‹ Dictionnaire des drogues simples et composées ou dictionnaire dhístoire naturelle médicale de pharmacologie et de chimie pharmaceutiqueChapitre 125 sur 193 · ÉTHERS · texte numérisé non relu

ÉTHERS

sont les mêmes que ceux des fleurs entières dont elles font partie. (A. R.)

El H ERS. Les éthers sont des produits liquides qu’on obtient par distillation, et qui résultent de Faction des acides sur l’alcool. Ces liquides, quoique provenant d’opérations analogues, ne sont pas de la même nature; leur différence est due à ce que les acides employés n’agissent pas de la même manière sur l’alcool. Ainsi , lorsqu’on mêle l’alcool à divers acides , ceux-ci peuvent agir de trois manières différentes : les uns lui enlèvent de l’hydrogène dans les proportions nécessaires pour donner naissance à de l’eau , mais ils ne se combinent point avec lui ; les autres transforment Falcool en hydrogène bi-carboné et se combinent avec lui ; enfin , d’autres encore se combinent avec lui, sans éprouver ni lui faire subir de décomposition sensible. De là, les chimistes modernes admettent plusieurs genres d’éthers, au nombre de trois. Le premier genre renferme ceux qui , après leur rectification , ne présentent aucune, trace des acides qui ont concouru à leur formation ; ils sont les résultats de l’action exercée sur l’alcool par un acide très avide d’eau* et peu volatil , lorsqu’il est uni à l’eau ou à l’alcool. Ces éthers se composent des mêmes élémens que Falcool ; ils n’en diffèrent qu’en ce qu’ils contiennent moins d’oxigène et d’hydrogène, mais plus de carbone. On peut les considérer comme de V alcool moins de Veau. Au nombre de ces éthers sont les éthers sulfurique, phosphorique, arsenique, fluo-borique , que MM. Ampère et Clievreul ont indiqués comme pouvant être confondus sous la dénomination commune d 'éther hydratique. Le second genre comprend les éthers formés d’hydrogène bn carboné et d’acide ; les éthers hydro-clilorique , hydriodique. Dans le troisième genre sont placés les éthers composés d’alcool et d’acide ; ce sont les éthers acétique , nitrjque , benzoïque , oxalique , citrique , etc. Chaque éther porte le nom de l’acide qui a servi à sa préparation ; ainsi l’éther préparé avec l’acide sulfurique est appelé éther sulfurique, celui résultant de Faction de l’acide hydro-ehlorique sur Falcooî , éther hydro-clilorique. Nous traiterons principal

lement dans cet article des éthers qui Sont employés par le pharmacien-chimiste .

ÉTHER ACÉTIQUE. La découverte de l’éther acétique est due au comte de Lauraguais, qui annonça, en iy5c),dansle Journal des Savans , p. 324? qu’on pouvait obtenir un éther en faisant réagir l’acide acétique sur l’alcool. Il décrivit son procédé, qui consistait à distiller un mélange d’acide acétique et d’alcool , en prena nt les mêmes précautions que pour l’éther sulfurique. Scheèle ayant répété le procédé de Lauraguais, ne put obtenir ce produit ; il y parvint cependant en additionnant le mélange de vinaigre et d’alcool, d’une certaine quantité d’acide sulfurique. Schultz , Gehlen, Lichtemberg, en répétant les expériences de Scheèle, obtinrent les mêmes résultats que ceux annoncés par ce chimiste. Pelletier, Bucholz, proposèrent d’autres procédés , et divers essais faits sur ces procédés , par MM. Henry et Thénard , convainquirent ces chimistes que l’on peut obtenir de l’éther acétique par le procédé de Lauraguais et par celui de Pelletier, qui ne diffère de celui de Lauraguais que parce que l’on remet deux fois dans la cornue l’alcool qui passe à la distillation ; alors on obtient la troisième fois un mélange d’acide acétique et d’éther; il suffit alors de saturer l’acide par la potasse et de distiller à une douce chaleur. Ce procédé est aujourd’hui entièrement abandonné.

Procédé de M. Thénard. On prend 3 kilogrammes (6 livres) d’alcool à 4o°, 2 kilogrammes (4 livres) d’acide acétique à io°, 128 grammes (4 onces) d’acide sulfurique à 66° (1) ; 011 introduit l’alcool dans une cornue de verre; on ajoute en plusieurs fois Ta eide acétique, en ayant soin d’agiter. On additionne ensuite ce mélange avec l’acide sulfurique , en versant peu à peu , agitant chaque fois , afin de bien mêler les trois liquides ; on remarque une augmentation bien sensible de température. On place la cornue au bain de sable ( ou à feu nu , sur une grille de fer) , on y adapte une allonge dont la partie

(1) Le Codex prescrit 62$ grammes d’acide au lieu de 128.

inférieure s’engage dans un ball on tubulé; sur la tubulure de ce ballon , on ajuste un long tube effilé, destiné à laisser une issue aux gaz ; on lute l’appareil ; on recouvre l’allonge avec des linges mouillés ; on en fait autant pour le ballon ; on place ensuite du feu sous la cornue ; on la chauffe par degrés , de manière à faire entrer en ébullition ; on maintient le liquide à cette température , jusqu’à ce qu’il y ait 4kilogram. (8 livres) de produit distillé. On arrête l’opération , on démonte l’appareil.

On sépare le produit, qui est un mélange d’eau, d’éther, d’alcool et d’acide acétique ; on le met en contact, pendant quelques heures, avec du sous-carbonate de potasse, en ayant soin d’agiter de temps en temps le flacon. Il se forme deux couches distinctes: l’une JTWêtieure , est de l’acétate de potasse dissous dans l’eau alcoolisée; l’autre, supérieure, est l’éther pur. A l’aide d’un entonnoir à longue tige , on sépare l’éther et on le soumet , dans le même appareil , à une nouvelle distillation ; on obtient par ce procédé , et d’après l’emploi des proportions indiquées, environ 3 kilogram. (6 livres) d’éther à 23° Baumé.

L’acide sulfurique employé dans cette opération n’agit que par la grande avidité qu’il a pour l’eau; il concentre davantage l’alcool et l’acide, lorsqu’on ne l’ajoute pas au mélange. L’alcool, plus volatil que l’acide acétique, passe le premier à la distillation, et la combinaison de l’alcool et de l’acide acétique, qui donne lieu à la formation de l’éther, n’a lieu que lorsqu’on a recohobé plusieurs fois le produit.

Procédé de MM. Laplanche et Martin. Ce procédé , qui a beaucoup d’analogie avec celui de Bucholz, décrit dans le t. III, p. 222 ( Journal de Chimie) est le suivant. On prend 25oo grammes (5 livres) d’acétate de plomb ; i kilogramme (2 livres) d’acide sulfurique à 66°, et 1 kilogramme (2 livres) d’alcool à 38°. On introduit l’acétate concassé (1) dans la cor-

(1) On ajoute l’acétate divisé seulement au lieu de le mettre en poudre, pour éviter que le sulfate de plomb formé d’abord n’enveloppe une certaine quantité d’acétate qui alors ne serait pas décomposé.

nue , on verse dessus le mélange préparé avec l'alcool et l'acide sulfurique; on ajoute à la cornue une allonge et un ballon , et Ton distille jusqu’à ce que l’on ait obtenu un produit égal au quatre cinquièmes de l’alcool employé; on agite cet éther avec du sous-carbonate de potasse ; on décante l’éther, et on le soumet de nouveau à la distillation.

L’acide sulfurique employé n’éthérifie point l’alcool ; il se divise en deux parties : Tune enlève à l’alcool une certaine quantité d’eau; l’autre partie se porte sur l’oxide de plomb combiné , et met à nu l’acide acétique , qui s’unit intimement à l’alcool pour former l’éther. Quelques praticiens donnent la préférence à ce procédé , qui donne, avec plus d’économie , un éther plus suave.

L’éther acétique est un liquide transparent ) incolore , d’une odeur très agréable, particulière. Il est plus lourd, et cependant plus volatil que l’alcool. Lorsqu’on le brûle, il produit une flamme allongée d’un blanc jaunâtre ; cette combustion s’opère avec production d’acide acétique, d’acide carbonique et d’eau. Il s’ unit en toutes proportions à l’alcool, se dissout dans sept parties d’eau. Mis en contact avec la teinture de tournesol, il ne la rougit pas. Il dissout diverses substances végétales , le camphre, les résines, les huiles essentielles, la cantharidine , du soufre, du phosphore. (Henry.) Mis en contact avec la moitié de son poids de potasse caustique , il est décomposé ; il y a formation d’acétate de potasse et dégagement d’alcool. Quelquefois on substitue à l’éther acétique un mélange d’étlier sulfurique et d’acide acétique. Traité par la potasse et soumis à la distillation, ce mélange fournit, au lieu d’alcool, de l’éther sulfurique , et de l’acétate de potasse reste dans le vase distillatoire. Thomson considère l’éther acétique comme formé de quatre atomes de gaz hydrogène per-carboné , et d’un atome d’acide.

L’éther acétique est administré comme stimulant, antispasmodique ; on l’emploie contre les spasmes de l’estomac , les indigestions, l’ivresse. La dose est de i5à 3 o gouttes. A l’extérieur, on l’applique en frictions comme résolutif, et pour combattre les douleurs rhumatismales. (A. G.)

44 B ÉTHER HYDRÀÏIQUE.

ÉTHER AMMONIACAL. ( Pharmacie suédoise.) On obtient ce produit de la manière suivante. On prend hydro-chlorate d’ammoniaque, 32 grammes (i once); eau distillée, 96 gram. (3 onces) ; chaux caustique éteinte par l’eau, 32 gram. (1 once) ; éther sulfurique, 32 grammes (1 once). On fait dissoudre le sel ammoniac dans l’eau ; on introduit la solution dans une cornue ; on ajoute la chaux et l’éther ; on agite pour bien mélanger ; on adapte une allonge et un ballon , et l’on procède à la distillation , en avant soin de rafraîchir le récipient.

ÉTHER ARSEN1QUE et PHOSPHORIQUE. La découverte de ces éthers est due à M. Boullay ; ils sont considérés comme étant absolument identiques avec l’éther sulfurique ; ilspeuvent être obtenus en faisant passer de l’alcool , par petites portions , à travers les acides phosphorique et arsenique concentrés, et amenés à un degré de chaleur convenable. ( Voir le travail de M. Boullay , Journal de Pharmacie , t. Ier.) L’éther fluo-borique a été aussi considéré comme étant de la même nature ; il en est de même du produit obtenu à l’aide de l’alcool et de l’acide chromo- sulfurique. Ces éthers n’étant pas employés dans l’usage pharmaceutique , nous 11e croyons pas devoir nous étendre sur ces produits. (A. C.)

ÉTHER HYDRATIQUE, Éther sulfurique . L’éther sulfurique est la préparation de ce genre lapins anciennement connue et la plus usitée. L’auteur de sa découverte 11’est pas connu , et les premiers ouvrages qui en ont parlé remontent au seizième siècle. La Pharmacopée de Valerius Cordus, publiée en i54o, contient la description d’un procédé de préparation de ce produit, procédé qui fut ensuite transcrit par Conrad Gesner, dans un traité sur les remèdes secrets. Les écrits de Basile Valentin , de Paracelse, de Boyle , font mention de cet éther. Cependant ce ne fut qu’en 1 ^30 que l’attention des chimistes se porta sur ce sujet; et ce changement fut dû à un Mémoire publié par Frobenius , dans les Transactions philosophiques pour 1^30, vol. XLI. Les chimistes qui, depuis cette époque, se sont occupés de l’étude de ce produit sont

ÉTHER BYDRATTQUE. 449

Assez nombreux , et Ton peut citer parmi eux Proust , Lowitz, Théodore de Saussure, Ingenhouss, Dalton, Gay- Lussac, Four cro y , Vauquelin, Lauraguais, Favre, Boullay, Planche, etc.

L’éther sulfurique se prépare , soit en grand, dans des manufactures , soit en petit dans diverses officines , et pour la consommation de ces établissemens. L’appareil en grand consiste en un alambic ordinaire doublé en plomb , auquel on adapte un chapiteau et un tube qui sert à conduire l’éther dans un serpentin. Cet alambic est scellé sur un fourneau dont la porte doit être placée en dehors de l’atelier , afin d’éviter par là les accidens qui pourraient résulter de l’inflammation des produits (i), par un accident quelconque. On introduit dans l’alambicle mélange destiné à la fabrication, et l’on procède àla distillation, puis àla rectification, qu’on pratique dans le même appareil. Un appareil mis en usage dans l’Apothecary’s-hali , à Londres, a été décritpar M. Payen ; il consiste en une grande jarre en grès, autour de laquelle est une double enveloppe en cuivre, qui est close hermétiquement à l’aide d’une armature garnie de filasse et serrée à l’aide de vis ; un large tuyau fixé à cette enveloppe sert à conduire les vapeurs et à ramener à la chaudière l’eau qui s’est condensée. Les bords supérieurs de lajarre forment une gorge circulaire dans laquelle s’adapte et se ferme hermétiquement, avec de l’eau, une calotte en cuivre, munie d’un ajutage, communiquant, par un tuyau à brides, avec un serpentin plongé dans un réservoir d’eau; l’extrémité du serpentin s’adapte avec un ajutage qui porte un manchon cirlaire ; celui-ci plonge dans l’eau et dans la tubulure à gorge d’un récipient en grès d’une forme arrondie très régulière ;

(i) De nombreux accidens attestent les précautions à prendre lors de la préparation de l’e'ther. De grands incendies, et celui encore tout re'cent de la fabrique de M. Rivet de Passy , sont des exemples à méditer pour ceux qui s’occupent de cette fabrication. L’appareil où la préparation de l’e'ther se fait à l’aide de la vapeur d’eau est le plms convenable ; il tranquillise le fabricant sur les justes inquiétudes qu’il peut avoir lors de la fabrication de ce produit.

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