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Arcliimède, grand et profond mathématicien, avail été chargé par son souverain de calculer combien la couronne royale contenait d'alliage mole à l'or dont elle était formée.
Le savant avait longtemps inutilement réfléclii pour trouver la solution de ce problème, et désespérait presque d'y parvenir, lorsque, étant au bain, il eut le bonheur de le résoudre. Oubliant alors ce qu'il devait à la décence, et sans *'aperc;?\oir qu'.l était nu, il se prit à parcourir les nies de Syracuse en criant: «Je l'ai trouvé! je l'ai trouvé! »
Je dois faire observer que, dans ce cas particulier d'abstraction, comme dans tous ceux qui, comme lui, peuvent se rapporter à la dernière des définitions que j'ai données de celle f.irullé mentale, l'abstraction pourrait au premier aspect passer pour de la folie.
Distraction. Cependant l'une et l'autre diffèrent sous bien des rapports. L'individu abstrait est tellement absorbé par une idée, que rien ne saurait l'en distraire, ni les objets présents, ni les choses dont on veut l'entretenir, ni les sensations qu'il éprouve, rien ne le lire de son abstraction méditative; tandis que l'individu distrait prête si peu d'altenlion aux personnes et aux objets, que la présence d'un objet nouveau, la production d'une idée nouvelle, suffisent pour changer le cours de ses pensées. Il a un esprit si mobile, qu'il regarde un autre objet que celui qu'on lui présente, qu'il écoute d'autres discours que ceux qu'on lui adresse ; ce qui l'entraîne à faire des sottises ou à répondre tout de travers. Parlant l'abstraction sérail loul l'opposé de la distraction. — Voir ce mol.— Elle s'empare à ce point de l'individu, qu'on lui a donné le nom d'absorption mentale, de contention d'esprit — Voir Contention.
On ne saurait considérer exclusivement l'abstraction morale comme un défaut, vu qu'elle est indispensable aux savants et aux artistes. Fourraient-ils perfectionner l'œuvre à laquelle ils consacrent leur temps et leurs veilles, une œuvre qui exige une aitenlion soutenue et quelquefois de grands efforts d'imagination sans y apport r une sorte d'abstraction? Archimède aurait- t-il résolu son problème s'il n'y avail continuellement réfléchi, si an moment d'en obtenir la solution il avail pensé à autre i hose ?
Néanmoins, malgré les avantages de r traction, je ne conseiller. ii jamais à quelqu'un d'être abstrait dans le monde. Qu'on le soit dans le silence du cabiirel ou d us l'isolement, soit ; hors de là l'abstraction esl un véritable défaut.
Et comme chaque défaut a ses inconvénients, celui-ci a le double désavantage que, I il rend l'homme abstrait d'une nullité absolue dans un salon ; i bat un le délaisse < t le fuit, et, à moins que son mérite ne .soit généralement connu n apprécié, tous portent de lui un jugement Ires-défavorable. — 2B Continuellement dans son abstraction, l'homme abstrait ne profitera jamais des avantages qu'on retire communément dans le monde»
de la fréquentation des personnes capables de nous former aux usages de la bonne compagnie et à féconder notre intelligence par la distinction de leurs manières, la pureté et l'élégance de leur langage, la fécondité de leur imagination, la fidélité de leur mémoire, la maturité de leur esprit.
Il est vrai qu'on ne se trouve pas toujours avec d'aussi bons maîtres; eh bien! mémo dans ce cas, l'abstraction est un défaut : c'est manquerauxeonvenancesque d'être abstrai .
Nous <l°vons donc nous bien pénétrer de celte vérité importante, que tout homme, pour se faire bit n valoir, doit , quand il se trouve dans une réunion p us ou moins nombreuse , et à plus forte raison avec une ou deux personnes respeclibles, ai) lieu de se plonger dans les rêveries de l'abstraction , s'attacher au contraire à se montrer attentif et empressé.
En s'efforçant d'être attentif, il a tout à gagner, car les individus sont rechen liés ci considérés en proportion du soin qu'ils mettent à se faire estimer. C'est d'ailleurs le seul et vrai moyen de plaire et d'acquérir avec les qualités d'un homme de bon ton une instruction solide et durable.
ACARIATRE (défaut). —Acariâtre signifie : « une humeur difficile , aigre , criarde , farouche. »
Une femme est-elle difficile à gouverner , cric-t-elle nuit cl jour contre son mari ou ses enfants , gronde-t-elle ses domestiques , s'emporte-l-clle à propos de rien, on dit généralement qu'elle est acariâtre. N'est-ce pas que sous ce rapport il est bien des hommes qui ne le cèdent pas à la femme ?
Etre acariâtre est un défaut qui ne se montre guère que dans l'âge adulte , et qui, une fois développé, va malheureusement eu se fortifiant de pins eu plus à mesure que l'on vieillit. Aussi devient-il ordinairement insupportable rhez les vieillards.
Ce défaut n'empêche pas, si l'on veut, que les gens acariâtres ne soient susceptibles de beaucoup d'aménité et de douceur vis-à vis tirs étrangers ; mais plus ils affectent de pa railre tels aux yeux de qui les VO I et lis connaît peu , et plus en revanche ce Boni do véritables lyrans domestiques. <>n dirait qu'ils se dé lommageut chez ,'u\, de la contrainte qu'ils se sont imposée chet autrui.
Affaiblis ; ar l'Age, eu-, senis m- s'en n perçoivent pas, et ils voudraient loul faire plier
a leur volonté ou à leurs capnees. Rien
n'esl bien que ce qu'il- Font; rien n'csl sensé que re qu'ils disent. Toujours les premiers
a Faire de l'opj OSitlOn, ils se plaignent q i on
n'est jamais de leur avis : toujours contrariants, ils trouvent qu'on les contrarie, e'i par une étrange aberration de leur esprit, ils se le persuadent. Dès lors, ou ne peul jamais discuter de n'importe quoi nue eus , que 1 1 discussion ne dégén ire en dispute. Rien nVsl d me plus .i pi ijndre que 1rs personnes obligées de vivre mer les ".rus ni 1 1 i,i 1res.
El la Femme acariâtre, dira-t-on? Bile!
Mais c'est son bonheur que de lalilluiuicr ;
1~ A DM
el comme elle ignore toujours que s m caractère soit parfaitement connu; comme elle ne soupçonne pas qu'elle inspire à tout le momie une sorle de répulsion ; comme elle ne se doute pas qu'elle perd l'affection de sa famille, et que c'est son humeur qui éloigne (:'e!. e se< proches et ses amis les plus intimes, se flattant toujours, elle se donne toujours satisfaction pleine et entière.
Doit-on croire qu'elle retirerait un salutaire enseignement de l'éloignement qu'on lui montre ou du délaissement dont elle est l'objet, si elle en connaissait le véritable motif ? Cela devrait être, et pourtant cel.i ne serait pas. Pourquoi ? parce que crier, gronder est un véritable besoin. C'est chose si ualuri Ile, si habituelle, qu'elle ne pense pas qu'on puisse, sans injustice et sans caprice; trouver que c'est mal. Et si quelqu'un a\au le courage de lui dire la vérité , il serait à coup sûr fort mal accueilli;... elle accu erait de singularité toutes les personnes qui la blâmeraient.
Et pourtant, si les ncorid^resétaienlaccessibles à la vérité; si el;es pouvaient réfléchir un instant aux maux qu'elles se préparent et aux tourments qu'elles font endurer à tout leur entourage; si elles considéraient l'isolement dans lequel se trouve un vieillard qu'on est forcé de délaisser parce qu'il n'est plus abordable ; nul doute qu'elles seraient les premières à con-idérer comme un bien grand malheur d'avoir une par ille humeur , un si mauvais caractère , et qu'elles s'efforceraient de les modilier. Jlais non : fa blcs et présomptueuses , elles ne s'aperçoivent pas de L'urs défauts, nient en a\o;r, el par conséquent sont incorrigibles.
C'est pourquoi, quand on redonnait dans une jeune personne des dispositions marqui es à devenir acariâtre, il faut lui montrer inus les dangers qu'elle court, la faire assister, s'il est possible , à une petite scène qi i incite ces déf.suls eu relief, el lui faire comprendre eue lout commerce devient impossible avec la femme dont l'intérieur du ménage est un enfer.
Mais c'est suitouten développant en eile des sentimen's contraires , c'est-à-dire la bonlé, la douceur . la tolérance , etc. , qu'on peut plus sûrement atteindre le but qu'on se propose.
N'oublions pas que les rersonnes d'un lempé ament nerveux et irritable sont celles qui sont le plus dispo>éts à devenir acariâtres. Dans ce cas, ce n'est qu'en modelant par un régime rafraîchissant, par des bains tièdes , par des attentions soutenues , par des lectures agréables , celte exaltation da système nerveux , qu'on parviendra à modilier l'humeur chagrine de ces personnes, et d'empêcher, autant que faire se pou; ru, qu'elle ne se personnifie el se perpétue. Ce qui arriverait inévitablement, si on les livrait tout à fait a elles-mêmes.
ACCUSATEUR. 1 01/. Délatkur.
ADMIRATION (sentiment . — Far le mot admiration on doit entendre une subite surprise de l'àme , qui fait qu'elle se porte à
considérer avec attention les objets qui lui semblent rares et extraordinaires. Ainsi , à proprement parler, l'admiration n'est | a-, on jugement formé par l'intelligence, mais plutôt un saisissement ou une co^/aî/on de l'aine, qui, frappée tout d'un coup de la percepli >o d'un objet peu commun , s'arrête sans réfléchir et sans prendre d'autre parti que de; considérer cet o*bjel qui lui plait.
L'admiration étant une conséquence de la surprise, nous compléterons notre article i n traitant de celle-ci. Voy. Subprise.
ADORATION ( sentiment vertueux el religieux ) , Adoratecr , Adoratrice. — L'adoration est l'hommage que le chrétien rend au Dieu créateur de toutes choses , et que les païens rendaient à des idoles ou à des créatures.
Il n'y a point de nation civilisée qui ne rende un culte public d'adoralion à Dieu. Les Chinois , ce peuple qui se vanle d'être le plus ancien de la terre , ont eux-mêmes reconnu un seul Dieu, de temps immémorial, el point de dieux suba'lernes. Dans ce va-le empire nulle dispu'.e religieuse. Aussi, quoique subjugué deux fois, il s'est toujours conservé dans son intégrité ; il a soumis ses vainqueurs à ses lois ; el malgré les crimes attachés à la nature humaine , il est peutêtre encore un des Eîals les plus florissauls de la terre.
Les mages de laChaldée, les sabéens ne reconnaissent qu'un seul Dieu suprême, et l'adorent dans les é'oiles qui sont son ouvrage. — Les Persans l'adorent dans le soleil. L.i sphère posée sur le frontispice du temple de Memphis est l'emblème d'un Dieu unique et parfait nommé Knef , par les Egyptiens. — Cette adoration d'un Dieu suprême, que les Romains ont accordée au seul Jupiter, est confirmée depuis Romulus jusqu'à la destruction enlière de l'empire et à celle de sa religion.
llref, il n'y a point de nation civilisée qui ne rende un culte public d'adoration à Dieu. Les cérémonies ont partout quelque ressemblance et quelque différence; mais on adore Dieu par toute la terre.
Dieu seul est digne d'èlre adoré; el ceux qui l'adorent, soit en élevant en secret leur cœur jusqu'à lui pour le remercier de ses boules el lui exprimer leur reconnaissance , soil en témoignant ces divers sentiments pour l'Eternel par un culte public qu'ils lui rendent; ceux-là, dis-je, sont appelés adoiateurs ou adoratrices.
L'adoration eu elle-même est moins une qualité ou une vertu qu'un sentiment inné dans le cœur de l'homme, un besoin de sou :iine , qui aime à épancher ses jouissances ou sa douloureuse résignation dans le sein d'un père bien-aimé à qui elle doit l'existence, et donl eile espère les récompenses. Ainsi, quand après la victoire le peuple accourt en foule pour y entonner le Te Daim laudamtu et l'y chante ; quand, courbée sur le berceau de sa fille bien -aimée qu'un mai cruel dévore, une mère désolée se recueille et prie le Dieu de miséricorde de ue pas lui ra-
Aim
vir celle dnni les tendres caresses sont désormais nécessaires à son bonlieur. c'est un liommage suprême de l'homme à Dieu, c'est une adoration. Quand surtout, au milieu du saint-sacrifice delà messe, le prêtre élè» eaudessus de sa tète le corps et le sang de Jé&us- Christ offerts aux regards d?s fidèles, sous les apparences du pain cl du tin le chrétien s'incline et prie; c'est un culte sup ême rendu au Créateur, c'est l'acte d'adoration par excellence.
Ce besoin, disons-nous , e-t inné dans le cœun'e tous les hommes; heureux celui en qui l'éducation l'y développe et l'y fortifie. Mais cou nie il n'est jamais si pressant et si vif qu'alors qu'on en connaît les douceurs, et que nul ne saurait en savourer les délices sans une véritable croyance, source abondante qui doit le féconder, c'est en inspirant de bonne heure aux enfants c! à la jeunesse, la foi en Dieu, la première de toutes les vertus, et le principe de tous les autres sentiments vertueux, qu'on les rendra pour toujours de fervens et zélés adorateurs.
Ouelqucs-uns craignent qu'en adorant Dieu on ne devienne bientôt superstitieux ou fanatique; et bien des gens s'imaginent qu'il doit en Aire ainsi. Cela pourrait arriver a un esprit faible dirigé par des hommes qui seraient eux-mêmes fanatiques ou superstitieux; mais cela n'arrive* pas si on a une religion bien entendue. D'ailleurs, n'cst-il pas à craindre qu'en le niant, en n'étant plus retenu par les craintes qu'un Dieu vengeur doit inspirer, on ne s'abandonne aux passions les plus atroces et aux crimes les 1 lus affreux toutes les fois que i otre intérêt ou notre nature nous y portera? Entre ces deux excès, n'v a-t-il pas un milieu raisonnable? Où est l'asile entre ces deux écueils ? Le voici : Dieu et des lois sa s.
Vous affirmez qu'il n'y a qu'un pas de l'adoration à la superstition. Il y a l'infini pour les esprits bien f'aiis, et ils sont aujourd'hui en grand nombre. La vraie connaissance de la religion doit améliorer les mœurs publiques, et d'année en année le fanatisme de l'erreur qui couvrait la terre se voit enlever [ - détestables usurpai
Laissons donc les hommes adorer Dieu, et soyons sans crainte pour l'humanité, de la part de ceux qui adorent sincèrement celui qui nous a fait une loi de nous aimer les uns les autres.
ADRESSE (bonne qualité ou vii e). — L'adresse est l'art de conduire ses entreprises d'une manière propre à les faire réussir. Elle demande de l'intelligence et un bon ingénient, car les affaires difficiles réussissent rarement, si elles ne sonl conduites avi c une certaine habileté, tant de gens, lanl d lifs, tant d'intérêts divers s'opposanl | à leur réussite.
Souvent en Bgissanl avec adresse on u e de dissimulation ; elle ne saurait être prise en
m. un aise pari unique, dans ces sortes de ra-,
on n'empl iepa es m yi us di loyaux, loul
le monde appl lUlJ lu< ia"
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convenablement tourner les obstacles ou les surmonter.
Adresse est quelquefois synonyme de souplesse, finesse, ruse, artifice, qui tous se confondent dans un même sentiment, la dissimulation ou Déguisement. Voyez ce dernier mol.
AFFABLE, Affabilité (qualité, vertu).
— Affable se dit île tout individu qui reçoit et écoute ses inférieurs d'une façon tout à la fois civile , douce, honnête, engageante, c'est-à-dire, sans avoir rien de sévère dans le regard, rien de rude dans le langage, rien de rebutant dans les manières, et tout eu ayant bien mieux que cela.
Partant, on doit nommer affabilité ce sentiment des convenances qu'observe habituellement l'homme affable, cl qui fait que dans ses relations avec ses inférieurs par la naissance, le rang ou la fortune — affabilité se dit rarement d'égal à égal, et jamais d'inférieur à supérieur — il se montre toujours ayant le sourire sur les lèvres, avec de bienveillantes paroles et toutes les formes d'un homme poli, prévenant et cordial.
L'affabilité est une vertu bien pins rare qu'on ne l'imagine. Si elle nous parait plus commune qu'elle ne l'est réellement, c'est que nous confondons, avec bien des gens pas plus malins que nous, l'affabilité réelle, qui est le partage des personnes bien nées, et un certain palèlinage ou sorte de dissimulation, dont se servent les individus haut places par leur position sociale, à l'égard de ceux qui leur demandent des faveurs ou des services, ou même vis-à-vis de celui qui leur réclame une chose loyalement et légitimement niérili e.
Ces gens-là vous accueillent parfaitement, avec empressemcnl ils tous tendent la main; ils vous encouragent par une apparence de cordialité qui nous charme et nous séduit d'autant plus qu'ils trompent davantage.
Toujours affectueux, pour celui qui leur , arle , et ne désapprouvant rien de ce qu'il propose, on croirait, en voyant combieu ils entrent dans les vue*, les raisonnements et les intérêts du solliciteur, qu'ils ront tout entreprendre pour l'obliger : étrange illusion! Qu un autre visiteur survienne avec des intérêts o posés à celui qui vient de sortir, ils lui tiendront le n ême h ngage, le préviendront
par les mêmes politesses; et c'est loul le coi, traire de ce qu'ils agréaient tout à l'benre qui obtient, l'instant d'après, leur approbation.
Pur ces odieuses manœuvres, loua ces i/"»incuri d'eau '""'e de tour parviennent a capter la confiance età acquérir celle estime publique a laquelle ils visent tant et toujours ; mais pour si habiles qu'ils dan* l'art de feindre, le moment arrive enfin où leurs coupables manœuvres sonl démasquées, et ou ils i , çoivent le juste chAli nient
dû à leur basse dissimulation, le mépris uni- \ ei sel.
Néanmoins, el malgré les fâcheuses conséquences que. le palèlinage entraîne n sa
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suite, pour celui qui joue l'affabilité, ce vice est tellement commun de nos jours, qu'il m'a semblé nécessaire de saisir la première occasion qui me sérail offerte, pour le montrer dans toute sa laideur.
C'est pourquoi, d'u«sé-jc m 'exposer pour plus lard a des répétitions inévitables, je me laisse entraîner en ce moment au besoin de prévenir la jeunesse, généralement si confiante et si crédule, qu'elle ne doit pas s'en laisser imposer par les dehors trompeurs de ces tartufes de r.otre époque, qui, pour mieux la tromper, se montrent à elle avec une affabilité affectée. (Voij. Dissimulation.) C'est d'ailleurs le meilleur moyen de lui faire connaître davantage tout le prix qu'elle doit attacher à une affabilité franche, sinrère, et la renilre désireuse d'être affable à son lour par humanité, si elle ne l'est déjà par nature.
Je conçois qu'il doive en coûter beaucoup de contredire un solliciteur, même quand on y est forcé, et surtout de lui refuser re qu'il demande; mais ne peut-on le contredire avec ménagement et beaucoup de bienveillance? Ne peut-on diminuer l'amertume du refus en témoignant le déplaisir qu'on éprouve de ne pouvoir faire ce qu'il désire ? Et ne vaut-il pas mieux, quand on aura rassuré le solliciteur par un bon et franc accueil ; quand on aura éé attentif à prévenir so:i embarras, à le mettre à l'aise, s'il est timide; quand on l'aura écoulé avec patience et bonté ; ne vaut-il pas mieux, dis-je, le renvoyer avec, de consolantes paroles et sans le tromper en le berçant par de fallacieuses promesses, quede lui laisseremporler des espérances et une sécurité qui lui seront inévitablement préjudiciables? Faut-il croire le visiteur assez peu raisonnable pour que, s'il lui est prouvé que sa demande est inopportune, ses | rétentions déplacées, qu'il est impossible qu'on fasse quelque chose pour lui, qu'on juge toute démaeci e inutile, cro.l-on, dis-je, qu'il en veuille à la personne qui lui tiendra franchement un pareil langage?
Je me prononce pour l'affirmative, quant aux | remières questions, et négativement pour la dernière. Oui, on peut contredire le solliciteur; oui, on doit ménager sa sensiî ililé et l'amertume du refus ; oui, il vaut mieux dire avec franchise qu'on ne peut rien pour lui que de le tromper : il n'en voudra pas, soyez-en certain , à celui qui s'excusera de son impuissance avec sincérité et bonne foi.
Four h a part, je ne conçois pas différemment la véritable affabilité, et c'est parce qu'ils la concevaient et la pratiquaient de la sorte, que certains rois de France et quelques-uns des princes placés sur les degrés du trône, se sont acquis de tout temps l'affection et l'estime du peuple français.
Tel fut parmi eux le dauphin , père de Louis XV. Le capitaine de ses gardes avait ordre de ne jamais rebuter personne, et d'indiquer avec bonté un montent plus favorable à ceux qui se présentaient à coniretemps. Il ne voulait pas même que ses ofli-
Dictionx. oes Tassions, elc.
ciers éloignassent ceux qui étaient connus pour être importuns. « Peut-être, disait-il, qu'ils ont quelque chose de meilleur à proposer aujourd'hui que les auires fois, et j'aime mieux éprouver quelque ennui, que de leur faire sentir avec, trop de confusion qu'ils m'importunent. >»
Un jour, entre autres, on voulait persuader à cet excellent prince qu'il était d'un accès trop facile, il demanda si en l'en blâmait dans le public, el sur ce qu'on lui répondit qu'an contraire on l'en louait beaucoup : « Eh bien 1 reprit-il, laissez-moi donc mériter ces louanges. »
De même, un des hommes qui ont joué un grand rôle sur la scène du monde, Cambacérès se montra toujours affable, comme je. désirerais que tout le monde le fût. Voici le portrait qu'en fait la duchesse d'Abranlès : « Quand je l'ai connu, dit-elle, il était à celle époque conseiller à la cour des aides de Montpellier. Il n'était pas l'ami de mes parents, ce n'était qu'une simple connaissant c, mais il était devenu le mien et celui de Junot. Jamais je n'ai requis un secours pour un service, quel qn'ii fût, que je ne l'aie toujours trouvé prêt à agir ; ou bien, si c'était une c!:OiC impossible, il me le disait, el me donnait un moyen pour réussir, que lui n'aurait pas pu mettre en œuvre, soit par sa position, soit par la nature de la demande. Je l'ai entendu quelquefois dire à des personnes de Montpellier qu'il accueillait toujours à merveille, mais dont il ne p uvait pas servir les inlérêts : — Je ne puis demander celle place pour vous, je l'ai demandée pour un autre. Jamais il ne donnait de ces promesses trompeuses dont les homnus sont si prodigues. Il avait ponr cela une probité rigide. .Mais j'ai tort de faire une exception : Camhacérès était un honnête homme. L'esprit de parti a voulu vainement mordre sur lui. Il av il lie l'honneur, de la droiture et une grande! bienveillance dans les manières, c ■ qui le faisait généralement aimer. »
Tous ces faits parlent trop haut pou: avoir besoin de commentaires ; aussi me bnrncraije à conclure de tout ce qui précède, que l'affabilité est une îles vertus les plus nécessaires, je dirai même indispensable à l'homme qui, par sa naissance, ses talents ou son courage, est arrivé à se (aire une position telle qu'il puisse être utile à ses égaux ou à ses inférieurs. Sans elle, il ne se fera jamais aimer et estimer; sans elle il ne goûtera en aucun temps les joui-sauces qu'elle procure.
11 ne faudrait pas cependant, el je ne dois pas le taire, que l'affabilité lût exagérée el dégénérât, comme cela a lieu quelquefois, en véritable Familiarité. {Voy. ce mot.) — Sans doute on ne doit mépriser personne ; sans doute nous sommes tous égaux ; mais si l'affabilité par trop familière engendre le mépris, tout co orne l'affabilité affectée, les gens instruits et bien élevés doivent, tout en étant très-affables avec les hommes grossiers et sans éducation, les tenir à dislance par I*
ir.o A FF
noblesse de leurs manières et de leur lan-
f/age.
Considérée en ellc-mômc, l'affabilité est moins un sentiment, une qualité, une vertu, que l'expression ou la manifestation do la bonté. Celle-ci, qui se décèle par tant d'actes divers, n'existerait point si on la séparai; rie l'affabilité, sa compagne et sa fille: il faut donc rapporter tous les avantages qne celle dernière p; ocurc, à la vertu, où elle puise sa source.
AFFECTATION ( défaut ), Affecté. — On peut définir l'affectation : une sorte de déguisement ou dissimulation qui se traduit à l'extérieur par des mœurs, des manières, un langage affectés, singuliers, originaux.
Affectation a plusieurs significations. Ainsi, étaler des qualités ou des vertus qu'on n'a pas, mais qu'on voudrait avoir, dans l'espoir d'en imposer à la multitude et de s'en faire un mérite, c'est de l'affectation.
Il est une autre sorte d'affectation qui, comme l'afféterie, a\ec la juelle on l'a confondue, appartient à la manière de se comporter. Llle consiste également dans l'éloi- «ncmcnl du naturel ; mais fous remarquerez qu'il v a cet e différence, entre l'une et l'autre, que lalTc, talion, dans te es, a pour objet les pensées, les sen iments. le goût dont on fait parade; tandis que l'afféterie ne regarde que les petites manières par lesquelles on croit plaire.
Jl y a encore ceHe différence entre l'affectation ( l l'afféte ie, que la première est souvent contraire à h vérité cl tend alors à dérevoir: ci que, qnand elle n'est pas hors de la vérité, elle dé| lait loul de même, par la trop grande attention à faire paraître ou remarquer tel avantage. Quant à la seconde, toujours opposée au simple cl au naif, elle a quelque chose de recherché qui déplaît, surtout aux partisans de la franchise.
Enfin on tombe dans l'affectation en courant après l'esprit, e! dans l'afféterie en recherchant des grâces.
En général, on n'est jamais si ridicule par les qualités qu'on a. que par celles qu'on affecte d'avoir. [La Roehefouenuii.} — Je dis même <i ». o les qualités réelles ne rendent jamais ri licul • que celui qui cherche i s'en irop \us>i a-i-oo classé l'affccla-
lin i parmi les défauts que certains c u aclères bien tournés ne peuvent jn:<ii> prcndri que ceux qui les ont pris ne peui ent jamais
| ci die.
■ grai es incoin énients de toute alf.clalion , <'Vs| de finir par se déceler et de faire retomber l'individu au-dessous n
sa valeur réelle. C'esl pourquoi je dirai avec Duclos : o S tyoos donc ce que nous nommes , u • ton a nuire carui
lâchons wulcmenl d'en retrancher ce qui peul être incommode pour les autres, et dun-
. pour n.uis-u.émos. »
AFFECTION sentiment). — Mkttioa i gnifle, en morale, loul sentiment intérieur ou passionné de l'Ame, qui .ittaclic l'ho nsne à
AFF
lio
son semblablr, le dispose et le parte à faire son bonheur ou à y contribuer.
Comme tous les autres sentiments affectueux tels que l'amour, l'amitié, etc. auxquels i Ile s'uuil ou avec lesquels elle se confond. l'affection est innée dans le cœur de tous les êtres animés et s'y déieloppcà l'aide d'une in '.nation naturelle ou sympathique. C'est pourquoi je ferai remarquer que les moralistes ont eu tort de tant généraliser la signification de ce terme, c'est-à-dire d'appeler affection le sentiment qui nous attache aux liens matériels, et de la fa^re, en un mot, synonyme A' attachement. Voyez Attachement.
Pour ma pari, je trouve que c'est pousser beaucoup trop loin l'analogie; je voudrais qu'on se servi; de l'expression i t tacitement, alors seulement qu'il serai; question des objets physiques ; et que celle ii'a/[ection fût spécialement réservée pour la sympathie affectueuse qui nous attire vers les personnes. Ce n'esl même que dans ce sens qu'on peut dire, avec madame Rolland, que « le bonheur lient plus aux affections qu'aux événements. »
Ce sentiment , ai-je dit , est inné dans le cœur de tous les hommes , comme l'amour, l'amitié , etc., avec lesquels il se confond ; j'ajoute qu'il ne faudrait pas pour cela le confia Ire enti remeul avec l'amour proprement dit , l'affection étant plus réfléchie et plus raisonnée. Elle ne nous aveugle pas comme lui sur les défauts d'autrui : i Ile peut cire modérée ou réprimée par une volonté un peu forte; elle s'efface facilement de noire cœur, du moment où nous reconnaissons que la personne objet de notre affectio > n'est pas digne de notre estime ; ce qui n'a pas to j n s lieu pour l'amour proprement dit. Cela n'empêche pas qu'on ne fasse du bien à la personne qu'on n'affectionne pus, si les circonstances le commandent ; mais c i sera par bonté, par humanité, et non comme individu par nous affectionné.
(Juoi qu'il en soit, comme l'affection est inséparable de l'amour , de l'amitié, etc., je crois qu'il sérail convenable d'en former le premier degré de ces sentiments, c'est-à-dire de la considérer comme un amour, nue amitié, la bles , modérés, dont il esi facile de sa rendre maître, l'.ir ces moti s, je ne m'étendrai pas davantage sur ce sujet qui, d'ailleurs, ne nie paratl pas susceptible d'autres développements spéciaux.
AFFÊ fil défaut] Les auleui considéré l'affectation et l'afféterie comme deux sentiments analogues . j'.ii dû , à leur i temple, traiter de celle-ci à l'occasion do celle-là, el faire connaître quels sont les peints de contact el les disscmbl unes qui les rapprochent ouïes séparent. Je n'aurais donc rien ajouté à ce qui .1 été exposé dans l'ani- . 1 1 1 1 1 \ 1 ion, et me rais boi né à j renvoyer , -1 je n '.n .us v. ni 1 faire observer en passant que l'affectation csl le partage de 1 1 1 lains boulin, -.. , , 1 ie de 1 crlainos femmes qui, pai leur ion ei leur
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Forment une classe à part; en qui avait fait dire à Diderot : « 11 n'y a guère de petits maîtres sans affectation, ni de petites maitresses sans afféterie. »
AFFLICTION (sentiment naturel) , Affligé. — Le mot affliction sert à exprimer: le sentiment douloureux que l'âme éprouve quand un malheur ou quelque chose de fâcheux nous arrive, et principalement, quand la mort nous ravit une personne qui a des droits légitimes à notre affection.
Sons ce dernier rapport, l'affliction est un tribut que tout homme sage peut payer sans honte à la nature ; et rien en cela ne doit le distinguer des esprits faibles ou pusillanimes qui, eux aussi, s'affligent dans le malheur, que la modération avec laquelle il supporte celle perte.
On a confondu assez généralement, comme sa définition l'indique , l'affliction, la peine et le chagrin. Cela n'est pas rationnel, attendu que chacun de ces mots a une acception plus particulière pouf telle ou telle chose plutôt que pour telle autre. Et par esernple : nous sommes affligés de la morl d'une mère chérie, d'un père tendre, d'un ami dévoué; la perte d'un procès nous donne de l'humeur, du chagrin, et le malheur d'une personne que nous affectionnons nous fait de la peine. Ce seraient donc trois sentiments divers, ou, si l'on veut, trois variétés bien tranchées du même sentiment.
Néanmoins je préfère les séparer, à cause du plus ou moins d'importance du motif qui les détermine, et vu surtout qu'il n'est pas raisonnable, ce me semble, de donner le même nom à la douleur qu'on ressent de la perte d'un père , au chagrin que cause la perte d'un procès, fût-il ruineux , et moins encore à la peine qu'on ressent de la perte du procès d'un ami. Or, l'impression ressentit; par !'âme ne pouvant être la même, on doit donc séparer ces trois sentiments et les distinguer entre eux, comme n'étant pas parfaitement synonymes.
D'ailleurs, que faut-il aux gens affligés, aux personnes tristes, ou aux individus qui ont une peine, pour les consoler? Les allligés ont besoin d'amis qui s'affligent avec eux ; les personnes chagrines, de personnes gaies qui leur donnent des distractions , et ceux qui on une peine, d'une occupation, quelle qu'elle soit, qui détourne leurs yeux de ce qui les attriste, pour les po: ter sur un autre objet.
Celle distinction que je prétends établir entre l'affliction, la peine et le chagrin, est b en peu importante, je l'avoue ; cl cependant elle m'a paru nécessaire, à cause des motifs que j'ai déjà fait valoir; et puis, parce que, s'il est vrai, d'une pari, que l'homme peut, sans manquer à la sagesse, s'abandonner avec modération à son affliction , il est non moins ceilain, d'autre part, que la douleur incessant^, qui naît du chagrin ou d'une peine, est la passion la plus insensée cl la plus riJ j, ule.
Iisl-il lien de plus rid cule, en : ffet, que de
se plaindre de ce qu'on ne peut empêcher, et d'avoir continuellement du chagrin d'un fait accompli? N'est-ce pas que les grandes âmes, loin de se laisser abattre par le chagrin, savent et peuvent en tirer parti?
Ainsi, je le répète, l'affliction, la peine et le chagrin, sont trois variétés du même sentiment, ou trois sentiments divers, comme on voudra.
Quoi qu'il ensoit, l'affliction quand, elle est légitime, ne mérite jamais d'être blâmée, et conséquemment, nul ne saurait y trouvera redire. Mais si par hasard il s'en tronvail qui voulussent imiter ceux qui prêchaient à Solon de ne point pleurer la morl de son fils, car c'étaient larmes inutiles et impuissantes, nous leurs répondrions avec ce philosophe : C'est pour cela qu'elles sontp'us justes et que j'ai raison de pleurer.
Ce n'est pas que je veuille que l'on rleurc toujours et qu'on ne se console jamais; non, la douleur doit avoir des bornes, et poussée trop loin, elle devient tout à la fois insensée et ridicule.
S'affliger quand on a perdu une personne qu'on aime, la pleurer avec modération, est un sentiment naturel et louable; aussi le moraliste, loin de le blâmer, s'il s'intéresse à l'individu que le malheur est venu visiter, s'affligera avec lui, parce que c'est là une ailenlion qui calme et qui console.
Cela ne saurait suflire, il doit lui montrer la foi et l'espérance, qui, si on les écoute* persuadent à l'âme douloureusement affectée, " qu'elle doit se soumettre avec une résignation pieuse à celte triste épreuve que Dieu lui fait subir : pensée consolante qui soutient et encourage le véritable croyant.
J'ai beaucoup souffert et beaucoup regretté, disait Azaïs, après avoir perdu sa tille chérie : le Maître suprême ne le défend pas, nu contraire, il approuve nos regrets quand ils sont légitimes. La souffrance est a , nous, il nous l'a donnée. Le bonheur sans mélange n'est qu à lui, il ne pouvait en faire parla ses créatures; il ne nous interdit que le murmure, et il nous invite à être justes nous-mêmes, en reconnaissant sa justice et sa bonté.
Aussi, quand Dieu nous prive d'uno pers nue qui nous est chère, répé crons-nous avec lîos uet:Nous devons adorer sa sévérité, qui n'est qu'amour. Pourquoi pleurerionsnous ceux qui ne pleurent plus et dont l)i. u a essuyé les larmes ? C'est nous-mêmes que nous pleurons, et il faut passer à l'humain ô cel attendrissement sur soi. Mais la foi nous assure que nous serons bientôt réunis aux personnes que les sens nous représentent comme perdues. Vivez de foi sans écouler la chair et le sang; vous retrouverez dans notre centre commun . qui est le sein de Dieu , la personne qui a disparu à vos yeux.
telles sont les consolations que la religion vienl offrir à l'âme affligée ; et si elle les accepte avec bonheur, c'est qu'il n'est rien de plus doux, en effet, pour la personne qui pleure, que d'être persuadée que celui ou1 celle qui n'est plus repose dans le sein tftj
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