‹ Dictionnaire des drogues simples et composées ou dictionnaire dhístoire naturelle médicale de pharmacologie et de chimie pharmaceutiqueChapitre 181 sur 193 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

L’emploi de la garance pour teindre les laines et la soie d’un rouge vil et durable, est encore une découverte assez récente. MM. Gonin, teinturiers de Paris , ont perfectionné, avec autant de succès que de profits, cette utile application.

Plusieurs savans se sont exercés sur la garance : Berthollet, Watt, Cliaptal, Haussmann , Gren, Vogler, Vitalis, Bueliolz, John, Mérimée. Les travaux les plus récens sont dus à MM. Kuhlmann, Robiquet et Collin. Le premier de ces chimistes a démontré dans une analyse publiée dans le t. XXIV des Annuelles de Chimie et de Physique , p. 22 5 , que la garance contient : i°. delà matière colorante rouge ; 20. une matière colorante jaune ; 3°. du ligneux ; 4°* un acide végétal ; 5°. une matière mucilagineuse ; 6°. une matière végéto -animale ; 70. de la gomme; 8°. du sucre; 90. une matière amère ; io°. une résine odorante ; 1 1°. diverses matières salines, contenues dans le produit de rincinération. MM. Robiquet et Collin sont parvenus à isoler la matière colorante rouge de la garance à l’état cristallin. Leurs travaux, publiés dans les Annales de Chimie pour 1827 , sont appliqués dans l’art de la teinture, art auquel ils ont ainsi fait faire un pas de plus. Les mêmes chimistes ont donné le nom à1 ali zar in ou d ’alizarine à la matière colorante de la garance. (Jr. ce mot, t. ier, p. 266.)

La matière colorante rouge n’est pas le seul produit utile que puisse fournir la racine de garance. AI Dœbereiner , professeur à Jéna , ayant délayé dans de l’eau tiède , avec un peu de ferment, une certaine quantité de cette racine moulue, en a retiré après 5 à 6 jours de fermentation , de la bonne eau-devie par distillation. La racine de garance 11’avait rien perdu de son principe colorant.

Considérée comme agent thérapeutique , cette racine a une moindre importance ; elle faisait partie des cinq racines apéritives majeures , et elle était un des ingrédiens du sirop d’armoise composé des anciennes pharmacopées ; on en prépare un extrait que l’on administre sous forme pilulaire. On l’a beaucoup vantée autrefois, tantôt comme diurétique, tantôt comme emménagogue , et quelques médecins ont prétendu avoir ob-

tenu de bons effets de son usage prolongé , contre l’ictère , la toux chronique et le rachitis. Mais les expériences des modernes n’ont point confirmé ces résultats. Ce qu’il y a de plus positif, c’est la singulière propriété qu’elle a de colorer en rouge les os , le lait et les urines des animaux , sans que les autres tissus participent à cette coloration. Plus les animaux sont jeunes , plus leurs os se colorent avec rapidité. M. Gibscn a reconnu , par des expériences récentes , qu’il suffisait d’un jour pour teindre en rose les os d’un jeune pigeon , et de trois jours pour leur donner une couleur écarlate foncée , tandis qu’il en faut 1 5 pour que ceux de pigeons adultes contractent la teinte rose. Il a également remarqué que les os les plus éloignés du cœur sont ceux qui tardent le plus à se colorer. Les expérimentateurs ont ensuite essayé de s’assurer si la garance, en changeant la couleur des os , ne produisait pas aussi quelque changement dans la nature de ceux-ci ; mais leurs recherches ont été à peu près sans résultats utiles pour l’art médical : car, dans certains animaux, les os étaient devenus plus fragiles et plus spongieux , ce qui infirme l’opinion de ceux qui ont d’abor4 voulu établir que l’on pourrait employer avec succès la garance dans le traitement des maladies du système osseux. On a prétendu que la faculté de colorer les os et les sécrétions des animaux était particulière aux plantes tinctoriales de la famille des Rubiacées, telles quel 1 Asp erula tinctoria , le Galium Mollugo et Àparine, le Valantia cruciata , etc. ; on a dit que les autres substances colorantes végétales ne produisent point un pareil phénomène. Les expériences de M. Gibson contredisent cette assertion, ou du moins tendent à la rendre moins i générale ; car il a également coloré les os de quelques animaux , avec l’extrait de bois de Campêche qu’il leur avait administré à haute dose.

La garance exige , pour sa culture , un terrain substantiel , <; profond , bien ameubli par des labours profonds, et même par i un défonçage de i pieds , qui permette aux racines de s’étendre «: de se multiplier. Lorsque le terrain a été bien préparé , on [ p*nte la garance , non par le moyen des graines qui seraient

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trop long-temps à germer et à croître , mais par le moyen d’é— clats que l’on détache de vieux pieds appartenant à d’anciennes plantations. Il faut environ trois ans pour que la racine soit parvenue à un degré de maturité convenable. On la fait ensuite sécher avec soin et on la verse dans le commerce , soit entière -, soit moulue , concassée , ou réduite en poudre grossière.

On retire une couleur rouge , analogue à celle de la garance -, de quelques plantes qui appartiennent aussi à la famille des Rubiacées , et particulièrement de YAsperula tinctoria , L. , plante assez abondante dans les bois de l’Europe méridionale,

GARGARISME. On désigne sous ce nom des médicamens liquides, que l’on dirige, dans les cas de maladie de l’arrièrebouche , sur la membrane muqueuse gutturale , les agitant ensuite en divers sens à l’aide de l’air, que l’on fait sortir du larynx. Ils sont ordinairement préparés avec l’eau, le vin , le lait, le vinaigre, auxquels on ajoute des acides, des sirops, du miel , des teintures , des sels , selon l’indication que l’on veut remplir. Lorsqu’on ajoute à un gargarisme un acide , si la quantité de cet acide à ajouter n’a pas été fixée par le praticien , il faut avoir soin de n’en mettre que ce qu’il faut pour qüe le liquide soit légèrement acidulé. Lorsqu’on y fait entrer de la liqueur Van-Swieten ou des sels métalliques, on doit avoir le soin de recommander au malade de 11e pas avaler le liquide ; on doit aussi conserver cette préparation dans un vase de verre ; si elle était tenue dans un vase de métal, le sel mercuriel pourrait être décomposé. Lorsqu’on y mêle des teintures alcooliques, il faut attendre pour faire ce mélange que le gargarisme soit entièrement refroidi , afin de ne pas volatiliser l’alcool.

Gargarisme adoucissant. Prenez lait de vache , 128 grammes (4 onces) ; figues grasses coupées en morceaux, racine de guimauve divisée, de chaque , 16 grammes (4 gros). Faites bouillir pendant cinq minutes, passez avec expression, ajoutez-y sirop simple, 82 grammes (1 once).

On prépare des gargarismes adoucissans avec les décoctios

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d’orge, d’aigremoine, de plantain, de ronces; on ajoute à 128 grammes ( 4 onces ) de décoction , une once d’un des sirops suivans , de framboises , de groseilles, de miel , de mûres, de violettes, etc.

Gargarisme anti-vénérien. Décoction d’orge ou de lin , 2Ûo grammes (8 onces) ; liqueur de Van-Swietten , 16 grammes ( 4 onces ) ; sirop simple, 82 grammes ( 1 once ). Mêlez. On se sert quelquefois de sirop sudorifique, au lieu de sirop simple ; on y ajoute aussi de 1 à 2 gros de laudanum.

Gargarisme anti-scorbutique. On fait une décoction d’orge -, on la verse bouillante sur les substances suivantes : cocbléria frais, cresson de fontaine, trèfle d’eau , de chaque, une poignée. On laisse digérer pendant une heure ; on passe , on laisse refroidir; on tire à clair; on y ajoute ensuite, acide acétique, 8 grammes (2 gros); teinture de cochléaria, 16 grammes ( 4 gr. ); alun en poudre , 5 décigrammes ( 10 grains ).

Gargarisme astringent. Prenez décoction astringente , préparée avec les substances suivantes : bistorte, 8 grammes (2 gros) ; roses rouges, 8 grammes ( 2 gros) ; écorce d’orme récente , 8 grammes ( 2 gros) ; eau , 5oo grammes (une livre) ; passez , et ajoutez sirop d’écorce d’orange., 96 grammes (3 onces).

Gargarisme contre la paralysie de la langue. (Quarin. ) Prenez : racine de pyrèthreen poudre, 6 grammes' (1 gros et demi) ; hydro-chlorate d’ammoniaque, 8 grammes (2 gros) ; eau distillée de sauge , 260 grammes ( 8 onces ) ; alcoolat de cochléaria , 2 grammes ( 6 gros ). Laissez en digestion pendant 12 heures; passez, laissez reposer; décantez la colature , ajoutez-y miel blanc, 16 grammes (4 gros). ( A. C. )

GAROU. Quoique l’on désigne spécialement sous ce nom l’écorce du Dajihne Gnidiumy L. , nous traiterons dans cet article de toutes les écorces épispastiques fournies par d’autres plantes qui appartiennent au même genre , parce qu’elles n’offrent presque aucune différence , soit dans leur mode d’agir , soit dans l’intensité de leur action , et conséquemment qu’elles peuvent être substituées sans inconvénient les unes aux autres.

Le Bois gentil, Daphné Mezereum , L. — Rich. Bot. méd, ,

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tom. I j, p. ï56 (Famille des Thymélées, Juss. Octandrie Mooogynie , L. ) , est un petit arbuste commun dans les bois inontueux , où il fleurit dans le mois de février , avant que les feuilles aient commencé à se développer. Sa tige est couverte d’une écorce grisâtre ; elle se divise supérieurement en rameaux, au sommet desquels naissent des feuilles sessiles, lancéolées, très entières , rétrécies à la base , glabres et un peu glauques en dessous. Les fleurs sont roses , d’une odeur fort agréable, et disposées en une sorte de petit épi à la partie supérieure de la tige. Les fruits sont des baies ovoïdes, lisses, d’un rouge vif.

Le Garou proprement dit ou Sain-bois , Daphné Gnidium ,L.— Rich. loc. cit. , croît abondamment dans les lieux secs et incultes des contrées méridionales de l’Europe. Ses branches sont effilées, longues d’un pied et davantage , portant des feuilles éparses , linéaires-lancéolées , aiguës, entières , très rapprochées et dressées. Les fleurs sont blanches , velues , odorantes , et rapprochées au sommet des rameaux. Il leur succède de petites baies globuleuses , peu succulentes, d’abord vertes , puis noirâtres.

La Lauréole , Daphné Laureola , L. — Arbuste très facile à distinguer de ses congénères , par ses feuilles , qui, comme celles du laurier, sont épaisses, persistantes, coriaces, glabres, lancéolées, aiguës, entières, et d’un vert foncé. Ses fleurs sont verdâtres, et disposées par petits faisceaux à l’aisselle des feuilles supérieures. Les baies sont d’abord vertes , puis d’un rouge foncé et cemme noirâtres. La lauréole est commune dans les bois humides de l’Europe méridionale et tempérée.

Nous pourrions ajouter aux trois espèces précédentes plusieurs autres Daphnés qui possèdent les mêmes propriétés , ou qui sont cultivés comme plantes d’agrément, tels que les D. al— pina , Cneorum , indica , etc. ; mais comme ces espèces sont circonscrites dans certaines localités , leur écorce ne peut devenir d’un emploi général. D’ailleurs, leurs tiges étant ordinairement menues et tortueuses , la décortication s’en lait difficilement , et ne fournit que des écorces perforées et d’une surface peu étendue. Les branches du Daphné Gnidium , a

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contraire , étant effilées , droites et d’une grosseur assez considérable, donnent des plaques larges et continues.

On était dans l’usage autrefois d’envoyer du midi de l’Europe , les brandies mêmes de ce garou , d’où l’on enlevait l’écorce après les avoir fait ramollir dans l’eau ou dans du vinaigre. Cette macération affaiblissait évidemment les qualités de l’écorce , en dissolvant une partie du principe vésieant. On préfère maintenant , avec raison , les écorces toutes préparées et telles qu’on les trouve dans le commerce. Celles-ci nous arrivent en morceaux longs de 3 ou 4 pieds, larges de i à 2 pouces , P« és par le milieu et réunis en bottes. Elles sont couvertes d’un épiderme demi- transparent , d’un gris foncé , crispé ou ridé transversalement par l’effet de la dessication , et uniformément marqué de distance en distance de petites taches blanches tuberculeuses. Sous cet épiderme , est un plan de fibres longitudinales d’une grande ténacité , et qui seraient susceptibles d’être filées comme celles du chanvre , mais que l’on ne fera jamais servir à cet usage, parce que la soie fine et lustrée qui les recouvre du coté de l’épiderme , en s’introduisant dans la peau, y causerait de vives démangeaisons. L’intérieur de l’écorce est uni , déchiré longitudinalement et d’une couleur jaune paille. L’odeur du garou , quoique faible , est nauséeuse ; sa saveur est âcre et corrosive.

L’analyse du Daphné Mezereum et celle du Daphné alpinci ont été faites par divers chimistes. Celinsky a trouvé dans le noyau du mezereum , huile grasse âcre, 56 ; matière extractive, o ,5 ; mucilage, 3; amidon, i,5; péricarpe, i ; gluten, 33; alumine, i ,5; perte, 4,5. Villert a reconnu que le péricarpe extérieur est formé d’une matière colorante rouge, qu’on obtient par la distillalion à l’eau; d’une résine, d’une matière extractive, de tannin, de mucilage et de fibre ligneuse ; que la chair contient une matière extractive acidulé peu amère , 4>5 ; une sécrétion grenue, 0,2; sécrétion floconneuse, o,2; du mucilage, i,5; delà fécule rougeâtre, o,6; des débris de l’enveloppe, 10,9; eau, 82,4; point de traces de principe âcre. C. G. Ginelin de Tubmge et Bœr ont, trouvé dans l’écorce : i°. de la cire, une résine

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