‹ Dictionnaire des drogues simples et composées ou dictionnaire dhístoire naturelle médicale de pharmacologie et de chimie pharmaceutiqueChapitre 39 sur 193 · Tome TI · texte numérisé non relu

Tome TI

enta le projet d'enlever aux Espagnols mexicains cette source abondante de richesses. 11 aborda au Mexique , et cacha si bien l’objet de sa mission (i) , qu’il parvint à embarquer et à conduire à Saint-Domingue plusieurs caisses renfermant des cactiers vivans chargés de cochenilles. Mais la mort de cet estimable citoyen , et les évènemens politiques qui portèrent le ravage dans Haïti, firent perdre le fruit de plusieurs années de peines et de recherches. Cependant le voyage de Thierry deMenonville ne fut pas tout-à-fait inutile. Il parut, en 1787, un traité de la culture du nopal, imprimé au Cap français , dans lequel on trouve des documens très intéressans sur les procédés usités chez les Indiens pour nourrir et récolter la cochenille. L’extrait de cet ouvrage est consigné le tome Y des Annales de Chimie.

Depuis un petit nombre d’années , le gouvernement espagnol ayant perdu successivement toutes ses possessions d’Amérique, à l’exception de Cuba, s’est vu privé de ses principaux revenus; mais, livré à la merci des moines et des ignorons, il n’a pas dépendu de ce gouvernement que les immenses ressources qui lui étaient naturellement offertes par le climat fortuné de la péninsule ne fussent d’aucune utilité ni pour lui ni pour ses peuples. Cependant quelques particuliers de la côte de Murcie et de Malaga ont réussi à cultiver en grand le Cactus coccinilifer et ses congénères , sur lesquels ils ont élevé de l’excellente cochenille, dont une partie a déjà été versée dans le commerce. Nous ne doutons pas qu’une semblable culture 11e puisse avoir de grands succès dans certaines localités méridionales de la France dont le climat est analogue à celui des côtes méditerranéennes d’Espagne , comme , par exemple , le littoral des départemens

(1) Thierry de Menonville était parti de Paris en qualité de botaniste du Roi, et il avait reçu diverses instructions des professeurs du Jardin de Paris, avec lesquels il entretint une correspondance suivie. Transporté de joie lorsqu’il fut dans le pays de la cochenille, il écrivit à M. de Jussieu qu’enfin il avait trouvé ces chers petits oiseaux , et qu’il espérait incessamment les faire arriver bien vivans et cbantans dans les colonies françaises.

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des Pyrénées orientales, des Bouches-du-Rhône, du Var, des environs deNice, etc. Les Anglais ont aussi de leur côté cherché à introduire la cochenille dans leurs établissemens des Indes orientales. I/insecte y a été apporté en 1 79 5, de Rio-de-Janeiro, par le capitaine Nelson. ,

On donne le nom de nopaleries aux plantations de nopal ou de Cactus coccinilifer, plante grasse, garnie de piquans, sur laquelle on élève les cochenilles. La culture en est très facile, car il suffit d’arracher les mauvaises herbes ; et un seul homme peut entretenir en bon état une de ces nopaleries d’un arpent et demi à deux arpens. Pour semer la cochenille, on prépare un grand nombre de petits nids avec des fibres de palmier ou avec une matière cotonneuse ; on met huit ou dix feuilles dans chacun de ces nids, et on les assujettit aux feuilles de jiopal au moyen des épines dont celles-ci sont armées. La chaleur du soleil fait éclore les œufs, et la plante se couvre bientôt d’une innombrable quantité de petites cochenilles rouges r enduites d’une matière pulvérulente blanche. Les mères femelles ne tardent pas à périr , et leur progéniture , qui se compose de mâles et de femelles, subit deux genres de vie bien différens. Les mâles, pourvus d’ailes, s’approchent des petites femelles fixées au nopal par leur bec, et les fécondent. Celles-ci prennent de l’accroissement et forment la cochenille du commerce, que l’on enlève avec un couteau non tranchant , pour ne pas blesser le nopal ; mais on a soin d’en laisser une petite quantité pour produire une seconde génération , et ainsi de suite.

On fait ordinairement trois récoltes de cochenilles par an, quoique, selon Thierry deMenonville, il y ait six générations chaque année, et qu’on pourrait les recueillir toutes si les pluies ne détruisaient en partie quelques-unes de ces générations. La première récolte fournit la cochenille la plus estimée : celle de la dernière Test beaucoup moins que les deux autres.

On fait périr les cochenilles par l’immersion dans l’eau bouillante , et on les fait sécher ensuite au soleil ; ou bien on les met immédiatement dans des fours ou sur des plaques chaudes. On prétend que la cochenille qui a été préparée par le procédé d’im-

mersion, y percl sa couleur blanchâtre, tandis qu’elle la conserve lorsqu’elle a été seulement soumise à la dessication dans les fours; maisM. Guibourt observe avec raison que l’eau devrait lui enlever de sa matière colorante , et que la cochenille noire ou celle d’un brun rouge serait inférieure par conséquent à la cochenille blanchâtre , ce qui n’est pas ; car on estime beaucoup plus la première variété. Leurs différences ne paraissent pas tenir à la préparation, mais à une variété de culture, ou peutêtre à une variété originelle.

La cochenille noire, telle qu’on la trouve dans le commerce, est sous forme de petits grains orbiculaires , anguleux , d’une ligne environ de diamètre, convexes d’un côté , concaves de l’autre, avec des rides transversales, qui sont les traces des anneaux .du corps , entre lesquels on voit un enduit blanchâtre. Trempée dans l’eau, elle se déroule, et l’on distingue facilement les onze anneaux qui forment son corps. Sa poudre est d’un rouge cramoisi, passant au rouge-brun très foncé lorsqu’on la délaie dans l’eau. La cochenille grise ou jaspée est ainsi nommée à cause de la poussière blanchâtre qui adhère à toute sa surface ; sa poudre est moins foncée en couleur que celle de la cochenille noire , et elle donne moins de principe colorant que celle-ci. La poussière blanchâtre dont cette sorte de cochenille est enduite, peut provenir non-seulement de l’insecte luimême , mais aussi d’une fraude qui heureusement n’offre point d’inconvénient grave, et que M. Boutron-Charlard ( Journal de Pharmacie , vol. X,p-4b) a signalée. Il s’est assuré que cette cochenille était souvent blanchie avec du talc de Venise ou de la céruse. Il est possible que le blanchiment de la cochenille par ces substances ait sa source dans l’opinion erronée des marchands de la Vera-Cruz et de Cadix, que la cochenille blanchâtre est meilleure que la noire (i). Une autre sophistication

(i) On a reproche à M. Boutron-Charlard d'avoir fait connaître la manière dont on jaspe la oochenille. L’auteur de ce reproche aurait dû plutôt adresser des remercîmens h cet estimable pharmacien ; car faire connaître une falsification , c'est mettre l’acheteur à même de s’en garait tir.

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beaucoup plus grossière, et par conséquent très rare, consiste, selon le docteur Paris , dans des parcelles terreuses moulées sur la forme de la cochenille, et colorées au moyen de celle-ci. ïl suffit, pour reconnaître cette supercherie, de mettre ces grains dans Peau , où la matière terreuse se délaie entièrement.

Les deux variétés de cochenille que nous venons de décrire constituent la cochenille fine du commerce, anciennement nommée C. mesteque , du nom d’une localité dans la province d’Honduras, remarquable par la culture de la cochenille. Il est une autre sorte moins estimée , et qui a reçu le nom de cochenille sylvestre. Celle-ci a une couleur rougeâtre, terne et non argentée, et se compose de plusieurs parties assez dissemblables. On y trouve en effet quelques insectes isolés , beaucoup plus petits que ceux de la cochenille fine ; des parties agglomérées, de forme globuleuse ou ovée , composées d’une matière cotonneuse, blanche ou rouge, dans chacune desquelles on aperçoit, si on la soumet à l’action de l’eau , un , deux ou trois insectes semblables aux précédens, plus un grand nombre de très petites cochenilles. On peut considérer cette sorte de cochenille comme composée des nids d’une espèce qui habite aussi bien le nopal commun des jardins ( Cactus opuntia) que le nopal épineux. Les indigènes du Mexique ont même plus d’avantages à l’élever sur la première de ces plantes , parce que la cochenille est beaucoup plus facile à détacher , un ouvrier pouvant en récolter au moins trois livres dans le même temps où il n’en obtiendrait que deux onces sur le cactier épineux. La cochenille sylvestre ne donne à l’eau qu’une couleur vineuse foncée qui produit peu à la teinture ; elle est en général peu estimée.

La cochenille a été, il y a quelques années seulement , l’objet de recherches très soignées de la part des chimistes. M. John d’une part, MM. Pelletier et Caventou (i) de l’autre , sont arrivés à des résultats fort analogues. Le travail des chimistes

(i) y. Journal de Pharmacie , t. IV, p. 190 , et Annales de Chimie et de Physique, t. VIII.

français nous étant le mieux connu et nous paraissant aussi le plus complet, nous allons en faire connaître les principaux détails. Traitée par Téther sulfurique bouillant, la cochenille abandonne à ce véhicule une matière grasse odorante , d’un jaune orangé, et une matière odorante et acide. La première est composée d’une petite quantité du principe colorant, de stéarine et d’éla'ïne ; la seconde est un acide odorant que l’on peut comparer à ceux qui , dans les diverses graisses d’animaux , leur communiquent une odeurparticulière, comme, par exemple, les acides butyrique , caprique , bircique , etc. Après avoir épuisé par l’éther les substances solubles dans ce liquide , on traite le résidu par l’alcool très rectifié et bouillant. Le liquide se colore en rouge jaunâtre; évaporé et refroidi, il a laissé précipiter une matière d’une belle couleur rouge sur laquelle de l’alcool rectifié a été mis en digestion à froid. Celui-ci en sépare une matière brunâtre très animalisée, et retient en dissolution le principe colorant uni à une petite quantité de matière grasse que l’on enlève par l’éther. Enfin , l’action plusieurs fois répétée de l’eau bouillante finit par enlever tout le principe colorant qui résiste à l’alcool , étant protégé par la matière animale qui y est insoluble ; il ne reste plus qu’une matière translucide gélatineuse et brunâtre.

Le principe colorant jouit de propriétés particulières , et il a reçu de MM. Pelletier et Caventou le nom de Carminé. (V. ce mot.) M. John l’a nommé Cochenilline. La matière animalisée, insoluble dans l’alcool, et qui compose le squelette de l’insecte, diffère à plusieurs égards de la gélatine , de la fibrine et des autres matières animales connues. Nous croyons qu’elle est identique avec la chitine, que M. Auguste Odier a signalée comme principe constituant des élytres et des autres parties cornées des insectes.

L’analyse de M. John a fourni les résultats suivans : cochinelline ou matière carminée particulière rouge, 5o; gélatine, io, 5; graisse cériforme, io; mucus gélatineux , i /f ; substance membraneuse, iZjq phosphates et muriates alcalins et terreux, i,5. Total ioo.

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La cochenille est la matière qui fournit le plus beau rouge en teinture. On prépare avec elle le carmin et la substance connue sous le nom de laque carminée. Les pharmaciens s’en servent pour colorer diverses liqueurs alcooliques , ainsi que des opiats et poudres dentifrices . L’addition de l’ammoniaque et en général des alcalis fonce considérablement la couleur des liquides où l’on a fait entrer de la cochenille. (A. R.)

COCHLEARIA ARMORACIA et COCBLÊARÏA DE BRE- TAGNE. V . Raifort sauvage.

COCHLÉARIA OBTICINAL. Cochlearia officinalis , L. — Rich. Bot. méd. , t. II, p. 673. ( Famille des Crucifères, Juss. Tétradynamie siliculeuse, L. ) Vulgairement cranson et herbe aux cuillers. Cette plante bisannuelle croît spontanément sur le littoral des mers de l’Europe septentrionale; on la cultive en abondance dans les jardins. Elle pousse , vers la fin de l’hiver, une touffe de feuilles radicales, cordiformes , en forme de cuillers (d’où Fun de ses noms vulgaires) , très obtuses , d’un vert foncé , luisantes, portées sur de longs pétioles. Ses feuilles supérieures sont alternes, allongées, ses-siles , prolongées inférieurement en deux petites languettes. La tige , rameuse inférieurement, porte des fleurs blanches aux extrémités des ramifications. Les fruits sont des silicules arrondies à deux loges contenant plusieurs graines. Les feuilles de cochlearia sont âcres , amères , et possèdent au plus haut degré les propriétés anti-scorbutiques et toniques des Crucifères ; elles les doivent à l’huile volatile qu’elles renferment abondamment. Selon Murray , une goutte de cette huile dissoute dans l’alcool suffit pour communiquer l’odeur et la saveur du cochléaria à une livre de vin.

Le cochléaria entre dans la préparation de plusieurs vins , teintures, sirops et élixirs officinaux, auxquels il a donné son nom , mais on lui associe constamment les racines d’une autre espèce de cochléaria encore plus riche en principe volatil , espèce connue sous le nom de raifort sauvage. V. ce mot.

On fait entrer le suc de cochléaria , après l’avoir dépuré et filtré à froid , dans les sucs d’herbes anti-scorbutiques.

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