EAUX DISTILLÉES
Eaux distillées préparées avec les sommités fleuries.
Eau distillée d’hyssope. On prend : sommite's fraîches et fleuries d’hyssope , 5 kilogrammes ( 10 livres ) ; eau commune, 20 kilogrammes ( zfo livres ) • on introduit les sommite's et l’eau dans la cucurbite , et mieux dans un bain-marie perce' ; on ajoute le chapiteau, et l’on procède à la distillation pour retirer to kilogrammes (20 livres) de liqueur. On sépare l’huile qui se trouve à la surface de cette eau distillée , et l’on conserve ces eaux comme les précédentes.
On obtient , en suivant la même méthode , les eaux distillées des sommités fleuries de Mélisse , de Lavande , de Sauge , de Thym, de Menthe poivrée, de Scordium, de Véronique, etc. Ces deux dernières sont moins odorantes. Le moyen indiqué par M. Henry (l’emploi de la vapeur ), essayé lors de la préparation de l’eau d’hyssope et de menthe poivrée , a fourni des résultats plus satisfaisans que ceux donnés par le procédé ordinaire ; les eaux obtenues jouissaient d’une odeur plus suave, elles se sont conservées plus long-temps sans altération.
Eaux distillées sur les semences.
Eau distillée d’anis. Cette eau se prépare de la manière suivante : on prend semences d’anis , 2 kilogrammes ( 4 livres ) ; eau commune , i5 kilogrammes ( 3o livres ) ; on place ces deux substances dans la cucurbite d’un alambic, et l’on procède à la distillation de manière à obtenir f\ kilogram. ( 8 livres ) d’eau distillée d’anis. O11 prépare par le même procédé les eaux distillées de semences d’ Angélique , de Persil, de Coriandre, et celles des Baies de Genièvre.
Eau distillée d’écorce de cannelle. On prend : cannelle de Ceylan , 2 kilogrammes ( 4 livres ) ; on la concasse , on la place dans la cucurbite d’un alambic ; on ajoute, eau commune , ï 6 kilogram. (32 livres) ; on laisse macérer pendant 12 heures ; on distille ensuite , pour retirer 8 kilogram. ( 16 livres ) d’eau
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distillée. On sépare l’huile essentielle , plus pesante que l’eau,
qui se dépose au fond du récipient.
On prépare , en suivant la même méthode , les eaux distillées d’ÉcORGE DE CASCARILLE , d’ÉcORCE DE SASSAFRAS , du, BoiS DE
Rhodes , de Sassafras , et celle de Gérofle.
M. Recluz a obtenu de la distillation de 5oo gram. ( i livre) de cannelle de Chine , 2 kilogram. ( f\ livres ) d’eau distillée , dont il a séparé 4 gram. ( 1 gros ) d’acide benzoïque; 2 gram. ( 36 grains ) en cristaux cubiques s’étaient déposés contre les parois du récipient, et un pareil poids d’acide en cristaux aciculaires s’étaient précipités et mêlés à de l’huile volatile.
Eaux distillées préparées avec plusieurs plantes.
Ces ea,ux s’obtiennent de la manière suivante : on prend espèces vulnéraires, 1 kilogramme ( 2 livres) ; eau , 10 kilogram. (20 liv.) ; on place ces substances dans la cucurbite , on adapte le chapiteau , et l’on procède à la distillation de manière à retirer 4 kilogrammes (8 livres) d’eau distillée , que l’on conserve comme nous l’avons dit pour les autres eaux.
La Pharmacopée de Dublin prescrit l’addition de l’alcool, à la dose d’une once pour chaque livre d’eau distillée sur une substance végétale ; celle de Londres prescrit la préparation des eaux distillées avec les plantes sèches, à moins quil nen soit autrement ordonné. Dans les cas où les substances vertes sont employées , on en prend un poids double de celui de la plante sèche. La même Pharmacopée ordonne l’addition del’alcool dans ces eaux, à la dose de 5 onces par gallon (8 pintes environ). Le Dispensaire d’Édimbourg prescrit aussi l’addition duvmême véhicule à la dose de demi-once par livre. M. Chéreau a fait quelques essais sur les eaux distillées ; il a indiqué l’addition de l’alcool dans le but d’aider à la conservation de ces produits , mais ce pharmacien préfère ajouter l’alcool avant la distillation. Nous donnerons ici sa formule pour la préparation de l’eau de tilleul : sommités fleuries de tilleul légèrement contusées , 2 kilogram. ( 4 liv. ); eau commune , 10 kilogram. ( 20 livr.) ; alcool de vin , 5oo grammes ( 1 livre). Laissez macérer peu-
dant 24 heures, distillez ensuite pour obtenir 5 kilogram.
( 10 liy. ) d’eau distillée de tilleul. D’après M. Chéreau, l’eau obtenue est d’une odeur agréable ; elle s’est conservée parfaite-» ment pendant tout le cours de l’année (i825). (A. C.)
EAUX-MÈRES. On a donné ce nom au résidu liquide des solutions salines qu’on a fait cristalliser. (A. C.)
EAUX MINÉRALES. Aquœ minérales. On désigne sous cette dénomination les eaux provenant de sources naturelles , et qui tiennent en dissolution une dose de substances minérales assez forte pour exercer une action bien déterminée sur l’économie animale. Mais comme, à l’exception de l’eau de pluie, toutes les eaux qui coulent à la surface du globe sont chargées plus ou moins de substances minérales , le terme d’eaux minérales est très impropre , et devrait être remplacé par celui à’ eaux médicinales naturelles .
Comment ces eaux ont-elles dissous les matières salines et gazeuses qu’elles contiennent ? Est-ce en filtrant au travers de couches terrestres qui , dans cette hypothèse , seraient toutes formées de ces matières ; ou bien s’opère-t— il au sein de la terre des décompositions chimiques déterminées par l’irrigation ou la présence de l’eau, laquelle dissout ensuite les corps nouveaux qui résultent de ces décompositions? Nous n’entreprendrons point de résoudre ces questions intéressantes, qui demandent une étude approfondie de la Géognosie : la discussion en serait déplacée dans un ouvrage où nous cherchons seulement à connaître les matières que la nature nous offre pour la gué», rison de nos maux, ou pour l’entretien de notre existence. Les eaux minérales seront à nos yeux des drogues composées que nous chercherons à classer méthodiquement dans l’ordre le plus rapproché de la nature , c’est-à-dire d’après l’ensemble de leurs propriétés physiques et chimiques.
Laissant donc de coté les considérations qu’elles présentent au médecin qui les fait intervenir comme puissans auxiliaires dans une foule de cas désespérés , et dont il ne peut alors expliquer en aucune manière l’action physiologique ; sans chercher également à faire voir combien il est important que les
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eaux minérales soient prises sur les lieux mêmes , et en des circonstances déterminées, combien est grande leur efficacité comme moyen d’hygiène (i), nous parlerons uniquement de ces eaux sous le rapport pharmacologique ; car nous ne sommes point de ceux qui prétendent qu’elles n’ont par elles-mêmes aucune influence salutaire sur les maladies chroniques , et qu’il faut attribuer leurs bons effets à des causes purement accessoires. Nous les considérons au contraire comme des me'dicamens virtuellement très énergiques, et d’autant plus, que leur nature chimique se complique d’élémens dont il est possible d’apprécier le mode d’action et l’activité , lorsqu’on obtient ceux-ci isolément. De la connaissance des propriétés de ces substances isolées , on ne peut néanmoins point tirer de conclusions définitives pour celles des eaux minérales ; elles exercent une action complexe, qui dépend, non-seulement de la somme des propriétés de chacune des substances en solution , mais peut-être de principes peu connus ou qui ont échappé à l’analyse chimique. Yoilà pourquoi les eaux minérales factices sont en général moins estimées dans le traitement des maladies que les naturelles , quel que soit le soin que l’on ait apporté dans leur préparation , quel que soit le degré de certitude et de précision offert par l’analyse des eaux que l’on s’est proposé d’imiter.
Il n’est pas facile d’exprimer d’une manière générale les propriétés physiques des eaux minérales ; ces propriétés sont extrêmement variables , puisque l’on peut regarder comme appartenant à cette classe de médicamens les eaux encore potables , mais chargées de sulfate et de carbonate de chaux , qui forment la masse des sources d’une foule de contrées ; et qu'en remontant de ces eaux si peu chargées de sels solubles, jusqu’à
(i) Sous le rapport des propriétés médicales et sous celui des circonstances accessoires , on doit consulter les ouvrages qui ont traité ex professa des eaux minérales ; nous indiquerons entre autres le Manuel des eaux minérales de France , par M. Pâtissier; Paris 1818 ; et le Précis des eaux minérales , par M. Alibert; chez Béchet jeune; Paris 182G.
celles qui en renferment une quantité considérable avec addition de gaz odorans et de matières organiques , on rencontre tous les intermédiaires. Ainsi, sous le rapport de la couleur , de la densité , de l’odeur et de la saveur , on ne peut dire autre cliose des eaux minérales , sinon qu’elles diffèrent de l’eau potable en ce que ces diverses propriétés physiques sont toujours plus exaltées que dans celle-ci, c’est-à-dire que la densité de l’eau pure étant le point de comparaison auquel on soumet les autres liquides, les eaux minérales sont toujours plus pesantes , à inouïs que la quantité des gaz qu’elles dissolvent n’en augmente considérablement le volume. Quant à la couleur , à l’odeur et à la saveur des eaux minérales , elles dépendent de celles des substances en solution ; mais ces qualités sont modifiées par l’intime combinaison des substances , et souvent comme neutralisées les unes par les autres. Plusieurs sources d’eaux minérales sont remarquables par leur température élevée ; on les désigne sous le nom à’ eaux thermales. Ce sont elles que l’on emploie ordinairement sous forme de bains et de douches , et qui attirent chaque année une innombrable quantité de malades. $0
Il suit de ce que nous venons de dire , que toutes les divisions établies pour classer les eaux minérales sont arbitraires. La prédominance de certains principes , tels que l’acide carbonique , l’acide hydro-sulfurique , les alcalis fixes , les sels âcres ou cathartiques , les sels ou oxides ferrugineux , a fait imaginer les divisions connues sous les noms à! eaux acidulés gazeuses , salines , alcalines , sulfureuses , et ferrugineuses. On a ensuite distingué , parmi ces différens genres d’eaux , celles qui ont une température plus élevée que la température atmosphérique 9 c’est-à-dire les eaux thermales , gazeuses y salines y etc. , et les eaux froides , c’est-à-dire à la température de l’air. Comme il n’y a point de distinction tranchée entre les eaux qui font partie de ces groupes , nous ne pouvons adopter cette classification dans l’exposé suivant , où nous tracerons l’histoire pharmacologique et générale des différentes eaux tenant en dissolution un plus ou nloins grand nombre de substances minérales. Pour procéder avec
méthode , nous partirons de l’eau médicinale la plus simple dans sa composition, et nous passerons successivement à celles qui se compliquent d'un, plus grand nombre de substances, ou qui dissolvent celles de ces substances qui y sont purement accidentelles. Nous ferons suivre ce court expose' d’un tableau alphabétique des analyses chimiques des eaux minérales les plus usitées, et qui s’exportent pour être vendues dans les officines des pharmaciens. En regard de ces analyses , nous placerons , pour quelques-unes , les synthèses de ces eaux , ou la composition factice qui approche le plus de leur état naturel.
Les eaux limpides , sans saveur désagréable , mais tellement chargées de sels calcaires , qu’on ne peut les faire servir aux usages ordinaires , celles , par exemple , dans lesquelles cuisent difficilement les haricots et autres légumes , qui décomposent le savon en formant un précipité insoluble, en un mot, les eaux que l’on nomme crues ou dures , ont sans contredit une action sur l’économie animale , et conséquemment pourraient être considérées comme les plus simples des eaux minérales. Cependant , malgré la facilité que l’on a de se les procurer , et de faire des observations sur leurs effets , on ne s’en est jamais servi à titre de médicament. Beaucoup d’eaux minérales employées , de celles qui étaient classées parmi les eaux salines froides , ne contiennent que quelques sels de plus et ne jouissent pas de propriétés très marquées. Les unes offrent, indépendamment du carbonate et du sulfate de chaux , des hydrochlorates de magnésie , de chaux et de soude ; quelques-unes des traces de sels ferrugineux, du soufre , etc. Aucune de ces eaux salines froides n’ayant une réputation qui s’étende fort au-delà de leur territoire , nous ne pouvons en faire ici l’énumération , ou même esquisser l’histoire des plus remarquables d’entre elles.
L’eau de mer a été préconisée dans plusieurs affections morbides ; elle contient , en effet , quelques sels parmi lesquels domine le sel marin ou hydro-chlorate de soude, qui lui communiquent des qualités physiques très prononcées , une densité plus grande que celle de l’eau ordinaire , une saveur acre ,
EAUX MINÉRALES. 3s i
aitnèrè , éminemment salée, et une odeur toute particulière. A diverses époques , les chimistes se sont occupés de son analyse , et parmi leurs travaux on distingue ceux de Bergmann , Lavoisier, Vogel et Bouillon-Lagange , John Murray, et surtout ceux d’Alex. Marcet, qui a comparé les eaux rapportées par différens navigateurs de presque toutes les mers'. La saveur des eaux de la mer est assez variable; Celles des contrées équinoxiales sont beaucoup plus riches en sels ; dans les régions polaires , et dans les parties des mers qui s’avancent au milieu des continens , comme la Baltique , la Méditerranée , la Mer Rouge, la salure est bien moins considérable. Les eaux de sources salines et des marais salans de la Lorraine et de la Franche-Comté se rapprochent par leur composition chimique de celles de la mer ; mais elles renferment du sulfate de soude ou de magnésie en des proportions très considérables.
Parmi les eaux salines froides, remarquables par la prédominance de certains sels qui leur communiquent des propriétés purgatives très énergiques , nous citerons les eaux de Sedlitz et de Seydcliutz , en Bohême , et celles d’Epsom , en Angleterre . C’est le sulfate de magnésie qui en est le principe le plus actif ; aussi ce sel est-il connu dans le commerce sous les noms de sel de Sedlitz, de Seydchutz et d’Epsom. Leur saveur est extrêmement amère et salée ; elles sont limpides, et déposent un précipité blanc lorsqu’on les fait bouillir. Ces eaux ont beaucoup de rapports entre elles, soit par la nature et la quantité de leurs principes constituans , soit parleurs propriétés médicales, qui les ont rendues célèbres depuis un temps immémorial.
Nous possédons en France un assez grand nombre de sources thermales dont les eaux sont analogues à celles que nous venons de citer. En parler en détail, ce serait nous entraîner au-delà des limites de cet ouvrage ; nous nous contenterons d’indiquer ici les principales : les eaux de Tercis , de Saubuse , de Préchac et de Pouillon , dans le département des Landes ; celles de Bagne res , dans les Hautes-Pyrénées; de Lamotte , dans le département de l’Isère , et de Saint-Gervais en Savoie , ont une saveur salée due à la prédominance de l’hydro-clilorate de soude.