‹ Dictionnaire des drogues simples et composées ou dictionnaire dhístoire naturelle médicale de pharmacologie et de chimie pharmaceutiqueChapitre 121 sur 193 · ÉPONGES · texte numérisé non relu

ÉPONGES

est tapissé d’une quantité immense de plantes marines. Les éponges à rameaux cylindriques, à tissu dense et feutré, sont plus communes dans les plages froides , tandis qu’au contraire les espèces très volumineuses , à tissu raide et lâche , existent dans les mers des pays chauds. Elles sont fixées, comme le corail rouge, sur les rochers, et indistinctement sur tous les corps solides du fond de la mer , à des profondeurs très variables ; on en trouve un petit nombre sur les plages que les marées couvrent et découvrent alternativement.

Nous ne citerons , parmi les nombreuses espèces de ce genre, que I’Éponge commune ( Spongia ojficinalis , L. ) , et I’Éponge pluchée , qui sont en masses sessiles , simples ou lobées. La première est très abondante dans la mer Méditerranée, et surtout dans les parages de l’archipel Grec. La pêche de ces éponges fait un article important du commerce des habitans de ces îles. Avant de les livrer au commerce , on les débarrasse par le lavage de la bave gélatineuse dont elles sont enduites. On les distingue, d’après la finesse de leur tissu , en plusieurs sortes plus ou moins estimées , et dont la valeur varie tellement , que la livre des unes se paie jusqu’à 60 francs, tandis que les plus inférieures ne valent que 5 à 6 francs. Les éponges fines subissent encore une préparation ; elles sont lavées de nouveau et privées par le battage, des coquillages et des fragmens pierreux qu’elles renferment ordinairement. C’est avec cette sorte d’éponges que les pharmaciens préparent les éponges à la cire ou à la ficelle , employées par les chirurgiens pour dilater les plaies et maintenir l’écartement de leurs bords. Cette préparation consiste à imbiber des éponges fines de cire liquéfiée par la chaleur, et à les soumettre à une forte pression , ou bien à les serrer fortement avec cle la ficelle. Leur volume est alors considérablement réduit , et elles offrent un tissu ferme et compacte.

Réduites en charbon par la calcination dans des vases clos , les éponges ont été employées avec avantage contre plusieurs maladies qui ont leur siège dans le système lymphatique ; c’était surtout pour dissiper les tumeurs de la glande thyroïde f

ÉPTJRGE. 427

maladies connues sous le nom de goitres , que Ton s’en servait autrefois, sans savoir à quel principe étaient dus les bons effets de ce charbon. L’analyse chimique y ayant démontré la présence de l’iode à l’état d’hydriodate de soude , il est raisonnable d’attribuer à ce principe les vertus du charbon d’éponges que l’on administrait en poudre et sous forme de pastilles. V. Charbon d’éponges.

Welter a reconnu que l’éponge traitée par l’acide nitrique , de la même manière que la chair de bœuf, donne un principe amer semblable à celui que fournit celle-ci (1). (À. R.)

ÉPURGE. Catapucia minor, officin. Euphorbia Lcithyris, L. — Rich. Bot. méd. , t. I , p. 207. ( Famille des Euphorbiacées, Juss. Monoecie Polyandrie, L. ) Cette plante, une des plus grandes du genre Euphorbe , croît spontanément dans les lieux cultivés et sur les bords des chemins de l’Europe tempérée et méridionale. Sa tige s’élève à environ un mètre; elle est glabre, d’un vert glauque , et porte des feuilles sessiles opposées , à angles droits , lancéolées , obtuses , d’un vert très clair , surtout à la face inférieure. Les fleurs forment , au sommet de la tige , une grande ombelle composée de quatre rayons qui se bifurquent et qui sont accompagnés à chaque bifurcation de deux larges bractées presque cordiformes. L’involucre commun , dans lequel sont contenus les organes mâles et femelles qui constituent un grand nombre de petites fleurs unisexuées et agglomérées , offre cinq divisions en forme de croissant dont les cornes sont surmontées de glandes. Le fruit est gros , à trois coques, renfermant chacune une grosse graine jaunâtre.

L’épurge, de même que toutes les autres espèces d’euphorbes, renferme un suc laiteux doué d’une extrême âcreté. Les habitans des campagnes s’en servent quelquefois comme d’un purgatif drastique ; mais ce remède , très dangereux lorsqu’il est administré parles gens de l’art, le devient encore davantage

(1) Annales de Chimie } 1. XXIX , p. 3o5.

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entre les mains des ignorans. L’emploi de ses feuilles ou de son suc récent nous semble donc devoir être proscrit.

Les graines sont munies d’un endosperme huileux, qui participe aux propriétés purgatives de la plante. L’huile fixe , agissant à la dose de 6 à 8 gouttes , peut être employée commodément , lorsque les malades montrent de la répugnance pour des purgatifs d’un volume considérable. Elle peut être assimilée à celle du Crolon iiglium , dont l’usage commence à se répandre en Angleterre et en Allemagne Notre collaborateur, M, Chevallier ( V. Journal de Chimie médicale , février 1786, p. 78) , a proposé trois procédés pour extraire cette huile. Le premier consiste à soumettre à la presse, dans une toile forte et serrée, les graines mondées de toutes impuretés et réduites en pâte, et à séparer, par la décantation et la filtra-? tion , l’huile qui surnage la matière floconneuse blanchâtre précipitée pendant le repos du liquide exprimé. Par le second procédé, on traite la pâte de graine d’épurge par l’alcool à une température de 5o à 6o° ; on filtre , et l’on fait évaporer le liquide, qui laisse l’huile pour résidu. Enfin, dans le troisième procédé , on verse 3 onces d’étlier sur 4 onces de graines en pâte ; on laisse macérer à froid pendant 24 heures ; on décante , et l’on verse de nouvel éther sur le marc , puis réunissant les deux liquides après les avoir filtrés , on laisse évaporer l’éther à la chaleur de l’étuve.

L’huile obtenue par l’éther et sans chaleur considérable doit être plus active que celle obtenue par l’alcool et avec le concours d’une température assez élevée. Par expression, on en perd une portion qui reste dans le tissu serré de la toile. 100 parties de graines traitées par l’éther ont donné 52 parties d’huile, par l’alcool 5i , et par expression 44* Cette dernière quantité est encore tellement considérable , que l’on devrait cultiver Y Euphorbia Lathyris , pour faire servir son huile aux besoins des arts (1).

(1) M. Pichonnier fils vient de publier ( Journ . de Chim. mcd. , avril s 827, p. 18 j ) des observations intéressantes sur la culture de l’epurge, et

ÉRICINÉES. 429

Quoique les graines de plusieurs autres espèces d’euphorbes , et particulièrement de Y Euphorbia Cjparùsias , L., jouissent des mêmes propriétés que celles de l’épurge , celle-ci devra néanmoins être préférée comme objet de culture, parce qu’elle fournit des graines plus grosses et conséquemment plus riches en principes huileux . (A. R.)

EQÜISETUM. V. Prêle.

ÉRICINÉES. Ericineœ. Famille de plantes dicotylédones , monopétales, hypogynes, renfermant des arbrisseaux ou arbustes dont le port est en général très élégant, et qui ont leurs feuilles alternes-, rarement opposées ou verticillées , persistantes , simples et dépourvues de stipules. Les fleurs offrent une inflorescence très variable, mais le plus communément elles sont disposées en épis ou en grappes. Leur calice est persistant, divisé au sommet en quatre ou cinq petits lobes ; la corolle est monopétale régulière , fréquemment marcescente ; il y a ordinairement huit à dix étamines insérées à la base de la corolle , et dont les anthères s’ouvrent par un pore situé à leur sommet, ou rarement à leur base. Le fruit est une capsule à cinq loges et à cinq valves, qui tantôt forment les cloisons en se repliant dans l’intérieur du fruit, tantôt portent les cloisons sur le milieu de leur paroi interne. Cette diversité dans la position des cloisons était la seule différence qu’offraient les Éricinées d’avec les Rosages ( Rbododendra , Juss. ) qui leur sont maintenant

l’évaluation de ses produits. Il résulté de ses expériences, qu’un carré de 8 pieds est suffisant pour 6/j pieds d’euphorbes ; chaque euphorbe peut donner 8 à io onces de semences, de laquelle quantité on peut obtenir 5 onces d’huile en suivant le troisième procédé de M. Chevallier, procédé h l’aide duquel on obtient une plus grande quantité d’huile, mais qui ne serait pas économique dans le cas où l’on voudrait obtenir cette huile pour la consommation des arts. Sous ce rapport, l’huile d’épurge peut soutenir le parallèle avec celles de lin et de colza.

Nous donnons ici la formule de potion purgative indiquée par M. Pichon-

nier fils.

Huile d’épurge 8 gouttes,

Gomme arabique pulvérisée i gros,

Sucre 2 onces,

Eau distillée 3 onces*

43 o ÉRICINÉES.

réunis, vu le peu de gravité du caractère distinctif. D’un autre côté , on a séparé de la famille qui nous occupe le groupe des Vacciniées , où l’ovaire est infère et le fruit toujours une baie. Le genre Arbutus , que l’on a conservé parmi les Éricinées, a cependant le fruit bacciforme , ce qui réduit à l’inférité de l’ovaire la distinction entre les Éricinées et Vaccinées.

La famille des Éricinées se recommande beaucoup plus par les charmans arbrisseaux qui la composent et que l’on cultive comme plantes d’ornement , que par les produits utiles qu’elle fournit à la Médecine et aux arts. Tout le monde connaît les élégantes bruyères ( Ericce ), les Azalea , les Rhododendron , les Andromeda , les Kalmia, etc. , qui décorent les bosquets et les jardins d’agrément. La culture de ces arbrisseaux réussit assez bien dans nos climats , à cause de l’analogie de la température et des autres circonstances atmosphériques de l’Europe , avec celles des contrées où ces arbrisseaux croissent spontanément (à l’exception des bruyères, qui pour la plupart sont originaires du cap de B orme-Espérance) ; mais ils exigent une terre meuble , légère , et pourtant substantielle , telle que celle qui est formée de beaucoup de sable fin et de terreau noir. Cette sorte de terrain est nommé vulgairement terre de hrujere.

La plupart des Éricinées sont douées d’une saveur très acerbe , due à l’abondance du tannin et de l’acide gallique qu’elles renferment. Ainsi , la busserole (. Arbutus uva ursi, L.) , les diverses espèces de Kalmia, de Pjrola, de Chimojjhila et de Rhododendron, sont extrêmement astringentes; il y a même certaines espèces où le principe actif est tellement âcre , qu’il fait considérer ces plantes comme suspectes et dangereuses. Tel est entre autres le Kalmia latifolia, un des plus élégans arbrisseaux que l’on cultive dans les jardins de Paris, qui, d’après les expériences que des physiologistes ont tentées sur de jeunes animaux, est un poison narcotique. Cependant le docteur Bigelow , auteur d’un ouvrage sur la Botanique médicale des États-Unis de l’Amérique septentrionale, assure que les feuilles de cet arbrisseau ne sont pas narcotiques, mais qu’elles contiennent une grande quantité de matières résineuses qui I

ERYNGIUM CÂMPESTRE. 43i

peuvent les rendre délétères pour les jeunes animaux. L’âcreté, ou plutôt la propriété narcotique, existe dans les fleurs de quelques Azalea et Rhododendron : l’histoire nous en offre un exemple fameux dans l’empoisonnement d’un grand nombre de Grecs qui faisaient partie de la retraite des dix mille. Au rapport de Xénophou , cet empoisonnement fut occasioné par le miel qu’ils avaient mangé en traversant les pays montueux de l’Asie— Mineure qui bordent le Pont-Euxin. Tournefort, en voyageant dans les mêmes lieux , a prouvé que le miel devait ses qualités nuisibles aux fleurs d ’ Azalea pontica qui couvrent le pays , et sur lesquelles les abeilles vont butiner.

ERITHALIS FRUTICOSA. Nom scientifique d’un arbrisseau des Antilles , dont le bois est connu vulgairement sous les noms de bois jaune , bois-chandelle et bois de citron. W. ces mots.

ÉRODION MUSQUÉ. Géranium moschatum , L. Erodium moschatum , Willd. — Ricli. Bot. mécl. , t. II, p. 721. (Famille des Géraniacées. Monadelphie Pentandrie , L. ) Petite plante annuelle qui croît en plusieurs localités de l’Europe méridionale et occidentale. Sa tige est étalée, rameuse, velue , et géniculée ; elle est munie de feuilles opposées , pétiolées , velues, à folioles alternes, ovales, incisées et dentées, la terminale plus grande et à trois lobes. Les fleurs sont petites , violacées , formant un petit bouquet ou une ombelle simple au sommet d’un pédoncule assez long et qui part de l’aisselle des feuilles. Cette plante se distingue des autres Géraniacées par son odeur de musc. Son infusion théiforme est excitante et antispasmodique. On l’employait autrefois comme diaphorétique; mais son usage est aujourd’hui à peu près abondonné,

ERRHINS, ERRHINES, On a donné ce nom à divers médicamens qu’on introduit dans les narines, pour les faire agir sur la membrane pituitaire. La poudre sternutatoire , celle de muguet , sont des errhins. (A. C.)

ERYNGIUM CAMPESTRE. V. Panicaut.

•?45a ESPÈCES.

ERYSIMUM ALLIARIA.' V. Alliaibe ERYSIMÜM OFFICINALE. V. Yélah.

ERYTHRÆA CENTAURÏUM. V. Centaurée (petite). ESCARGOT ou HÉLICE VIGNERONNE. Hélix pomatia , L« Cet animal , de la classe des Mollusques gastéropodes et de l’ordre des Pulmonés, est très commun en Europe dans les haies, les vergers, les vignes, et généralement dans toutes les localités humides et abritées par la végétation. Sa coquille est globuleuse , d’un pouce à un pouce et demi de diamètre , contournée en spirale, à bandes pâles et peu marquées; l’av^n t-dernier tour fait une saillie qui donne à l’ouverture la forme d’un croissant* L’animal est hermaphrodite ; il rampe sur la terre au moyen d’un disque musculaire dont il éloigne ou rapproche à volonté les plis. Sa tête est munie de quatre tentacules qu’il déroule comme les doigts d’un gant , et qu’il rentre dans sa coquille à la moindre impression d’un corps étranger. Dès que le froid commence â se faire sentir, l’escargot se niche dans des trous au pied des arbres, ou s’enfonce dans la terre. L’ouverture de sa coquille est alors fermée par une exsudation calcaire qui préserve l’animal du froid ; il reste alors dans un engourdissement complet jusqu’au retour du printemps. C’est en cet état qu’on le récolte pour s’en servir, soit comme d’aliment, soit comme de médicament. Sous ce dernier rapport, on le fait entrer dans les bouillons et sirops pectoraux. Comme il contient du soufre, on ne dok pas employer de vases d’argent pour le faire cuire, car il les noircirait. (A. R.)

ESPÈCES. Ce mot, dans son acception pharmacologique, désigne des médiéamens officinaux , pour la plupart tirés du règne végétal, et composés de substances qui, douées de propriétés semblables ou analogues, sont toujours administrées collectivement. Toutes les parties des végétaux , et quelques-unes des animaux qui sont susceptibles de conservation, peuvent faire partie de telles ou telles espèces médicinales ; aussi le nombre de ces sortes de médicamens est-il assez considérable, et on les désigne par des adjectifs qui dérivent de leurs propriétés générales.

Le clioix des espèces et leur bonne conservation sont deux conditions que le pharmacien doit s’attacher principalement à remplir; il apportera tous ses soins dans la re'colte, la préparation et la dessication des plantes ou des parties des plantes ; et de peur que les agens extérieurs ne les altèrent, il devra les conserver dans des vases bien fermés ; il remplacera scrupuleusement les espèces altérées par des drogues fraîches et de bonne qualité. Le tableau alphabétique suivant présente la composition des espèces que l’on trouve préparées clans les officines (1).

Espèces amères. Prenez racine de gentiane coupée par petits morceaux; sommités de petite centaurée, de chardon bénit, de scordium , et zestes de citron , de chaque , parties égales en poids. La dose de ces espèces est d’une once à une once et demie en infusion dans deux litres d’eau. La classe des substances amères étant la plus considérable parmi les végétaux , une foule de ceux-ci peuvent figurer parmi les espèces amères. Ainsi les feuilles de germandrée, celles de ményanthe et de presque toutes les gentianées , les fruits du houblon , les fleurs de camomille, etc., sont aussi employés, à cause de leur amertume franche et non mêlée d’âcreté ; on y joint quelquefois, pour augmenter l’intensité de l’amertume , une petite dose de sous-carbonate de soude ou de potasse.

' Espèces anthelmintiques. Prenez feuilles et fleurs sèches d’absinthe, de tanaisie et de camomille romaine, de chaque, parties égales. Incisez, mêlez et conservez pour l’usage.

Espèces antiscorbutiques. Prenez racine de bardane, de patience et de raifort sauvage , des feuilles récentes de beccabunga, de cocliléana, de ciesson de fontaine et de ményanthe de chaque , une once; un citron. On prépare avec ces espèces deux litres de boisson. La propriété antiscorbutique ne résul-

(1) Dans l’emploi de ces drogues, dont la nature est très variée, le pharmacien saura discerner celles qu’il faudra soumettre à la décoction ou h la simple infusion ; celles qui, contenant des principes volatils, doivent être traitées en vase clos etc.

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