Tome II
odeur , qui est plutôt agréable , dans un certain éloignement ? que désagréable ; et ce dégagement est continu et successif, de manière que le lendemain matin on en sent encore les émanations en approchant des endroits ou il a été répandu ; d’o'u il suit que pendant tout ce laps de temps il a produit ce double effet, de détruire les miasmes émis par le malade , à me sure de leur émission , et de garantir , autant que possible, les deux voisins des funestes effets de cette émission, qui ne traverse pas impunément celte atmosphère .
Les expériences de M. Masuyer sont antérieures à cette publication , car on trouve dans les Ann. de Chim ., t. LXIV, un écrit de Parmentier, publié en réfutation d’une lettre de M. Masuyer, qui, d’après la note insérée dans les Annales, paraissait contenir les expressions suivantes (i) : // suffit d’avoir du muriate sur-oxigéné de chaux quon jette dans de Veau destinée à V arrosement des salles avec un deux-centième d’acide sulfurique , lorsqu’on veut un dégagement prompt et rapide de chlore, et sans le concours de cet acide si l’on ne veut pas accélérer ce dégagement (2).
La réfutation du moyen proposé par M. Masuyer , faite par Parmentier , a pour base la préparation longue et dispendieuse du muriate sur-oxigéné de chaux ; elle contient la phrase suivante : Comment M. Masuyer, guidé par des motifs assurément bien louables , ri a-t-il pas senti qu’il était impossible qu’une matière qui n’a pas les inconvéniens du gaz muriatique oxigènê en état de vapeur ou de fluide élastique , eût cependant la faculté d’exercer sur l’air infecté l’action qui ri appartient qu’au gaz ? Recommander un agent qui ri a pas la puissance d’affecter les organes , c’est supposer contradictoirement qu’il conservera deux propriétés incompatibles . Cette note du savant Parmentier , publiée en 1807 donne à M. Masuyer la priorité de
(ï) Voir le tome XLIV des Annales de Chimie.
(2) Formule donnée par M. Masuyer , pour préparer le muriate sur-oxigënë de chaux liquide Muriate sur-oxigënc de chaux. 5 parties,
Eau ordinaire ioo parties.
l’application du chlorure de chaux ( muriate oxigéné de chaux) à la désinfection. Cette application a depuis été' étendue à un bon nombre de désinfections ; mais il est à remarquer que la manière dont furent accueillis les premiers travaux de M. Masuyer a pu dégoûter ce savant d’appliquer ce produit à d’autres cas d’assainissement ( i ) .
Une application du chlorure de chaux fut ensuite indiquée par M. Bories , pharmacien de Montpellier ( Annales de la Société de Médecine de Montpellier, 1822 ), mais il existe une| grande différence entre l’application du chlorure par MM. Masuyer et Bories. Le premier appliqua directement ce combiné à la desinfection de l’air ; le second se servait du chlorure pour préparer une liqueur chargée de chlore , dont on faisait des lotions pour se préserver des maladies contagieuses. M. Bories, dans ce cas, a dû considérer le chlorure comme un réservoir de chlore -, susceptible d’ètre utilisé au besoin.
En 1822, M. Labarraque fit usage des chlorures comme moyen d’assainissement. Il les appliqua d’abord à l’art du boyaudier , et les succès qu’il obtint de l’emploi de cès produits furent tels, que la Société d’Encouragement, à ce sujet, lui décerna un prix. v
Encouragé par ce succès , M. Labarraque appliqua successivement le chlorure à la désinfection des cadavres , des amphithéâtres , des salles de dissection , des paniers à poissons. Il en conseilla l’usage dans la Thérapeutique , et bientôt on reconnut que l’on pouvait s’en servir avec avantage pour obtenir la guérison des plaies de mauvais caractère , pour combattre les causes des asphyxies produites par les gaz qui se dégagent des puisards, des fosses d’aisance, etc. Il mit encore les chlorures en usage pour détruire l’odeur infecte des plombs , des baquets à urine ; il l’indiqua comme préservatif du typhus nautique. Les divers succès qu’eurent ces applications valurent à l’auteur
(1) L'Académie royale des Sciences a décerné un prix à M. Masuyer.
le prix de l’Institut, et en novembre 1826, il fut nomme membre de la Légion-d’Honneur.
Les applications du chlorure ayant eu d’aussi heureux résultats , elles se multiplièrent , et postérieurement à ces faits MM. Payen et Chevallier firent usage du chlorure de chaux dans la désinfection des fosses d’aisances ( Journ . deChir. méd.> t. I ); mais la quantité de chlorure nécessaire à cette désinfection rendant cet emploi trop coûteux , ils firent intervenir la chaux en même temps que le chlorure , et la désinfection en grand fut opérée avec succès sur la fosse d’aisance d’une maison de santé établie rue Copeau, n° i5. L’emploi de la chaux et du chlorure, dans ce cas, est peu considérable, et le prix de vidange est peu augmenté.
Le chlorure de chaux fut aussi appliqué par M. Chevallier à la désinfection des étables; et ce fait, publié dans l’Hygie du 25 novembre 1823 , fut confirmé par une note de M. Labarraque contenant des faits analogues , et qui fut insérée dans le Journal de Médecine vétérinaire, année 1826.
M. Accarie, pharmacien de Valence, proposa plus tard le chlorure de chaux liquide pour désinfecter l’alcool odorant qui avait servi à conserver des matières animales. Un rapport à ce sujet fut fait à l’Académie royale de Médecine, par M. Chevallier. Ce pharmacien reconnut que l’emploi du chlorure dans cette opération est moins convenable que celui du chlore employé à faire la même opération.
Assimilant à l’infection l’odeur et le goût que les eaux-devie de fécule et de grain possèdent , quelques chimistes indiquèrent l’emploi du chlorure pour les priver de ces propriétés. Quelques difficultés s’opposent à l’emploi de ce procédé ; c’est la détermination exacte des quantités , détermination qui ne peut être que le résultat de tâtonnemens faits sur chacune des liqueurs alcooliques que l’on doit traiter. Cependant ce moyen, étudié avec soin , ne peut manquer de donner d’heureux résultats à celui qui parviendra au but que l’on se propose dans cette application utile aux arts.
Préparation du chlorure de chaux.
Le chlorure de chaux se prépare en grand pour le besoin des arts , en faisant passer du chlore dans une chambre bâtie d’une manière convenable , et dans laquelle on a établi des tablettes de bois sur lesquelles on place de la chaux délitée. Cette chambre a deux fenêtres en regard , par lesquelles l’opérateur voit si les vapeurs de chlore sont absorbées par l’hydrate de chaux. Au moyen d’une porte pratiquée sur l’une des parois, on retire le chlore lorsqu’il est préparé ; en face de la porte est une ouverture par laquelle le chlore gazeux , préparé dans un appareil et d’une manière convenable , arrive dans la chambre. Une soupape hydraulique , placée sur le toit de la chambre , est utile en cas de dilatation des gaz. Cet appareil, indiqué dans le deuxième volume du Journal de Chimie médicale , n’est pas employé par le pharmacien , qui peut préparer son chlorure , soit liquide, soit solide, par d’autres procédés.
Procédé employé à Jouy en 1816.
On introduit dans un tambour ou cylindre garni intérieurement de rayons de bois étroits et minces, et tournant autour d’un axe creux , de la chaux hydratée; à travers l’axe creux, on fait passer du chlore, et l’on met le cylindre en mouvement. Le chlore qui arrive dans le cylindre étant, par cet état d’agitation , en contact avec la chaux hydratée , il se combine avec cet oxide qu’il sature : lorsque la combinaison est faite, on retire le chlorure, et on le conserve dans des vases bien bouchés.
Procédé de M. Labarraque.
On prend de la chaux hydratée , préparée en éteignant la chaux avec l’eau ; on la mêle avec du muriate de soude , dans la proportion de 20 parties de chaux et d’une partie de sel marin. On introduit le mélange dans de grands pots en grès, ayant une forme allongée; on fait arriver le chlore préparé par les moyens ordinaires dans ce mélange , en ayant soin de faire
arriver len tement ce gaz dans le vase contenant le mélange ; on continue L'opération jusqu’à ce que la chaux hydratée soit suffisamment chargée de chlore, ce que Ton reconnaît à ce que le mélange s’humecte ; ce phénomène indique que l’opération tire à sa fin. On s’assure à l’aide du chloromètre de M. Gay- Lussac, du point de saturation de ce chlorure.
On peut encore préparer ce produit en introduisant dans un cylindre de plomb , de la chaux délitée , fermant ce cylindre par deux tampons , à l’un desquels on adapte un tube destiné à conduire le chlore pur et lavé dans le cylindre ; et à l’autre tampon est adapté un second tube dont l’extrémité inférieure , courbée à angle droit, va plonger dans du lait de chaux. Ce tube sert à recueillir les portions de chlore qui ne se seraient pas combinées à la chaux , qui se dégageraient inutilement , et qui pourraient incommoder l’opérateur.
On se sert pour la production du chlore d’une tourille en grès à deux tubulures : l’une supporte un tube destiné à introduire l’acide dans la tourille qui contient les produits destinés à la formation du chlore ; l’autre à conduire le chlore qui se dégage dans une tourille contenant un peu d’eau destinée à laver ce gaz. Cette tourille supporte un second tube par lequel le chlore lavé se rend dans l’appareil. Pendant l’opération, on rafraîchit les parois du cylindre, afin que la température ne puisse pas s’élever et donner lieu à la décomposition d’une partie de chlorure , et en même temps pour faciliter son union avec l’hydrate de chaux. Les quantités des produits mis en usage pour la fabrication du chlore ont été indiquées à l’article Chlore. V. ce mot.
On peut aussi se procurer le chlorure de chaux liquide , en faisant arriver du chlore gazeux dans du lait de chaux , continuant l’introduction du gaz jusqu’à ce qu’il y en ait en excès. L’opération étant finie , on filtre la liqueur que l’on conserve dans des bouteilles bien fermées. (A. C.)
CHLORURE DE CHAUX LIQUIDE , Solution de chlorure de chaux. On a donné le nom de chlorure de chaux liquide à la solution du chlorure de chaux dans l’eau. Cette solution est
employée au blanchiment et à la désinfection. Elle^e prépare de la manière suivante.
On divise dans un mortier le chlorure de chaux sec ; on y ajoute d’abord une petite quantité d’eau ; on en ajoute successivement, de manière à rendre le tout liquide. On laisse déposer ; on décante ; on remet à plusieurs reprises de l’eau sur le résidu; on réunit les solutions plus ou moins concentrées, et on les enferme dans des bouteilles bien bouchées. Des proportions différentes les unes des autres ont été données pour préparer la solution destinée à la désinfection.
Formule donnée par M. Masujrer (1).
Chlorure de chaux (muriate
sur-oxigéné) 5o gram. ( i once 4 gros {) »
Eau iôoo gram. (2 livres) .
Dissolvez, tirez à clair ou filtrez.
Formule donnée par M. Labarraque.
Chlorure de chaux 5oo grammes (1 livre) ,
Eau 24 litres (48 liv.).
Formule donnée par A. Chevallier. ( Journal de Chimie
médicale .)
Chlorure de chaux àgo° . . 100 grammes (3 onces 1 gros),
Eau 1000 grammes (2 livres) .
Chacune de ces solutions , comme on le voit , contient une quantité différente de chlorure. Lorsqu’on destine ce produit à la désinfection , on peut employer Feau saturée de chlorure. La quantité de ce combiné contenue dans cette dernière solution fpurnit 32 grammes de chlore , qui , lors de la désinfection, agissent en désorganisant les miasmes qui s’élèvent des corps en putréfaction.
(1) Si fon veut dégager le chlore en masse , on ajoute 20 grammes ( 5 gros) d’acide sulfurique à la solution.
Emploi du chlorure de chaux liquide pour la désinfection des cadavres, chairs putréfiées * latrines , baquets à urines , plombs , etc., (i). ;
L’emploi de chlorure liquide a été le sujet d’une instruction détaillée publiée par les ordres de M. Delaveau ,. préfet de police de Paris. Cette instruction prescrit , lors de la levée d’un cadavre en putréfaction, de tremper un drap dans une solution de chlorure préparée d’après la formule donnée par M. Labarraque , de couvrir le cadavre avec le drap ainsi mouillé, de laisser en contact pendant quelque temps. S’il y a eu écoulement de matière , celles-ci doivent être désinfectées à l’aide d’une quantité convenable de solution de chlorure. Si les lieux environnans étaient salis , soit par des matières répandues pendant le transport, soit par les émanations provenant des cadavres , ces lieux doivent être arrosés avec la solution , afin de détruire l’infection.
S’il s’agit de plombs, baquets à urines, planches de latrines, etc., on prépare la solution suivante ( formule donnée par M. Labarraque ) . Chlorure de chaux , 2 onces ; eau , 3 à 4 litres (6 ou 8 livres). On jette le chlorure dans l’eau ; on remue fortement; on laisse déposer; on tire à clair , et avec le liquide ainsi clarifié , on lave les baquets , etc. Si un premier lavage ne suffisait pas, il faudrait en faire deux , et plus si le cas l’exigeait.
Lors de la désinfection des étables par la solution chlorurée , on prépare une solution concentrée , on la laisse déposer , on tire à clair; ensuite on nettoie bien l’étable, et on lave à l’aide d’une éponge trempée dans l’eau chlorurée , les murs , planches, râteliers, etc. Lorsque le lavage est fait, 011 répand le reste de la dissolution et sur les murs et sur le sol. O11 laisse, sécher le local ; on peut ensuite y introduire les animaux. Le chlorure de chaux peut encore être employé chez les hon-
(1) La désinfection des latrines, lors de la vidange, exige un autre travail. V. le mémoire inséré dans le tome Ier du Journal de Chimie médicale.
groyeurs, dans les magasins des chiffonniers, pour détruire les miasmes qui émanent des chiffons entassés , des os, etc. Toutes les manufactures ou ateliers qui contiennent des matières végéto-animales ou animales , susceptibles d’entrer en putréfaction , et de donner lieu à des émanations putrides , peuvent être assainis par l’emploi de la solution de chlorure appliquée d’une manière convenable pour opérer la désinfection. (A. C.)
CHLORURE D’ÉTAIN ( PROTO-) , Mûri cite d’étain. On a donné le nom de proto-chlorure d’étain à la combinaison de l’étain avec le chlore , dans les proportions suivantes :
Chlore 60 , n î
Étain 100, (1)
On prépare le proto-chlorure de la manière suivante : on dispose sur un bain de sable des terrines ou des cucurbites en grès ; on place dans chacun de ces vases une partie d’étain en grenaille ; on verse un peu cl’acide hydro-chlorique sur le métal ; on brasse la grenaille , pour qu’elle puisse avoir le contact simultané de l’air et de l’acide. Après quelques heures, on ajoute l’acide nécessaire pour compléter quatre parties d’acide. 11 y a dissolution , production d’hydrogène , qui contient de l’étain et qui a une odeur très désagréable. On remue de temps en temps avec une baguette de verre. On conduit ainsi l’opération , jusqu’à ce qu’on s’aperçoive que le dégagement de gaz devienne moins vif. On chauffe le bain de sable, et l’on augmente la chaleur, que l’on continue de manière à ce que le liquide soit suffisamment saturé ; on fait alors évaporer jusqu’à ce que la liqueur porte 4$° à l’aréomètre ; on laisse reposer pendant quelques heures : lorsque la liqueur chaude est éclaircie , on la tire dans des terrines propres, chauffées d’avance, et on porte ces vases dans un lieu où la cristallisation puisse s’opérer tranquillement. Lorsque la cristallisation est faite, on décante les eaux mères , on les fait évaporer pour obtenir
(1) M. J. Davy a démontre que Pétain se combine avec le chlore en deux proportions, et forme deux chlorures , le proto et le deuto.
de nouveau du sel. On réitère cette manipulation jusqu’à ce que la liqueur ne fournisse plus de cristaux. On fait égoutter et sécher le sel d’étain en mettant les terrines dans une étuve chauffée modérément. Lorsque le sel est sec, on l’enferme dans des cruches bien sèches , qu’on bouche parfaitement.
Ce produit est blanc ; il cristallise en octaèdre ; mais pour l’obtenir en aiguilles , comme on le trouve dans le commerce , on rapproche assez les dissolutions pour qu’elles se prennent en masse par refroidissement, et que la cristallisation soit confuse. Ce produit a une odeur caractéristique d’une grande ténacité, et qui a quelque analogie avec celle du poisson ; ce chlorure est très avide d’oxigène , ses dissolutions s’altèrent promptement lorsqu’on les laisse exposées au contact de l’air.
La solution du proto-chlorure est employée par le pharmacien-chimiste , pour reconnaître la présence de l’acide molybdique ; il précipite cet acide de ses dissolutions : le précipité est bleu. On l’emploie aussi pour reconnaître les solutions de platine , avec lesquelles il donne naissance à un précipité de couleur orangée. Ce précipité chauffé fournit du platine métallique mêlé avec un peu d’étain ; ce mélange forme une masse spongieuse, d’une couleur grisâtre. Ce chlorure peut servir à démontrer la présence de l’albumine , qu’il précipite à l’état de flocons. Ce réactif, employé pour démontrer la présence de cette substance animale, est moins sensible que le sublimé corrosif.
Le muriate d’étain a été administré avec quelque succès, comme vermifuge : on le donnait à la dose d’un grain à deux, divisé en pilules, au nombre de trois, qu’on prenait dans le cours de la journée (expériences inédites). Des essais analogues, tentés par un savant praticien, Girard, méritent d’être répétés. On a fait l’application , dans les cas de Médecine vétérinaire, de ce sel , et nous avons vu un chien rendre un paquet de vers deux heures après avoir pris 6 grains de muriate d’étain. (A. C.)
CHLORURE D’ÉT AT N (PER-) , MuHate sur~oxigéné d'étain ,
Jn a donné le nom de per-chlorure d'étain à la combinaison lu chlore avec F étain , dans les proportions suivantes :
Chlore. i4<> 44
Étain ioo (J.Davy.)
On peut préparer ce produit en faisant passer du chlore dans une solution de proto-chlorure d’étain , continuant l’introluction de ce gaz jusqu’à ce que la liqueur soit arrivée au point le colorer à peine la dissolution de muriate d’or ; on fait alors concentrer convenablement. On peut aussi préparer le perchlorure en traitant l’étain par l’acide hydro-chloro -nitrique, faisant évaporer.
Aucun essai, à notre connaissance, n’a été fait sur Faction de ce sel, introduit dans l’économie animale. (A. C.)
CHLORURE DE FER. V . Hydro-chlorate de fer. CHLORURE DE MAGNÉSIUM. V. Hydro-chlorate de magnésie.
CHLORURE DE MERCURE (PROTO-), Muriate de mercure , Calomel , Calomélas , Mercure doux , Mercure sublimé doux, Panacée mercurielle, Âquila alba. L’époque de la découverte de ce chlorure , long- temps considéré comme un muriate , n’est pas connue ; elle paraît dater du temps de l’alchimie, et le mode de préparation, tenu secret, fut publié
rpar Béguin , en 1608, sous le nom barbare de dragon mi~
| tigé , dans son traité ayant pour titre Tyrocinium chemicum. Ce médicament eut ensuite du succès, et il fut administré sous les noms de P anchymagogue , dé Quercetan et de Du— chesne. N euman postérieurement lui donna le nom de mercure doux, et Bergman a indiqué divers modes de préparation. Ceux j qui sont maintenant mis en usage pour la préparation du chloi rure , sont les suivans.
Procédé décrit dans le Codex.
On prend :
î Deuto — chlorure de mercure
pulvérisé 4$° gr. ( 1 5 onces 3 gros) ,
3 Mercure purifié 3oogr. ( 9 onces 3 gros).
On met ces deux substances clans un mortier de marbre, on triture avec un pilon de bois, en ajoutant une certaine quantité d’eau pour empêcher une partie de la poudre de se volatiliser (ce qui pourrait fortement incommoder le préparateur); lorsque la trituration est terminée, et que le mélange, étendu en petite quantité sur le dos de la main , ne présente plus de points métalliques, on cesse la trituration, on introduit le mélange pulvérulent dans des matras à fond plat, en ayant soin de n’en mettre que la quantité nécessaire pour remplir à peu près la moitié de la capacité du matras ; on place ensuite ces vases dans un bain de sable commun, de manière qu’il n’y ait pas une trop grande quantité de sable entre le fond du pain et la paroi inférieure du matras ; lorsque les matras sont disposés, on place sur l’ouverture de petites fioles renversées , qui servent à boucher imparfaitement l’orifice. On recouvre de sable, et l’on commence la sublimation, en allumant du feu dans le fourneau qui supporte le bain de sable , chauffant doucement, puis élevant la température, et la soutenant jusqu’à ce que la sublimation soit terminée. A ce point de l’opération , il est convenable de donner un coup de feu un peu fort ; ensuite on laisse refroidir lentement dans le bain de sable , de manière à ce que le refroidissement ne puisse pas s’opérer brusquement, ce qui donnerait lieu à la fracture des vases et par suite à celle des pains de chlorure. Lorsque les matras sont froids , on les retire du sable , on les essuie et on les casse avec précaution, pour détacher le pain sans le mettre en morceaux ; on réunit les débris , qui peuvent être réduits de nouveau en pains par sublimation.
Le résultat de cette sublimation est le proto-chlorure de meicure , qui se présente sous la forme d’une masse vitreuse, quelquefois salie par un peu de mercure qui en altère la pureté. Pour l’avoir pur , on le fait sublimer une deuxième fois , en agissant de la même manière; on l’enlève, et on le conserve dans des boîtes de bois garnies de papier. On a substitué au procédé décrit, le suivant, et l’on a fait la remarque qu’il avait l’avantage sur celui que nous venons de rapporter , de ne pas ex-
poser le préparateur à être incommodé. Cependant quelques chimistes pensent que ce dernier procédé , qui demande Remploi du sulfate de mercure , offre plus d’une difficulté : la principale est celle d’obtenir un proto-sulfate exempt de deutosulfate ; en effet , si le sel employé à préparer le proto-chlorure est un mélange des deux sels, on obtient tout-à-la-fois du proto et du deuto-chlorure de mercure.
Deuxieme procédé. ( Hermbstaed. )
On prend :
Mercure pur 23o gr . (ponces i gros et demi) ,
Acide sulfurique . 128 gr. (4 onces),
Muriate de soude 176 gr. (5 onces et demie).
On introduit l’acide dans une cornue, on y ajoute 128 gram. [i ( 4 onces ) de mercure ; on place la cornue sur un bain de sable , ou à feu nu, et l’on aide l’action de l’acide au moyen de la chaleur. Lorsque le métal est converti en une masse sèche et blanche, 011 triture le sulfate formé avec les 1 12 grammes (3 onces et demie) de mercure restant, et l’on continue la trituration jusqu’à ce que le métal soit entièrement disparu ; on ajoute alors le muriate de soude, on mêle, on introduit dans des matras et ■ l’on procède à la sublimation. Le produit obtenu par cette opération étant encore sali par du mercure , on procède à la purification en le faisant sublimer une seconde fois.
Le procédé suivant , dû à Josias Jewel, a été connu en France parles soins de M. Henry fils, notre collègue, qui l’a modifié. Ce procédé et ses modifications ont été adoptés par les auteurs du Nouveau Codex , et le produit préparé par ce moyen est presque généralement employé pour l’usage médical.
Description de ce procédé.
On lute avec soin une cornue de grès exempte de fissures ; lorsque le lut est bien sec , on introduit dans ce vase un mélange préparé exactement avec; proto-sulfate de mercure, six parties; sel marin décrépité, quatre parties. On place la cornue dans un fourneau de manière à ce que le col soit presque entièrement renfermé dans ce fourneau , afin que les vapeurs de
proto-chlorure ne puissent se condenser dans cette partie de l’appareil , l’obstruer et faire rompre les parois de la cornue. On adapte au col de la cornue un ballon de verre à triple ouverture , dont deux sont latérales , et la troisième , placée à la partie inférieure du ballon , va plonger dans de l’eau contenue dans un flacon à deux tubulures. Une des tubulures du flacon reçoit le ballon par la tubulure inférieure , l’autre supporte un tube en S, destiné à laisser un passage à l’air contenu dans l’appareil et en même temps à la vapeur d’eau qui ne se serait pas condensée en traversant l’eau contenue dans le flacon ; à la deuxième tubulure latérale du ballon , on adapte une seconde cornue remplie jusqu’aux deux tiers d’eau distillée , qu’on place sur un triangle de gros fil de fer supporté par un fourneau. L’appareil étant monté, on lute les jointures avec des bandelettes enduites de blanc d’œuf et saupoudrées de chaux délitée ; quand le lut est sec , on introduit du feu dans les deux fourneaux qui supportent les cornues ; on chauffe d’abord modérément, puis on élève la température. On a soin de chauffer un peu plus vite la cornue qui contient de l’eau , afin qü’une portion de ce liquide réduit en vapeur occupe déjà la capacité du ballon lors de l’arrivée des vapeurs de chlorure. On continue ensuite la conduite du feu sous les deux appareils jusqu’à ce que l’on s’aperçoive que la cornue qui contenait le mélange destiné à la production du chlorure ne fournit plus de vapeurs ; on cesse alors le feu, on laisse refroidir et l’on démonte l’appareil ; on recueille le proto-chlorure de mercure sur un filtre , et on le lave avec de l’eau bouillante ; on continue de laver jusqu’à ce que le liquide qui a passé sur le filtre ne soit plus précipité par l’eau de chaux. On met le filtre à égoutter, on l’enlève de dessus l’entonnoir et on le met sécher sur du papier gris : quand il est bien sec , on le réduit en poudre fine , on passe au tamis de soie. On conserve dans des flacons de verre bouchés en liège, placés à l’abri des rayons lumineux , ce produit qui est de la plus grande ténuité. Dans cette opération, le proto et le deutochlorure de mercure qui se forment dans la cornue passent à l’état de vapeurs; celles-ci se trouvent en contact avec
la vapeur d’eau ; elles ne peuvent se réunir pour former une masse , puisqu’elles se condensent en même temps , et qu’elles tombent ( sous forme d’un liquide chargé d’une poudre blanche très ténue) dans le flacon qui sert de récipient. Pendant la condensation , le deuto-chlorure qui s’est formé se dissout dans l’eau et reste en solution , tandis que le protochlorure reste indissous et est recueilli comme nous l’avons j indiqué (i).
On a donné au chlorure de mercure ainsi préparé le nom s dJ hydro-sublimé (sublimé hydraté) de Howard et de Jewel {Pharmacopée d’ Edimbourg) . Le proto-chlorure de mercure se i rencontre ordinairement dans le commerce sous la forme de I pains ayant une couleur blanche , un aspect cristallin ; son poids ! spécifique a été porté à 7,1758. (Hassenfratz. ) Ce produit sul blimé lentement se condense sous forme de cristaux prismati- > ques qui jouissent à un haut degré de la propriété de réfracter I la lumière ; il est à peine soluble dans l’eau , et par conséquent g sa saveur est peu sensible. ( Il est nécessaire pour cela que ce pro- ’ duit soit pur et privé de deuto-chlorure.) Exposé au contact de l’air, il prend une couleur brune ; frotté dans l’obscurité, il est phosphorescent ; exposé à l’action de la chaleur , il exige une température plus élevée que le deuto-chlorure pour passer à l’état de vapeurs. Traité par le chlore , il passe à l’état de deutochlorure ; le même effet a lieu à l’aide de l’acide nitrique ; il y a dégagement de deutoxide d’azote. Soumis à la porphyrisation avec une certaine quantité d’eau , il acquiert une légère couleur jaune ; broyé avec la potasse caustique, il prend une couleur noire très intense. La plupart de ces caractères servent à i le différencier du per-chlorure soluble dans l’eau, qui, mêlé avec la potasse ou les autres alcalis , acquiert une couleur jaune qui passe au rouge; enfin, qui, parla porphyrisation, n’ac-
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(1) Pendant tout le cours de l’opération, on doit avoir soin que le cliloi'. rare sublime' ne se condense, ni dans le col de la cornue, ni dans le col du re'cipient; on e'vitc la condensation en chauffant ces parties de l’appa» n reil, en ayant soin de ne pas donner lieu à la rupture des vases.
quiert pas la couleur jaunâtre que prend toujours le proton chlorure.
Le proto -chlorure de mercure est employé' dans l’usage médical ; mais lorsqu’il n’a pas été préparé par le procédé que nous a fait connaître M. Henry fils, on doit le soumettre à la porphyrisation à l’aide de l’eau distillée, laver la poudre jusqu’à ce qu’elle ne précipite plus par les alcalis. Sans cette précaution , on pourrait administrer, au lieu de proto-chlorure, un mélange de proto et de deuto-chlorure , et donner par là , lieu à quelques accidens. Selon Davy, le proto-chlorure de mercure est un composé de mercure , ioo parties, et de chlore, 18.
On emploie le mercure doux dans une foule de circonstances ; il est regardé comme anti-vénérien , vermifuge , purgatif ; on l’administre dans les cas d’engorgemens abdominaux , de fièvres [intermittentes rebelles , de maladies syphilitiques ; on le recommande dans le cas d’amaurose ; on l’administre encore en l’insufflant dans l’oeil pour faire disparaître les taches de la cornée ; on le fait entrer dans des poudres , pilules , opiats , pommades, etc. La dose à laquelle on administre ce produit doit varier selon les résultats qu’on veut tirer de son administration. Pour en faire un errhin, on le mêle au sucre, à la dose d’un grain contre 5 grains de sucre ; on l’administre comme anti-vénérien, à la dose de i à 6 grains; comme purgatif, à la dose de 8 à i5 grains ; combiné aux sudorifiques, mais à de petites doses, il augmente l’activité de ces médicamens.
Le mercure doux , préparé par la méthode de Jewel, jouit des mêmes propriétés ; étant plus divisé, il remplit mieux l’indication du praticien. Les doses sont les mêmes. (À. G.)
CHLORURE DE MERCURE (PROTO-) PRÉPARÉ PAR LA VOIE HUMIDE , Précipité blanc . Proto-chlorure que quelques auteurs regardent comme un produit différent du protochlorure obtenu par la sublimation, mais qui, lorsqu’il est bien préparé, paraît n’en devoir pas différer sensiblement. Il peut être obtenu par le procédé suivant , dû à Scheèle , et modifié par Chénevix , qui a démontré que pour obtenir le proto-chlorure exempt de sous-nitrate, il fallait ajouter à la
dissolution de sel marin une petite quantité d’acide hydrochlorique (1).
Préparation.
On fait dissoudre dans l’acide nitrique , à Faide de la clialeur , autant de mercure qu’on peut en dissoudre , en ayant soin de laisser du métal au fond du vase. Lorsque la dissolution est faite, on la verse avec précaution dans une solution de sel marin aiguisée d’acide hydro-chlorique. Cette solution doit être étendue d’une grande quantité d’eau, pour éviter la réaction des acides hydro-clilorique et nitrique et la formation du chlore, qui, en se combinant avec une certaine quantité de proto-chlorure, donnerait lieu à du perchlorure soluble dans l’eau. On ajoute de cette solution de muriate de soude acidulée, jusqu’à ce que l’addition de ce liquide ne détermine plus de précipitation (2). On laisse déposer ; 011 décante la liqueur , qu’on met à part , parce qu’elle retient du mercure en solution , qu’on peut précipiter par un alcali. On lave le précipité à l’eau bouillante jusqu’à ce que l’eau qui en sort ne précipite plus par la potasse ; on met à égoutter ; on fait sécher à une douce chaleur, et on le réduit en poudre qu’on passe à travers un tamis fin ; on conserve ce proto-chlorure, à l’abri de la lumière. On peut, si Fon veut, prendre le précipité encore humide et le réduire en trochisques, qui doivent être conservés de même que le précipité blanc en poudre.
(1) M. Robiquet pense que quel que soit le soin qu’on ait apporte' au lavage du proto-chlorure obtenu par précipitation, ou ne doit pas le confondre dans son emploi avec le proto-chlorure sublime' et porphyrisë ce savant regarde ce produit comme soluble dans l’eau, et il attribue cette solubilité' à ce qu’il retient un peu du muriate employé' à la précipitation.
(2) Les proportions suivantes pour la pre'paration de ce produit sont don^ nées dans la Pharmacopée d’Édimbourg.
Acide nitrique étendu. 25o grammes ( 8 onces ).
Mercure pur s5o grammes ( 8 onces ).
Sel marin . i44 grammes ( 4 onces \ gros ~ ).
Eau bouillante....... 4 Lilogv. ( 8 livres ).