‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 123 sur 251 · II.L · texte numérisé non relu

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copiions delà raison humaine, et même la rigueur de l'analogie force de les rapporter au principe élernel de la raison humaine, à la raison absolue. C'est à cette raison seule qu'elles appartiennent, elles no sont que trop prêtées en quelque sorte à toutes les autres raisons. C'est là qu'elles exigent. »

Il me semble que M. Cousin pousse trop loin ia rigueur de l'analogie, et je préfère admettre, avec Platon et son école , que les Wécs sont immédiatement placées dans notre âme par la Divinité elle-même; c'est-à-dire que, p ur moi, les idées sont en Dieu , et l'âme épurée peut, par une communication directe, en raviver les traces primitives.

Celti; opinion, je le sis, est entièrement opposée à celle d'Arislole et de son école, qui ont prétendu que rien n'arrive à l'intelligence que par les sens. Mais, attendu qu'il résulte de la discussion à laquelle je me suis livré pour combattre cel axiome (Voy. Attention, col. 231 et suiv.), que si les idées peuvent arriver par les sens, ce n'est pas à dire qu'elles soient \e produit dos sens. Nous dirons des sensations qu'elles réveillent les désirs ou toutes autres idées qui sont endormies en nous; qu'elles en sont la cause occasionnelle et servent, en un mot, tic préparation et d'introduction à des connaissances plus relevées. (Voy. l'art. Sentiment, où je reprends celle discussion.) Ainsi, tout en n'admettant pas les principes de AI. Cousin, je me plais à reconnaître le mérite de la discussion établie par lui, et c'esl parce que je l'apprécie, que je l'ai transcrite textuellement.

Du rcsle, telle est la force des choses, que Condillac, dans son Traité sur l'origine des connaissances humaines, s'écrie en commençant : « Soit que nous nous élevions dans les cienx, soit que nous descendions dans les abîmes, nous ne sortons pas de nous-mêmes, et ce n'est jamais que notre propre pensée que nous apercevons. » Il est donc évident que Cun 1 1 Mac était idéaliste ; ce n'est donc pas sans raison que ce reproche lui fut adressé dans le temps par l'auteur des Lettres à un Américain.

ILLUSION (sentiment).— C'est une pensée imaginaire ou chimérique que l'âme se crée, et par laquelle elle goûte un plaisir ou sont une douleur plus ou moins vifs, suivant la force de nos désirs et de nos passions, et suivant la faiblesse de notre raison. L'illusion flétrit donc ou embellit toutes les jouissances, pare et ternit toutes les vertus, et, du moment où l'on a le malheur de les perdre, quand elles sont agréables, on tombe dans l'inertie et le dégoût.

Le cœur est la source la plus ordinaire désillusions de l'esprit (Nicole), et celui-ci les garde tant que le cceur conserve des désirs (Chateaubriand) et des espérances. Du reste, y a-t-il dans la vie quelque chose qui ne soit pas des illusions (Madame du De/fand) ou qui n'en procure?

Heureux ceux qui, dans le calme d'une rie pure et sans reproche, peuvent borner

leurs désirs à de bien douces illusions qui les bercent et les enivrent sans danger! Mais malheur à celui qui, bourrelé par la conscience , cherche à étouffer le cri de ses remords par les illusions dont il aime à se nourrir! Il a beau se faire illusion, croire que ses vices restent cachés et que le mépris de ses conci'oyens ne viendra pas l'atteindre, il se trompe cruellement. lîientôt, au contraire, la vérité lui apparaîtra tonnante et armée pour son châtiment.

IMAGINATION (faculté). - La plupart des écrivains qui, jusqu'à présent, ont traité de l'imagination, ont trop restreint ou trop étendu la signification de ce terme. Et pourtant pour attacher une idée précise à co:te expression, il suffisait de remonter à l'élymologie du mot imagination, qui dérive, on le sait, du mot latin imago, imago. C'esl-à-di'e que, quand un objet une fois senti par le dehors demeure intérieurement ou se renouvelle dans ma pensée avec l'image d> la sensation qu'il a accusée à mon âme, c'est ce que j'appelle imaginer. Ainsi, par exemple, quand ce que j'ai vu, ou ce que j'ai ouï dire nie revient dans le silence, je ne dis pis que je le vois ou que je l'entends, mais que je l'imagine. (Bossuel.)

L'imagination es' donc celte facuhé que l'âme a de se représenter les corps (De Bonabi), ou de se former des images, ou de combiner celles qu'elle a déjà reçues ; en un mot, de reproduire les perceptions ou les images des choses absentes (Vt'oiff) ; ce qui faisait dire à Voltaire que : « Celui qui prend le plus d'images dans le magasin de sa mémoire, est celui qui a le plus d'imagination. »

Celle-ci, qui consiste aussi dans une combinaison, un assemblage nouveau d'images, est en rapport de convenances aperçues entre ces images et le sentiment qu'on veut y exciter. Est-ce la terreur, l'imagination donne l'être aux Sphinx, aux Furies ; Est-ce i'étounement ou l'admiration, elle crée le jardin des Hespérides, l'île enchantée d'Armide, etc. Partout l'imagination est l'invention en fait d'images, comme l'esprit en fait d'idées. Ce n'est pas tout : selon quelques-uns, l'imagination serait le pouvoir que chaque ê;re invisible sent en soi de représenter dans son cerveau les choses sensibles ; pouvoir ou faculté, qui, comme on le pense bien, est dépendante de la mémoire l'ar elle on \ oit des hommes, des animaux, des j udins ; ces perceptions arrivent jusqu'à l'âme à l'aide des sens et du cerveau; la mémoire les relient ; l'imagination les compare.... , elle compose. Voilà pourquoi les anciens Grecs appelèrent les Muses les files de la mémoire.

il est très-essentiel de remarquer que ces facultés de recevoir lés idées, de les retenir, de les composer, sont au rang des choses dont nous ne pouvons nous ren Ire compte par la raison. Ces ressorts invisibles de noire être sont de la main de Dieu et non de In notre. l'eut-ëlre même ce don de Dieu, l'imagination, esl-il le seul instrument avec lequel nous composons des idées et même le : [ !as métaphysiques.

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(Quoiqu'il en soit, on dislingue l'imagination en tant qu'elle est aelive ou passive. L'imagination active, ou celle qui joint la réflexion, la combinaison ou la mémoire, rapproche plusieurs objets (listants, sépare ceux qui se mêlent, les ordonne et les change; elle semble créer quand elle ne fait qu'arranger ; car il n'est pas donné à l'homme do se faire des idées, il ne peut que les modifier. Et par exemple, après avoir vu qu'on soulevait avec un bâton une grosse pierre que la main ne pouvait remuer, l'imagination aelive a invente les leviers, et ensuite les forces mouvantes composées, qui ne sont que des leviersdéguisés: c'est-à-dire que pour exécuter des machines, il faut se les peindre d'abord dans l'esprit, en calculer ensuite les elïets, et proporiiouner leur force à la somme des résistances qu'elles devront éprouver.

L'imagination active a aus-i une partie de détail, et c'est celle qu'on appelle communément imagination dans le inonde. C'est elle qui fait le charme de la conversation ; car elle présente sans cesse à l'esprit ce que les hommes aiment le mieux, des objets nouveaux. Elle peint vivement ce que les esprits froids dessinent à peine. Elle emploie les circonstances les plus frappantes ; elle allègue îles exemples , et quand ce talent se montre avec la sobriélé qui convient à tous les talents, il se concilie l'empire de la société. « Nonobstanl tous ces avantages, l'homme est tellement machine, dit Voltaire, que le vin lui donne quelquefois celle imagination que l'ivresse anéantit ; il y a là de quoi s'humilier et de quoi admirer. Comment se peut il faire qu'un peu d'une certaine liqueur, qui empêchera de faire un calcul, donnera des idées brillantes? »

L'explication en est fort simple. Mais pour cela il faut paraphraser les propres expressions de Voltaire. 11 dit que le vin donne quelquefois cette imagination que l'ivresse anéantit. Or, du moment où il s'.igil d'ivresse, il ne doit plus être question d'un peu d'une certaine liqueur qui empêche de faire un calcul, mais au contraire, de beaucoup de cette liqueur, à moins que, par exception , l'individu ne puisse supporter une petite quantité de vin. Eh bien 1 dans l'un et l'autre cas, le cerveau, cet instrument de la pensée, se trouvant privé, par suite de l'étal de torpeur dans lequel il est plongé, de répondre librement et spontanément aux sollicitations de l'intelligence, il en résulte que l'imagination est impuissante: tandis quelle devient plus

ai ire d ins 1 1 généralité des cas, lorsqu'une petite dose d'uue liqueur stimulante excitu il facilite les fonctions cérébrales. Dune. l'homme, tout machine qu'il est, au il re de Voltaire, peut, a son gré, s'il est sage cl raisonnable, réveiller jusqu'à un certain point son imagination endormie, l'excïterel la rendre productive.

ho reste, c'est l'imagination active qui fait les poètes, leur donne l'enthousiasme, c'està-dire, selon le mot grec, ci Ile cuiolion inlerne qui agile en effet l'esprit, cl qui trans-

forme l'auteur dans le personnage qu'il fait parler.

Quoi qu'il en soit, dans tous 1> s arts, la belle imagination est toujours naturelle. Forte, elle approfondit les objets; faible, elle les effleure : douce, elle repose dans la peinture agréable ; ardente, elle entasse images sur images ; sage, elle emploie avec choix et discernement lous ces différents oaractères, et rejette toujours le faux , quoique admettant quelquefois le bizarre. Fausse, elle assemble au contraire des objets incompatibles, et pousse la bizarrerie jusqu'à peindre îles objets qui n'ont ni analogie, ni allégorie, ni vraisemblance.

El quant à l'imagination passive, elle n'est presque autre chose que de la mémoire, même dans un cerveau vivement ému. Les hommes, ébranlés par les images, les discours, les gestes qui les frappent, se montent, s'exallenl et se laissent entraîner, par inéflexion , à des actes éclatants de verlu , ou à des actions dégradantes et criminelles.

De là cette conclusion: I. 'imagination , quand elle est aelive, a, sous bien des rapports, une grande analogie avec la croyance. Dans son essor rapide el spontané, elle entraîne avec elle toutes les facultés de notre intelligence ; elle leur communique l'impulsion donl elle-même est animée ; elle interdit surtout à l'esprit tout mouvement rétrograde ; elle se prosterne devant l'idolfl qu'elle s'est faite : plus son jeu a île promptitude et d'énergie, moins il peut être analysé; cl m ins il est analysé, plus il doit être diflici le d'en pénétrer l'arliGcu

Du resie, l'imagination des poêles, des peintres et des musiciens, ne mari lie point au hasard dans leurs compositions, el d'une manière arbitraire, ainsi qu'on a coulumo de le supposer. Le peintre esl soutenu par les proportions, le poète par le mètre ; I i rime elle-même seconde et soutient son génie bien plus encore qu'elle ne le gène, ISief, toutes les règles de la composili mi, dans les beaux -arls, ne sont que l'expression des lois que l'imagin ilion suit dans sou essor. Et par exemple, la musique ne trouve dans la nature que des sons isolés, discor lanls ; elle les saisie, les compare ; elle découvre les rapports harmoniques, et dès lors h suite des accords se déploie comme d'elle-même ; l'imagination du spectateur, a laquelle le mouvement a été imprimé dès le début , devance d'elle-même l'exécution de l'artiste; el, à moins que celte exécution ne suit défectueuse, à moins que des sons discordants ne vicnnenl fcapp r désagréablement l'oreille, l'auditeur éprouvera la plus suave comme li plus vive des jouissQoci S.

C'est dans I i jeunesse que l'imagination jouit de sou premier éclat. C'esl de celle seule faculté luute divine, partage heureux Ces poi li s cl 'les peintres, que ceux ci tirent 1 1 i r.i.e , la chaleur, la vie donl ils embellissent leurs lableaux. .Mais col étal se prolonge aussi pendant les années de l'âge unir, el même i ne i quelques éii u pi i» ilégiéi qu'a une époque avancée de la vieillesse :

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