‹ Dictionnaire des drogues simples et composées ou dictionnaire dhístoire naturelle médicale de pharmacologie et de chimie pharmaceutiqueChapitre 21 sur 193 · Tome IL · texte numérisé non relu

Tome IL

66 CHLORATES.

sous le fourneau ; on élève graduellement la température , de manière à obtenir un dégagement continuel. On cesse de faire du feu lorsqu’il n’y a plus de dégagement de chlore. On reconnaît qu’il a cessé [lorsque les tubes qui servent à conduire le gaz s’échauffent : cette élévation de température indique le passage de l’eau en vapeurs dans ces tubes.

Pendant le dégagement , le manipulateur observe la marche de l’opération ; il vide les tubes lorsqu’ils s’obstruent , ce qui lui est indiqué par l’élévation du liquide dans les tubes de sûreté.

Voici ce qui passe dans l’opération : le chlore qui se trouve en contact avec la solution alcaline , se divise en deux parties ; l’une s’unit à l’hydrogène, forme de l’acide hydro-chlorique; l’autre se combine à l’oxigène, forme de l’acide clilorique ; ces acides s’unissent à l’alcali pour former des sels. Lors de l’opération , si l’on agit dans un vase transparent , on aperçoit que la liqueur se trouble et qu’elle laisse déposer des flocons : ces flocons sont de la silice qui était tenue en dissolution par un excès d’alcali ; elle est séparée de cette combinaison par les acides formés. Après ce premier phénomène, des bulles s’élèvent du liquide , et vont crever à la surface ; ce dégagement de gaz est dû à la décomposition du carbonate de potasse parles acides hydro-chlorique et chlorique qui saturent l’oxide, et qui mettent à nu l’acide carbonique. Bientôt après on aperçoit des larmes brillantes qui tombent au fond de la liqueur, tandis que le dégagement de gaz carbonique continue : ces lames sont le sel formé d’acide chlorique et de potasse, qui est moins soluble que riiydro-chlorate ; ce dernier reste en solution dans le liquide , tandis que le chlorate se dépose au fond du vase, mêlé avec la silice.

Lorsque l’opération est terminée , on démonte l’appareil , on recueille sur une toile le sel ; on laisse égoutter ; on lave avec un peu d’eau froide ; on traite ensuite par l’eau bouil-' lante , et l’on filtre : la silice insoluble dans l’eau reste sur le filtre , le chlorate liquide passe , sa solution cristallise par refroidissement. Si l’on veut obtenir ce sel en belles lames , il

CHLORATES. 67

faut avoir soin de redissoudre une deuxième fois, et de ménager le refroidissement pour qu’il puisse s’opérer lentement.

Le chlorate de potasse présente les caractères suivans. Il est blanc nacré , cristallisant en lames hexaèdres ou rhomboïdales. Il est soluble dans quinze parties d’eau froide; plus soluble à chaud , puisqu’il n’exige que deux parties et demie d’eau bouillante. Il se dépose alors par refroidissement.

Soumis à l’action de la chaleur, dans une petite cornue , il entre en fusion ; à une température assez élevée, il laisse échapper de l’eau, puis de l’oxigène (1); il passe alors à l’état de chlorure de potassium, qui reste dans la cornue.

La chlorate de potasse est formé

d’acide chlorique 61,228

d’oxide de potassium 88,772

Le chlorate de potasse est employé dans les arts en très grande quantité ; on s’en sert pour la fabrication de la poudre fulminante, et pour celle des allumettes dites oxigênées. fKV. ce mot.) Comme tous les produits dont le prix est un peu élevé, ce sel est souvent falsifié : on a reconnu qu’on le mélangeait à du nitrate et à de l’hydro— chlorate de potasse. Ce dernier sel peut provenir, ou d’un mélange fait après l’opération, ou du peu de soin apporté à sa préparation.

Les caractères suivans peuvent servir à faire reconnaître le chlorate à l’état de pureté : i°. il doit fuser sur les charbons sans faire de bruit; 20. séché, pulvérisé et mêlé à une demipartie de soufre , le mélange doit s’enflammer par le contact d’un tube imprégné d’acide sulfurique à 66° ; 3°. sa solution ne doit pas précipiter le nitrate d’argent ; /\°. traité par l’acide sulfurique , il 11e doit pas donner lieu à un dégagement de gaz acide nitrique ou hydro-clilorique.

(1) M. Robiquet a évalue la quantité (l’oxigène qui se dégage de 100 parties de chlorate desséché à 38,88. D’après ce savant chimiste, 32,384 parties de cet oxi gène proviennent de l’acide chlorique, et 6,576 de l’oxide de potassium.

Le chlorate de potasse , mêlé à des sels étrangers , peut être séparé par cristallisation. Cette purification est fondée sur la propriété que possèdent les sels avec lesquels on le mélange, d’être plus solubles dans l’eau que ne l’est le chlorate : ils restent dans la dissolution , tandis que le chlorate cristallise , et se dépose sous forme de lames.

Le chlorate de potasse a été employé dans la Thérapeutique, contre la phthisie , et dans les cas de fièvres typhoïdes. La dose à laquelle on le donnait était celle de 20 grains, en solution

dans 4 onces d’eau. (A. C.)

CHLORE , Acide muriatique oxigéné. Acide marin déphlo— gistiqué , Acide oximuriatique. Le chlore est un corps combustible simple, découvert par Scheèle , en 1771. Ce chimiste le nomma acide marin déphlogistiqué. En 1785, Bertliollet, regardant ce produit comme un composé d’oxigène et d’acide muriatique, lui donna le nom d’acide muriatique oxigéné. Kirwan voulant abréger cette dénomination , lui substitua celle d’acide oxi-muriatique. En 1809, MM. Gay-Lussac et Thénard, d’après diverses expériences, conclurent que le gaz qu’on croyait composé d’oxigène et d’acide muriatique pouvait être , d’après certaines considérations , regardé comme ne contenant pas d’oxigène. La publicité de cette idée conduisit M. LI. Davy à faire des recherches sur la nature de cette substance, et à reconnaître, par suite de ces recherches, que l’acide marin déphlogistiqué de Scheèle était un corps simple indécomposable. Le nom de chlore lui fut donné à cause de sa couleur jaune.

Un grand nombre de savans se sont occupés du chlore. Parmi ces chimistes, on compte Scheèle, Kirwan, Bertliollet, Guyton de Morveau, Ampère, Chénevix , Gay-Lussac, Thénard, Davy , etc. Quelques-uns d’eux firent de ce corps des applications particulières : Guyton de Morveau s’en servit pour la désinfection de Pair ; Bertliollet l’appliqua au blanchiment ; on l’employa, dans quelques cas, comme agent thérapeutique , etc. , etc.

Le chlore se prépare de la manière suivante. O11 mêle et

on introduit dans un matras (1) 5oo parties de sel marin décrépite, réduit en poudre fine, is5 parties de peroxide de manganèse d’Allemagne parfaitement pulvérisé; on ajoute ensuite au mélange 25 o parties d’eau ; on met le matras , qui doit avoir une capacité quatre fois plus considérable que ne l’exige le volume du mélange , dans un bain de sable placé sur un fourneau. On ferme le matras avec un bouchon dans lequel 011 fixe deux tubes : l’un, recourbé en S, est destiné à introduire l’acide dans le matras ; l’autre de sûreté, courbé à angle droit, est fixé dans un bouchon qui ferme un premier flacon contenant de l’eau destinée au lavage du gaz. Ce premier flacon supporte un second tube de sûreté , courbé à angle droit, qui va se rendre dans un second flacon, contenant l’eau destinée à être saturée de chlore. Ce second flacon peut être suivi d’un troisième et d’un quatrième, joints de la même manière. Dans le dernier, au lieu d’eau , on peut placer de la chaux délitée : celle-ci est destinée à absorber le chlore qui ne se serait pas dissous dans l’eau contenue dans les flacons précédons. Le chlore absorbé parla chaux donne lieu à un produit qui peut être employé à la désinfection ( le chlorure de chaux). L’appareil étant ainsi disposé , on ferme exactement toutes les jointures avec un lut préparé avec de la farine de lin réduite en pâte, à l’aide de colle d’amidon. O11 recouvre le lut de bandes de toile enduites de blanc d’œuf , et saupoudrées de chaux ; on laisse sécher les luts ; on introduit ensuite par le tube en S, et par petites portions , 5oo parties d’acide sulfurique à 66°; on laisse d’abord réagir ; on chauffe ensuite peu à peu, et l’on continue de chauffer le matras, jusqu’à ce que le dégagement du chlore soit terminé.

Les proportions d’acide , d’oxide (2) et de sel , que nous

(t) Lorsqu’on opère en grand , on remplace le matras par une tourille , et l’on se sert de tubes d’une plus grande dimension.

(2) L’oxide de manganèse des divers pays peut être employé pour obtenir le chlore; on doit avoir égard h sa pureté et aux proportions des substances étrangères que contiennent les variétés d’oxides.

avons indiquées, peuvent donner du gaz en quantité suffisante pour fournir 18 litres de chlore liquide. C’est à l’opérateur à augmenter ou à diminuer ces doses , d’après la quantité de chlore qu’il veut se procurer.

On peut obtenir le chlore, en employant un mélange d’acide hydro-chlorique et d’oxide de manganèse dans les proportions suivantes : oxide de manganèse, ioo ; acide hydro-chlorique du commerce , 220 parties ; se servant du même appareil que celui que nous avons décrit précédemment , et agissant de la même manière.

Voici ce qui se passe lorsqu’on prépare le chlore. Dans le premier cas, lorsqu’on emploie l’acide sulfurique^ l’oxide de manganèse , le sel et l’eau, une partie de l’eau est décomposée. Il résulte de cette décomposition de l’oxigène et de l’hydrogène : l’oxigène s’unit au sodium, et l’hydrogène au chlore; il y a formation d’hydro-chlorate , qui se trouve décomposé par l’acide sulfurique. Cet acide s’unit auprotoxide de sodium, et met l’acide hydro-chlorique à nu; l’acide hydro-chlorique dissous par la plus grande partie de l’eau quia échappé à la décomposition, se trouve en contact avec le peroxide de manganèse , réagit sur cet oxide , pe^d son hydrogène qui s’unit à l’oxigène du peroxide pour former de l’eau ; le peroxide, devenu protoxide, s’unit à l’acide sulfurique ;le chlore mis à nu se dégage. Il résulte de cette opération des proto-sulfates de soude et de manganèse, de l’eau et du chlore (1).

Dans le second cas, l’acide hydro-chloriqne se divise en deux parties : l’une , en ramenant le peroxide de manganèse à l’état de protoxide , donne naissance à de l’eau , et passe à l’état de chlore ; l’autre partie non décomposée s’unit au manganèse en partie désoxidé, et forme un hydro-chlorate. Il y a, d’après cette théorie , formation d’eau , d’hydro-chlorate de protoxide de manganèse qui reste en dissolution , et de chlore qui se dégage.

(1) La théorie du chlore , qui a été le sujet de discussions scientifiques, peut s'expliquer de plusieurs manières. (V^oir l'excellent ouvrage de M. Thénard, t.I.)

Le chlore existe dans la nature, non à l’état de liberté', mais en combinaison avec divers corps: uni à l’hydrogène, il forme l’acide hydrochloricpie , que l’on a rencontre' près des volcans, dans quelques eaux et dans des mines de sel gemme ; uni aux métaux , il forme des chlorures , etc.

Propriétés du chlore gazeux. Ce corps a une couleur jaune— verdâtre, une odeur et une saveur désagréables. Son poids spécifique a été porté à 2,4216. Il est impropre à la respiration et à la combustion . Une bougie enflammée étant plongée dans ce gaz, on voit bientôt la flamme pâlir, rougir et disparaître. A l’état sec, comprimé fortement, il ne se liquéfie point. Exposé à une température très basse, 5o°, il ne change pas d’état (1). A l’état humide , il se congèle au-dessus de zéro. Le produit de la congélation a été considéré par MM. Gay-Lussac et Thénard comme un hydrate qui , d’après M. Faraday , est formé de chlore 27,7, et d’eau 72,3. Cet hydrate, desséché et chauffe, se sépare en deux parties : l’une qui n’est presque que de l’eau, l’autre du chlore pur. Soumis à l’action d’une forte chaleur, le chlore n’éprouve aucune altération. Mis en contact avec F hydrogène à la température ordinaire, dans un lieu obscur, il n’y a pas de décomposition : si le mélange, dans les mêmes circonstances, est exposé à mie lumière diffuse, il y a union de ces deux corps, et formation d’acide liydro-chlorique ; si le mélange est au contraire exposé à Faction directe de la lumière émanée du soleil, il y a inflammation et détonnation (2). Le même effet a lieu , si l’on expose aune chaleur rouge un mélange d’hydrogène et de chlore. Il y a dans ces deux cas formation d’acide hydroehlorique.

Le chlore est soluble dans l’eau ; il communique à ce liquide sa couleur, son odeur et sa saveur. La quantité de chlore dis—

(1) M. Faraday a reconnu qu’on pouvait liquéfier le cîdore sec et gazeux en le comprimant et le refroidissant tout- à- la-fois. ( Annales de Chimie et de Physique , l. XXXII, p. 323.)

(2) Cette expérience n’est pas sans danger ; on doit, pour la faire, user de précaution.

soute dans l’eau froide est plus grande que celle dissoute dans l’eau à un degré de température plus élevé, à 20°, sous la pression de om,76. Ce liquide dissout une fois et demie son volume de chlore.

Le chlore gazeux , et l’eau saturée de chlore , peuvent servir au blanchiment des toiles , fds , papiers , des estampes , à la désinfection de l’air, des matières animales en putréfaction, des eaux corrompues , etc.

Uni à la chaux, le chlore forme un combiné, nommé chlorure de chaux , qui peut servir à la désinfection. Ce produit, exposé au contact de l’air, est susceptible d’être décomposé par l’acide carbonique. Cet acide s’empare de la chaux, met à nu de petites quantités de chlore qui agissent peu à peu , et qui sont employées à la désinfection , sans affecter sensiblement les organes , ce que fait le chlore dégagé en trop grande quantité. L’emploi du chlore dégagé à l’aide des acides, comme moyen de désinfection, est dû à Guyton de Morveau ; celle du chlore, des chlorures, fut proposée par M. Masuyer, par Bories et par M. Labarraque , qui fit de nombreuses et d’heureuses applications de ce moyen de désinfection. Ces applications valurent à ce pharmacien des récompenses qui lui furent décernées par deux Sociétés savantes et par le Gouvernement.

Le chlore est mis en usage pour reconnaître la valeur réelle de l’indigo du commerce. {V. Traité des réactifs .)

On l’emploie en Thérapeutique. O11 le regarde comme tonique , antiseptique, désinfectant. On l’a donné contre le scorbut, les dartres , les fièvres typhoïdes, les ulcères, etc.

Le clïlore a été recommandé comme antisyphilitique. Des expériences peu nombreuses , faites par MM. Vauquelin et Roussille , sur des vénériens , ne leur permirent par de décider la question. Ils remarquèrent que les malades qui prenaient la solution aqueuse de chlore avaient plus d’appétit , que leurs urines étaient plus abondantes, et que les excrémens qu’ils rendaient étaient décolorés.

Xe chlore a aussi été recommandé contre la scarlatine. (Braitli-

CHLOROPHYLE.

wate.) La dose est d’un demi à un gros , mêlé à 8 onces d’eau, à prendre dans le cours de la journée. (On doit garder cette préparation dans l’obscurité.) On le donne aussi contre l’angine, à la même dose, mais en gargarismes. Ce médicament a été administré contre la dyssenterie chronique. On a tiré peu de conclusions de ses effets. Administré à l’extérieur, en frictions contre la gale, j’en ai vu d’heureux résultats.

L’administration du chlore à l’intérieur demande des précautions de la part du praticien. On le donne à la dose de io à 1 1 gouttes dans un verre d’eau , pour combattre l’asphyxie déterminée par l’hydrogène sulfuré. Un moyen plus simple consiste à placer dans la bouche ou dans les narines du sujet un tube recourbé, dont la partie moyenne soit renflée en forme de boule ; on place dans cette boule du chlorure de chaux ; à l’aide d’un soufflet, on fait passer sur cette combinaison de l’air qui contient de l’acide carbonique , celui-ci met à nu de petites quantités de chlore, qui agissent sans danger.

Le chlore , comme désinfectant , peut être employé avec succès. (Guyton de Morveau.) La précaution qu’il y a à prendre pour tirer le plus grand parti de ce produit est de ne faire à la fois que de petites fumigations , qui ne puissent nuire aux personnes qui se trouveraient placées dans l’air recevant ce gaz destiné à désorganiser les miasmes contenus dans l’air.

CHLOROPHYLLE, Matière verte des feuilles, Résine, Fécule verte. MM. Pelletier et Caventou ont donné le nom de chlorophylle à la matière verte des feuilles, sur laquelle ils firent un travail publié en 1817 , dans le IIIe vol. du Journal de Pharmacie. Il résulte de ce travail que l’on peut se procurer cette matière colorante à l’état de pureté, en traitant par l’alcool déflegmé à la température ordinaire de l’atmosphère le marc bien exprimé de plusieurs plantes herbacées : la liqueur alcoolique dissout la matière colorante verte , elle se colore , et par l’évaporation spontanée fournit une substance d’un vert foncé, d’une apparence résineuse. Cette substance, réduite en poudre et traitée par l’eau chaude, acquiert un plus grand de-

74 CHLOROPHYLE.

gré de pureté, Feau la privant de quelques portions de matière brune extractive. La matière verte ainsi obtenue se dissout entièrement dans Falcool, l’éther , les huiles : soumise à Faction du chlore , elle perd sur-le-champ sa couleur verte.

Exposée à Faction de F air pendant quelque temps , elle n'a pas perdu sa couleur, et s’est dissoute de même dans Falcool en colorant en vert ce véhicule. Soumise à Faction de la chaleur , elle se ramollit , ne fond pas ; si le feu est augmenté , elle se décompose , fournit des produits analogues à ceux qui résultent de la décomposition des matières végétales. La chlorophylle réduite en forme de cylindre , exposée à la flamme d’une bougie, s’enflamme , continue de brûler , et laisse un charbon qui conserve la forme cylindrique.

Les acides agissent diversement sur la chlorophylle. L’acide sulfurique concentré la dissout à froid sans l’altérer. Cet acide mêlé avec une partie égale à. la sienne de teinture alcoolique de chlorophylle, ne lui fait éprouver aucun changement. La dissolution de ce produit dans Facide sulfurique se trouble et abandonne une partie de la matière verte , si on Fétend d’eau; il reste cependant dans la liqueur une quantité notable de matière verte que l’on peut en séparer en saturant Facide par un alcali ou par un carbonate alcalin. L’acide hydro-chlorique altère la chlorophylle , qui prend une couleur jaune qu’elle conserve. L’acide nitrique détruit la chlorophylle ; sa couleur verte est remplacée par une couleur d’un gris jaunâtre, enfin la matière disparaît; il y a dégagement d’acide nitreux. Cette solution ne fournit ni acide oxalique ni acide mucique , mais une matière d’un blanc sale qui n’a ni saveur ni odeur. Le chlore, comme l’avait déjà remarqué Proust, la décolore avec la plus grande rapidité : l’iode agit d’une manière analogue.

Traitée par les alcalis , la chlorophylle se dissout dans ces combinés sans s’altérer , et même en prenant une couleur plus belle. Si l’on sature l’alcali par un acide faible , la matière verte se précipite en partie sans avoir subi aucune altération.

MM. Pelletier et Caventou ont cru pouvoir affirmer que l’on pourrait , à l’aide de cette matière verte et par des procédés

particuliers, obtenir des laques susceptibles d’être fixées sur les papiers , et qui pourraient être employées dans l’art de la Peinture , pour remplacer le vert de Sclieèle .

Les auteurs du travail sur la matière verte ont conclu à regarder cette substance comme particulière , et qui doit être classée parmi les substances végétales très hydrogénées; ils pensent qu’elle doit être séparée des résines et rapprochée des matières colorantes, telles que le curcuma, Pommette , etc. , etc. (i).

CHLORURES. On a donné le nom de chlorures aux corps qui résultent de l’union du chlore avec les corps simples et avec quelques corps composés. Ces combinés sont en grand nombre, mais nous ne ferons mention que de ces produits mis en usage dans la Thérapeutique. *

Les chlorures sont divisés en deux grandes classes , les chlorures métalliques et les chlorures cLJoxdies. Les premiers résultent de l’union des métaux avec le chlore ; les seconds, de l’union de quelques oxides avec le même corps. Peu d’oxides métalliques sont susceptibles de s’unir au chlore ; ces oxides peu réductibles sont, les oxides de barium, de calcium, de sodium , de potassium , etc. Les chlorures d’oxides se distinguent des chlorures métalliques , en ce qu’ils participent de plusieurs propriétés du chlore , et particulièrement de celles de détruire les matières colorantes végétales, de désinfecter les matières en putréfaction , de laisser dégager du chlore lorsqu’ils sont exposés à l’air libre , etc.

Les métaux peuvent s’unir au chlore en diverses proportions;

(i) Quelques travaux sur l’alteration de la chlorophylle, dans les feuilles qui jaunissent , qui tombent, ou qui se colorent diversement, ont e te' annonces h l’Acade'mie royale de Mëdecine ; mais les résultats pratiques n’e'tant pas d’acord avec la théorie qu’on a donnée sur ces faits, nous croyons devoir les passer sous silence.

M. Decandolle, considérant que la chlorophylle n’est pas essentiellement caractérisée par sa couleur verte, et qu’elle offre diverses nuances selon les parties des végétaux où elle se trouve, propose de changer son nom en celui de chromule. ( Or scanographie végétale , t. I; Détervillc, 1827.)

ils forment alors des proto-chlorures et des deuto-chlorures . La quantité' de chlore exigée par les corps combustibles pour passer à Fétat de chlorures , a été comparée à celle de Loxigène absorbée par ces corps pour passer à l’état d’oxides. On a reconnu que la quantité de chlore dans les chlorures doit être à la quantité d’oxigène contenue dans les oxides , comme 4,388 est à i ; par conséquent un métal qui exige une partie d’oxigène pour passer à l’état d’oxide, exigera 4,388 de chlore pour passer à l’état de chlorure. Les chlorures jouissent de propriétés particulières que nous indiquerons à chacun des chlorures dont nous aurons à parler. Nous renverrons, pour des détails généraux sur ces combinaisons, aux traités de Chimie , et particulièrement à la cinquième édition de l’excellent ouvrage de M. Thénard., 1 (A. C.)

CHLORURE D’ANTIMOINE, Deuto-chlorure cC antimoine sublimé , Beurre cC antimoine , Muriate d3 antimoine sublimé . On a donné le nom de beurre d3 antimoine à un produit qui a la propriété de se liquéfier à une douce chaleur , de la même manière que le font les substances butyreuses , et de se solidifier par refroidissement ; il est formé

d’antimoine 54,88

chlore . 1 . i±5,i2

( Analyse de J. Davy. )

Plusieurs procédés ont été donnés pour obtenir ce combiné : le premier consiste à mêler de Fan ti moine métallique avec du sublimé corrosif ( deuto-chlorure de mercure ) , à distiller le mélange. A cet effet , on mêle 36 parties d’antimoine métallique pulvérisé avec 96 parties de sublimé corrosif en poudre ; lorsque le mélangé est fait bien exactement (pendant que Ton opère le mélange , il y a élévation de température ) , on l’introduit dans une cornue de verre , en ayant soin de 11e pas salir le col. (On se sert pour cela d’un tube que l’on fait en papier fort.) Lorsque l’introduction du mélange est faite , on place la cornue sur un bain de sable , et l’on y adapte un récipient ; on chauffe d’abord doucement, ensuite on élève gra-

duellement la température : 011 ob tient (1) des vapeurs qui se condensent sous la forme d’un liquide d’une apparence huileuse qui va se figer dans le récipient , et quelquefois même dans le col de la cornue. On obvie à cet inconvénient , qui pourrait donner lieu à la rupture de la cornue, en chauffant ce vase à l’aide de charbons allumés , qui déterminent la fusion du produit, qui coule alors dans le récipient. Lorsque, par l’action de la chaleur, il n’y a plus volatilisation du beurre d’antimoine, on cesse le feu, on laisse refroidir, on démonte l’appareil. Quelquefois le beurre d’antimoine qui a passé à la distillation est coloré ; dans ce cas , on lui fait subir une nouvelle distillation : pour cela , on fait fondre le produit , on l’introduit dans une cornue tubulée, et l’on procède comme nous l’avons déjà dit. Le résidu qui se trouve dans la cornue est un mélange de mercure et d’antimoine, plus une petite quantité d’arsenic, lorsque l’antimoine employé en contient. Lorsqu’on a une certaine quantité de résidu, on peut en séparer le. mercure par sublimation.

Ce procédé pour la préparation du chlorure , indiqué dans le nouveau Codex , n’est plus guère employé ; celui décrit par un de nos plus sa vans pharmaciens chimistes, M. Robiquet , mérite la préférence. Nous avons cru devoir le faire connaître à nos lecteurs.

Procédé donné, nar M. Robiquet , dans le Dictionnaire technologique.

On introduit dans un ballon de l’acide hydro-chloro-nitrique , préparé avec une partie d’acide nitrique , et trois parties d’acide hydro-chlorique. On place ce ballon sous la hotte d’une cheminée tirant bien, afin que les vapeurs qui s’en dégagent pendant l’opération n’incommodent pas l’opérateur. On ajoute ensuite peu à peu de l’antimoine en grenaille , en ayant soin

(1) Si les premières vapeurs qui s’élèvent sont colorées , il faut changer de récipient, afin d’éviter la coloration du produit.

de n’en mettre ni trop ni trop peu, afin que Faction soit modérée, et que Facide puisse se saturer de Foxide du métal, sans en suroxider une partie. On a soin d’ajouter un excès de métal. Quand il n’y a plus de dégagement de gaz, et que les vapeurs nitreuses ont cessé , on laisse en repos : la solution du chlorure se sépare du métal; on décante; on évapore le liquide dans un vase qui ne puisse être attaqué (i). Lorsque le liquide se prend en masse , on l’introduit par portions dans une cornue ; on place ce vase sur un bain de sable ; on y adapte un récipient qu’on chauffe , comme nous l’avons déjà dit. Une portion du produit passe à Fétat liquide; on sépare ce produit, on change de récipient, et on remplace par un autre dans lequel le beurre d’antimoine vient se concréter. Si le produit obtenu n’est pas blanc, on le rectifie. Lorsque la rectification est achevée, on liquéfie de nouveau le produit ; on le coule dans une capsule de porcelaine , qu’on recouvre avec un obturateur , et quand il est entièrement refroidi et figé, on le brise par morceaux , on l’introduit dans un flacon à l’émeri à large ouverture, qu’on a séché d’avance. On a soin de graisser légèrement le bouchon, afin qu’il n’y ait pas d’adhérence de ce corps avec le goulot du flacon.

La théorie de la formation du chlorure est simple. Dans le premier cas , le chlore quitte le mercure auquel il était uni dans le sublimé corrosif; il s’unit à Fantimoiné, et forme un chlorure qui se volatilise à une douce elialeui*. Dans le second, on forme un chlorure , et l’on amène ce produit à l’état de chlorure sec, parla concentration.

Le chlorure d’antimoine est blanc, demi-transparent, très caustique , onctueux , fusible au-dessous de la chaleur de l’eau bouillante, cristallisable en tétraèdre par refroidissement. Il est légèrement déliquescent et volatil au-dessous de la chaleur rouge.

Le beurre d’antimoine est un caustique des plus violons. On

(i) M. Robiquet recommande l’évaporation dans une cornue.

l’emploie à l’extérieur contre les excroissances fongueuses, les Verrues, la carie. Ce produit est aussi employé dans les arts, pour bronzer les canons de fusil. Administré à l’intérieur, ce chlorure est un violent poison. Les premiers secours à donner consistent dans l’administration d’une grande quantité d’eau , dans la provocation du vomissement, et dans l’emploi après l’évacuation d’eau légèrement alcaline.

Le beurre d’antimoine solide, mis en contact avec l’eau , donne naissance à un précipité blanc qui , lavé , séché et traité à l’aide de la chaleur, par le charbon , donne de l’antimoine métallique. La solution de chlorure d’antimoine est précipitée en jaune orangé ou en rouge brun par les hydro-sulfates: le précipité obtenu est du kermès ou du soufre doré.

CHLORURE D’ARGENT, Muriate d’argent, Lune cornée. On a donné le nom de chlorure d’argent à un produit qui résulte de l’union de l’argent avec le chlore , dans les propor-

tions de

Chlore . 24,66

Argent 75,34 (Thomson.)

Ce combiné se prépare de la manière suivante. On fait une solution d’argent, en prenant de l’argent pur, ou, si l’on veut, de l’argent de vaisselle (l’alliage de cuivre et d’argent); on le met en contact avec deux parties d’acide nitrique à 32°. Lorsque la dissolution est opérée , on l’étend d’une assez grande quantité d’eau distillée , on filtre ou on laisse déposer pour tirer la liqueur à clair. A la dissolution claire 011 ajoute de l’acide muriatique , ou une solution de muriate de soude , ou de potasse , jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de précipité. On laisse déposer, on décante la liqueur claire, 011 jette le précipité sur un filtre, et on le lave avec de l’eau distillée bouillante, jusqu’à ce que le liquide qui a passé sur ce produit en sorte tout— à-fait insipide; on fait égoutter, puis on le laisse sécher sur un filtre. Dans cette opération , les deux acides changent de base ; mais tandis que l’acide nitrique se combine à la soude, ou

8o CHLORURES.

à la potasse, l’acide hydro-chlorique qui s’est porte' sur l’oxide d’argent est décomposé ; son hydrogène s’unit à l’oxigène de l’oxide, forme de l’eau ; le chlore mis à nu s’unit à l’argent, et forme un chlorure insoluble, qui se précipite. Si l’on ajoute de l’acide hydro-chlorique seulement, l’acide se porte sur l’oxide d’argent ; il est décomposé , et il en résulte de même de l’eau et du chlorure

Le chlorure d’argent jouit des caractères suivans. Il est au moment de la précipitation sous forme de flocons volumineux ; exposé au contact de la lumière , il se colore en brun foncé , puis en violet. A l’état humide, il est insoluble dans l’acide nitrique , soluble dans l’ammoniaque. La solution ammoniacale laisse déposer par évaporation des cristaux de chlorure. Exposé à l’action de la chaleur, il se fond très facilement. 11 prend par refroidissement une couleur grise et la transparence de la corne , ce qui lui a fait donner le nom de lune cornée . Traité par la potasse , à l’aide de la chaleur, il y a décomposition , réduction du métal. V. Argent. '

Le chlorure d’argent est employé dans les arts pour argenter. On le prépare quelquefois dans le but d’obtenir de l’argent à l’état de pureté.

Ce produit n’a pas encore été introduit dans la Thérapeutique. Cependant si l’on considère l’action que conserve le nitrate d’argent , mêlé à des extraits qui contiennent presque toujours des hydro-chlorates qui doivent le décomposer, on pourra peut-être en conclure que l’examen des propriétés de ce sel ne serait pas tout-à-fait inutile. (A. C.)

CHLORURE DE BARIUM. V. Hydro-chloraie de baryte.

CHLORURE DE CALCIUM. V. Hydro-clorate de chaux fondu.

CHLORURE DE CHAUX, Bichlorure de chaux , Muriate oxi~ gêné de chaux , Oximuriate de chaux , Muriate sur-oxigéné de chaux , Poudre de Tenant, Poudre de blanchiment , Chlorure d oxide de calcium.

On a donné le nom de chlorure de chaux à un produit résultant de l’union du chlore avec l’oxide de calcium. On doit avoir soin de faire une différence de cette combinaison avec celle qui

résulte de l’union du chlore et du calcium , le chlorure de calcium (ï).

La découverte du chlorure de chaux n’est pas précisée dans les ouvrages que nous avons consultés : on sait seulement que ce produit fut préparé en grand à l’état sec par Mascintosck , de Glascow, en 1798. Il fut ensuite préparé par Tennant, qui prit un brevet { patente ) pour sa préparation et son application à l’art du blanchiment. Divers travaux sur cette combinaison furent publiés; Dalton, Welter, Thompson et plus récemment M. Grouvelle, ont donné des détails sur l’examen qu ils firent du chlorure et sur son analyse.

Le chlorure de chaux fut d’abord employé au blanchiment. Les heureux résultats qu’on obtint de son emploi ont rendu son usage très fréquent ; on s’en sert aujourd’hui pour décolorer la toile, les cotons, la pâte du papier, l’amidon de fécule, etc.

Depuis quelques années, ce chlorure a acquis une nouvelle importance parles soins que se donna M. Labarraque, pharmacien de Paris , pour faire connaître son importance dans l’art de l’assainissement. Des discussions s’étant élevées sur la priorité de la découverte des propriétés désinfectantes, du chlorure, et sur son application à la désinfection, nous allons établir les faits d’une manière exacte.

Les premières expériences dans lesquelles le chlorure de chaux fut employé paraissent avoir été faites par M. Masuyer, professeur à l’école de Strasbourg. En effet , on lit dans des observations faites en 1809 et publiées en ijBi 1 , que ce produit, placé entre les lits des malades , détruit les miasmes (2) . Le passage suivant, que nous rapportons textuellement, explique ce phénomène de la manière suivante: Le muriate sur-oxigéné de chaux (le chlorure de chaux) a la propriété , comme le savent les chimistes , de laisser dégager petit à petit son gaz acide muriatique oxigéné , de maniéré cpue , depuis le pavé jusque passé la hauteur d’homme , on sent à de grandes distances son

(0 Le muriate de chaux auquel on a fait subir la fusion ignee. (2) Paris, Gabon libraire.

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