‹ Dictionnaire des drogues simples et composées ou dictionnaire dhístoire naturelle médicale de pharmacologie et de chimie pharmaceutiqueChapitre 127 sur 193 · ÉTH ER H Y DR AT IQUE · texte numérisé non relu

ÉTH ER H Y DR AT IQUE

ployé , et lorsqu’on aperçoit dans le col de la cornue des vapeurs blanches , on se hâte de retirer l’éther du récipient et S’arrêter le feu. Si l’on veut opérer une seconde fois , on laisse refroidir le bain de sable , on tire le résidu contenu dans la cornue, au moyen d’un siphon, on recharge de nouveau l’appareil. Si la cornue est de métal , on n’a pas à craindre de la briser par le changement de température. Si l’on se propose d’examiner la suite de l’opération, on continue de chauffer , et l’on n’obtient plus d’éther, mais du gaz sulfureux, de l’huile douce devin, de l’hydrogène bi-carboné, de l’acide carbonique, de l’eau, enfin un liquide noir consistant, formé d’éther r de charbon, d’acide sulfureux et d’une huile épaisse. Tous ces produits résultent de l’action d’une grande quantité d’acide sur une petite quantité d’alcool; on trouve ensuite dans la cornue un résidu noir très acide.

L’éther obtenu en arrêtant l’opération avant qu’il y ait for» mation d’acide sulfureux , pourrait être employé de suite dans des préparations pharmaceutiques, puisqu’il ne contient qu’une petite quantité d’alcool faible qui a passé avant l’ébullition du mélange ; mais comme un peu d’acide a pu passer avec l’éther, on le rectifie pour le priver des substances qui altèrent sa pureté. À cet effet, on met l’éther en contact avec différentes substances alcalines ; mais celle de ces substances à laquelle on a donné la préférence est la potasse préparée à la chaux. Le mode d’agir, indiqué parM. Henry, consiste à faire digérer pendant quelques jours l’éther avec un quinzième environ de son poids de pierre à cautère , à décanter ensuite et à distiller sur du muriate de chaux fondu ( chlorure de calcium), en se servant d’un alambic muni de son serpentin , chauffant à l’aide de la vapeur, ou en prenant des précautions convenables pour éviter les accidens. Si, lors de la rectification , on fractionne les produits , on obtient environ les deux tiers d’éther à 56 ou6o° Baume' : le reste, qui est à un degré inférieur , peut être employé pour la liqueur d’Hoffmann.

Voici ce qu’on remarque pendant l’opération. Lorsqu’on mélange l’alcool à l’acide sulfurique, il y a échàuffement et dé-

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gagement d'une certaine quantité de vapeurs d'une odeur assez agréable ; quelquefois le mélange se brunit et laisse déposer un précipité grisâtre qu'on attribue à du sulfate de plomb, tenu en dissolution dans l'acide sulfurique du commerce, employé dans cette opération. Lorsque le mélange est dans la cornue et que l'on chauffe , une portion d’alcool légèrement éthérée se volatilise , et la volatilisation et la condensation de l’éther ne commencent qu'après l’ébullition. Cette production d’éther cesse après un certain temps ; les vapeurs blanches commencent alors à se faire apercevoir, et si l’on continue, on obtient d’autres produits. Deux manières d’expliquer ces phénomènes ont été données. La première les présente de la manière suivante : l’acide sulfurique en contact avec l’alcool s’empare de l’hydrogène et de l’oxigène , dans les proportions convenables pour faire de l’eau , avec laquelle il s’unit. Les autres élémens qui ont échappé se réunissent pour former l’éther , le gaz sulfureux , l'huile douce de vin , le gaz oléifîant (hydrogène bi-carboné) , l’acide carbonique. Ces produits proviennent de ce qu’à mesure que l'opération s’avance , les conditions dans lesquelles se trouvaient primitivement les deux corps changent, et que, la quantité d’alcool diminuant de plus en plus, tandis que celle de l’acide sulfurique reste la même, il arrive une époque à laquelle on doit obtenir les mêmes produits que ceux qui résulteraient du traitement direct de l’alcool par quatre ou cinq fois son volume d’acide sulfurique ; ce qui le prouve , c'est que si l’on arrête l’opération un peu avant l’apparition des vapeurs blanches , on n’obtient que de l’éther dans le récipient, et ce qui reste dans la cornue est un simple mélange d’alcool et d’acide affaibli par l’eau. C’est pour maintenir plus long-temps ces deux corps dans des proportions convenables , que l’on a eu l’heureuse idée de remplacer l’alcool qui a été privé d'une partie de son oxigène et de son hydrogène , et qui s’est éthérifié , par de nouvelles quantités d’alcool ; mais comme l’acide sulfurique est déjà affaibli , M. Boullay , pour lui conserver une force de réaction suffisante, a prescrit l’emploi d'un alcool

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plus rectifié , et par conséquent moins susceptible d'affaiblir l’acide. La seconde est la suivante : l’alcool en contact avec l’acide sulfurique se sépare en deux parties; la première s’étliérifie , en abandonnant de l’oxigène et de l’hydrogène , dans les proportions nécessaires pour former l’eau. L’hydrogène s’empare d’une portion de l’acide sulfurique et le convertit en acide hypo-sulfurique ; l’oxigène , en se combinant avec la seconde partie de l’alcool , constitue une matière végétale qui s’unit à l’acide hypo-sulfurique et forme avec lui un acide nouveau auquel on a donné le nom d ’acide sulfo vinique, qui reste dans le résidu. L’acide sulfureux , l’acide carbonique , l’huile douce de vin , le gaz hydrogène carboné , l’eau et le charbon résultent de la décomposition, par le feu, de la matière organique et de l’acide hypo-sulfurique.

Quelques chimistes ne sont pas d’accord sur la préférence à accorder à l’une ou à l’autre de ces théories. M. Thénard pense que la dernière ne sera bien établie que par une série d’expériences analytiques faites avec exactitude (ï).

L’éther sulfurique est un liquide incolore , très léger , d’une odeur pénétrante et suave ; il est très volatil, brûle avec une flamme d’un blanc jaunâtre , en donnant de l’eau, de l’acide carbonique et un charbon léger analogue au noir de fumée. Sous la pression de om,76, il bout à 35°, 66. Sa vapeur est deux fois et demie aussi pesante que l’air. Pour avoir un exemple de cette pesanteur, il suffit de considérer un flacon d’éther débouché : on voit la vapeur tomber ; elle s’étend ensuite , et . si , sur sa route , elle rencontre un corps en ignition , elle s’enflamme. Cette manière de se répandre a souvent causé de nombreux incendies ; aussi doit— on se garder de transvider de grandes quantités d’étlier dans un lieu qui contiendrait un corps en ignition. L’éther est peu soluble dans l’eau ; il est soluble en toutes proportions dans l’alcool; il se mêle très ; bien à l’ammoniaque ; mis en contact avec divers corps , il s’en charge plus ou moins ; il dissout très bien le per— chlorure

(\) Traité élémentaire de Chimie, {. IV.

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de mercure , aussi l’emploie- 1— on pour reconnaître de très petites quantités de ce chlorure contenu dans un liquide. A cet effet, on mêle l’éther au liquide qui contient ce corps; on agite : l’éther, au bout de quelque temps, vient, à cause de sa légèreté, à la surface du liquide; on le sépare, on le fait évaporer ; on obtient alors pour résidu le sublimé , sous forme d’une poudre blanche. I/éther sépare l’or de ses dissolutions : on se sert de cette propriété pour appliquer ce métal sur quelques substances. Il dissout les huiles volatiles , la résine , le camphre , la stéarine , le phosphore, le soufre et en général les substances très hydrogénées. D’après M. Gay- Lussac , l’éther est formé de deux volumes de gaz hydrogène foi-carboné et d’un volume de vapeur d’eau. L’éther préparé depuis quelque temps devient acide, et l’acide formé a été reconnu , par M. Planche , comme étant de l’acide acétique. Un travail nouveau et très étendu vient d’être publié par M. Henry père. Dans ce travail , ce savant praticien a vu , comme M. Planche, qu’il y avait, et au contact de l’air, et à l’abri de la lumière, formation d’acide acétique dans l’éther sulfurique mis en contact avec de l’eau ou de l’air , dans des flacons. Ce phénomène , selon M. Planche , est du à la décomposition d’une petite quantité d’éther sulfurique. Selon M. Henry , cette production d’acide est due 5 une autre cause. Il a reconnu que l’éther sulfurique préparé avec beaucoup de soin , renfermait toujours un peu d’éther acétique , provenant de l’action de l’acide sulfurique sur l’acide acétique contenu clans l’alcool. L’éther acétique formé se décompose, l’acide acétique est mis à nu: si l’éther sulfurique, devenu acide, est mis en contact avec des métaux facilement oxidables, ou avec des oxides métalliques, il en résulte des quantités notables d’acétates.

M. Henry a reconnu que le phosphore , le soufre, dissous dans l’éther sulfurique, fournissaient des cristaux; et que le proto-chlorure de fer donnait une cristallisation de ce sel en prismes rhomboïdaux et en octaèdres d’un vert d’émeraude. On doit conserver l’alcool dans des flacons bien fer-

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mes r placés à l’abri du contact de l'air ; l’addition d’une petite quantité de magnésie a été recommandée pour aider à la conservation de ce produit, qui alors ne devient pas acide , ou plutôt la magnésie sature l’acide formé. L’éther sulfurique , mêlé à parties égales d’alcool, prend le nom de liqueur anodine d'Hoffmann, et doit marquer 46° Baumé. I/étlier sulfurique est très employé dans la Thérapeutique : on le donne à l’intérieur , comme anti-spasmodique; on l’administre contre les spasmes, les convulsions, l’épilepsie, l’hystérie, etc. ; à l’extérieur, contre les douleurs nerveuses et rhumatismales. La dose varie d’après l’ordonnance des médecins ; à l’intérieur, c’est assez ordinairement celle de io à 3o gouttes, dans des liquides appropriés. On le fait entrer dans un sirop dit sirop d'éther. (A. C.)

ÉTHER HYDRI0D1QUE. Cet éther, dont la découverte est due à M. Gay-Lussac, n’est pas encore employé dans l’art médical; mais participant de l’iode , il pourrait devenir le sujet d’études thérapeutiques d’un grand intérêt. M. Gay-Lussac l’a obtenu en faisant un mélange de deux parties d’alcool en volume , et d’une partie d’acide hyclriodique coloré, d’une pesanteur de 1,7000, distillant le mélange au bain-marie, et étendant d’eau le produit distillé : l’éther se précipite sous forme de petits globules , laiteux d’abord , mais qui se réunissent pour former un liquide transparent, qu’011 purifie en le lavant à l’eau froide à plusieurs reprises' L’éther liydriodique ne rougit pas le tournesol ; son odeur est analogue à celle des autres éthers; sa densité à 22°,3 , est de 1 ,9206. Au bout de quelques jours , il se colore en rose; mais cette couleur n’augmente pas d’intensité avec le temps , et peut être enlevée par le mercure ou par la potasse qu’on y ajoute. Ce produit bout à 68°, 8. Sous la pression de om, 76, il 11e s’enflamme point à l’approche d’un corps en combustion. Versé sur des charbons incanclescens , il laisse dégager des vapeurs d’une belle couleur pourpre; le potassium, la potasse, le chlore, les acides nitrique et sulfureux ne l’altèrent pas ; l’acide sulfurique com? centré le brunit.

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Cet éther, placé parmi les éthers formés d’acide et d’hydrogène carboné, est composé, d’après M. Gay-Lussac, d’acide hydriodique et d’une matière végétale différente de l’alcool.

ÉTHER HYDRO-CHLORIQUE, Éther muriatique. La découverte des éthers sulfurique et nitrique conduisit les chimistes à essayer si , par la réaction de l’acide hydro-chlorique sur l’alcool, on n’obtiendrait pas un produit analogue. Divers chimistes s’occupèrent de résoudre cette question , et les essais qu’ils firent donnèrent lieu à d’excellens mémoires sur ce sujet. Ces travaux sont principalement dus à MM. Basse, Gehlen, Thénard et Boullay . M. Basse fut le premier qui le prépara en assez grande quantité. On l’obtient en agissant de la manière suivante. On prend, parties égales en volume d’alcool à 4°°, et d’acide hydro-chlorique à 20° ; on introduit l’alcool dans une cornue de verre d’une grandeur double de celle que doit occuperle mélange; on ajoute ensuite l’acide par portions, en ayant soin d’agiter pour bien mêler les deux liquides. On introduit dans la cornue quelques grains de sable , qui aident à l’ébullition en diminuant les soubresauts qui pourraient se multiplier pendant le cours de l’opération et déterminer la rupture de la cornue. Lorsque l’acide est introduit, on place la cornue sur un bain de sable , et celui-ci sur un fourneau ; on adapte au bec de la cornue un tube de Welter, dont la branche inférieure va se rendre au fond d’un flacon à trois tubulures, d’une capacité double de celle de la cornue , et qui est à moitié plein d’eau à i5 ou 20°. La seconde tubulure porte un tube de sûreté ; de la troisième part un tube recourbé, dont la branche inférieure* passant à travers un bouchon, va plonger au fond d’une éprouvette longue , étroite , bien sèche , placée au milieu d’un mélange réfrigérant. Le bouchon glissant sur le tube, sert à fermer l’éprouvette, en laissant cependant un petit trou destiné au dégagement de la vapeur d’éther qui n’aurait pas été condensée. L’appareil étant ainsi disposé, on lute exactement les jointures, et lorsque les iuts sont secs, on chauffe graduellement la cornue. Aussitôt que le liquide contenu dans ce vase est

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échauffé, on voit des bulles s’élever du fond du liquide; elles augmentent , et J)eu de temps après le mélange entre eu ébullition. La conduite du feu est très importante pour obtenir cle bons résultats. Si le degré de chaleur donné est trop faillie, la production de l’éther n’a pas lieu; si elle est trop forte, le résultat est peu productif. Il faut tenir un juste milieu, et se baser sur la manière dont se fait l’ébullition: le dégagement des bulles doit avoir lieu d’une manière égale ; il ne doit être ni trop rapide ni trop lent. Lorsque l’opération est bien conduite, l’éther se forme ; il se dégage en entraînant avec lui de l’eau, de l’alcool et de l’acide. Mais comme une température de i5 à 20° n’est pas suffisante à la volatilisation de ces corps , il en résulte , qu’en traversant l’eau du premier flacon , l’éther se sépare de ces substances qu’il laisse en solution , et se purifie. Il passe ensuite dans l’éprouvette, où il se condense. La quantité d’éther qu’on obtient d’une opération bien conduite est de 4$ à 6o grammes pour 5oo grammes ( i livre ) d’acide employé et mêlé avec un volume égal d’alcool. Dans cette opération, l’acide liydro-chlorique en contact avec l’ai-* cool réagit sur ce produit, qui se partage en hydrogène carboné et en eau. L’hydrogène carboné se combine avec une portion de l’acide pour former de l’éther hydro-chlorique (i Si , lorsqu’on monte l’appareil, on ajoutait un flacon faisant suite au premier, et supportant un tube qui irait se rendre dans l’éprouvette , et que dans ce flacon on mît de l’alcool, ou obtiendrait une solution d’éther dans l’alcool (de V éther hydro-chlorique alcoolisé ). L’éther hydro-chlorique est un liquide incolore, volatil, d’une pesanteur spécifique de o,8y4 ; il marque ibrrraG à l’aréomètre; il est liquide jusqu’à ii°; au-dessus de ce terme, il se réduit à l’état de gaz. Quoique plus volatil que l’éther sulfurique et que l’alcool, il est plus pesant. L’éther hydro-chlorique brûle

(ï) M. Boullay a propose , pour la préparation de retirer hydro-clilorique, Tcmploi de l’alcool saturé de gaz hydro-chlorique. Cet emploi présente de PavaittagC dans la préparation de ce produit.

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