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tanément îles combinaisons rapides, et que l'on juge d'un coup d'œil, même sur de simples probabilités, comme dans les jeux de bourse, par exemple. La grande erreur des Pyrrhoniens consistait à faire, selon leur propre aveu, un but constant de celte hésitation de l'esprit, qui ne doit être qu'un moyen et un passage. (SesCus l'Empirique.) Cet état habituel d'hésitation leur paraissait le plus haut degré de la sagesse; et taudis qu'ils rejetaient tous les arts utiles, ils se faisaient un art de trouver les moyens propres à confirmer celle disposition/ C'est à mes yeux un manque de sagesse, que cette décourageante doclrine des sceptiques , qui veut qu'on désespère d'arriver jamais à la ceriitilude, alors qu'on peut être certain de tant de choses.
L'inlécision, disions-nous en commençant, lient de l'incerlilude et de l'irrésolution. Elle peut dépendre, comme elle, de la faiblesse d'esprit et de caractère, ou de l'ignorance. Il faut donc remédier à ces sources diverses de l'indécision, si l'on veut que l'individu puisse en triompher.
INDIFFÉRENCE (sentiment), Indiffékknt). — Elle est une espèce d'équilibre de 1 âme, que la moindre cause ou la moindre raison peut rompre. Et il se rompra plus ou moins facilement, cet équilibre, suivant que l'âme apercevra plus ou moins distinctement cette raison ou cette cause, ce qui provient de l'attention plus ou moins grande qu'elle y porte. Mais comme elle n'y consacre que quelques degrés d'attention, il en résulte qu'elle reste dans l'indifférence, alors que quelques degrés d'attention de plus transformeraient ces raisons restées sourdes en raisons distinctes. C'est ce que tout homme qui pense peut éprouver chaque jour.
L'indifférence est toujours coupable quand elle s'applique au bien qu'on pourrait faire, ou au malqu'on pourrait éviter. Elle est pour le cœur ce que l'hiver est pour la terre. ( Mme Derhouliires. ) Elle désespère l'amour.
Malheur à qui reste indifférent et sans passions 1 mais malheur surtout s'il sort de son indifférence pour se livrer à des hommes bas et corrompus ou a des femmes sans mœurs! Mieux lui vaudrait mille fois son indifférence. Il faut donc, si on vent l'en sortir, parler à son imagination et à son cœur avec des paroles que les oreilles chastes puissent entendre, et avec des exemples qui le conduisent à l'immortalité, s'il sait les imiter. I oy. Apathie.
INDIGNATION ( sentiment ). — C'est le sentiment de mépris et de colère qu'une mauvaise action excite en notre âme. Il r-\ d'aotant plus vif, que la cause qui la détermine nous touche de plus près dans notre personne, dans nos affections , dam nos intérêts.
L'indignation serait donc une passion mixte, résultant de la colère, du mépris, et parfois aussi de la colère et de l.i tristesse.
C'est pourquoi les gens sensés, qui forment ordinairement la plus petite portion des hommes, seraient journellement tourmentés par celte passion, à cause des ridicules et des absurdités du plus grand nombre, qui font l'autre portion, s'ils ne se disaient pas : qu'un être sage n'a point de repos avec lis fous, qu'il qronde ou qu'il rie. Et malheureusement, comme l'a écrit Irès-spirituellemenl Lamolle,
Le monde est plein de fous, et qui n'en veut point voir Doit s'enfermer tout seul et bris;r son miroir.
Mieux vaut donc fermer les yeux et les oreilles sur les défauts et les vices de la société, quand on n'a pas la puissance de les réformer, que de s'exposer à tout instant à être saisi d'une juste mais toujours nuisible indignation. Nuisible, en ce que, d'une part, elle nous expose à l'animosité, à la haine et à la vengeance de ceux contre qui notre indignation aura éclaté, et qu'ils deviennent pour, nous des ennemis irréconciliables ; cl, d'aulre part, parce qu'elle produit sur notre moral cl notre physique des impressions fâcheuses et même mortelles.
Ainsi, on l'a donc accusée de produire le vertige, des nausées, une douleur violente au côte, un serrement extrême de poitrine, lequel lie la langue aussi bien que la sagesse. En veut-on des exemples ? Haller raconte qu'une dame de condition s'étant laissé séduire, conçut une si grande indignation après sa faute, qu'elle devint sourde et aveugle. Pendant vingt-quatre heures il y eut suppression d'urines, cessation du pouls et de la respiration, de sorte qu'elle ne ternissait même pas la glace d'un miroir porté sur
sa bouche Haller la guérit. — Valère-
Maxime rapporte que la femme de Nausimène l'Athénien ayant surpris son lils cl s;i iille en un commerce incestueux , devint muette sur-le-champ et resta telle toute sa vie. Zimmerman l'ail mention d'une Iille qui, trouvant son amant dans les bras de sa mère, en perdit l'esprit sans retour.
J'ai parlé de la mort de Fourrroy et do celle de ('haussier comme ayant été le résultat d'une colère concentrée : ne pourrait -on pas en accuser plutôt une indignation violente qu'âne véritable colère? Vu les définitions de l'une et de l'autre, ifl me | r.monco pour l'affirmative. I uy. Coi i ni;.
Et cela, surlout, parce que l'indignation parait tenir tout à la fois d'une colère vio Icmmcnl concentrée et d'un sentiment vif et
suint de tristesse, d'étonnenienl el de douleur
profonde ; or, cette passion, en quoique sorte
mixte, étant presque toujours le partage des
gi lis sages, bonilèles, des anus pures el élevées , U all-Ce pas elle qui, compote d'éléments très-disparates el Irèt-profond*, a produit sur eux ces effets violents, capables d'entraîner les accidents les plus graves?
Il en lut de même d'un magistral d<' Dant-
zick, dont Stanislas-Auguste, roi de Pologne,
rapporte lui-même l'hisiiire. « Ce magistral,
ditle roi, fut frappé do uiorl subite par la
force 'le la douleur cl de l'indignation qu'il
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('prouva en me voyant malheureux , aban- ) donné, oltlisré <îe fuir el de passer, à l'aide d'un déguisement, à travers les lignes de l'ennemi, pour me soustraire aux effets de ses menaces. »
1 L'indignation étant un sentiment instantané qui n'appartient guère qu'aux personnes vertueuses, il est probable que, habilement ménagée, on en retirerait un parti bien plus grand que celui qu'on en a obtenu jusqu'à préseni. Je m'explique :
On lit dans l'ouvrage de Demangeon, sur l'influence de l'imagination , qu'il donnait d.es soins à une jeune G Ile atteinte de paralysie. Tous les moyens mis en usage ayant été infructueux, il imagina de simuler un attentat à la pudeur. En ayant demandé et oblenu l'autorisation des parents de la paralytique, il se mit aussitôt à l'œuvre, et détermina ainsi chez la jeune personne une si énergique indignation, que les muscles paralysés se contractèrent. Elle fut guérie.
Voici une histoire non moins surprenante, mais plus singulière : Un mari jalou"x voyageait à petites journées dans une voiture publique, avec sa femme, jeune et de la plus grande beauté. Notons bien que ce mari était aphone depuis longtemps. Pendant le voyage, il crut remarquer que sa compagne é'ait l'objet des assiduités d'un autre voyageur, et se promit de les épier. Arrivés à une côte un peu rude, tout le monde mil pied à terre , et noire jaloux, qui n'était plus jeune, formait à lui seul l'arrière-gardo , lorsque, ayant cru s'apercevoir d'une petite familiarité de la part de sa femme à l'égard du voyageur, il retrouva la voix pour lui crier : Je te vois !
Ces faits, que l'on pourrait facilement multiplier, établissent incontestablement qu'en ménageant avec soin les sentiments vertueux ou autres ( Voy. Terreur) , on peut guérir les maladies nerveuses les plus rebelles aux secours de l'art , mais non à l'intelligence et au génie du savant.
INDISCRET, Indiscrétion [défaut et vice). — Accuser quelqu'un d'indiscrétion, c'est lui reprocher d'avoir tellement manqué de retenue dans ses discours et dans ses actes, qu'il a dil ou qu'il a dû laisser deviner ce qu'il devait taire. C'est un vice qui nous tend insupportable dans la société , et l'on est d'aulanl plus inexcusable d'y élre sujet, que c'est peut-élre de tous les défauts celui dont il est le plus facile de se corriger.
Ceux-là sont donc à plaindre, qui ne savent pas garder un secret ou une confidence. Quand je dis garder, j'entends qu'il ne suffit pas, non-seulement de le divulguer soi-même, mais encore qu'il faut le taire complètement. Aussi, je regarde comme coupable d'indiscrétion : 1" celui qui répète sous le sceau du plus grand mystère la confidence qui lui a été faite, même avec la condition de ne la redire à personne. Celte indiscrétion, eût-elle été commise dans une effusion de cœur, sérail une faute. Elle fut commise par Silvio
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Pellico dans sa prison au Spieiberg, et vo ri comment il s'en accuse : « J'avais juré à Cioliano de ne confier à personne, en découvrant son vrai nom, les relations qui avaient existé entre nous. Je contai tout à Oroboni, en lui disant : « Dans le monde, rien de cela « ne serait jamais échappé à mes lèvres ; mais « ici, nous sommes dans un sépulcre, et je « sais d'ailleurs que si tu en sors, on peut se « fier à loi. » Mon ami se taisait. — « Pour- « quoi ne me réponds-tu pas?» lui dis-jo. Il se prit à me blâmer sérieusement d'avoir violé un secret. Son improbation élait juste. Il n'est point d'amitié, quelque intime qu'elle soit, quelque vertu qui la cimente, qui puisse autoriser cette violation de confiance.» — Est encore coupable d'indiscrétion, 2° celui qui ne pous-e point la discrétion jusqu'à empêcher qu'on puisse soupçonner qu'il est dans la confidence du secret de quelqu'un , à plus forte raison s'il laisse deviner ce secret; 3' enGn, celui qui , ayant surpris une confidence ou vu certains actes s'accomplir dans l'ombre et loin des regards indiscrets, se hâte, sans intérêt aucun, de les divulguer, ce qui doit nécessairement nuire à aulrui.
L'indiscrétion ne se borne pas là : elle nuit encore à l'indiscret lui-même, qui, par manie, raconte ordinairement à qui veut l'écouter loules ses affaires personnelles, même celles qui peuvenl porter atteinte à sa délicatesse et à son honneur. Pourrait-il gagner ainsi dans l'estime des hommes?
Généralement l'amour-propre est le conseiller de lTndiscret : il ne pouvait pas plus mal choisir; et plus il a de la mémoire, plus il est à plaindre. Imprudent, étourdi ou orgueilleux, il aime à faire parade de ce qu'il sait, de la confiance qu'on lui témoigne; et s'il se souvient, sa mémoire devient sa plus dangereuse ennemie. Il commet des indiscrétions avec ou sans méchanceté, mais toujours par irréflexion. 11 nuit souvent sans croire nuire.
Néanmoins, par une bizarrerie étrange de l'esprit humain, malgré l'espèce de répulsion générale que les indiscrets inspirent à chacun par rapport à soi, tout le monde les recherche et les accueille. On les entoure dans la société, parce qu'ils y sèment la médisance, et que c'est un langage qui flatte agréablement l'oreille des désœuvrés el surtout des personnes vicieuses. Elies aiment beaucoup qu'on leur dise qu'elles ne sont pas seules à faire le mal, el provoquent les indiscrétions. Aussi, remarquez-le bien, ce sera ordinairement une femme galante ou un libertin qui encourageront l'indiscret, s'ils ne sont pas eux-mêmes le coupable.
C'est pourquoi, dès que l'enfant peut commencer à comprendre tous les avantages do la discrétion et les désavantages de l'indiscrétion, il faudra les lui mettre continuellement en parallèle, et former son jugement de telle façon qu'il préfère toujours l'une à l'autre. Voy. Discrétion.
Cela est d'autant plus utile, que d'ordinaire l'enfance est indiscrète : de là la dénomination d'enfant terrible qu'on lui a donnée. Or, si on