‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 127 sur 251 · I.NO · texte numérisé non relu

I.NO

ne les guéri! au plus lot de ce défaut; si on ne lente leur guéris'>n dès qu'il se développe eu eux ce défaut, il dégénère en habitude, cl nul d'entre nous ne se récriera contre ce dicton populaire : Dieu nous garde des habitudes vicieuses 1 l'indiscrétion esi de ce nombre.

Voici iiu resie quelques préceptes relatifs à l'indiscrétion.

L'indiscrétion est un crime où l'injustice se joint à l'imprudence. Révéler le secret ou d'un ami, ou de tout aulre , c'esl disposer d'un bien dont on n'était pas le maître; c'est abuser d'un dépôt, el cri abus est d autant plus criminel qu'il est toujours irrémédiable. Si vous dissipez des fonds qu'on vous a donnés en garnie, peut-être ne sera-t-il pas impossible (le les restituer un jour; mais comment faire i entier dans les ténèbres du mystère un secret une fois divulgué?

Qu'on ail promis de garder le silence, ou qu'on ne l'ail pas promis , on n'y est pas moins obligé , si la confidence est telle qu'elle l'exige d'elle-même : l'écouler jusqu'au bout, c'est s'engager à ne la point révéler.

Quand celui qui nous donne sa confiance l'aurail partagée avec d'autres, ce n'est pas une raison qui vous dispense du secret ; vous le devez toujours garder inviolablcmen(,sans vous ouvrir vous-même aux autres confidents qu'on vous a associés... Encore un coup, vous êtes charge d'un dépôt : nul ne peut vous libérer que celui qui vous l'a rerais. La personne de qui vous tenez le secret est seule en droit de vous délier la langue.

Une rupture même survenue entre deux amis n'esl point un titre qui éteigne l'obligation du secret. On n'est pas quille de ses délies, en se brouillant avec son créancier. Quelle horrible perfidie que d'employer à son ressentiment des armes qu'on aurait tirées du sein même de fa mi lié I Quoiqu'on ail cessé d'être unis par cette tendre affection, est-on affranchi pour cela de la droiture et de la bonne foi ?

On doit, pour ainsi dire, loger le secrel d'autrui dans un recoin de sa mémoire, où l'on ne fouille jamais ; il faut, s'il esl possible, se le cacher à soi-même, dans la crainte d'être tenté d'en tirer quelque avantage. S'en prévaloir au préjudice de celui donl on le lient, ou pour sa propre utilité , ce sérail user d'un bien dont on n'est pas propriétaire, usurpation que le désir de la vengeance , déjà criminel par lui-même, n'est pas capable d'excuser.

INDOCILE, iNoocii.ni: (défaut). — L'wdocilité est un défaut entièrement oppose .1 la Docilité. ( Voyez ce mol. ) On De se sert guère du terme indocile que pour désigner cel enléleinenl el celle Opiniâtre e avec lesquels les enfants el la jeoinesM repoussent no. conseils, se raidissent contre toute autorité, sont insensibles à des atis bienveillants, foui li de nos réprimandes, el suppnric.nl même quelquefois les punitions qu'on |( nr inflige.

L'indocilité est un travers d'humeur et de

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caractère assez commun aux enfants gâtes et habilués à faire leur volonlé. Je ne dis pas aux enfants capricieux , parce que ceux-ci sont tantôt indociles, et tantôt au contraire d'une docilité admirable ; mais des enfants volontaires, qui ne veulent jamais plier devant qui que ce «oit, ni admettre les meilleures raisons. C'est pourquoi, comme rien n'est plus variable que le caractère des enfants, il faut étudier avec soin celui des indociles, afin de découvrir quel esl le côlé faible par lequel on peui les attaquer. Ainsi, chez ceux-ci, il sera bon d'exciter l'émulation ; chez ceux-là, de mettre en jeu l'amourpropre, et chez la plupart, de blesser leur orgueil et leur vanité, si l'on veut arriver un jour à les rendre dociles.

Mais , quel que soil le moyen qu'on emploie , il faut qu'il soit fondé sur l'équité qui se t ouve en rapport avec les facul es de l'enfant, cl qu'il soit maintenu avec fermeté ; sans cela vous ne ferez jamais rien de votre élève : voire faiblesse lui donnerait des ailes, tout comme votre injuslicc le révolterait ; il ne faul donc user ni de l'une ni de l'autre.

INDOLENCE ( défaut ). — L'indolence est un étal d'inaction, une paresse de l'àme, une privation d'affeclibililé intellectuelle , une sorte d'apathie morale, qui prive l'homme de ses plus belles facultés et de ses plus nobles prérogatives. Ainsi les gens intl dents renoncent à la dignilé de leur être, et ne sont louches ni de l'amour de la gloire el des grandeurs, ni de celui du bien public; ils n'ai mon l que le repos ; ils se bornent à la seule végelation, ou mieux à la vie de la brute; leur existence ne consistant que dans la conservation ou la ruine d'un corps qui n'esl plus qu'une simple machine servant de prison a une àme immortelle.

Quoique l'indolence agisse avec une bien grande lenteur , elle sape les fondements <!o la sagesse , et élouffe insensiblement le germe de toutes les vertus. L faut donc, bon gré malgré , réveiller celte âme endormie de son assoupissement funeste; car il n'esl rien de pire pour l'être humain que celle rouille de l'esprit, qui lâche et donne une mauvaise teinlurc à tout ce qu'il fait. Voy. Apathie,

INDULGENCE (vertu). — L'indulgence esl celle vertu d'une âme éclairée, qui nous dispose à supporter les défauts des autres , à faire une appréciation avantageuse pour eux de leur mérile, de leurs talents cl de leurs q .alites, et à pardonner leurs fautes.

C'est le prop e de l'ignorance d'être peu portée à l'indulgence ; n'ayant pas autant

réfléchi que lis hommes instruits, elle ne connaît pas la fragilité de noire nature, el combien il est injuste d'user de sévérité r\i- » ors autrui.

De même, pour un OffiOr qui n'esl pas naturellement iiiiu et juste, l'indulgence «si le plus grand effort de la raison humaine ; car

celui qui ne nall pas piste et bon d >il

naître méchant et Injuste , conditions qui doivent nécessairement nous porter à l'indul-

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genre pour nous, à la rigueur pour aulrui. C'est pourquoi leurs faiblesses ont à nos sens un relief qui les rend infiniment sensibles, au lieu que les nôtres sont à nos yeux comme ces traits effacés qui demandent l'attention la plus forte pour être reconnus.

Le don inappréciable d'excuser les fautes des hommes est donc , de toutes les qualités qu'on peut acquérir, la plus laborieuse et la plus sensible. Et il devait en être ainsi : car c'est le propre d'un esprit souverainement vrai , judicieux et profond, qui a su se connaître et qui connaît l'humanité et sa faiblesse, d'être indulgent. Aussi ne trouve-t-on jamais un homme d'une indulgence générale et décidée, abstraction faite d'une bonté rare, sans une raison supérieure , infiniment plus estimable que tout le génie et tout le bel esprit du monde.

Tel était Oroboni, l'ami de Sylvio Peilico. « Habile à porter son attention sur les motifs qu'a l'homme d'être indulgent même envers ses ennemis, dit son compagnon de captivité, si je lui parlais de quelqu'un que je haïssais, aussitôt il prenait adroitement sa défense, non-seulement par ses discours, mais encore par des exemples. Plusieurs lui avaient nui ; il en gémissait, mais il pardonnait à tous ; et s'il pouvait me rapporter une action louable de quelqu'un d'entre eux, il le faisait \olonliers.

« L'irritation qui me dominait et me rendait irréligieux depuis ma condamnation, dura encore pendant plusieurs semaines, puis cessa entièrement. J'étais dominé par la vertu d'Oroboni : si je ne pouvais l'atteindre, je me mis du moins sur ses traces. Lorsque je pus prier sincèrement pour tout le monde, et n'avoir plus de haine, mes doutes cessèrent. Ubi charilas cl amor, Oeus ibi est ! Où l'on trouve amour et charité, Dieu est là I » Ainsi l'exemple du vertueux Oroboni ramenait insensiblement Peilico à la vertu.

Agir sur l'entendement humain , de manière à former la raison, à l'éclairer et à lui donner une juste idée des hommes et des choses, c'est donc, n'en doutons pas, l'unique moyen de disposer à l'indulgence celui que nous devons élever à la pratique de cette vertu. Mais il est une chose sur laquelle il faut principalement insister : c'est que, dans le commerce de la vie, chacun doit apporter beaucoup de douceur et d'indulgence pour la société, surtout quand on a plus d'esprit et d'avantages que les autres.

Cette indulgence n'est qu'une justice : quels sont nos droits d'exiger de la raison , de la sensibilité, de la force, des personnes à qui la nature n'en a poinlaecordé ? Lorsque nous rencontrons un aveugle, nous le plaignons , nous ne nous fâchons pas contre lui de ce qu'il ne peut nous voir ; nous nous adressons aux sens qui lui restent; si nous agissions de même à l'égaril des hommes qui sont privés de quelques-unes d. s facultés intellectuelles, si nous nous adressions à celles qui lui restent , ils nous entendraient , ils nous serviraient , nous sciions heureux. (.i:aï».)

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INGÉNU, Ingénuité ( qualité ). — L'ingénuilé, cette sœur de la candeur, de la franchise, etc., dont elle diffère pourtant par quelques traits, est une qualité précieuse d'une âme innocente, qui se mon're suis vol»; et sans parure, parce qu'il n'y a en elle ni tache, ni laideur, ni difformité, qui l'obligent à se cacher.

Le commerce des personnes ingénues est communément agréable et doux, pane que I ur âme vient se peindre sur leurs lèvres, dans leurs yeux et dans leurs expression-, et qu'on est forcé d'applaudir ou de pardonner à tout ce qu'elles peuvent faire ou dire. Aussi leur découvre-t-on son cœuravec d'autant plus de liberté, qu'on voit le leur tout entier.

L'ingénuité a, avec la candeur, la franchise, la naïveté et la sincérité, des points de contact si remarquables, que nous avons pensé devoir les confondre tous dans un même article, leur rapprochement devant offrir un intérêt qu'elles n'offriraient pas isolément. Voy. Candeur.

INGRAT, Ingratitude (vice). — L'ingratitude n'est pas l'oubli, mais la méconnaissance du bienfait que l'on a reçu.

Ce vice odieux, contre nature, étant le plus souvent une révo'le de l'orgueil contre le bienfaiteur, ce ne serait donc pas une passion, mais seulement un état négatif du cœur, qui se ferme aux sentiments de la reconnaissance et aux devoirs qu'ils imposent. Ce ne serait pas non plus de la haine pour celui qui nous a fait du bien, comme l'a prétendu Descaries, m'ais quelque chose de bien plus coupable; c ir si la haine ne se développe pas dans l'âme sans un motif quelconque, au contraire l'ingratitude étouffe dans le cœur de l'homme les sentiments de reconnaissance et d'amour qu'un bienfait doit nécessairement y dévolopper. C'est pourquoi l'ingratitude devient d'autant plus condamnable, que le bienfaiteur se trouve moins dans l'obligation d'être utile.

Par malheur dans le siècle où nous sommes, il est bien facile et très-commun de faire des ingrats. On a beau répéter, avec Cicéron,que l'ingratitude attise la haine générale, attendu qu'en décourageant les personnes bien disposées en faveur de leur prochain, il peut en résulter qu'elles peuvent devenir avares de leurs dons et de leurs services; néanmoins, comme presque tous les individus trouvent trop lourd le fardeau de la reconnaissance, ils préfèrent devenir ingrats plutôt que de le porter. Et pourtant est-il rien de si doux que d'être Reconnaissant (Voy. ce mot) ?

C'est parce que la plupart des hommes méconnaissant les douceurs de la reconnaissance, préfèrent devenir et se montrer ingrats plutôt que d'en porter le fardeau, que l'ingratitude a été considérée comme un des vices qui révoltent le plus la conscience. Et cela devait être, car en feignant d'oublier les bienfaits dont il a été l'objet, l'ingrat blesse vivement, eu celui qui en est la victime, les

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sentiments de L'équité. De là l'impression i éniblc qu'iléprouve,et quise manisfeste ordinairement par une réaction plus ou moins violente de plaintes ou d'indignation. Il est vrai que, généralement, à la justice offensée se joint presque toujours le ressentiment de l'amour-propre blessé (ce qui ne devrait jamais être); et c'est ce qui explique pourquoi on risque souvent de satisfaire sa vanité, sous prétexte de venger la justice. Il serait donc plus équitable et plus noble de comprimer 'sa colère, ou de supporter en silence et avec calme l'offense de l'ingrat, que d'en témoigner du mécontentement.

Du reste, l'antiquité, pour punir l'ingratitude, infligeait par la loi une peine aux ingrats. Une telle mesure honore la moralité du législateur, dirons-nous avec M. l'abbé Hautain, mais elle pousse trop loin l'influence légale; car la puissance civile ne peut guère intervenir dans les relations intimes de la bienfaisance, dont le secret doit être gardé le | lus souvent, par la générosité du bienfaiteur et peur la réputation de l'obligé.

Toujours est-il que l'ingratitude s.erait plus rare, si les bienfaits à usure étaient moins connus. On aime ce qui nous fait du bien , c'est un sentiment si naturel! L'ingratitude n'est pas dans le cœur de l'homme; mais l'intérêt y est; il y a moins d'obligés ingrats que de bienfaiteurs intéressés.... Voit-on jamais qu'un homme oublié par son bienfaiteur l'oublie? Au contraire, il en parle toujours avec plaisir, il n'y songe point sans attendrissement : s'il trouve une occasion de lui montrer par quelque service inattendu qu'il se ressouvient des siens, avec quel contentement intérieur il satisfait alors si gratitude 1 Avec quelle douce joie il se fait reconnaître) Avec quel transport il lui dit : Mon tour est venu I Voilà vraiment la voix de la nature! (Jean-Jacijue*.)

Malheureusement elle ne parle pis toujours ainsi : au contraire, cl les causes de l'ingratitude sont nombreuses. Kl par exemple, elle vient quelquefois, dit-on, d'un vil intérêt, qui ne rougit pas d'accepter le bienfait, mais qui ne veut pas le rendre; ce qui constitue une sorte d'avarice qu'on ne saurait trop flétrir. En effet, l'homme qui calcule qu'il est très-avantageux de recevoir, niais qu'il en coûte de restituer, viole, on ne saurait le contester, les lois inviolables de l'équité. Il rompt ainsi le pacte des rapports sociaux ; c'est non-seulement un crime moral qu'il commet, c'e-i presque un vol matériel; car, d'après les lois divines et humaines, nul n'a le droit de vivre aux dépens des .mires.

Ce n'csl pas tout : chez les âmes a la fols pétries d'orgueil et de bassesse, l'ingratitude prend le plus fâcheux caractère; elle rougit du bienfait, s'irrite de la dette et m> change en aversion. Ah ! c'est qu'il semble à l'ingrat que le bien reçu tourne en poison dans 80 i cœur, comme le rayon solaire dam les plantes vénéneuses qui le pervertissent en se l'assimilant. Voilà pourquoi il ne peut siipiiorler la présence ni le soutenir de relui qui lui a rendu service; il y trouve une cause

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