EAUX DISTILLÉES
quelquefois même dangereuse : exemple , l’Huile de laurier cerise , celles des crucifères , etc.
Les eaux distillées obtenues avec toutes les précautions que nous venons d’indiquer ne jouissent pas d’une odeur franche , suave , presque toutes ont un goût dit de feu , et qui se rapproche un peu de Tempy reume. Cette odeur disparaît au bout de quelque temps ; on peut aussi les en priver, en les plaçant au milieu d’un mélange frigorifique (1). Les eaux distillées, au bout de quelque temps, laissent déposer des flocons qui restent en suspension ou qui se déposent. Ces flocons doivent être séparés , car ils déterminent assez promptement l’altération des eaux distillées qui contiennent peu d’huile essentielle en dissolution. On doit donc renouveler ces eaux distillées le plus souvent possible. Les eaux distillées pouvant être acides ou alcalines ,. on doit les conserver dans des vases de verre ou de faïence , et non dans des vases de métal ; ceux-ci pouvant être altérés, ils communiquent aux eaux distillées des propriétés nuisibles. Les flacons qui contiennent les eaux distillées doivent être bouchés avec une fiole renversée ou avec un parchemin, car l’expérience a démontré que ces eaux conservées dans des flacons fermés s’altéraient plus promptement. ( Bu— cliolz, Journal de Trommsdorff. )
Ne voulant pas donner pour chacune des eaux distillées des détails longs et qui seraient presque toujours les mêmes, nous suivrons la méthode établie par le Codex , en indiquant le procédé à employer pour préparer telle ou telle eau prise pour exemple ; nous indiquerons ensuite celles qui peuvent être préparées de la même manière.
Eaux distillées sur des plantes peu odorantes .
Eau de laitue. Cette préparation s’obtient de la manière sui-
(1) M. Nachet a remarque que les eaux distillées auxquelles on a fait subir la congélation acquièrent une odeur plus forte, et qu’elles. se conservent plus long-temps • i! a particulièrement remarque ce fait sur les eaux de mélisse, de mentbe et de fleurs d'oranger. Nous avons eu occasion de l’observer sur tic l’eau de rose (A. C.)
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vante: on prend , laitue pommée fraîche (i) , 5 kilogrammes (a o livres) ; eau commune , 1 2 kilogrammes et demi (25 livres). On contuse la laitue , on la place , ainsi que Peau , dans la cucurbite d’un alambic ; on adapte le chapiteau , et l’on procède à la distillation , que Fon continue jusqu’à ce que l’on ait obtenu 1 0 kilogrammes (20 livres) d’eau distillée ; on démonte l’appareil ; on enlève le résidu qui est resté dans la eucurbite ; on place dans ce vase une nouvelle quantité de laitue , 5 kilogrammes (10 livres) , on ajoute à cette plante Feau distillée déjà obtenue, et de plus 10 kilogrammes (20 livres) d’eau, et Fon distille de nouveau. Pour obtenir 10 kilogrammes de liqueur, 20 livres d’eau distillée, si Feau distillée ainsi obtenue n’était pas assez odorante , ce qui arrive lorsqu’on se sert de laitue qui a crû à force d’eau et d’engrais , il faut répéter une troisième et une quatrième fois la eohobation.
L’eau de laitue bien préparée est calmante ; on la fait entrer dans des potions, à la dose de 32 à 64 grammes ( 2 à 4 onces) . On la donne aussi seule ; dans ce cas , on la sucre et on l’aromatise avec Feau de fleurs d’oranger.
On peut se procurer de la même manière les eaux des plantes peu odorantes, parmi lesquelles on range les eaux de Bourrache , de Buglosse , de Plantain , de Pourpier , de Potentille , de Pariétaire , de Mercuriale , de Chardon bénit , de Morelle noire, d’EupHRAisE, de Bluet, etc.
Plusieurs auteurs se sont occupés de la préparation et de la conservation des eaux distillées inodores. M. Deyeux , chargé d’approvisionner un grand établissement, s’occupa , avec M. le professeur Clarion , des moyens à employer pour obtenir ces produits; ils reconnurent, i°. que c’est mal à propos quJon proscrivait Vusüge médicinal des eaux distillées des plantes
(1) M. Chèreau recommande d’employer, au lieu de Laitue pommée, les feuilles extérieures et le tronc. Cette manière de voir nous paraît d’accord avec les faits , qui démontrent que les parties étiolées des plantes sont privées d'une partie des propriétés actives de la plante.
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dites inodores ; 2°. que ces eaux ont décidément des propriétés constantes ; 3°. que ces propriétés sont d'autant plus sensibles qu’on a pris la précaution d’accumuler dans ces eaux une grande quantité de l’arome de la plante ; 4°* cllie procédé pour rendre ces eaux plus riches en principe aromatique consiste à cohober trois ou même quatre fois le premier produit distillé sur de nouvelles plantes y 5°. que les eaux ainsi préparées doivent toujours être conservées de préférence dans des vases peu susceptibles d être traversés par la lumière j 6°. qu’il faut surveiller ces eaux et les débarrasser des dépôts floconneux qui sJy manifestent peu de temps apres leur distillation ; 7°. quJ attendu le peu de durée de ces eaux dans l’état de perfection, il est d’une nécessité indispensable que le pharmacien les renouvelle tous les ans. {Ann. de Chim., t. LV1, p. 326.) Des expériences de M. Delunel , publiées dans le même ouvrage , vol. XXXVIII , p. 3oo, affirment aussi l’efficacité des eaux distillées de quelques plantes inodores. Ge savant pharmacien a reconnu que, dans la distillation de l’eau sur la morelle {Solanum nigrum) , une certaine quantité de nitrate de potasse contenu dans la plante était entraînée avec l’eau en; vapeur, pendant l’opération.
Eaux distillées de plantes plus odorantes.
Eau distillée de raifort sauvage. On prend , racine de raifort, 2 kilogrammes (4 livres) ; eau commune, io kilogram. (20 livres). On coupe le raifort par tranches, on l’introduit dans le bain-marie; onajoute l’eau; on monte l’appareil, et l’on procède à la distillation , pour retirer 4 kilogrammes (8 livres) d’eau distillée , que l’on conserve dans des vases de verre ou de grès.
On prépare de la même manière les eaux distillées de racine d’ÀUNÉE, d’ÂNGÉLIQUE , de VALÉRIANE, etc.
Eau distillée de feuilles de laurier cerise. Cette eau doit se préparer avec les feuilles cueillies à la fin d’août ou dans le commencement du mois de septembre, époque à laquelle cette partie du végétal contient une plus grande quantité d’huile
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volatile, Elle se préparé de la manière suivante î on prend , feuilles fraîches de laurier cerise, i kilogramme (2 liv. ) ; eau commune, 2 kilogrammes (4 livres). On contuse les feuilles , on les place avec l’eau dans la cucurbite de l’alambic , et l’on procède à la distillation , qu’on arrête lorsqu’on a obtenu 5oo grammes (1 livre) de liqueur.
Cette eau , prise à trop forte dose , pouvant être dangereuse , on ne doit pas la délivrer sans l’ordonnance d’un praticien ; on doit aussi la conserver dans un vase bien étiqueté.
On prépare de la même manière l’eau distillée d’amandes amères ; les amandes doivent être pilées avant d’être intro-? duites dans le vase distillatoire.
Eaux distillées de fleurs très odorantes .
Eau de fleurs d’oranger > Cette eau, regardée comme un excellent antispasmodique, est très employée dans la Thérapeutique et dans l’économie domestique ; elle s’obtient de la manière suivante : on prend des fleurs d’oranger nouvellement cueillies et non humides , 5 kilogrammes (10 livres) ; eau commune, 20 kilogrammes (4° livres). On fait bouillir l’eau, et lorsqu’elle est à ioo° centigrades, on jette les fleurs dans un panier d’osier à claire-voie , garnissant les parois de la cucur— bite ; ce panier est destiné à empêcher ces fleurs de se trouver en contact avec les parois de l’alambic , de s’y attacher et de donner une odeur d’empyreume à l’eau ; on fait plonger ces fleurs ; on adapte le chapiteau , et l’on procède à la distillation, de manière à retirer 10 kilogrammes (20 livres) d’eau distillée. On reçoit cette eau dans un appareil nommé récipient florentin , afin de la séparer d’une certaine quantité d’huile essentielle qui surnage cette eau (1).
(1) On a depuis peu annonce', dans un journal scientifique, qu’il fallait laisser l’huile essentielle h la surface de l’eau distillée , et que cette pratique aidait à sa conservation. Cette assertion est tout-à- fait contraire aux observations que j’ai été à meme de faire plusieurs fois} l’eau ainsi conservée acquiert | ’âcreté de l’eau de fleurs d’orange préparée en Provence.
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On prépare de la même manière les eaux distillées de fleurs aromatiques , celles de Lys, de Sureau , de Tilleul, de Muguet, de Roses. Pour la préparation de cette dernière , on emploie une quantité double de fleurs, c’est-à-dire io kilogrammes de fleurs pour 20 kilogrammes d’eau.
On prépare aussi , d’après le même procédé , les eaux distillées de fleurs moins odorantes , celles de Coquelicot, de Nénuphar, de Pivoine, de Petite Centaurée.
Diverses observations ont été faites par les auteurs sur la préparation de l’eau de fleurs d’oranger. M. Boullay (1), a démontré , dans un mémoire inséré , en 1 809 , dans le BuB letin de Pharmacie, que les qualités de l’eau de fleurs d’oranger dépendent, i°. de la saison dans laquelle la fleur est récoltée, 20. de la manière de conduire la distillation , 3°. des proportions de fleurs employées, et de la quantité d’eau retirée. D’après ce savant , une saison sèche et chaude fournit des fleurs plus aromatiques , plus riches en principes volatils ; une saison froide ou pluvieuse donne des fleurs moins odorantes, moins riches en principes volatils, qui fournissent une eau moins odorante, plus altérable. Lors de la distillation, si l’on emploie , au lieu d’eau bouillante, de l’eau froide , et qu’on fasse chauffer cette eau, la fleur d’oranger étant dans le bain-marie, l’eau de fleurs d’oranger qu’on obtient est moins suave, plus acide et souvent laiteuse. Si , lors de la distillation d’une livre de fleurs mise avec six livres d’eau bouillante , on fractionne les produits , on voit qu’on obtient divers produits : i°. le premier , pesant une livre , privé d’huile essentielle par le filtre, est très aromatique, et n’a pas d’action sur le papier de tournesol ; 20. le deuxième , pesant aussi une livre , est moins odorant , moins agréable , et n’offre pas d’huile essentielle à séparer ; 3°. le troisième est d’une odeur désagréable , d’une saveur acide. M. Boullay a en outre remarqué que les pétales séparés et distillés avec l’eau fournissent une
(1) M. Botentuit de Rouen a aussi fait quelques observations analogues à celles publiées par notre savant collègue.
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eap plus suave que celle obtenue de la distillation de la fleur entière. Il a aussi remarqué qu’il ne fallait opérer que sur de petites quantités à la fois ; que l’on ne devait pas retirer plus de 2 livres d’eau par livre de fleurs ; et que l’on pourrait saturer l’acide que contient l’eau , en ajoutant dans la cucurbite , lors de la distillation , 2 gros de magnésie par livre de fleurs.
M. Henry père a proposé le moyen suivant, pour obtenir une eau moins chargée de mucilage et plus difficilement altérable. On met au fond de la cucurbite d’un alambic la quantité d’eau nécessaire à la préparation de l’eau distillée ; on place les fleurs dans un bain-marie percé ( voir ce mot ) , suspendu à une certaine distance de la surface de l’eau , et l’on procède à la distillation. Ce moyen a fourni à M. Henry des eaux moins mucilagineuses , et dans lesquelles l’huile volatile paraît être plus intimement combinée.
L’eau distillée de fleurs d’oranger s’altère ; quelquefois elle devient acide , visqueuse. On a conseillé l’opération suivante , pour combattre cette altération : on mêle l’eau distillée avec un léger excès de magnésie , et l’on procède à une nouvelle distillation.
L’eau de fleurs d’oranger est préparée en grande quantité en Provence , et apportée à Paris : on a reconnu que la plupart du temps cette eau n’était pas aussi agréable et d’un goût aussi suave que celle préparée à Paris. Cette eau , renfermée dans des vases en cuivre nommés estagnons , contient quelquefois des acétates de cuivre et de plomb. Le premier de ces sels est dû à l’altération du vase par l’acide contenu dans l’eau distillée de fleurs d’oranger; le second a été attribué à l’emploi d’une certaine quantité de litliarge , destinée à corriger l’acidité développée dans l’eau : il est cependant beaucoup de ces eaux distillées , et nous en avons fait l’essai , qui ne contiennent ni l’un ni l’autre de ces sels. Il est toutefois convenable de conserver les eaux aromatiques dans des vases de verre , qui ne sont pas attaqués par ces liquides. Le pharmacien doit , pour être sûr de la pureté des eaux dislées qu’il emploie , les préparer lui-même.