‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 122 sur 251 · HUM · texte numérisé non relu

HUM

mandé pour diriger la lris!e expédition delà force contre le peuple; il se jelle au milieu de la foule et jetant ses armes, il s'écrie : « Mes amis, qti'allez-vous faire? Ne

vous égorgez pas Ne sommes-nous pas

tous frères? Soldats, halle! >;

« Quel c>t le cœur français qui n'enlendrail pas un tel cri? La troupe et le peuple s'arrêtent au menu: instant ; mais ils se réunissent aussit6lpourentourerM.de Nonanville, le prendre, le porlcr en triomphe, montrant ainsi que tout appel fait par une vois généreuse est toujours entendu et compris par un peuple comme le nôtre. »

Hommes! soyez humains 1 c'est votre premier devoir; soyez-le pour tous les états , pour tous les âges, pour tout ce qui n'est pas étranger à l'homme. Quelle sagesse y a-l-il pour vous hors de l'humanité?

Hommes! soyez humains ! car un homme véritablement humain peut n'être pas l'an i d'un autre homme, mais il n'est jamais son ennemi. L'humanité ne connut jamais la vengeance. N-tus regrettons les temps heureux de l'â;:e d'or. Noos voudrions vivre dans ces républiques dont 1 s vastes génies ont tracé le plan imaginaire : soyons humains, aimons-nous ; ces fables, ces chimères se réaliseront bientôt:

HUMEUIl ( faculté ). — On donne le nom d'humeur à la disposition avec laquelle l'âme reçoit les impressions que les corps, les paroles ou les actions exercent sur elle.

Celle disposition de i'âme est-elle bonne? Sommes-nous de bonne humeur? c'est de la sérénité, de la gaieté que nous éprouvons. Esl-elle mauvaise? c'est de la bizarrerie, et pire que cela. Aussi u'est-il rien de, plus insupportable que les gens qui sont toujours de mauvaise humeur, et rien de plus recherché au contraire que Us individus toujours de bonne humeur; cette espèce d'épanouissement d'une âme contente, produite par l'heureuse harmonie du corps et de l'esprit, se i épandant non-seuleroenl sur t ut ce qu'ils font, mais encore sur tout ce qui les environne. N'oublions pas que celle disposition favorable de l'âme, ce don précieux de la nature ne pouvant s'acquérir, loule personne qui en a été dolée doit s'efforcer de la conser- \cr, alors même que le malheur vient la visiter.

Elle y parviendra , si elle a su conserver aussi les vertus qui donnent la patience, la résignation et l'espérance : vertus qui rendent l'homme inaccessible au chagrin et à la tristesse.

Disons pourtant que cela serait insuffisant, vu qu'il est un'1 condition anormale du corps humain qui l'expose à la mélancolie, cl change l'humeur et le caractère des individus. Dans les env de cille nature, si l'on ne remonte à la cause de ce changement ; si, par tin traitement approprié, on ne remédie aux déso.-dres physiques déjà survenus, adieu le calme cl la joie, la gaieté douce, égale, Uniforme , constante, qui fais ient le bon-

heur de leur vie : ils auronl disparu sans retour.

HUMILIATION (sentiment). — L'humiliation est l'état où nous plongent les reproches , les a(Trcnts , cl généralement tout ce qui blesse notre amour-propre, mortifie notre orgueil, nous abaisse ou nous aulil devant les hommes.

C'est parce qu'on trouve humiliante toute chose qui rabaisse l'homme au-dessous de la dignité qui convient à sa nature, à sa condition, à son état, à son mérite, à ses prétentions, qu'on a dit, de l'humiliation , qu'elle est un des chagrins qui nous affectent le plus et dont nous nous consolons le moins ( D'Arconville. )

Voilà pourquoi il ne faudrait pas se faire une fause idée de ce sentiment , et , par une trop grande susceptibilité , se trouver humilié de bien des chos s qui n'humilient aucunement Et par exemple, que celui qui s'est toujours respecté se sente humilié si, commettant une mauvaise action , il est surpris p;ir ceux-là même dont il voudrait à lout prix conserver l'estime , cela se conçoit , cl nul ne le blâmera ; mais être humilié parce qu'on est obligé d'exercer une profession qui ne nous élève pas à l'égal de ceux avec qui nous nous trouvons, est une puérilité condamnable. Je dis pins , c'est une faiblesse , un amour-propre déplacé, puisque l'homme honorable reste tel ,'s'il sait rehausser son état par la manière dont il l'exerce.

HUMBLE, Humilité (vertu). —L'humilité est une vertu qui nous fait connaître nos défants, qui nous les rend présents , et qui nous empêche, par ce moyen, de tirer vanité de nos bonnes qualiiés ou de nos autres vertus, et de nous prévaloir de la haute position qu'elles nous onl acquise. Développons l'idée-mèVe qui ressort de celle définition, par un exemple qui, j'ensuis certain , ne trouverait pas aujourd'hui un seul imitateur.

Peu de temps après la prise de Jérusalem et la première délivrance du Saint-Sépulcre, les Croisés s'occupèrent de relever le trône de David et de Salomon, cl d'y placer un chef qui pût conserver cl maintenir une conquêle que les chrétiens venaient de faire au prix de tant de sang. Après b en des hésitations do la part des princes et des autres principaux chefs, il fut décidé que le roi serait choisi par un conseil composé de dix hommes les plus recommandantes du clergé et de l'armée.

Ces électeurs, après avoir mis tous leurs soins à étudier l'opinion des officiers et des soldais sur chacun des chefs dignes d'ètro élus, se déclarèrent en faveur de Godefroy de B luillon, qui avait pour lui les suffrages du peuple et de l'armée, et dont l'élévation, d • loul point conforme à l'esprit du temps, avait été annoncée d'avance p.ir des révélations miraculeuses , comme si Dieu eût voulu que rien ne manquât à ses droits au rat),: supiême. Le nom de Godefroy fui donc proclamé.

« Cette nomination, dit Michaud, causa la p'us viyc joie dans l'année chrétienne, qui

539 I!LM HUM ë.10

remercia le ciel de lui avoir donné pour chef t-on pour des choses qui ne le méritent pas, et pour maître celui qui l'avait si souvent ils n'en sont que médiocrement touchés; conduite à la victoire. Par l'autorité suprême et si on leur refuse injustement ceux qu'ils dont il venait d'êire revêtu, Godefroy se ont mérités, ils ne s'en fâchent pas. Bien trouvaille dépositaire des intérêts les plus plus, n'ayant pas une très-haute idée de chers des Croisés. Chacun d'eux lui avait en leurs éminentes qualités, ils rendent justice quelque sorte confié sa propre gloire en lui avec plaisir aux qualités des autres, ils les laissant le soin de veiller sur les nouvelles louent sans répugnance quand ils font quelconquétes des chrétiens. Ils le conduisirent que chose de louable, et entendent sans enen triomi hc à l'église du Saint-Sépulcre, où vie les éloges qui leur sont donnés. 11 n'y a il prêta serment de respecter les lois de qu'une âme bien forte qui soit capable de ces l'honneur et de la justice. Néanmoins Gode- sentiments ; ce qui a fait dire à Bellegarde, froy refusa le diadème et les marques de la que « la modestie est une espèce de vernis royauté, en disant qu'il n'accepterait jamais qui relève nos talents naturels et leur donne une couronne d'or dans une ville où le San- du lustre. »

reur du monde avait été couronné d'épines. J'ai affirmé que l'humilité est une vertu : «Il ne volt ( disent les Assises ) eslre sacré en cela je suis en contradiction avec cer- « et corosné roy de Jérusalem , parce qui il tains philosophes qui ont agile cette ques- « ne vult porter rorosne d'or là où le Roy des lion et se prononcent pour la négative. Mais « roys , Jésus -Christ , le Fils de Dieu, porta ce en quoi tout le monde est d'accord, c'est « corosnes d'espines, le jour de sa passion. » que rien n'est plus rare. 11 se contenta du litre modeste de défenseur Quant à ceux qui doutent que l'humilité 1 1 de baron <l u Sainl-Séi ulcre. On a prétendu soit une vertu, cela provient de ce qu'ils la qu'il ne fil en cela qu'obéir aux insinuations confondent quelquefois avec une feinte soudu clergé, qui craignait de voir l'orgueil mission dont 1 homme se sert pour soumels'asseoir sur un trône où l'esprit de Jésus- lie les autres hommes. Celle-ci, on le sait. Christ devait régner. Quoi qu'il en soit, Go- est un arlificc de l'orgueil qui s'abaisse pour de froy mérita par ses vertus le titre de roi, s'élever; et, bien qu'elle se transforme eu que l'histoire lui a donné, et qui lui couve- mille niaiseries, elle n'est jamais mieux déliait mieux sans doute que le litre de royaume guisée et plus capable de tromper que lorsne convenait à ses faibles fêlais. » qu'elle se cache sous la figure de l'humiliié.

L'humiiilé nail dune de la défiance origi- (Lu Rochefoucauld.)

nelle ou acquise que nous avons de nous- Mais s'il en est ainsi, peut-on appeler cet

mêmes, des réflexions qu'elle nous inspire artifice de l'humilité? Non: c'est du dégui-

sur noire faiblesse, sur la facilité avec la- sèment, de la dissimulation, une f.iusse hn-

quclle nous avons succombé et pourrions milité qui manque des caractères qui cons-

succomher encore à commettre telles ou tel- tiluent la vraie humilité, lesquels caractères

les fautes, el surtout de l'idée que nous nous peuvent seuls en faire u ic vertu, cl l'élever

sommes faite de la supériorité des autres à ainsi au rang que nous lui avons donné,

notre égard. Quoi qu'il en soit, l'humilité est la preuve

Mais, quelle que soit son origine, l'humi- véritable, la compagne inséparable des ver-

lilé étant une vertu des Ames bien nées, qui lus chrétiennes: sans elle nous conservons

les empêche de s'enorgueillir de leurs bonnes tous nos défauts, couverts qu'ils sont seule-

qualilés, la plupart des auteurs en ont inféré ment par l'orgueil qui les cache a autrui el

qu'humilité et modestie élaient synonymes, souvent à nous-mêmes.

la même définition leur étant également ap- C'est peut-être à cau<e de cela, et vu la

plicable. néecBsile qu'il y a pour tout le monde d'être

Il est vi ai qu'ils ont cru trouver entre elles humble, que les anciens philosophes nous en

cette différence , que l'homme modeste, tout ont l'ait un précepte. Voyez Platon : il recoin •

en connaissant sa valeur, put s'étudier à ne mande beaucoup l'humilité dans le quatrième

pas la faire paraître ; au lieu que l'homme livre des Lois; il ne veul point d'orgueilleux, il

humble ne s'est me pas ce qu'il vaul el ne se veut des humbles. Vowv I ■'piclète : il prédis

fait pas apprécier comme il le devrait. Mais l'humilité en vin.t endroits. «Situ passes,

celle différence esl de si peu d'importance, dit-il, pour un personnage dans l'idée de

comparativement ans nombreux points de quelqu un, méfie-loi de toi-même. Point de

conl clqu'il \ a entre l'humilité et 1 1 mu- sourcil superbe, s — « Si lu cherches à

deslie, qu'on peut, à la rigueur, les consi lé- plaire, le »oi à déchu. ■ — «Cède à Ions les

rer connue un même sentiment. Toujours hommes, préfère-les tous à toi, support»

csi il que l'une el l'autre sont un véritable lous.i

urucnienl pour les personnes qui, quoique De même, la philosophie moderne nous en-

ayant un mérite réel, connu, distingué, seigne qu'il n'y a point de devoir plus essen-

n en font cependant pas parade. Et cela doit liel ni de plus nécessaire à l'homme, que

être; car, si l ou observe le ton cl les ma- celui de s'humilier toujours, Dieu n'aimant

mères des gens modestes , mi les voit .agir point I s superbes . Cl d'ailleurs, n'est-ce pa .

avec tant de simplicité, qu'on ne peul que que h vérité et la justice nous obligeant à

h s admirer. Sont-ils dans le monde, ils ajjis- reconnaître ce que nous sommes, notre hu-

Miii toujours uniment el sans façon, ne cher- initiation a ecl égard n'est que de la recou -

(lient p. ont à se faire valoir, el ne mendient naissance pour l'Etre suprême qui a tant

I mais les applaodtsseitlCUlS, Leur en donne- l'ail pour UOUlT N'est CO pas que, si nous

Oit

IDE

IDE

nous humilions Je nos défauts, celle humilité nous empêchera de nous enorgueillir des qualités que nous possédons ou que nous croyons avoir?

Reste que l'humilité est la modestie de l'âme, le contre-poison de l'orgueil. Et pourtant, je dois le dire, nous nous en ferions une idée inexacte, si nous ne reconnaissons, par exemple, qu'elle ne devait pas empêcher Rameau de croire qu'il savait plus de musique que ceux auxquels il l'enseignait ; tout comme, dans son humilité, il pouvait très-bien convenir qu'il n'était pas supérieur à Lulli dans le récitatif

Oui que vous soyez, pratiquez ainsi l'humilité, et, soyez-en certains, vous ne serez jamais blâmés par les gens impartiaux... Quant aux autres, leur blâme ne saurait vous atteindre.

HYPOCRITE. HrpocRisiE (vice). L'hypocrisie est une sorte de dissimulation, uni consiste à montrer un caractère autre que celui qu'on a, ou, si l'on préfère, une fausse apparence de sentiments vertueux.

C'est pourquoi le nom d'hypocrite a été plus particulièrement appliqué à ces hommes constamment faux et pervers, qui, n'ayant ni religion ni vertus, prétendent faire respecter en eux les plus grandes vertus et l'amour de la religion dont ils se disent pénétrés. Ils sont zélés pour se dispenser d'êire honnêtes, héros ou saints pour se dispenser d'être bons. Des fanges du vice, ils élèvent une voix respeclueuse pour accuser le mérite ou de crime ou d'impiété;

Le ciel est dans leurs yeux, et l'enfer dans leur cœur. Voltaire.

De là cette maxime de La Rochefoucauld : « L'hyjocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu. »

Je trouve que c'est pousser trop loin l'amour des comparaisons; car, ainsi que l'a fait observer J.-J. Rousseau , l'hypocrite qui s'incline devant la vertu, c'est l'assassin de César se prosternant à ses pieds pour l'égorger plus sûrement. Donc la maxime do

La Rochefoucauld, toute brillante qu'elle est et quelque autorité que lui donne le nom de son auteur, n'en est pas plus juste pour cela. Dira-t-on jamais d'un filou qai prend la livrée d'une maison pour faire son coup plus commodément, qu'il rend hommage au maître qu'il vole?

Quoi qu'il en soit, si l'on veut admettre, avec certains, que I hypocrisie fait généralement l'éloge des mœurs; il faudra reconnaître également que, depuis que la société est animée de meilleurs sentiments, les hvpocrites reparaissent plus nombreux et "plus effrontés que jamais ; que chacun d'eux, suivant son intérêt et ses passions, affecte des sentiments contraires à ceux qu'il éprouve. Et combien, par exemple, qui se couvrent du manteau de la religion pour cacher leur impiété et leurs vices! Combien qui, comme ces courtisans dont la vie est une hypocrisie continuelle, mentent toujours à autrui et à eux-mêmes 1

L'hypocrisie est un vice d'autant plus odieux, qu'il est communément le prix du calcul. Aussi est-il impossible qu'on en guérisse jamais. Si l'on en doutait, j'en appellerais à l'expérience. Elle constate qu'on a vu de grands scélérats rentrer en eux-mêmes, achever saintement leur carrière et mourir en prédestinés. A-t-on jamais vu un hypocrite devenir homme de bien? Non : de là celle comparaison de Jean-Jacques, remarquable par sa justesse : « L'âme vile et rampante de l'hypocrite est semblable à un cadavre dans lequel on ne trouve plus ni feu, ni chaleur, ni ret mr à la vie. »

Du reste, celui qui voudra avoir la mesure de ce qu'on doit penser de l'hypocrisie, n'a qu'à poursuivre ce rapprochement, et à la comparer avec la scélératesse; il verra que le scélérat est bien moins à craindre que l'hypocrite. L'un, agissant toujours à découvert, fait qu'on se méfie de lui ; l'autre, agissant dans l'ombre, nous frappe sans qu'on le soupçonne d'en être capable.

Méfions-nous donc des hypocrites , et surtout ne les imitons pas.

IDÉE (faculté). — Nous avons vu à l'art. Entendement que l'homme n'est pas encore en élal de réfléchir lorsqu'il reçoit les premières impressions des objets ;'que ce u'est que longtemps après, au moment où l'exercice de la réflexion commence, qu'il jouit de celle faculté; mais alors, comme ses sensations se trouvent modifiées en mille manières par les effets de l'habitude, de là vient l'extrême difficulté qu'il a de connaître l'état primitif de son eMen lement, et, avec lui, la source de nos relations intellectuelles avec les êtres qui nous entourent. [Gérando.)

Il arrive doue un moment où l'homme, que le feu sacré de la vie anime, ne se borne pas à sentir; où il juge qu'il sent, c'est-à-dire qu'il réagil sur ses propres sensations, se replie sur elles et sur lui-même, pour ainsi

parler, et se voit dès lors distinct de celles-ci. Par sui'e de celle opération de réflexion sur lui-même et sur ses sensations, il rapporte celles-ci au-dehors et aux objets extérieurs, et, réunissant sur chacun d'eux celles que chacun d'eux lui fournit, il se représente les objets extérieurs sous divers points de vue. Il peut se représenter de la même manière ses propres modifications, et s'observer en quelque sorte en perspective et hors de luimême, avoir des images, des idées de ces obj' Is cl de lui-même; et de cette double source se lirent toutes ses idées, toutes ses connaissances. (Frcd. Bérard.)

L'idée a donc deux faces, l'une dirigée vers nous, qui est notre perception ou la modification de noire susceptibilité ; l'au'ru tournée vers l'objet même, <]ui n'est autre

IDE

qu'un jugement, une déduction des sensations, qui nous rend manifestes les caractères de l'objet paries signes dis perceptions différentes.

En conséquence, l'idée suppose une vue ne'le et dislinrlc de la perception. Et en effet,pour distinguer une chose, il faut la com- [>ar- r à plusieurs autres et aïoir l'idée de celles-ci. Le plus souvent c'est pnr l'opposition de deux choses contraires que l'on acquiert une notion claire de l'une et de l'autre; donc l'idée sup: ose plusieurs comparaisons., et, par conséquent, un travail Irèsélendu et très-compliqué. Ainsi, pnr exemple, l'idée exige un grand nombre de souvenirs, le rappel d'une foule de jugements antérieurs qui n'en existent pas moins quoique inaperçus, par suite de leur répétition. Elle est par conséquent le résultat de l'attention, de la réllexion, c'est-à-dire que quelque multiples, quelque variées qu'elles soient, les idées sont le résultai de l'action du mot, qui, je ie répète, se replie sur ses sensations, qui en a une conscience plus spéciale et les combiné de telle manière plutôt que do tille autre.

Malebranche lui-même établit une dislincl'on analogue. Il faut bien remarquer, dit-il, qu'afin que l'espril aperçoive quelque objet, il est absolument nécessaire que l'idée de cet objet lui so t actuellement présente; il n'est pas posible d'eu douter. Toutes les choses que l'âme aperç >it s ml de deux sortes : ou elles sont dans l'âme, ou elles sont hors de l'âme. Cel'es qui sont dan- l'âme sont ses propres pensées, c'esl-à-ilire toutes se» différentes modifications. 0', notre âme n'a pas besoin d'idées pour apercevoir toutes ces choses de la manière dont elle les aperçoit; mais pour 1rs choses qui -ont hors do l'âme, nous ire pouvons les apercevoir que par le moyen de nos idé s, supposé que c- s choses ne puissent pas lui dire intime" eut unies. D'après ce'a, il est é\ idenl que Malebranche n'avait pas une notion plus exacte de l'i lée, puisqu'il déclaro que nous n'avons pas l'idée de nous-mêmes et de nos opérations, ce qui esl très-faux.

En définitive, l'idée n est autre chose qu'un sentiment démêlé d'avec d'autre i sentiments, un sentiment distingué de tout autre sentiment, un si ntimcnl distim I.

Mais quelle isl la nature dis idée elles de simple, si",m s qui n'existent nue dans les dictionnaires, de purs mots? et faut-il être nominalistef Nullement ; car les noms,

les mots, les Signes à I aille desquels nous

fie n ^o m s , nous ne pouvons les admettre qu'à a condition de les comprendre, el nous ne pouvons lis comprendre qu'à la condition de nous comprendre et de nous entendre nousniénaes, c est -à-dire, précisément a la condition de c s trois idées qui gouvernent et diligent toutes les opérations de la

Les signes sont sans doute di s auxiliai i s puissants pour la pensée, mais ils n'en honl

pas le principe interne : il est trop clair que

la pensée préexiste a son impression, que

nous ne [• usons pas parce que nous par-

IDE

Ions, mais que nous parlons parce que nous pensons el parce que nous avons quelque chose à dire. Si l'on repousse le nominalisme, faut-il être réaliste? faut-il admettre que les idées sont des choses qui existent comme tout le reste, et, comme le dit Malebranche, que ce sont des petits êtres qui ne sont point méprisables? Pas davantage; non, les idées ne sont point des choses comme les autres. Oui est-ce qui a vu des idées ? Si, ce dont je doute fort, les réalistes ont voulu parler do l'existence extérieure des idées , ils sont tombés dans la plus évidente absurdité. Je suis tenté de ne pas la leur imputer; mais enfin, on la leur prête, à tort ou à raison.

l'our y échapper, nous adresserons-nous aux conccplualistes? Il le faut, si nous voulons parcourir le cercle connu des trois grandes écoles françaises du mojen âge, sur ia question des idées; le concept ualisme, que bs philosophes chrétiens ne trouvent pas irréprochable, étant le système auquel on s'est généralement arrêté. .le poursuivrai donc avec .M. Cousin : «Entendons-nous, Messieurs; je suis prêt à accorder que les idées ne sont que des conceptions de ia raison, de l'intelligence, de la pensée, si l'on veut bien s'entendre avec moi sur la nature de la raison , de l'intelligence el de la pensée. Songex-v bien, la raison est-elle humaine, à parler rigoureusement, ou bien n'est-clle humaine que par cela seulement qu'elle lait son apparition dans l'homme? La raison vous appartient-elle? Est-elle vôlrc? Qu'est-ce qui vous appartient? Qu'est-ce qui est vôtre c n vous? C'est, Messieurs, la volonté et ses actes. Je veux mouvoir mon bras, el je le meus:; je prends telle résolution, celle réso'u ion ( si exclusivement mienne, je ne puis l'imputer à aucun de vous elle m'appartient, elle esl ma propriété, et cela est si irai que, s'il me plaît, je prends à l'instao l une résolulion contraire. Je veux autre chose, j i produis un autre mouvement, parce que ■ l'essence même de ma volonté d'être libi taire ou de ne pas faire, de comim ncer une action ou de la suspendre, ou do la changer q and et comme il me platl.

" On ne peut s'en po, lier de s nuire quand, de nos jours, on entend | ai 1er contre la raison, en tant qu'individuelle. En vérité, c'e i un grand luxe de déclamation; car il n'j a nu de moins individuel que la raison ; si elle étaii individuelle, elle serait personnelle, elle sérail volontaire et libre, nous la maîtriserions connue lions maîtrisons nos résolutions el nos volontés; nous changerions à t aie minute bcs actes, c'est a dire set conceptions Si la raison n'est pas individuelle, elle cs( donc universelle, el doit doue

l'ire rapportée à la raison universelle, absolue, infaillible, à la rai ou étci mile, hors de l'espace et du temps; à celte Intelligence que la notre réfléchit el d'où elle tombe dans

l'humanité pour être en rapport avec les sens,

les | assions cl l'imagination qui la rendent

faillible.

n I es idées ne sont pas de puis mots, rc ne sont pas non plus dis • n| des COU-

Page 1