IV A
lémoin l'illustre auteur du Génie du Christianisme et de tant d'autres excellents ouvrages.
Kl pourtant, quoique l'imagination soit ■vive et brillante dans l'âge mûr et chez quelques vieillards, je ne saurais contester qu'elle est plus particulièrement le partage des jeunes gens : âge heureux des illusions et des châteaux en Espagne, époque de la vie où l'imagination n'a point de bornes. Aussi estelle souvent sujette à des écarts 1 Malheur à ceux qu'elle jette dans la fange du vice et de la dépravation ! Malheur à ceux qu'elle entraîne dans l'habitude pernicieuse des jouissances prématurées, solitaires et excessives, évidemment contraires au but de la nature, en ce qu'elles troublent la raison et ruinent la santé. Oui , malheur à eux 1 car, indépendamment des illusions nocturnes, mères et filles du libertinage ( Voyez Débauche) , dont je ne veux pas m'occuper, il y a encore les illusions de la veille, illusions parfois si étranges d'une imagination qui s'exalte, s'égare, qu'on l'a appelée la folle et la menteuse de la maison.
Pourrait-il ne pas en être ainsi, lorsque les égarements de l'imagination ne sont autre chose que ce (lot des idées soulevé par la tempête des émotions tumultueuses, et lorsque les désordres de la sensibilité ne sont souvent que ce tumulte des émotions enfantées par la fantaisie ou le caprice 1
PouréviliT qu'il en soit ainsi, il faut empêcher, quand on le peut, les écarts de l'imagination ; c'est-à-dire que chacun doit veiller avec une touchante sollicitude sur soi-même, tout comme sur ses enfants, sur ses amis ou sur ses proches, qui, ayant beaucoup d'imagination, pourraient l'exercer sur des sujets frivoles, alors qu'il serait si utile et si glorieux pour eux de s'en servir, au contraire, soit paur exaller avec le feu sacré du génie, tout ce qui est grand et beau , soit pour flétrir le vice avec les armes d'une raison éclairée.
Une chose qu'il faudrait surtout leur persuader, c'est que plus on a d'imagination ou de fécondité, plus on doit réclamer les conseils de ces hommes dont les ans ont calmé ta fougue et la vivacitédes passions ; ces sages mentors avant été placés sur le passage d'une jeunesse ardente et passionnée, pour la conduire et la diriger dans les sentiers fleuris où elle risque de s'égarer.
Ils lui diront, j'en suis certain, qu'une chose à laquelle elle doit songer sérieusement, c'est de se rendre utile à la société; et puis, dans les ouvrages qui demandent beaucoup d'imagination, de mettre l'esprit à l'abri des distractions qui peuvent l'éteindre.
Qui ne sait que le fameux actionnaire Law ne mangeait de toute la journée qu'un petit morceau de poulet pour jouer plus heureusement ; que Newton se contentait d'un peu de biscuit cl d'un filet de vin des Canaries, lorsqu'il écrivait son Traité des couleurs. Aussi Boerhaave disait-il souvent qu'il était surpris toutes les fois qu'il voyait dans ses lectures ou entendait dire que les philosophes
croient que leurs pensées dépendent d'eux, alors qu'il est certain que la nourriture éteint pour ainsi dire l'esprit, et que le ma- Ihématii ien qui, avant de se mettre à table, aurait résolu le problème le plus difficile, est comme stupide et assoupi après un grand repas.
Or, du moment où l'imagination est plus active généralement, dans les instants qui succèdent à d'agréables récréations, à un exercice doux et modéré, à des promenades faites dans des lieux où les beautés de la nature animent les sensat;oti3 et augmentent l'activité des facultés de l'entendement; du momenloù l'imagination est plus active, après les instants consacrés aux plaisirs purs que l'on goûte au sein d'une société de son choix ; et ceux où les enchantements de la musique ont récréé l'esprit et excité agréablement l'intelligence, on doit se servirde ces moyens pour reposer l'imagination fatiguée, ou la détourner des folles illusions qui la bercent, et attendre, pour la mettre en jeu, que toutes les circonstances soient favorables, c'està-dire les moments où le mouvement circulatoire est légèrement augmenté, et où cette espèce de fièvre factice et momentanée qu'on observe dans un auteur, fait jaillir de su pensée, avec aisance et liberté, des productions qui nous étonnent; ceux enfin où l'on se sent pressé par une foule d'idées dont l'esprit surabonde quelquefois , ou qui naissent et se succèdent rapidement et sans effort.
Dans ces dispositions, pourvu que l'on sache tenir l'intellect dans une sorte de contention , l'imagination deviendra active et féconde ; et il faut cela : car on ne peut perfectionner un ouvrage d'esprit sans une véritable absorption mentale prolongée et presque permanente, ou du moins facilement renouvelée [Voij. Contention) ; ce qui veut dire qu'il faut aussi l'absence de trop fréquentes distractions; or, il est si facile d'élredistrait 1
Cette remarque s'applique principalement aux gens de lettres, qui bien someut, sans le vouloir, ont des distractions foil nuisibles. Le l'ait est très-facile à établir.
Tout le monde peut savoir que, quand or. est couché dans son lit bien chaudement, dans une position horizontale, la tête bien couverte, si l'on pense à l'ouvrage qu'on a sur le métier, l'imagination s'échauffe, les idées abondent, les expressions les suivent. Comme il faut se lever pour écrire, ou s'habil er, on quitte son bonnet de nuit, et on se met à son bureau; mais voilà que tout à coup on ne retrouve plus ce qu'on avait si facilement trouvé, et fort souvent on est contraint d'ajourner le travail à un jour plus heureux.
Tout celas'explique facilement, dit Krillat- Savarin, par l'effet que doit produire sur le cerveau le changement de position et de température. Je le suppose comme lui, mais ne peut-on pas en accuser aussi l'interruption d'une idée par d'autres idées? Positivement oui : car l'homme abstrait a beau laisser refroidir son corps et changer de pos ture, il ne perd plus son idée favorite. Cette idée l'absorbe tellement qu'il ne sent pas le
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refroidissement qui le gagne, et qu'il prend machinalement telle ou telle position qui lui convient. Dès lors ce ne serait point le froid ou le changement de posture qui lui ferait perdre le fil de ses idées, mais bien ses distractions. Sachons d nie les éviter.
IMPASSIBLE, Impassibilité (faculté). — Ce ni qui n'est susceptible ni de souffrance, ni d'intérêt, ni de sympathie, etc., est appelé impassible.
Est-il des êtres en qui cette impassibilité existe réellement? Je ne lecrois p;is, attendu qu'il n'est p :s croyable qu'il y ait des individus organisés de telle façon qne leur moral et leur physique restent complètement dans les conditions voulues par la définition que l'on a donnée de l'impassibilité.
J'ai bien admis ailleurs (art. Apathie) que le stoïcien, ayant une force d'âme peu ordinaire, pourra supporter les souffrances les [dus cruelles, les sensations les plus vives, sans déceler, par une émotion quelconque, qu'il souffre an physique ou au moral; mais, je le répète, il y a loin de celle impassibilité à 1'insenf.iliilité (terme qui équivaut à non susceptible) de l'homme impassible. Djuc il ne faut pas confondre ces deux sentiment-;.
De même, on ne confondra pis l'impassibilité du stoïcien avec l'imp nsib li'.é de l'être vicieux qui dissimule : l'une étant l'apanage des grands carat lères et trouvant sa force dans la pureléd'unc vie irréprochable ; et l'autre étant un raffinement du vice, que les fourbes et les mécfaanta réussissent assez souvent à affecter.
Tel est, par exemple, co criminel endurci, que les témoignages les plus écrasants, les preuves les plus accablantes ne peuvent émouvoir. C'est en vain que la victime qu'il a immolée à sa vengeance, ou à sa jalousie, ou à sa cupidité, etc., est là, sous les yeuxl C'est en vain que l'instrument avec lequel 1 l'a frappée lui est représenté et qu'A le reconnaît; c'est en vain que plusieurs voix s'élèvent pour répéter : C'est lui 'qui est l'assassin, je l'ai vu, je le reconnais parfaitement il reste impassible et froi I et ose
effrontément protester île son innocenc». C'est, dira-t-on, le comble de la perversité : oui, mais cria m- voit fort souvent. Remarquons, cependant, que cette impa sib lité feinte qm aucune émotion n'accuse ni chez le prévenu, ni chez le coupable, quand I entend l'arrêt qui le condamne, et qu'il affecte jusque sur le- marches de l'échafand , se trahit pourtant à l'œil exe. ce des observateurs, par une altération des traits du visage que l'asp. et dr la 11:01 1 pi ut délcrminer. Ainsi l'illustre professeur Pouquel disait avoir observé col a pect parlicul er d •
la fier, qui- 1rs médecins appellent la
hippoeratique, chez un grand nombre de criminels que l'on conduisait au supplice ; il l'a vu même dans ceux qui montraient le plus de tranquillité d'Ame en y marchant.
Voici, d'après Bippocrate, quels sont lis caractères de la décomposition île la lace que l'on a UOIIlUéC depuis, PAC! HtPPOCRJfliQl i :
nasus aeutus, oculi cari . tempora collapsa oures friç/idœ ac contracta, et extremitates aurium reversa;; cutis circa frontem data et circumeenta ac arida; color totius faciei pallidus aut etiam niger, et lividus, cl plumbeus. — Le célèbre docteur D mble a augmenté le nombre de ces signes ; mais j'ai préféré m'en tenir à ceux signalés par Hinpocrate, eux seuls se manifestant habituellement et constamment chez 1rs condamnés à l'heure de la mort.
IMPATIENCE (défaut), Impatient. — L'impatience est une sorte d'iuquiélude de l'âme, qui attend avec agitation l'accomplissement de ses désirs ou la fin de ses s . : u i fiances.
Ce mouvement est d'au'ant plus vif, que l'imagination est elle-même plus facile à s'exalter, et d'autant plus prononcée, que, par suite de celle irritabilité nerveuse qui firme le fond du lempérameut nerveux , ou se mêle à d'autres tempéraments, l'individu a moins de force qu'il ne lui en faudrait pour reprimer ses mouvements impétueux.
Du reste, il en est de l'impatience comme de la Colkri; (Voy. ce mot): une fois que nous en avons contracté l'habitude, ua rien, une bagatelle suffisent pour rallumer, l'exciter, et bientôt nous ne pouvons plus en maîtriser les élans. On pourrait bien y remédier par l'éducation : m lis celle-ci doit être mnnquée, puisque l'impatient est habii •!' imp ilieni : ce qui prouverait qu'il n'a jamais rien fait pour modérer s m impatience et modifier son caractère. C'est là un des travers des grau Is, qui, se croyant tout pouvoir, se livrent sans réflexion à leur impatience, semblables aux enfants, qui rompent 1rs branches des arbres pour eu cueillir le fruit avant qu'il ne soit unir. Il-, devraient savoir cependant qu'il fini élre pa'i nt pour devenir maître de soi et des autres.
Loin donc que l'impatience soit une force ou une vigueur de l'âme , c'est une raibl s e et une impuissance de souffrir I ; peine. Elle tombe OU pure perle, et ne pin luit jamais aucun avantage. Oui, quiconque ne sait pas attendre et soilir, ressemble à celui qui il' s ut pas lii'i'iiu secret. L'un et l'autre manquent de force pour se retenir.
L'iuipn!.f ure est un défaut; elle nui) au bonheur domestique; elle relâche ou brise lis liens s ici lux en froissant q e qui I us
- de l'amour propre d'aulrui ; elle retarde nos sucer, ou g.ite tout par trop i\t' précipitation ; elle trouble enQn nus p tncl-
p.llrs fiilicll i is.
Et pourtant on aurait tort de ii prendre
Iiiiij mis in main aise p ni, l'un , • |
ainsi que le fait observer Edgwo ih, ayant put -is la couleur d'une vertu. C'est ce qui arrive, par exemple, d un une âme honnéle il dévouée, lorsqu'elle a pour imt l'amour du bien qu'elle voudrait accompl r, o i ta haine du mal qu'elle von Irait empéï lier.
Il osl aussi mir circonstance celle ou mee do vertu, l'itnpatieti . i ni
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une excuse dans sa propre cause : c'est lorsqu'elle tient à un état (Je surex' itation nerveuse constitutionnel, ou entretenu par un régime irritant et échauffant. Dans ce cas, on aurait beau exhorter la pi r^onne impatiente ■i la modéralion, à la patience, à rester calme: le mouvement une lois imprimé à sa machine, il faut <]uY!le s'agite, et elle s'agitera d'autant plus, qu'elle sera plus faible.
Il importe donc de remonter à la cause de l'impatience, afin que, s'il y a surexcitation nerveuse avec atonie, on associe 1rs médicaments tuniques aux antispasmodiques, et ceux-ci aux moyens hygiéniques, parmi lesquels les auimi pathemata dev ronl figurer sur le premier plan : tandis que s'il y a surexcitalion nerveuse avec sthénie ouexcèsdeforces, les relâchants, les tempérants, les anliphlogisliques eux-mêmes, devront remplacer les toniques. Mais s'il n'y avait pas un état anormal disposant à l'impatience, et que celle-ci lut l'unique lésultal d'un mauvais caractère, on conçoit qu'il faudrait, dans ce cas, agir de manière à pouvoir, par un Irai'ement moral, réformer et détruire ces mauvaises habitudes.
IMPERTINENCE (défaut), Impertinent.
— L'usage a changé le sens du mol impertinence : autrefois il exprimait une action ou un discours opposé au sens commun, aux bienséances, aux petites règles qui composent le savoir-vivre ; on ne s'en sert guère généralement aujourd'hui, que pour caractériser une vanité dédaigneuse, conçue sans fondement, et montrée sans pudeur. [Boucher d'Argis.) Voy. Vanité.
L'impertinent a cela de particulier qu'il ne distingue ni les lieux, ni les choses ; que lis circonstances ne peuvent l'arrêter, et qu'il n'a jamais égard aux personnes. Parlet-il, il offense; parle-t-il encore, il offense encore. D'où cela provient-il? que, sans manquer d'esprit, il est sans éducation, sans jugement, sans délicatesse ; c'est pourquoi il rebute par ses propos, il aigrit par ses discours, il indispose par ses manières.
L'impertinence étant un défaut, nous devons faire tous nos efforts pour corriger les impertinents. Pour cela, je serais d'avis de les mettre en présence d'autres impertinents, quoiqu'il ne soit pas sûr qu'ils se reconnaissent et soient fort sensibles aux enseignements d'une semblable découverte.
Mieux vaudrait donc, peut-être, les lancer dans la bonne société, le grand usage du monde corrigeant ordinairement l'impertinence qui lient à une mauvaise éducation. liai leurs, il s'y trouve des hommes et surtout des femmes qui savent mettre à leur place ceux qui s'en écartent; c'est-à-dire iu> LfiVBB très-habilement un impertinent. Or, comme ce serait pour lui une fort bonne leçon, ii doit être avantageux de l'exposer à la recevoir, ou d'être témoin de la mortification qu'un de sis pareils éprouverait en telle Circonstance. L'amour-propre blessé est un si grand maître I
IMPIE, Impiété (vice). — L'impie est un Diction n. des Passio.vs, etc.
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homme qui, tout en croyant en Dieu et à la religion qu'il a fondée, en parle avec mépris nie la vérité de ses mystères et la sainielédé sa doctrine.
Il n'est pas de plus grand crime aux veux - de la société et de la morale que l'impiété celle-ci étant une injure faite à Dieu même en qui l'impie croit, tout en niant son existence ; et puis, parce que nul n'est vertueux tant qu il méprise les choses sacrées. Or est-il rien de plus sacré que notre divine religion? est-il rien de plus sublime que ses préceptes ? Donc, les mépriser, c'est le cornfa e de la dégradation.
Bien des gens s'imaginent qu'on n'est impie que parce qu'on ne croit pas; c'est une erreur ; il y a cette différence entre l'impiété et 1 incrédulité, que, dans le premier cas, on croit, mais on renie ses croyances; au lieu que dans le second cas on né croit pas véritablement. Cette différence n'est pas la seule comme nous le verrons plus tard à l'article