‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 114 sur 251 · SI · texte numérisé non relu

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ce point, du moment où le goûl esl un sentiment qui vient de la puissance vitale? Mais il n'en est pas de même du goût dans les arts; ceux-ci ayant des beautés réelles, il doit y avoir dès lors un bon goût qui les discerne et un mauvais goût qui les ignore, et qui explique la nécessité de la dispute. Far elle on corrige souvent le défaut de connaissances qui donne un goûl de travers.

Il esl enfin des âmes froides, des esprits faux , qu'on ne peut échauffer ni redresser; eh bienl c'est avec ceux-là suitout qu'il ne faut pas disputer des goûls : ils n'en ont point.

Le meilleur goût en tout genre, c'est d'imiter la nature avec la plus grande fidélité, de force et de grâce : ce qui n'est pas difficile, quand notre astre, en naissant, au lieu de nous former poète, nous a formé homme de bon goûl.

Sans doute que le goût acquis peut s'ajouter au goûl naturel, et que le mélange de l'un et de l'autre esl la perfection de tous les deux {Kératry); mais cela ne change rien à la proposition que j'ai avancée, que le goût est un sentiment inné.

Ce n'est pas toul : quelques écrivains ont pensé que le goût dépend de deux choses, à savoir : d'un sentiment très-délicat dans le cœur, et d'une grande justesse dans l'esprit. Il est certain qu'avec ces deux qualités, l'homme bien né aura le sentiment des convenances, et apportera dans le commerce du monde une délicatesse qui lui fera toujours ménager l'amour-propre d'aulrui,el, par conséquent, lui méritera la réputation d'homme de goûl. Mais esl-il besoin d'avoir une grande justesse d'esprit pour cela? Il suffit d'avoir reçu une bonne éducation. Avec elle s'acquiert l'art d'observer les convenances; par elle se perfectionnent les aptitudes que l'on peut avoir pour discerner le beau et le bon; mais ces apiiludes peuvent se faire jour sans elle. Assurément la servante de Molière n'avait aucune éducation; el cependant, à voir la facilité avec laquelle elle saisissait lou'es les critiques fines el spirituelles de l'inimitable auteur des Femmes savantes, des Précieuses ridicules, etc., etc., quand il lui lisait ses comédies, on ne peut refuser à Nicole d'être une fille de goût.

lïesle enfin l'opinion de La Rochefoucauld, qui affirme que le bon goût vient plus du jugement que de l'esprit. Certainement le jugement do;i servir à le perfectionner; mais combien n'est-il pas de circonstances où le goûl esl indépendant du jugement 1 Une d'elles, c'est lorsque le goût est un amour habituel de l'ordre, el s'étend sur les mœurs aussi bien que sur les ouvrages d'esprit; la symétrie des parties entre elles et avec le tout étant aussi nécessaire dans la conduite d'une action inorale que dans un tableau. Ajoutons toutefois que cet amour esl une vertu de l'âme qui se porte à tous les objets qui ont quelque rapport* à nous; qu'il prend le nom de goûl dans les choses d'agrément, et relient celui de vertu quand il s'agit de mœurs. (BaLUux.)

Maintenant, si, résumant ce qui précède, je voulais donner une autre définition du goûl, je serais forcé d'avouer, pour ma part, qu'il n'est pas de nature à en souffrir aisément une nouvelle. Le goût, dirai*-je avec M. Raynaud.est un objet mixte, composé d'une qualité de l'esprit et d'un sentiment du cœur; or, tout ce qui tient au sentiment ne peut se définir. Le goût n'est donc indéfinissable qu'en parlie : le reste ne peut le faire concevoir que p;.T des exemples.

Le goût renferme une qualité de l'esprit : la facilité à voir d'un coup d'œil et à saisir dans l'instant le point qui convient à chaque sujet que l'on traite, ou qui se trouve dans chaque expression qu'on lit ou qu'on entend. Celte qualité est habituelle : par conséquent, elle se forme par la lecture, s'épure par la comparaison que l'on fait entre divers ouvrages, se fortifie par les réflexions, s'étend par des exemples et s'affermit par l'imitation des endroits choisis. Le goût ne se peut définir, puisque c'est un sentiment; il ne s'aequierl pas : c'est une qualité que donne la nature. Sentiment du vrai, droiture de raison, voilà ses principes; justesse de pensées, netteté d'expres-ious, voilà ses règles ; souplesse de l'esprit à la loi des bienséances, sagesse de détail qui adopte le nécessaire el l'utile, rejetant le superflu, économie dans l'ordonnance, voilà ses qualités. Le goût, observé dans celui qui le possède , est le talent de discerner avec promptitude et délicatesse et qu'il y a de bon et de beau dans un sujet, quel qu'il soit. Il est aisé de contester et très-difficile do réunir tous les sentiments, su ri oui en matière de goût, et plus encore quand on cherche quelle en est la nature. On peut soutenir que le beau seul est l'objet du goût; on peut prétendre que, dans les choses susceptibles de l'un et de l'autre, le beau et le bon se confondent.

Dans les arts el les sciences, le goût est ce sentiment par lequel le public adopte l'opinion des gens instruits, et ne se prononce pas de lui-même à un jugement : c'est ce qui a lieu surtout pour la géométrie, la mécanique el certaines parties de physique, de peinture, de sculpture, etc. Dans ces sortes d'arts ou de sciences, les seuls gens de goûl sont les gens instruits; el le goût n'est, en ces divers genres, que la connaissance du vraiment beau. Pourtant, el c'esl une chose importante à noter, les hommes les plus remarquables ne sonl pas les meilleurs juges dans le genre même où ils ont le plus de succès. Quelle est, me dira-t-on, la cause de ce phénomène littéraire et artistique? C'esl, répondrai-je, qu'il en esl des écrivains comme des grands peintres : eh icun d'eux a sa manière. Grébîllon, par exemple, exprimait quelquefois ses idées avec une farce, une chaleur, une énergie, qui lui sont propres ; Fontenelle les présentait avec un ordre, une netteté et un lotir qui lui étaient particuliers; Voltaire les rendait arec une imagination, une noblesse et une élégance soutenues. Or, chacun de ces hommes illustres, déterminé par son goûl à regarder sa manière comme la meilleure, détail, en

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conséquence, faire souvent plus de cas de l'homme médiocre qui le suivait, que de l'homme de génie nui marche sans guide. De I;) les jugements différents que portent souvent sur le même ouvrage l'écrivain célèbre, 1 artiste renommé cl le public, qui, sans estime pour les imitateurs, veut qu'un auteur soit lui, et non un autre.

Mais, si le goût se rapporte à ces divers genres de talent, il s'exerce aussi sur les choses indifférentes ou d'un intérêt d'amusement, laissant ordinairement de côté celles qui tiennent à nos besoins. Pour juger de celles-ci, le goût n'est pas nécessaire, le seul appétit suffit. Voilà ce qui rend si difficiles, et ce semble si arbitraires, les pures décisions du goût ; car, hors l'instinct qui le détermine, on ne voit plus la raison dans ses décisions.

Le goût est naturel à tous les hommes; mais il ne l'est pas pour tous en même mesure; il ne se développe pas dans l us au même degré, et dans tous il e-t sujet à s'altérer par diverses causes. Quoi qu'il en soit, la mesure du goût que chacun peut avoir dépend de la sensibilité qu'il a reçue en partage, de sa culture, tout comme des sociétés où il a vécu.

Somme toute, le goût est un sentiment naturel, une faculté de l'âme indépendante des autres sentiments et des autres facultés, mais pouvant se perfectionner par eux.

GRACIECX (qualité). — Gracieux se dit d'un individu qui se présente avec un visage doux et riant, ouvert, sur lequel respire la bienveillance, et qui joint à un physique si avenant, des paroles affectueuses et des manières polies.

En général, les auteurs font du mot gracieux le synonyme d'agréable. Il est certain qu'une personne gracieuse est ordinairement très-agréable et nous séduit; mais on a remarqué cependant que c'est plis communément l'air et les manières qui rendent gracieux, .ni lieu que l'humeur et l'esprit rendent agréables. Certains ont même été jusqu'à f;iire une distinction à l'égard des personnes dites gracieuses; ainsi, d'après rux, il semblerait que « c'est plus par les manière» que par l'uir que les hommes sont gracieux, au lieu que les femmes le sont plutôt par leur air que par leurs manières , quoiqu'elles poissent l'être par celles-ci. Toutefois, il s'en trouve qui, avec l'air gracieux, oui les manières rebutantes. » (Neuville.)

Quoi qu'il en soit, on aime la rencontre d'un homme gracieux; il plaît. On recherche li compagnie d'une femme agréable; elle ili trait et amuse : soyons l'un et l'autre, s'il esl possible, et n'oublions pas q06 CP n est pas asseï pour la société que d'être d'un abord gracieux et d'un commerce agréable, qu'il Luit encore avoir le cœur droit et la bouche sincère.

GRANDEUR D'AME (ferla) Oo appelle

ainsi l'amour de, grandes choses, OU cet attachement de l'Ame pour le beau, le grand, le difficile, I honnête.

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