcourant les galeries remplies d’une multitude d’objets intéressans , 011 regrette de voir que la plupart des parties molles des animaux soient, ou déformées parla mauvaise préparation, ou conservées imparfaitement dans des liqueurs altérées. Tandis que les pièces osseuses sont très précieuses pour celui qui veut se liv rer à leur étude, les autres parties sont à peine reconnaissables , ou bien l’on est réduit à les étudier sur des imitations plus ou moins parfaites en cire ou en carton. Les liqueurs