ÉMERAUDE
fécondation , et qui renferme les rudimens d’une nouvelle plante. La préexistence des diverses parties dont celle-ci se compose est donc ce qui constitue la différence essentielle de l’embryon et des corps reproductifs des plantes agames ou cryptogames. Les bourgeons, bulbes et bulbilles des plantes phanérogames peuvent, jusqu’à un certain point, être assimilés aux embryons , puisque par leur développement ils reproduisent de nouveaux individus , semblables aux végétaux sur lesquels ils ont pris naissance ; cette analogie les a fait nommer embryons fixes par M. Du Petit-Thouars , qui a nommé , par opposition , embryons libres , ceux qui existent dans les graines. Les embryons libres sont essentiellement formés de quatre parties, savoir: i°. le corps radiculaire, plus ordinairement nommé radicule; 2°. le corps cotylédonaire, indivis ou divisé ; 3°. la gemmule ouplumule ; /\°. et la tigelle. Souvent 011 ne peut apercevoir ces deux dernières parties que pendant la germination. L’embryon est quelquefois accompagné d’un corps particulier qui a reçu les noms d ^ endosperme, périsperme eA albumen; alors ses diverses parties sont en général moins développées que lorsqu’il est immédiatement recouvert par le tégument de la graine; c’est ainsi que les cotylédons farineux des haricots , des pois et d’autres graines de Légumineuses, ceux de la châtaigne, du marron d’Inde, etc. , sont privés d’endosperme. Dans quelques plantes, l’embryon paraît jouir de propriétés médicales très actives , tandis que l’endosperme qui le contient est seulement de nature huileuse et sans qualités bien sensibles. Les graines de ricin , par exemple , ont été citées comme ayant un embryon doué de propriétés drastiques , et son endosperme peu ou point actif ; néanmoins , nous avons lieu de croire que le tissu réticulaire ou parenchyme de l’endosperme jouit aussi d’une certaine activité , et conséquemment l’embryon ne serait pas la seule partie de la graine douée de vertus médicales. (A. R.)
EMERAUDE. Smaragdus , On désigne sous ce nom une
pierre précieuse de la famille des doubles Silicates , dont les variétés sont remarquables par une grande dureté, et le charme de l eur couleur, ordinairement d’un vert très pur. Sa forme pri~
3 yo ÉMËRIt.
mitive est, selon Haiiy , un prisme hexaèdre régulier, à faces latérales carrées ; sa cassure est ondulée et brillante ; sa pesanteur spécifique de 2,7; sa dureté moyenne, entre celle du quartz et de la topaze. L’émeraude possèdes un degré médiocre la propriété de réfracter doublement la lumière, et ses effets se rapportent à un seul, axe parallèle à celui de la forme primitive. Elle est fusible au chalumeau en un verre blanc un peu écumeux. La belle couleur verte de Fémeraude est due à la présence de Foxide de chrome, ainsi que M. Vauquelin Fa démontré par des analyses très exactes , et qui ont donné pour résultats définitifs : silice, 67,98; alumine, 18, 3o ; etglucine, 13,72. Ces nombres équivalent à un atome de quadrisilicate de glucine combiné avec 2 atomes de bisilicate d’alumine.
Le béril-aigue-marine est une variété d’émeraude dont la couleur , beaucoup plus pâle que celle de Fémeraude dont nous venons de parler , est due à Foxide de fer. V. Béril. Son clivage est aussi beaucoup plus fusible , et la cassure de ses prismes s’opère facilement dans le sens transversal en tronçons terminés d’un côté par une saillie , de l’autre par un enfoncement , comme dans les basaltes articulés.
Toutes les variétés d’émeraude ont leur gisement dans les roches primitives, telles que les granités et les micaschistes. Les plus belles émeraudes viennent du Pérou ; les bérils se rencontrent en plusieurs contrées du globe , et notamment en Sibérie , en France, et dans la Haute-Égypte, où le célèbre voyageur Cailliaud a retrouvé , en ces derniers temps, les anciennes mines exploitées jadis par les Romains.
Les belles émeraudes du Pérou sont très estimées dans le commerce de la joaillerie. Le prix du carat varie, d’après leur degré de perfection, depuis 5o centimes jusqu’à 100 francs. Dans les manufactures d’émaux et de pierres fausses , on imite Fémeraude avec des verres colorés par Foxide de chrome.
ÉMÉR1L. Substance brune , grise-bleuâtre , ou rougeâtre , d’une extrême dureté, que les minéralogistes considèrent maintenant comme une variété de corindon. On lui donne le
ÉMÉTINE. 39 1
nom de Corindon ferrifere ; on le nomme aussi C. granulaire , à cause de l’aspect de sa cassure. La présence du fer oxide, qui constitue la différence essentielle de cette variété , est rendue très sensible par son action sur l’aiguille aimantée. Ce fer y est à l’état de simple mélange , et ses proportions sont variables, ainsi que celles de l’alumine et de la silice qui sont les autres principes constituans de l’éméril. Comme dans les autres corindons , c’est l’alumine qui est le principe dominant , puisque l’on en trouve 5o à 80 parties sur 100 ,. et que la silice n’y est que dans'les proportions de 3 à 8. L’éméril se trouve en Saxe, dans les îles de Jersey et de Guernesey , et dans le Levant. En Saxe , il est engagé dans des couclies de talc subordonnées à un schiste primitif.
O11 réduit l’éméril en poudre dans des moulins d’acier, et par le moyen de l’eau. Cette poudre, d’une dureté supérieure à celle du quartz , est d’un grand usage dans les arts pour polir les métaux , les glaces , les verres d’optique et les pierres fines.
ÉMÉTINE. Matière active de V ipécacuanha. Substance découverte en 1817, par M. Pelletier, dans les diverses espèces d’ipécacuanha , auxquels elle communique la propriété vomitive. L’émétine se prépare de la manière suivante. On introduit dans un matras à long col de l’ipécacuanha réduit en poudre; on verse dessus de l’éther ; on laisse macérer d’abord pendant douze heures : au bout de cet espace de temps , on porte la température de ce véhicule à 3o°; on laisse refroidir, on enlève l’éther, 011 le remplace par d’autre qu’on fait aussi chauffer; on décante. On continue cette manipulation jusqu’à ce que l’ipécacuanha ne cède plus rien à l’éther que l’on fait agir sur lui. Lorsque l’ipécacuanha est épuisé par l’éther, et qu’il est entièrement débarrassé d’une matière grasse odorante, soluble dans ce véhicule, on le traite par l’alcool ; on élève la température de ce liquide jusqu’à 8o° ; on maintient pendant quelque temps ce mélange à cette température ; on filtre la teinture alcoolique. On ajoute une nouvelle quantité d’alcool ; on répète la meme opération, et l’on con-^
3<ï->. ÉMÉTINE.
tinue l’épuisement jusqu’à ce que l’alcool qui a séjourné sur Fipécacuanlia en sorte incolore; on réunit les teintures alcooliques,, on les introduit dans le bain-marie d’un alambic, et l’on procède à la distillation pour retirer la plus grande partie de l’alcool employé. On traite ensuite le résidu de la distillation par l’eau pure, qui dissout l’émétine, laisse une matière qui a de l’analogie avec la cire, et une petite quantité de matière grasse qui avait échappé à l’action dissolvante de l’éther; on filtre la solution aqueuse; on met la liqueur filtrée en contact avec du sous-carbonate de magnésie destiné à saturer l’acide gallique (i) ; on laisse pendant quelque temps en contact , puis on filtre ; on lave le précipité ; on réunit les liqueurs; on fait évaporer en consistance d’extrait; on étend ensuite cet extrait en couches minces sur des assiettes qu’on porte dans une étuve chauffée de 3o à 36°. On termine de cette manière la dessication de l’émétine; on l’enlève ensuite de dessus les assiettes au moyen d’un couteau, en prenant le soin et la précaution convenables pour qu’il ne s’en perde pas, et que le produit n’ait pas le temps d’attirer l’humidité de l’air. On l’introduit ensuite dans un flacon fermant bien. L’émétine obtenue comme nous venons de le dire , se présente sous forme d’écailles transparentes , d’une couleur rouge hyacinthe ; elle n’a pas d’odeur bien prononcée; sa saveur est amère; elle est soluble dans l’eau, attire l’humidité de l’air, et tombe en déliquescence. Cette émétine impure, connue sous le nom à’ émétine colorée , est employée comme médicament.
Quelques modifications au procédé que nous venons de décrire ont été proposées par MM. Colmet et Thiel. Le mode d’opérer indiqué par M. Colmet, pharmacien de Paris, est le suivant. On prend l ipécacuanlia du commerce, on le réduit en poudre, on l’épuise par l’alcool ; on réunit les liqueurs alcooliques , on les soumet à la distillation , après l’avoir épuisé par ce véhicule ; on réunit les liqueurs alcooliques , on les
(t.) Le Codex ne prescrit pas la séparation de l’acide gallifjue, qui forme environ un ooo.S
ÉMÉTINE. 393
soumet à la distillation ; on fait évaporer à siccité le résidu , on le réduit en poudre , et on le traite par l’étlier pour lui enlever la matière grasse odorante ; on dissout ensuite dans l’alcool le résidu épuisé par l’éther, et l’on y mélange du sous-carbonate de magnésie, pour séparer l’acide gallique; on fait évaporer jusqu’à siccité ; on reprend le produit par l’eau distillée ; celleci sépare l’émétine de l’excès de sous-carbonate , et du gallate de magnésie ; on filtre la solution aqueuse , on la fait évaporer en consistance d’extrait , on l’étend sur des assiettes , et l’on porte à l’étuve pour terminer la dessication. M. Colmet a aussi proposé la modification suivante, que nous croyons devoir faire connaître, tout en disant cependant que l’émétine que nous avons obtenue en répétant ce procédé avait conservé un peu de l’odeur nauséabonde de l’ipécacuanlia. On traite l’ipécacuanha par l’eau bouillante ; on laisse infuser; on répète les infusions, on réunit les liqueurs, et l’on amène le tout à l’état d’extrait mou. On ajoute à cet extrait un peu de sous-carbonate de magnésie , et l’on fait évaporer jusqu’à siccité ; on divise cet extrait dans un mortier de marbre; on le jette ainsi divisé dans de l’éther sulfurique; on l’y laisse séjourner; on décante l’éther lorsqu’il est saturé ; on en remet de l’autre, et successivement jusqu’à ce que l’éther ne se colore plus. On reprend alors le résidu épuisé par l’éther, au moyen de l’alcool chaud ; on filtre les liqueurs alcooliques , on les fait évaporer jusqu’à siccité (i), et l’on traite par l’eau froide : ce véhicule dissout l’émétine ; on filtre , on fait évaporer et dessécher sur des assiettes , à l’étuve et comme nous l’avons dit. Le procédé de M. Thiel , inséré dans le Mag. des Pharm., avril 1823, p. 79, consiste à traiter l’ipécacuanha par l’eau froide , en se servant pour faire ce traitementdu filtre-presse de Réal, faisant évaporer le liquide obtenu, et reprenant le résidu par l’alcool déflegmé. Ge procédé, d’après l’auteur, donne une émétine très active. Nous sommes portés à croire que l’emploi du filtre-presse de Réal
fi) On conçoit que dans toutes ces operations on doit , autant que possible, recueillir l’alcool employé ; il en est de même pour fêther.
394 ÉMÉTINE,
devrait être plus souvent mis en usage qu’il ne l’est par les pharmaciens ; car tout le monde sait que les médicamens perdent une partie de leur efficacité lorsqu’ils restent plus ou moins long-temps exposés à l’action de la chaleur (i).
Préparation de V émétine pure. Ce procédé, qui est une modification de celui employé pour obtenir Témétine colorée, consiste à traiter la solution d’e'métine liquide par la magnésie calcinée, au lieu d’employer le sous-carbonate, et de porter à l’ébullition. L’émétine mise à nu devient moins soluble ; elle se précipite, mêlée avec la magnésie en excès ; on recueille le précipité sur un filtre ; on le lave avec de l’eau très froide, dans le but de séparer la matière colorante ; on fait sécher le filtre; on enlève le précipité, on le réduit en poudre, et l’on traite par l’alcool rectifié. Ce véhicule dissout l’émétine , que l’on obtient par la concentration de la solution. Si l’on veut obtenir l’émétine très pure et bien blanche , on la convertit en sel ; on traite la solution aqueuse saline par le charbon animal lavé à l’acide hydro-chlorique; on filtre; on décompose de nouveau le sel par la magnésie calcinée ; on reprend le précipité sec par l’alcool, on fait évaporer. L’émétine pure ainsi obtenue est blanche, pulvérulente, inaltérable à l’air, peu soluble dans l’eau froide, plus soluble dans l’eau chaude, soluble dans l’alcool. Sa saveur est légèrement amère; exposée à l’action de la chaleur, elle se liquéfie à 5o° degrés du thermomètre centigrade ; elle ramène au bleu le papier de tournesol rougi par les acides ; elle forme avec les acides des combinaisons salines ; elle est précipitée de ses combinaisons par la noix de galle. D’après MM. Dumas et Pelletier, l’émétine pure retirée du Cephœlis ipecacuanha est composée de la manière suivante
(i) En employant le filtre-presse de Real, j’ai prépare un sirop sudorifique, bien chargé des principes des substances qui le composent. Ce sirop n’a été exposé à l'action de la chaleur, que pour faire dissoudre le sucre dans le véhicule. Il serait à désirer que des essais thérapeutiques fussent faits sur ce sirop qui contient des principes non altérés par l’action de la chaleur, et sur divers médicamens préparés d’une manière analogue.
ÉMÉTINE.
Carbone 64, $7
Azote 4,o°
Hydrogène 7,77
Oxigène . 22, 95
L’émétine a plus ou moins d’énergie , selon qu’elle est plus ou moins pure. M. Magendie a vu cet alcali produire le vomissement à une dose très faible. Son action, comparée à celle de l’émétine colorée , est comme 3 est à 1 . La dose à laquelle on donne l’émétine colorée comme vomitif est de 2 décigrammes (4 grains) divisée en deux fois.
Diverses préparations avec l’émétine ont été indiquées par M. Magendie. Ces préparations sont les suivantes. Potion vomitive avec V émétine colorée . Émétine colorée , 2 décigrammes (4 grains); infusion légère de feuilles d’oranger, 64 grammes (2 onces); sirop de fleurs d’oranger, 16 grammes ( une demionce) à prendre par cuillerées à bouche , de demi-heure en demi-heure.
Potion vomitive avec l'émétine pure. Infusion de fleurs de tilleul, 96 grammes ( 3 onces ) ; émétine pure dissoute dans quantité suffisante d’acide nitrique, 5 centigrammes (1 grain) ; sirop de guimauve , 32 grammes ( 1 once ) à prendre par cuillerées à bouche de quart d’heure en quart d’heure jusqu’au vomissement.
Potion vomitive du Codex. Eau distillée , 288 grammes (9 onces) ; émétine colorée, 2 décigrammes (4 grains) ; sirop de capillaire, 32 grammes (1 once). Faites selon l’art.
Pastilles avec V émétine colorée. Pastilles pectorales de Magendie. Sucre, 1 28 grain. (4 onces); émétine colorée, iôdécigram. (32 grains); mucilage de gomme adraganthe, quantité suffisante. Faites, selon l’art, des pastilles de 45 centigrammes (9 grains),. Ces pastilles , qui peuvent être substituées aux pastilles d’ipécacuanlia , doivent, d’après la formule de l’auteur, être colorées en rose avec une petite quantité de laque carminée. On donne une de ces pastilles toutes les heures.
Pastilles avec l'émétine pure. Sucre, 128 grammes (4 onces);
3 cfe ÉMÉTINE INDIGÈNE.
émétine pure , 4 décigrammes (8 grains) ; faites avec mucilage, quantité suffisante , des pastilles de 45 centigrammes (g grains).
Sirop cC émétine colorée . Sirop de sucre, 5oo grammes (i livre); émétine colorée, 8 décigrammes (16 grains). On fait dissoudre Témétine dans une petite quantité d’eau , on filtre la solution , etl’on ajoute au sirop. Suivant M. Magendie , ce sirop peut être employé dans les mêmes circonstances que le sirop d’ipéca— cuanbâ.
Sirop dJ émétine pure. Sirop de sucre , 5oo grammes (i livre) ; émétine pure, 2 décigrammes (4 grains). Dissolvez l’émétine dans un peu d’acide acétique, et ajoutez au sirop la solution claire; agitez ensuite pour que le mélange soit bien exact. Ce sirop s’emploie par cuillerées à café. L’énergie de l’émétine exige qu’on administre ces préparations avec la prudence nécessaire. Dans les cas où ce produit aurait été donné en trop grande quantité, on doit faire prendre de suite au malade une décoction de noix de . galles. M. Caventou a constaté sur lui-même l’action de cette infusion. Après avoir pris une dose d’émétine plus que suffisante pour le faire vomir, il a neutralisé la propriété vomitive de ce médicament en prenant de la décoction de noix de galles. L’émétine jouissant de propriétés très actives , on ne doit la délivrer qu’avec précaution , et sur l’ordonnance d’un médecin.
ÉMÉTINE INDIGÈNE, Violine. L’émétine indi gène a été dé-, couverte parM. Boullay, dansles racines, les feuilles, les fleurset les graines àuViolciodoralci. Elle possède les principaux caractères de l’émétine obtenue de l’ipécacuanha. Comme cette dernière, elle est alcaline, s’unit aux acides, et forme des sels. Elle est à peine soluble dans l’eau ; soluble dans l’alcool. Le procédé pour l’obtenir a été donné par M. Boullay. On réduit en poudre la racine de violette ; on l’épuise par l’alcool de tout ce qu’elle contient: de soluble; on réunit les liqueurs alcooliques, on les soumet à la distillation; on fait évaporer le résidu jusqu’en consistance d’extrait ; on traite par l’eau distillée ; on malaxe pour séparer l’émétine de la matière grasse et d’une certaine quantité de chlorophylle; on fait évaporera une douce chaleur la solution
EMPLATRES. 397
aqueuse retirée de T extrait , et qui contient Fémétîne unie à Facide malique , lorsque la solution est amenée à Fétat d’extrait. On épuise cet extrait par l’alcool absolu, et la solution alcoolique est ensuite traitée par Facide sulfurique très faible ; on précipite ensuite l’émétine de cette solution par la chaux ou par la magnésie caustique , ou encore par le carbonate de plomb en excès; on recueille le précipité, on le lave à l’eau froide, on le traite ensuite par l’alcool; on fait évaporer jusqu’à siccité les solutions alcooliques , en remuant pendant l’évaporation. Par ce moyen, on obtient la violine sous forme d’une poudre jaune qui attire encore un peu l’humidité de l’air. Pour la purifier, on l’abandonne pendant quelques jours dans de Feau distillée ; la partie colorante se dissout clans l’eau , la violine reste insoluble sous forme d’une poudre blanche, que l’on recueille sur un filtre, et que l’on fait sécher. D’après les expériences de M. le docteur Orfila, l’émétine indigène ou la violine est très active et vénéneuse. On peut préparer un produit analogue à Fémétine colorée , en suivant le procédé que nous venons de décrire, mais en s’arrêtant à la purification par l’alcool de l’extrait privé de la matière grasse et de la résine verte. D’après des expériences faites par M. Chomel , la violine médicinale peut se donner à la même dose que Fémétine colorée; mais elle semble joindre à la propriété vomitive une action purgative plus prononcée. M. Boullay est porté à croire, d’après la différence qu’il a observée, soit dans les propriétés chimiques, soit dans Faction sur l’économie animale , que la violine peut être considérée comme une espèce du genre émétine dont M. Pelletier a fourni le type. :u (A. G.)
ÉMÉTIQUE, r. Tap.tr.vte DE POTASSff ANTIMONIÉ.
EMPLATRES. Les emplâtres sont des médicamens externes, d’une consistance assez grande pour pouvoir adhérer à la peau sans se fondre , et qui ont pour base les corps gras. Parmi les divers composés désignés sous le nom d’emplâtres , les uns doivent leur consistance à la cire ou aux lésines, les autres la doivent aux oxides métalliques. Les premiers sont les résultats d’un mélange opéré après la liquéfaction de toutes les
3g8 EMPLATRES.
substances dont ils se composent ; les derniers résultent d’une véritable combinaison qui s’opère par la réaction des principes constituant des corps gras sur les oxides métalliques avec lesquels on les met en contact. Quelques auteurs , et particulièrement ceux de la Pharmacopée batave , ont donné le nom d’emplâtres à des composés auxquels ce nom ne convient pas (i). M. Deyeux a proposé de réserver ce nom pour désigner les composés résultant de l’action des corps gras sur les oxides métalliques , et de donner aux autres le nom d ’onguens solides. M. Cliéreau a proposé de ranger parmi les sels les emplâtres avec les oxides métalliques, et, se conformant aux principes de la nomenclature chimique , il les a nommés oiéo~ margarates , nom qui indique la composition de ces produits. M. Henry , à qui la science pharmaceutique tjoit tant de travaux utiles, afin d’éviter les inconvéniens qui résultent toujours de l’introduction de nouveaux mots dans le langage pharmaceutique, n’a envisagé que la consistance de ces médicamens ; il leur a conservé le nom d’emplâtres , mais il les a distingués en emplâtres par mélange , et en emplâtres par combinaison. Les premiers sont les onguens solides du Codex , les seconds sont les emplâtres proprement dits. Avant de passer aux règles générales à appliquer pour la préparation de ces médicamens , il est bon de connaître la solution des questions suivantes : i°.. Quels sont, parmi les corps gras et parmi les oxides métalliques, ceux qui se prêtent le mieux à la combinaison, et par conséquent à la formation des emplâtres? 2°. Quels sont les degrés de température que l’on doit employer? 3°. Quels signes indiquent la cuite des emplâtres ? 4°. Quels sont les phénomènes qui se passent dans leur préparation , et quelle est leur nature? 5°. Quelles sont les altérations que ces médicamens peuvent éprouver, et les moyens d’y remédier. M. Henry , dans un mémoire lu à la Société de Pharmacie , a établi , d’une manière précise , quels sont les corps gras et les oxides métalliques qu’il
(i) Annales de Chimie, t. LVUI, p.
EMPLATRES. 3 99
convient d’employer à la préparation des emplâtres , et de ses expériences il a tiré les conséquences suivantes: Parmi les corps gras , V huile cT olive ou la graisse sont les seuls propres à se combiner avec les oxides métalliques . De tous les oxides métal liques y ceux de plomb sont les seuls propres à se combiner avec les corps gras. La litharge (le protoxide de plomb fondu) est le seul oxide de plomb qui forme un bon emplâtre. La litharge anglaise est celle que Von doit employer de préférence . Les expériences qui ont conduit M. Henry à admettre les résultats que nous venons d'énoncer , ont été faites avec les huiles d’œillet , de ricin , sur la litharge anglaise , sur celle dite de Hambourg, sur l’oxide de plomb rouge (deutoxideou minium), sur l’oxide de plomb jaune (le massicot ), sur l’oxide de plomb pur, et enfin sur les oxides de fer et de manganèse.
Du degré de température à employer lors de la préparation des emplâtres . Le degré de chaleur utile à la préparation des emplâtres varie selon la nature de la préparation. Pour obtenir les emplâtres par mélange , on doit employer une température très basse et suffisante pour liquéfier les corps gras et résineux ; si le feu n’est pas conduit avec précaution , on brûle une partie du mélange , ou l’on en change la consistance ; le changement de nature est dû à une décomposition partielle des corps , ou à une séparation de quelques principes volatils; ainsi lorsque l’on préparé à un degré de chaleur trop élevé, un emplâtre dans lequel on fait entrer la térébenthine ou toute autre résine contenant de l’huile volatile, celle-ci se dégage, la résine , devenue plus solide , rend l’emplâtre plus consistant.
Lorsque l’on prépare les emplâtres par combinaison , on emploie deux degrés différens de température , l’un égal à celui de l’eau bouillante , l’autre supérieur ; dans ce dernier cas, on a pour but de carboniser une partie des corps gras. On chauffe ces corps à feu nu ; on y projette ensuite l’oxide très divisé, afin qu’il reste moins long-temps à se combiner; car une certaine quantité de carbone mis à nu pourrait donner lieu à la réduction du métal. Lorsque l’on prépare un emplâtre dans lequel la combinaison doit être opérée sans que les composans aient
4oo EMPLATRES.
subi d’altération , on facilite la réaction de ces corps en les soumettant à la température de l’eau bouillante ( 1 oo° } : à cet effet, on met dans la bassine où l’on opère une quantité d’eau suffisante pour soulever , par son ébullition , le mélange gras , et empêcher le contact immédiat avec le fond de la bassine. L’eau ajoutée sert d’intermède ; elle peut être considérée comme faisant fonction de bain-marie.
Des signes qui indiquent la cuite des emplâtres . On reconnaît que l’emplâtre par mélange est achevé , lorsque toutes les substances qui le composent sont liquéfiées et présentent un tout bien homogène. On reconnaît que l’emplâtre résultant de la combinaison est assez cuit, i°. lorsque l’oxide métallique a entièrement disparu ; 20. lorsque sa couleur ne participe pas de celle de l’oxide; 3°. lorsque sa consistance est telle, que l’on puisse malaxer l’emplâtre jeté dans l’eau, sans qu’il adhère aux doigts. La consistance des emplâtres par mélange dépend de la nature et des proportions des substances employées , celle des emplâtres résultant de combinaisons nouvelles provient des changemens qui se sont opérés pendant la réaction : les uns et les autres doivent s’étendre facilement sous le pouce ; appliqués sur la paume de la main , ils doivent y adhérer et s’en détacher ensuite , sans y laisser la moindre trace ; ils doivent en outre exiger pour se fondre une chaleur plus grande que celle qui existe naturellement dans les parties qu’ils sont destinés à recouvrir.
De la composition des emplâtres par combinaison, et des phénomènes qui se présentent pendant leur préparation. La formation des emplâtres. par combinaison doit être regardée comme une saponification , la litharge ayant sur la graisse et sur l’huile une action analogue à celle de la soude et de la potasse sur les corps gras. Il résulte de cette réaction , des acides stéarique, margarique (1) et oléique, et de la glycérine.
(1) Si l’on opère sur l’huile seulement, on a production d’acide stéarique et oléique, et de glycérine.
EMPLATRES. . 401
Les acides s’unissent au plomb oxide' , et forment des sels ; la glycérine reste en solution dans Veau qui a servi de bain-marie lors de la cuisson de l’emplâtre. On a remarqué que la présence de l’air n’était pas nécessaire à la production de ces phénomènes , qui peuvent avoir lieu dans le vide : il n’en est pas de même de celle de l’eau; elle est indispensable pour la saponification des corps gras. [V, l’ouvrage de M. Chevreul, Paris ? 1823 )
On a démontré que l’emplâtre simple était un composé résultant de l’union des acides avec Voxide de plomb , en traitant l’emplâtre par l’acide nitrique très étendu d’eau à l’aide d’une douce chaleur : dans cas , l’oxide de plomb est dissous par l’acide nitrique , et la graisse acidifiée est séparée ; elle peut ensuite s’unir à l’oxide de plomb sans le concours de Veau. M. Henry ayant reconnu que le minium ne pouvait servir à la préparation des emplâtres d’une bonne consistance, on a pu facilement expliquer ce fait. D’après les renseignemens suivans , M. Chevreul regarde les corps gras comme formés d’oxigène , d’hydrogène et de carbone dans des proportions telles , qu’une portion de leurs élémens représente les acides gras , tandis que Vautre portion de Veau représente la glycérine. Lorsque Von soumet ces corps à l’action d’une base salifiable suffisamment énergique , l’équilibre des élémens est rompu , la force alcaline détermine l’acidité dans une portion de la masse des substances saponifiables , tandis que le reste de cette masse, en fixant de Veau, constitue la glycérine. Les acides formés s’unissent à Voxide et forment des sels à base de plomb ; et comme le plomb ne s’unit avec les acides que lorsqu’il est à l’état de protoxi de , on obtient facilement, par le contact de cet oxide avec les corps gras, un sel à base de plomb, un emplâtre simple.
Altérations qiï éprouvent les emplâtres en vieillissant. Lorsque les emplâtres sont préparés depuis quelque temps, ils changent de couleur, se durcissent; quelquefois, ils deviennent friables; le plus souvent, cette altération n’a lieu qu’à la surface, celle-ci préserve les parties intérieures de ces changemens. On a re-