CURARE
le nom de Bejuco de Mavacure. On en racle les branches avec un couteau , et l’écorce enlevée , on la réduit en filamens très minces sur une pierre à broyer , et l’on place cette masse filandreuse sur une sorte de filtre-entonnoir. On y verse de l’eau froide , qui passe goutte à goutte pendant plusieurs heures , et donne un liquide jaunâtre que l’on concentre par l’évaporation dans un grand vase d’argile. Mais comme le suc très concentré n’est pas assez épais pour s’attacher aux flèches , on donne du corps au poison en y versant le suc extrêmement gluant d’une autre plante nommée dans le pays Kiracaguero , mais sur laquelle on manque de renseignemens botaniques. À l’instant même , la liqueur concentrée et tenue en ébullition se coagule en une masse de la consistance du goudron ou d’un sirop épais, que l’on enferme dans des vases de calebassier ( Crescentia).
Cette substance desséchée ressemble à l’opium , et attire puissamment l’humidité de Fair. Son goût est d’une amertume agréable ; MM. de Humboldt et Ronpland en ont avalé sans inconvénient de petites portions , et , comme nous l’avons dit plus haut, elle est regardée par les Indiens comme un excellent stomachique, pourvu qu’il n’y ait aucune lésion aux gencives et dans la bouche. Introduit dans le système circulatoire, le curare tue les animaux avec la même promptitude que les Strychnées de l’Asie (la noix vomique, la fève de St. -Ignace, et l’upas-tieuté) ; on observe cette différence importante, qu’iln’annonce pas l’approche de 3a mort par l’excitation violente de la moelle épinière. La chair des animaux n’est point infectée lorsqu’on les tue par ce moyen ; au contraire , elle passe , dans l’esprit des missionnaires, pour meilleure à manger; et sur les bords de l’Orénoque, on ne mange guère de poule qui n’ait été tuée par le curare. Les grands oiseaux, tels que les hoccos , piqués à la cuisse, périssent en deux à trois minutes ; il en faut dix à douze pour faire périr un cochon ou un pécari.
Les symptômes de l’empoisonnement sont à peu près les mêmes que ceux observés dans la morsure des serpens venimeux. L’individu blessé éprouve des congestions à la tête, des