CHICORÉE COMPOSÉ
La racine de chicorée acquiert par la torréfaction une saveur amère , sans être désagréable , et un arôme qui se rapproche de celui du sucre caramélisé. Réduite en poudre et ainsi torréfiée , c’est le succédané le plus en usage du café , quoiqu’il n’offre pas ce parfum qui fait de l’infusion de graine de café un breuvage si délicieux. La racine de chicorée n’est pas supérieure sous ce rapport à toute autre racine riche en principes muqueux sucrés. M. Payssé a donné des détails sur la fabrication du produit connu sous le nom de café chicorée ; des documens analogues ont été rapportés dans le t. LIX des Annales de Chimie.
La Chicorée endive , que l’on cultive dans les jardins potagers, et que l’on mange en salade , ne diffère que très peu , sous les rapports botaniques , de la chicorée sauvage ; mais les différences se maintenant par la culture , on est convenu de ne pas la regarder comme une simple variété de celle-ci. La chicorée frisée est cette même espèce , dont les feuilles sont crépues et très découpées. La scariole a les feuilles larges et presque entières. (A. R.)
CHIENDENT. Sous ce nom vulgaire, on désigne la racine ou plutôt le chaume rampant de deux espèces de Graminées , malheureusement trop communes dans les champs cultivés de toute l’Europe. Ces plantes se perpétuent avec opiniâtreté, en émettant un grand nombre de radicelles qui les fixent au sol et forment autant de marcottes extrêmement difficiles à détruire ; aussi le chiendent est-il regardé comme une des plantes les plus nuisibles à l’agriculture. Celui que l’on trouve le plus communément dans les boutiques est fourni par le 'F ri tic um repens , L. — Rich. Bot. méd. , t. I, p. 60. Les racines, ou tiges souterraines , sont blanches, grêles et noueuses. Les tiges portent des feuilles molles, légèrement velues en-dessus , et
terminées par des épis allongés et comprimés, dont lesépillets sont sans arêtes.
On emploie également comme chiendent , sous le nom de chiendent pied-de-poule , le chaume traçant du Cjnodon D ac— tjlon, Rich. , ou Panicum Daclylon, L. , espèce assez commune, mais pourtant moins que la précédente. Les entre-nœuds de ce chiendent sont plus gros que ceux de l’autre espèce , et recouverts de folioles scarieuses qui partent des nœuds. L’une et l’autre de ces sortes de chiendent sont recouvertes d’un épiderme dur et d’un jaune luisant • l’intérieur offre une substance blanche, d’une saveur douce et légèrement saline. La matière sucrée que contiennent les racines de chiendent y est assez abondante pour qu’on en puisse retirer par la fermentation une quantité d’eau-de-vie qui compenserait les frais qu’exigerait l’extirpation d’une plante aussi funeste aux cultivateurs On emploie le chiendent en décoction , comme apéritif et rafraîchissant. Les hôpitaux en font une très grande consommation.
L’analyse du chiendent ( Triticum repens ), faite par M. A. Chevallier est encore inédite ; il a reconnu parmi les substances qui font partie de ce végétal, du sucre cristallisable et une matière extractive d’un goût aromatique analogue à celui de la vanille. Il serait bon de s’assurer si cette matière extractive reste dans la liqueur préparée avec le chiendent et qui a subi la fermentation alcoolique. On pourrait tout-à-la-fois obtenir du chiendent de l’alcool et cette substance que M. Chevallier considère comme pouvant servir de succédané à la vanille.
Des expériences pour reconnaître la quantité d’alcool fournie par i oo parties de chiendent ont été tentées parle même chimiste, * mais les résultats n’ont pas encore été publiés. Ces expériences doivent être répétées avant d’être mises au jour. (A. R.)
CHIMIE. Cette science, qui traite de la nature intime des corps , et qui apprend à connaître les résultats de leur action mutuelle les uns sur les autres, était à peine connue des anciens; du moins aucun des livres qu’ils nous ont laissés n’indique quelles furent les connaissances qu’ils avaient acquises sur c^tte
science. À la vérité , les progrès que les Grecs et les Romains avaient faits dans les arts nécessitaient des notions chimiques plus étendues que celles qui résultent d’une aveugle routine ou de secrets uniquement dus au hasard. La vivacité et la fixité des couleurs qu’ils employaient dans leurs admirables peintures, l’art qu’ils mettaient dans la fabrication de leurs instrumens et ustensiles métalliques, l’extraction et la purification des métaux , supposent en outre qu’ils n’ignoraient point les principes fondamentaux de la Chimie ; mais, nous le répétons , les anciens n’avaient point envisagé cette science sous son point de vue théorique et philosophique; car les grands hommes qui ont laissé des ouvrages immortels sur tout ce qui est du domaine de l’intelligence , n’auraient point négligé de parler des lois qui président à la composition des corps , soit naturels, soit artificiels. Pendant la longue suite de siècles d’ignorance et de barbarie qui forment la période du moyen âge , la science dont nous nous occupons ici fut exclusivement explorée par les Arabes , dont les vues étaient malheureusement subordonnées à des considérations étroites et circonscrites, qui ne cherchaient que de nouveaux médicamens pour leur Thérapeutique polypharmaque, ou qui tournaient toute leur attention vers la transmutation des métaux ignobles en métaux nobles ; en un mot, le grand œuvre , la pierre philosophale , fut le point de mire des alchimistes : c’était ainsi qu’on nommait une singulière espèce de fous qui s’évertuaient pour saisir un fantôme. Ce fut néanmoins des travaux de ces prétendus savans que jaillit tout d’un couple faisceau de lumières qui vint éclairer l’horizon scientifique. Nous n’entreprendrons pas ici de faire voir par quels degrés la Chimie s’éleva au rang des sciences exactes; comment l’expérience et l’observation vinrent guider les pas des chimistes dans la connaissance des corps; comment l’alcool, le phosphore, l’ammoniaque , l’éther, quelques acides minéraux, et une foule de nouveaux corps, furent ajoutés à la liste de ceux sur lesquels depuis long-temps les premiers chimistes s’épuisaient en recherches infructueuses ; comment quelques-uns d’entre ceuxci, hommes d’un génie supérieur, mais entravés par les fausses
idées qui dominaient de leur temps, avaient entrevu de grandes vérités; quelles furent enfin les théories qui successivement firent place les unes aux autres. Nous ne pourrions exposer ainsi en détail l’historique de la Chimie, sans perdre de vue notre but principal , celui de faire connaître en peu de mots l’état actuel de cette science , son influence sur le perfectionne-» ment des arts, et spécialement de la Pharmacologie, à laquelle ce Dictionnaire est consacré.
La théorie du phlogistique, imaginée vers le commencement du XVIIIe siècle, par Stable avait été reçue avec enthousiasme par tous les chimistes distingués de l’Europe. Ébranlée dans ses fondemens par les expériences de Boyle et par celles d’autres chimistes de l’époque, elle ne put se soutenir lorsque la nature de plusieurs gaz eut été mieux connue, et surtout lorsque la combustion des corps fut expliquée d’une manière plus naturelle et plus conforme â l’observation des faits. Enfin, la découverte de la décomposition de l’eau changea entièrement la face de la science. Cette découverte, opérée pour ainsi dire de nos jours , consolida la nouvelle doctrine qui avait reçu le nom de Chimie pneumatique, parce qu’elle se fondait sur la distinction des divers gaz ; elle imprima une telle impulsion à la Chimie, que dans la courte période de 1788 à 1800, cette science fit plus de progrès que dans la longue série d’années qui s’étaient écoulées depuis son berceau jusqu’à sa restauration. Dès qu’il fut permis de ne plus croire aux quatre élémens d’Aristote , dès qu’il fut démontré que l’eau et l’air avaient pour générateurs des gaz susceptibles d’être isolés , et dont les diverses propriétés pouvaient facilement être étudiées , on étendit . les recherches sur la nature des substances dites terreuses. Les chaux métalliques devinrent des oxides , c’est-à-dire des corps brûlés par leur combinaison avec l’oxigène , et les métaux , au lieu d’être des corps combinés à un être idéal, le plilogistique, prirent place parmi les substances élémentaires.
Les idées théoriques sur la composition des corps ayant été renversées , il fallut bien créer un nouveau langage scientifique. Cette heureuse innovation fut proposée par les chi-
mistes français et adoptée à l’unanimité par tous les étrangers. On n’imposa plus aux corps de ces noms bizarres qui donnaient le change sur leur nature, mais on les distingua d’après leur composition réelle, de sorte que le nom d’un corps devait en être la définition très resserrée. On connaît les résultats de cette méthodique nomenclature ; en facilitant la science elle servit à la rendre populaire , et bientôt , non-seulement les pharmaciens qui jusque là avaient été les seuls chimistes , mais encore les hommes de toutes professions , possédèrent des notions très précises sur la nature des corps.
Mais la doctrine pneumatique établie par Priestley, Lavoisier, Cavendish, Guyton-Morveau , Berthollet, Fourcroy , et au perfectionnement de laquelle tant d’autres hommes illustres ont concouru, était destinée à subir encore d’importantes modifications. Berthollet, dans sa Statique chimique, avait éclaire sur la puissance des masses dans les combinaisons , et en avait déduit de nouvelles lois pour les affinités ; mais ce savant à jamais célèbre y avait établi un principe que l’observation n’a pas consacré, savoir , que les combinaisons des corps s’effectuent en proportions indéfinies. Proust eut la gloire de démontrer en ce point l’erreur de Berthollet ; et bientôt les travaux de Richter, Dalton , Gay-Lussac, Wollaston et Berzelius fixèrent la théorie atomistique , c’est-à-dire un nouveau système des lois qui président à la composition et aux affinités chimiques des corps. Cette théorie, féconde en résultats utiles, fit faire un grand pas à l’analyse, et donna à la science une précision presque mathématique. L’échelle des équivalens chimiques du docteur Wollaston , maintenant entre les mains de tous les manufacturiers de produits chimiques, est une des applications les plus heureuses de la théorie atomistique.
Un instrument de Physique dû au génie de Yolta fut, en 1807 , pour sir Humphry Davy , le révélateur d’un ordre nouveau de substances métalliques. -Les alcalis et les terres , décomposés par la pile , devinrent des oxides de métaux que MM. Thénard et Gay-Lussac séparèrent ensuite par les moyens ordinaires ; du moins, le potassium et le sodium furent obtenus
en assez grande quantité' par l’action désoxige'nante que d’autres métaux , plus faciles à oxider sous l’influence de certaines circonstances, exerçaient sur la potasse et la soude ; plus tard on est même parvenu à obtenir ces deux métaux seulement par l’intermède du charbon. La composition des terres et alcalis réfractaires fut connue par analogie ; et plusieurs d’entre ces substances ayant été récemment analysées, ont confirmé les soupçons des chimistes sur leur nature.
Depuis l’établissement de la Chimie pneumatique, la théorie de l’acidification avait éprouvé quelques modifications. Berthollet démontra que l’acide prussique ne renferme point d’oxigène , en dépit du nom imposé à ce principe parce qu’on le croyait générateur de tous les acides. L’hydrogène sulfuré fut aussi placé au rang des acides , et bientôt la classe des hydracides , c’est-à-dire des corps dont l’hydrogène était le principe acidifiant, fut augmentée de plusieurs autres substances dont la composition avait jusque là été totalement méconnue.
C’est à cette classe que l’acide muriatique fut rapporté, lorsqu’on fut assuré que l’acide muriatique oxigéné, loin d’être un composé de ce dernier acide , devait au contraire en être considéré comme le radical. M. Ampère avait pénétré à priori dans le mystère de sa nature, en annonçant que c’était un corps simple , bien avant que les expériences eussent démontré la réalité de cette proposition. Mais les recherches de MM. Gay- Lussac,Vauquelin , Davy, Thénard , etc. , ne laissèrent plus de doutes sur la nature du chlore, qui , quelque temps après, fut pleinement confirmée par la découverte de l’iode, nouvelle substance très analogue au chlore , par ses propriétés chimiques. La théorie du chlore fut appliquée à d’autres acides, dont on croyait que l’oxigène était le principe • et les idées qu’on se forma sur la nature des combinaisons du chlore avec les diverses substances furent aussi celles qu’on dut avoir sur les combinaisons de ces acides. Ainsi cette théorie se trouva généralisée et étendue au cyanogène, à l’iode, au fluoré et aux composés que ces corps produisent par leurs diverses combinaisons.
La découverte de la nature du chlore est encore très rap-
prochée de l’époque où nous e'crivons. On peut dire que c’est le dernier grand effort tenté par d’illustres savans ,. pour combattre des opinions Accréditées, et le seul qui ait réussi. Cela prouve que les théories , quelque plausibles , quelque brillantes qu’elles soient, sont bien à la vérité l’expression des lois que suit la nature dans ses combinaisons , mais seulement pour les faits que nous connaissons. Que des faits nouvellement découverts viennent se refuser à cadrer avec ces lois , il faut conséquemment changer ou modifier les théories. Qui n’aurait pas cru fermement , il y a seulement vingt années , à la théorie de la combustion , telle que Lavoisier l’avait établie? Cependant cette théorie est maintenant attaquée par M. Berzelius , en ce sens que ce n’est pas la contraction éprouvée par l’oxigène en se combinant avec les corps combustibles qui produit la chaleur, mais bien la neutralisation des électricités opposées dont tous les corps sont pourvus. De là une nouvelle théorie des affinités chimiques, à laquelle les expériences ingénieuses de M. Becquerel viennent prêter leur appui. Les combinaisons des corps ne s’effectuent que parce qu’ils sont doués d’électricités de nature diverse , positive ou vitrée dans les uns, négative ou résineuse dans les autres. Ainsi les termes d’acides et de bases salifiables devraient être remplacés par ceux de corps électro-positifs et de corps électronégatifs. Plusieurs acides, en effet, ne jouissent pas de toutes les propriétés assignées dans l’origine à cette classe de corps ; étant insolubles, ils 11’ont aucune saveur, et ils ne jouent le rôle d’acides que parce qu’ils saturent les oxides ou sont saturés par ceux-ci ; il en est même qui sont acides relativement à certaines substances, et bases relativement à d’autres. La capacité de saturation de ces corps, les rapports des quantités qu’offrent les principes dans les combinaisons, sont aussi des points de vue très importans, et qui ont exercé en ces derniers temps les méditations des chimistes philosophes.
De nos jours , la Chimie organique a pris un essor très rapide, mais qui cependant ne pouvait résulter des progrès delà Chimie inorganique , attendu l’uniformité et le petit nombre des prin-
cipes élémentaires qui constituent les êtres organisés. Ceux-ci en effet n’offrent, en dernière analyse, que des combinaisons binaires , ternaires ou quaternaires d’oxigène , d’azote , d’hydrogène et de carbone , où le nombre des atomes de chacun de ces élémens est quelquefois assez élevé. Il en résulte que des corps très différens par leurs caractères physiques se rapprochent * se confondent même par leur composition chimique. Cette sorte d’analyse ne pouvait donc amener de découvertes utiles ; mais il n’en fut pas de même pour la recherche des principes immédiats que fournissent les substances végétales et animales. Plusieurs d’entre ces substances, remarquables par l’énergie de leur action sur l’économie animale, ont offert des principes alcaloïdes, d’où paraît dépendre leur action. La morphine, l’émétine, la strychnine, la brucine , la quinine et une foule d’autres substances cristallisables, ont été retirées de l’opium , de l’ipécacuanha , de la noix vomique, de la fausse angusture, du quinquina, etc. , sans parler de celles qui ont reçu des noms particuliers, et que l’on a crues. propres à chaque végétal, mais qui, n’ayant pas été obtenues à l’état cristallin , et ne possédant point , ou fort peu , la faculté de saturer les acides , ne peuvent encore être considérées comme de véritables principes immédiats.
Aujourd’hui, l’art de l’analyse chimique est porté à un tel point de perfection , qu’il y a lieu d’espérer que toutes les substances naturelles remarquables par quelques propriétés médicales offriront au chimiste le principe dans lequel réside toute leur action.
Il est inutile de nous appesantir sur les bienfaits de la Chimie moderne, et sur l’indispensable nécessité de son étude pour le médecin, le pharmacien et pour toute personne, en un mot, qui se livre à l’étude des drogues ou substances médicinales. Notre but n’est point non plus de faire ressortir les avantages qu’elle a procurés aux diverses sciences qui servent de base à l’art de guérir , de faire voir le parti que la Physiologie a pu tirer de la connaissance de la nature intime des tissus et des fluides dont les corps organisés sont constitués. Un seul exemple , celui de
CHIMOPHYLLE, 5g
la théorie de la respiration et de la chaleur animale , suffirait pour prouver combien la Chimie a été utile dans l'explication des phénomènes de la vie. Nous pourrions rappeler à ce sujet les applications que des savans célèbres en ont faites aux doctrines médicales ; mais comme la plupart de ces applications étaient plus brillantes en théorie que fondées en réalité , puisque les corps vivans ne sont pas uniquement soumis aux lois qui régissent la matière inerte , et que les organes ne sont pas des instrumens assimilables à ceux dont nous nous servons si commodément dans les laboratoires , nous n'aurons garde d'entrer dans plus de détails sur un sujet si difficile et si fertile en discussions interminables.
Toutes les divisions que l'on a proposées pour faciliter l'étude de la Chimie peuvent se réduire à deux principales , savoir : la Chimie inorganique et la Chimie organique . Les branches de cette science , que l'on avait prétendu distinguer sous les noms de Chimie météorologique , minérale , végétale et animale, se rapportent à ces deux classes. Quant à celles que l’on a nommées Chimie pharmacologique , manufacturière et économique, il est clair que l'on ne peut les séparer naturellement ; c'est la Chimie appliquée à la Médecine, aux arts et aux besoins de la vie , c'est-à-dire le point de vue sous lequel nous devons envisager cette science dans le cours de cet Ouvrage, (A. C.)
CHIMOPHYLLE A OMBELLES. Chimophila umbellata , Pursh et Nuttall. — Ricli. Bot. méd., t. I, p. 337. Pprola umbellata, L. ( Famille des Ericinées ,’Décandrie Monogynie, L. ) Ce petit arbuste croît dans l'Amérique septentrionale et dans le nord de l’Europe. On le trouve assez fréquemment de l’autre côté du Rhin, dans la forêt Noire et dans presque toute l’Allemagne. Sa racine rampante donne naissance à deux ou trois tiges, hautes de 4 à 5 pouces , portant vers leur milieu des feuilles cunéiformes allongées , à dentelures profondes , coriaces , lisses et glabres des deux côtés. Les fleurs sont grandes, pédicellées, de couleur blanche, et forment une sorte de corymbe ou d'ombelle simple au sommet d’un pédoncule commun.
60 CHIOCOCCA RACEMOSA.
Les feuilles de cette plante ont une saveur à la fois douce et amère ; les tiges et les racines sont- douées, en outre, d’une astringence qui est due au tannin qu’elles paraissent contenir en assez grande quantité. Les médecins de l’Amérique septentrionale vantent beaucoup cette plante dans les maladies des reins, ainsi que dans une foule d’affections qu’il ne nous paraît pas nécessaire d’énumérer ici , parce que ces propriétés médicales sont loin d’être avérées ; ils ont pour elle la même estime que nos médecins européens avaient autrefois pour la busserole, qui se rapproche de la chimopliylle par ses affinités botaniques aussi bien que par ses qualités physiques.
On donne ce médicament en décoction , à là dose de 2 gros dans 2 livres d’eau. (A. R.)
CHINA. Dans la droguerie, et principalement chez les Espagnols , on désigne sous ce nom diverses parties des végétaux employés en Médecine : ainsi le China cartes est l’écorce de quinquina; le China rabies est la racine de squine. / . ces mots.
CHINININGA. M. Lesson a publié, dans le Bulletin des Sciences médicales de M. De Férussac, novembre 1825, une notice sur la racine que les habit-ans de Payta, au Pérou, nomment chinimnga ou chininga. Elle est produite par un arbuste qui croît dans les montagnes du Haut-Pérou , à 3o lieues de la cote de Payta. Joseph Pavon lui a donné le nom de Unanuca febrifuga. Cette racine est grosse comme le doigt, arrondie, un peu rameuse , à écorce noirâtre ; sa saveur est excessivement amère, et les Péruviens la préfèrent au meilleur quinquina, dans les maladies qu’ils appellent fièvres de mauvais caractères. Les docteurs Luzuriaga et Ruiz Font administrée en poudre, à la dose d’un scrupule à un demi-gros toutes les trois heures.
CHIOCOCCA RACEMOSA. C’est un arbrisseau de la famille des Rubiacées et de la Pentandrie Digynie, L. , qui croît en abondance au Brésil, dans les Antilles et les Florides. Sa racine est connue dans les grandes provinces de Baliia et de Minas- Geraes, au Brésil, sous les noms de Cainana et de Cainca.
CHIRETTA. 61
M. Langsdorff , consul général de Fempereur de Russie à Rio- Janeiro, a publié, dans les journaux d’Allemagne, etplus récemment dans les Ann. des Sciences naturelles, nov. 1826, quelques renseignemens sur cette racine, qui jouissait autrefois d’une grande réputation chez les peuples de l’Amérique méridionale , pour la guérison des morsures faites par les serpens venimeux. Il est probable que la racine du Cliiococca anguifuga , qui, sen Ion M. Martius , possède de telles propriétés , est la même que celle de Cainca. On est aujourd’hui un peu revenu de cette estime ; mais on l’emploie avec succès dans le traitement de plusieurs maladies. D’après les renseignemens que nous a fournis le docteur Soares de Meirelles, nous avons fait connaître (1) l’emploi médical de cette racine. Elle a une saveur amère, piquante , et une odeur nauséabonde ; son action paraît s’exercer spécialement sur les organes de la digestion et sur l’appareil urinaire. Elle offre cet avantage sur les drastiques , de n’occasioner aucunes coliques, quoiqu’elle provoque d’abondantes évacuations. Cette racine est aussi un bon excitant de l’utérus, et, sous ce rapport, on Fa employée avec succès dans l’aménorrhée , et en général contre les maladies où il est convenable d’exciter l’utérus.
On administre la racine de Chiococca racemosa en infusion aqueuse , à la dose de 2 gros par pinte d’eau bouillante , que l’on donne par verrée.
On en prépare une teinture alcoolique, dont la dose est d’un à deux gros. Enfin , on peut aussi la prendre en poudre ; la dose est d’abord de 20 à 3o grains, que l’on augmente graduellement. (A. R.)
C1ÎIRETTA ou GHIRAYTA. Roxburgh a décrit, dans la Flore de Coromandel , une plante de la famille des Gentianées et de la Pentandrie Digynie, L., qu’il a nommée Genliana Chirayla; son nom spécifique est celui qu’elle porte vulgairement dans l’Inde, où elle est employée comme fébrifuge. Cette plante a une
(1) Journal de Cliimie medicale , t. II, p. 33g.
62 CHIRETTA.
tige ligneuse jaunâtre , de la grosseur d'une plume à écrire , recouverte d’un épiderme brunâtre, branchue supérieurement, offrant un canal médullaire très grand , haute de 2 à 3 pieds , et munie de feuilles opposées. Ses fleurs sont disposées en panicules dichotomes ou trichotomes aux extrémités des ramifications de la tige et sur des pédoncules axillaires. Quelques différences dans la structure de la fleur , comme, par exemple, la forme spirale des anthères , autorisent à penser qu’elle n’est pas convenablement placée dans le genre Gentiane; néanmoins, ce n’est qu’après avoir étudié les nombreux genres de Gentianées , surtout les genres Exacum, Sebœa, Chironia , etc. , qui ont de nombreuses espèces indigènes des Indes orientales, qu’on serait en droit d’établir un nouveau genre sur cette plante. M. Lemaire-Lisancourt nous semble donc avoir agi avec trop de précipitation , en proposant l’établissement d’un nouveau genre ( Y. Bulletin de la Société philom. , novembre 1824) qui aurait pour type le Gentiana Chirajta deRoxburgh. Nous observerons également que le nom à’Henricea qu’il a employé est trop semblable à celui d ’Henricia, sous lequel M. Henri Cassini a désigné, depuis plusieurs années , un genre de Synanthérées.
La saveur des tiges ligneuses et de la moelle du Chiretta est excessivement amère (qualité que possèdent à un degré plus ou moins considérable toutes les plantes de la famille des Gentianées). Analysées par MM. Lassaigne et Boissel (1), ces tiges ont offert les résultats suivans : i°. une résine; 20. une matière amère d’un jaune foncé; 3°. une matière colorante d’un jaune brunâtre; 4°- de la gomme ; 5°. de l’acide malique ; 6°. du chlorure de potassium , du sulfate de potasse , et du phosphate de chaux ; rj°. et des traces d’oxide de fer.
Dans une note sur le Calamus verus odoratus des anciens (2), M. Guibourt a cru reconnaître l’identité de cette substance avec le Gentiana Chirajta , quoique cette dernière plante soit
(1) Journal de Pharmacie, t. VII, p. 283.
(2) Journal de Chimie medicale , t. I , p. 229.
CHLORATES. " 63
absolument dépourvue d’odeur. Il s’est appuyé sur l’autorité d’un auteur ancien, qui dit positivement que le Calamus verus n’est pas odorant ; mais d’autres auteurs des mêmes âges affirment au contraire que le Calamus a une odeur agréable. Que faut-il en conclure , sinon que les anciens ne s’accordaient pas sur la plante qu’ils ont nommée Calamus , ou plutôt que l’un deux ( Garcias ) est le seul qui se soit trompé relativement à cette dernière substance. V ’. Calamus verus. Il convient de dire, en faveur de l’opinion de M. Guibourt, que l’analyse du Calamus , par M. Boutron-Charlard (i), a donné des résultats très analogues à ceux obtenus par MM. Lassaigne et Boissel , pour le Chiretta. (A. R.)
CHITINE. M. Auguste Odier (2) a nommé ainsi la substance solide des élytres et autres parties cornées des insectes. Elle forme à peu près le quart de ces envelopes , que l’on avait considérées comme analogues à la matière cornée des animaux vertébrés. On l’obtient en traitant à chaud les élytres par la potasse , dans laquelle elle est insoluble , ce qui la distingue au premier abord de la corne, des cheveux et de l’épiderme. Elle est soluble dans l’acide sulfurique à chaud ; elle ne jaunit point dans l’acide nitrique ; elle brûle sans boursouflement^ c’est-à-dire en laissant un charbon qui conserve la forme de l’organe ; enfin, elle ne contient point d’azote. Par ce dernier caractère, elle se rapproche des matières végétales, et l’auteur la compare au ligneux. M. Auguste Odier a retrouvé la chitine dans la carapace des Crustacés. (A. G.)
CHLORATES, Muriates oxigénés, Muriates sur-oxigénés. On a donné le nom de chlorates à un genre de sels résultant de la combinaison de l’acide chlorique avec les bases salifiables. Berthollet, en 1788, fit connaître la plupart de ces sels , mais il les désigna sous le nom de muriates oxigénés , le chlore à cette époque étant regardé comme une combinaison
(1) Journal de Chimie me'dicale, t. I , p. 233.
(2) Mémoires de la Société d’Histoire naturelle de Paris, t. I, p, 29.
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d’acide muriatique et d’oxigène. A une e'poque plus rapprochée , on reconnut que ces combine's contenaient plus d’oxigène que n’en eût indiqué la simple combinaison de l’acide muriatique oxigéné avec les bases. On leur donna alors le nom de mûri aies sur-oxi génés . On était fondé à admettre cette dénomination par la remarque que l’on avait faite , que toutes les fois qu’on faisait passer de l’acide muriatique oxigéné dans une solution alcaline , on obtenait en même temps et du muriate simple et du muriate oxigéné ; de là on avait conclu, d’après la théorie reçue , que , dans cette réaction , une partie de l’acide muriatique oxigéné se sur-oxigénait aux dépens de l’autre , ramenée à l’état d’acide muriatique simple.
Depuis l’admission de la théorie du chlore , on a démontré que ce corps simple était susceptible de donner naissance à deux acides, l’un formé de chlore et d’hydrogène, Y acide hjdro chlorique ; l’autre formé de chlore et d’oxigène , Y acide chlo— rique. Ainsi , lorsqu’on fait passer un courant de chlore dans une solution alcaline , il y a formation , aux dépens des élé— mens de l’eau , de deux acides qui s’unissent à la base salifiable ; il en résulte tout-à-la-fois un chlorate et un hydrochlorate.
Les chlorates sont peu usités : le chlorate de potasse, que l’on emploie dans les arts et dans la Thérapeutique , fait exception.
Les chlorates sont décomposables à une haute température : cette décomposition s’opère chez les uns avec dégagement d’oxigène et formation de chlorure; chez les autres, il y a dégagement d’oxigène et de chlore , et l’oxide métallique est mis à nu.
Cette différence a fait ranger les chlorates en deux sections.
CHLORATE DE POTASSE, Muriate oxigéné de potasse , Muriate sur-oxigéné de potasse. On a donné le nom de chlorate de potasse au sel qui résulte de la combinaison de l’acide chlorique avec la potasse.
Ce sel se prépare de la manière suivante : on met dans une
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tourille de grès ou dans un matras (i) placé sur un bain de sable , du peroxide de manganèse d’Allemagne , réduit en poudre fine ; on adapte à la tourille un bouchon de liège surmonté de deux tubes • Lun , en S , est destiné à introduire l’acide; l’autre, courbé à angle droit, conduit le chlore dans un flacon à trois tubulures , qui contient de l’eau destinée à laver ce gaz. Ce flacon, à l’une de ces ouvertures , reçoit un tube droit qui sert de tube de sûreté et qui permet la rentrée de l’air sans permettre l’absorption ; ce tube plonge seulement de quelques lignes dans l’eau de ce flacon. De la troisième tubulure du flacon part un tube qui va plonger dans une solution préparée avec la potasse d’Amérique , privée autant que possible des sels étrangers qu’elle contient. Cette solution portant 32° à l’aréomètre (2) est placée dans une tourille , et le tube qui y plonge doit être d’un assez gros diamètre. A l’extrémité de ce tube on ajoute un tube d’un diamètre plus petit ; celui-ci doit être bouché à la lampe, et recourbé en forme de crochet : la petite branche de ce tube, qui a 3 centimètres de longueur, est introduite dans le gros tube; la grande branche, fixée dans le bouchon de la tourille , doit se mouvoir facilement et faire jouer la petite branche dans le tube, afin de détacher les cristaux qui s’y déposent.
L’appareil étant disposé, on lute toutes les jointures : lorsque le lut est sec, on introduit dans la tourille, par le tube en S, une partie de l’acide hydro-chlorique. (La proportion de l’acide à employer est de 220 parties pour 100 parties d’oxide de manganèse.) On laisse dégager le chlore ; lorsque le dégagement cesse , on verse de nouveau de l’acide ; lorsque toute la quantité est introduite et que l’on remarque que le gaz passe lentement , on commence à faire du feu
(1) Selon que l’on opère en petit ou en grand.
(2) On prépare la solution de potasse en lessivant la potasse d’Amérique, concentrant Ja solution, la faisant évaporer, l’abandonnant ensuite pendant quelques joqrs , séparant les cristaux qui se forment dans le liquide, e'ten. dant ensuite d’eau pour l’amener à 32°.