I.NO
sant ce qu'on ne doit pas faire, mais encore en ne faisant pas tout ce qu'on doit Faire [Marc-Aui èle ) ; injustes, en taisant une injustice qu'on voit et qu'on ne dénonce pas. (J.-J. Rousseau.)
Le moraliste ne peut que déplorer un pareil scandale. En présence d'une société dont chaque membre proleste de son amour pour la jusiice, de son respect pour les lois, cl se révolte à l'idée d'une injustice, il n'ose soulever le voile, et applaudit aux sentiments que lout le monde exprime.
Il est certain que ces sentiments, quand ils sont réels, forment une barrière que l'injustice ne saurait franchir qu'avec beaucoup de dilficulté, et qu'elle franchirait bien plus difficilement encore, si cette barrière était étayée par les sentiments d'une sinc're et véritable piélé.
INNOCENCE (vertu). — Il n'est rien de plus parfait, de plus pur qu'une âme innocente ; l'innocence étant dans les enfants l'ignorance du mal, el dans les hommes la sirnplicilé des mœurs, la pratique du bien, le témoignage d'une bonne conscience. En d'au- Ires termes, l'assemblage de toutes les vertus dans le cœur humain, ou du moins l'exclusion de tous les vices hors de l'âme, voilà l'innocence.
Et comme il n'y a que les personnes qui ont des principes religieux bien arrêtés et qui pratiquent en vrais chrétiens notre divine religion, qui puissent conserver en leur âme l'innocence du premier âge, il faut donc donner à chacun ces principes, sitôt que son intelligence pourra les comprendre, c'est-à-dire habituer de bonne heure les enfants à la pratique des devoirs religieux, en les remplissant avec eux.
INQUIET, Inquiétude (sentiment).— L'inquiétude est un mécontentement de l'âme qui naît ordinairement de l'opposition qui se trouve entre notre étal el nos désirs. Ainsi l'homme est inquiet lors ju'il est obligé de faire une chose pour laquelle il n'a aucun goût ; il est inquiet quand il ne réussit pas dans ce qu'il a entrepris; il est inquiet, enlin, s'il ne peut posséder un bien qu'il désire.
L'inquiétude, quand elle se prolonge, devient permanente : acquiert-elle un degré de plus, elle dégénère en Tristesse [Yoy. ce mot), cl proluil toutes les conséquences fâcheuses que (elle dernière traîne à sa suite. Nous serions à l'abri de l'une el de l'autre, si ceîIX qui ont ele chargés de noire edueacalion avaient su nous rendre complaisants, faciles et palionls, de telle suite que les contrariétés qui nous donnent de l'inquiétude nous trouvassent disposés a les supporter avec calme, alors toutefois que ce qu'on exigerait de nous n'.iurail rien d'immoral et do préjudiciable à nos intérêts; alors que les iliflicultes sans nombre qui s'opp «seraient à
l'exécution de nuS des-, ins u';in ruent r en de blessant pour nous il les nôtres; alors, enfin, que la non-olilenlioii de l'objet e notre couvoiiise n'aurait point de motif offensant pour personne.
Telle est la ligne de conduite à tenir 3 l'é-
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gard de ceux que nous devons élever el instruire.
INSENSIBLE, Insensibilité (vice). — L'insensibilité morale consiste dans l'absence complète de lout sentiment d'humanité, de générosité, d'affection. C'est le premier di de l'inhumanité, à laquelle elle conduit inévitablement.
Reconnaissant les mêmes causes que celleci , et ayant les mêmes conséquences , il doit donc falloir employer les moyens proposés pour la destruciion de ces causes, aGn d'obtenir par là les mêmes résultats. Yoy. Inhumanité.
INTÈGRE, Intégrité (vertu). — L'intégrité est la pratique de la justice dans loule son étendue et dans toute sa rigueur la plus scrupuleuse. Elle n'a d'autres caractères et d'autres effets que ceux qui appartiennent à la probité et à lout ce qui constitue celle-ci. Yoy. Probité et Justice.
INTEMPÉRANCE (vice). — Le. besoin de prendre des aliments se montre chez l'homme avec la vie el ne disparail qu'avec elle. Il est le premier qui sollicile la faculté d'aimer el qui éveille des passions. Mais l'abus touche de très-près à la satisfaction licite el normale, et la penle es! si facile, que bien souvent la passion a jelé de profondes racines avant même que l'âme ail élé avertie. Du reste, ce besoin élant le plus grossier de tous ceux que nous éprouvons, l'intempérance qui en émane est aussi le plus grossier de nos penchants vicieux.
Cela posé, nous définirons l'intempérance : l'habitude de se livrer immodérément aux jouissances du sens du goût.
J'ai spécifié le sens du goût, parce qu'à celte sorte d'inlempérence, admise généralement par tous les auteurs, certains d'entre eux ajoutent une infem érance (!>• langue : voulant probablement distinguer par -la l'homme qui parle beaucoup par le seul desir d'occuper de lui el de se faire valoir, sans songera mal dans ce uu'il dit, du parleur proprement dit, ou de l'individu qui | arle beaucoup aussi, mais dont la langue exprime le venin de la malice ou de la méchanceté, le distille goulle à poulie sur les plaies de l'Iiumanité, qu'il ser.nl plus sage de cicatriser que d'envenimer ou de montrer dans leur laideur. C'était là (parmi tant de vices déhonlés qui la ren laienl méprisable aux yeux de tous) un des principaux défauts de la duchesse d'Orléans, femme du régent et mère
d'Egalile : défaut dont elle l'ut parfois sévèrement reprise, < mie nous le verrons plus
lard (loi/. Parleur), réservant cel article à l'intempérance du goût, la seule véritable
pour moi. Parlant, |B dirai de celle-ci que, Bornant ses jouissances ;i des pl.iisirs purement matériels, elle rend l'homme passionne pour la bonne chère el les liqueurs enivrantes. I.'eiilraine-l-elle a dépaiSer les limites .!.■ s. s besoins naturel! alimentaires, elle le
conduit a la gourmandise. Le porle-t-olle à contracter l'h ibitude de prendre immodérément de lOUlCl ces liqueurs, elle en lait un
ivrogne. Ayant déjà traité de la prcoa
.'.77 INT IKR 57g
(Voy. Gourmandise), nous renverrons 'à la ce moyen ait clé conseillé aux souverains et seconde (J'oy. Ivrognerie) tout ce qui aurait aux hommes qui sont au pouvoir, ni quo trouvé sa place à l'article Intempérance, si ceux qui ont voulu s'opposer au développenous ne l'eussions pas divisé en deux articles ment de telle ou telle secte religieu e en aient distincts, comme les passions auxquelles ele fiit usage. Voyez les premiers pasteurs de donne naissance. l'Eglise : les disciples de Jésus-Christ, tra- 1NTÉRESSÉ (défaut).— L'intérêt est le vaillant de concert à l'établissement du chrisprincipal et quelquefois l'unique mobile des ''anisme : ont-ils perseculé les idolâtres? actions des hommes. Son penchant est gêné- N'"1 : doux, alla les, et par-dessus tout toléralement si décidé pour tout ce qui le touche, ranls« ''s opposaient au contraire à la perséqu'il devient vertueux sans effort quand son cul1:0" et aux tourments qu'on leur Taisait âme a un véritable attachement pour la ver- eudurer,la palience et la résignation du maria; tandis que si l'objet que l'âme affectionne lJr; Et c es,« croyons-le bien, a la simplicité change de nature, le disciple de la vertu de- d,e ,enr? mœurs, a la pureté de leur morale, vient l'esclave du vice, sans avoir changé de a la sainteté de leur vie, a la fermeté qu'ils caractère : ce qui a fait dire par Duclos, de 0,,t, montrée, que le catholicisme dut d'acl'inléiél, qu'il peint avec les mêmes couleurs quenr un développement que la force brûles monstres et la beauté. taie, si elle eut été en leur pouvoir, ne leur
Je n'impute pas à crime à l'homme de aurait jamais donné,
veiller soigneusement à ses intérêts; au con- L" eIJc!» e.st"11 dans la nature que 1 intolé-
traire, il le doit, et c'est un devoir qu'il rem- '.ançe n aigrisse pas.n endurcisse pas le cœur
plil; mais s'il fait de l'intérêt personnel sa de 1 opprime? Celui-ci voudra-t-il embrasser
seule et exclusive loi, du moment où ses in- les opinions, servir la eause de l'intolérant
téréts seront compromis, il n'aura plus ni le 1ul le blesse, s attacher a sa personne et sui-
palriolisme, ni la probité, ni la franchis-, v/e ses Pas? Jamais. Donc rien n'es! pire,
qui font le citoyen honnête et vertueux. dans les hlals l,bres surtout, que l'inlole-
C'est aux hommes qui sont aussi mal par- rance.
tagés, qu'il faut parler chaleureusement ,.En conséquence, il faut lui opposer la to-
amour de la patrie, amour de l'humanité, France, cette vertu si parf nie, que le cardi-
désintéressement, afin de leur montrer ce na.' d" Bellay 1 aurait /<o/ii</a/-<see si l'on eut
qu'il y a de beauté, de grandeur, de dou- sum a la le;lre la maxime suivante, qu'il a
ceur dans ces sentiments, el leur en inspirer beaucoup répétée : « loul homme raisonna-
le goût. ble do.t être Iolerant ( Y oy. ce mot), même
' .,...,. pour les intolérants, et ne haïr que les per-
Otez 1 intérêt de la terre : sécuteurs. >> (l'o;/. Persécution.) Toutefois il
ÎCn„êu?SaSreslsdroiU; ne suffit pas d'opposer soi-mème^.a tolérance
Et, plus jusl.-s que nous ne som s, a 1 intolérance : il faut encore substituer
Nous verrons régner chez les hommes ' u,1.e a ' autre, s il est possible, dans le cœur
Les mœurs à la place des loi-. Rousseau, de l'intolérant. C'est le vrai moyen d'éviter
INTOLÉRANCE, Intolérant (vice).— L'in- 1u,e le 'rouble, la discorde, les haines homi-
loléraore est une faiblesse d'esprit par la- c'des' viennent diviser a jamais les sociétés;
quelle l'homme, oubliant que les autres hom- fl assurer Par-la la paix, la tranquillité et le
mes sont ses semblables, ses pairs, les traite bo,'Il(M1,r ;i »a PJ'™' EsMl un Plus Puissailt
avec une rigueur sans pareille, parce qu'ils '"Olil o y travailler.
auront une opinion différente de la sienne. INTREPIDE, Intrépidité (vertu). — Con- II existe bien peu d'individus exaltés qui , server pendant les troubles qui éclatent aus'ils en avaient le pouvoir, n'employassent l°ur de nous , ou au milieu des désordres pas les tourments pour lare adopter leurs dont nous pouvons être la victime, el durant principes. Ils savent, el tout êlre qui jouit les émotions douloureuses que la vue des imcore de sa raison sait comme eux, que grands périls fait naître en notre âme, celle c'est agir contre les lois de la nature.de la force d'esprit el ce calme de la raison qui morale et de la religion, que d'imposer ses mettent au-dessus des événements les plus opinons; ils savent aussi que rarement on graves, les plus étonnants elles plus terrigagne le ci'oyen libre par les châtiments el blés, voilà ce qui constitue Y intrépidité. la rigueur : et cependant, emportés par leur Comme je me suis très-longuement étendu, penchant naturel, l'esprit de domination, ils a l'art. Bravoure (Voy. ce mol), sur les case laissent entraîner à se servir des persécu- raclères parliculi rs qui distinguent l'homme lions les plus rigoureuses, alors que par la intrépide de l'homme brave, courageux, vapersuasion, la douceur, la tendresse, la cha- leureux, et sur lout ce qui lient ou participe rite, ils pourraient si facilement se faire des de l'intrépidité, je ne reviendrai pas sur des partisans. détails dont la répétition serait inutile.
Du reste, la vérité comme la morale, les IRRÉLIGIEUX, Irréligion (vice). — L'îrdoctrines politiques comme les doctrines re- rélii/icttx est celui qui, n'ayant point de religieuses, ont tant d'attrait, qu'elles forcent le ligion.ne connaît aucun culte auquel il doive cour, pour ainsi dire, sans qu'on soit obligé seconformcr.etparleavec dédain de lousceux de l'opprimer pour le ranger sous leur ban- qu'il trouve établis sur la terre, même du nière.Je.ne dis pas pour le gagner; car I'op- culte de l'Eglise catholique, que Jésus-Christ pression n'a jamais gagné personne.au con- lui-même à fondé avant de mourir pour les traire. Aussi u'ai-je jamais compris, ni que pécheurs. Celle disposition d'esprit, dans la-
ll;i;
IVR
quelle l'être irréligieux se trouve et se complaît, constitue son irréligion.
L'irréligion reconnaît plusieurs causes.
Ainsi la principale, je dirai presque sa seule et vérilable cause pour la plupari des hommes, est dans leurs passions, que condamne cl réprouve la sévérité de la morale calholique. Pour eux, l'obscurité de ses mystères n'en est que le prétexte; ils croiraient sans peine et même sans réflexion, s'il suffisait de croire pour être sauvé.
L'irréligion vient encore de l'aveuglement le plus profond, ou de l'ignorance la plus crasse, ou de l'apathie la plus blâmable; car si les hommes irréligieux prenaient la peine d'examiner les choses avec attention et bonne foi, ils reconnaîtraient bientôt, par une étude consciencieuse des mœurs etdes coutumes des premiers peuples, que les hommes les plus sages et les plus habiles étaient religieux. Seulement ils se sont trompés sur l'objet de leur culte, lorsqu'ils n'ont pas eu le bonheur de posséder la vraie lumière. Et, par exemple, le premier précepte de Pylhagore était d'honorer les Dieux. Socrate , le plus renommé des païens pour la prudence et la vertu, pria ses amis, dans les derniers moments de sa vie, d'oFFitiR un coq a Esculape. Xénophon nous apprend que son prince, qu'il donne comme le modèle de tous les autres, n'eut pas plutôt senti les approches de la mort, qu'il fil offrir sur les montagnes des victimes à Jupiter. Enfin, on affirme que les épicuriens et les philosophes atomistes marquaient beaucoup de discrétion à cet égard, puisque, malgré leur système de physique, ils se bornaient à nier la Providence, tout en soutenant en général qu'il y avait des Dikux qu'il fallait honorer. (Adisson).
Or, si nous supposons un instant que, à l'instar des philosophes païens, qui tous étaient dans l'erreur sur l'objet de leur culte, les philosophes du moyen âge et du temps présent, tout en admettant une religion purgée des erreurs du paganisme, ne sont guère plus conséquents, cl que, poussant plus loin, nous voulions, contre toute raison, en tirer des conclusions au détriment de la vraie religion ; voyez de combien de douceurs notre irréligiou va nous priver. Nul sentiment ne pourra nous consoler de nos peines; nulle voix ne parlera à notre âme pour la porter aux nobles, aux généreuses actions que nous pouvons accomplir sans témoin; nulle espérance ne nous appartiendra au delà du tombeau : dès lors quel prix attacherons-nous à la pratique des vertus? cl comment envisagerons-nous la morl?
Au contraire, quel argument contre l'irréliu'eux, que la vie du vrai chrétien ! Quel moment pour son cœur, quand ses amis, ses enfants, sa femme, concourront tous à I *i •»- — truirc eu l'édifiant! quand, sans lui prêcher l). eu dans leur* discours, ils ne lui montreront que les actions qu'il inspire dans ces vertus dont il est l'auteur, dans le charme qu'on troU TO à lui plaire. Ah! du moment OÙ il
verra briller rimage du ciel dans sa maison,
quand, une fois !e jour, il sera forcé de se dire: «Non, l'homme n'est pas ainsi par luimême; quelque chose de plus qu'humain i règne ici... (J.-J. Rousseau)] » alors, n'eu doutons pas, un rayon de vérité pénétrera dans son âme, il se rendra à l'éviJcnce, i! aura la foi.
N'oublions pas de faire remarquer qu'il 3 a parmi ces hommes irréligieux de beaui esprits, quelques savants. Peut-être menu s'en trouve-l-il qui ont des principes d'hon. neur et de probité, des vertus de tempéra<ment. Mais qu'il y en ait qui joignent à la pureté du cœur cl des mœurs un grand savoir,, voilà ce que j'ai bien de la peine à croire. Quand on se conduit en vrai honnête homme, et uu'on joint à cette vraie probité beaucoup de lumières, on serait fâché de n'être pas chrétien, c'esl-à-dire de n'être pas récompensé un jour de sa vertu.
Quoi qu'il en soit, comme l'irréligion prive ceu\ qui s'en font les apôtres de tous les avantages que la religion offre aux fidèles, ii"us devons mettre sous les yeux des homme.', irréligieux, sans passions et sans haine, tout ce que le catholicisme offre d'espérance el de consolations. Ce tableau les ramènera, soyons-en certain, à de meilleurs Sentiments, leur inspirera un autre ordre d'idées, d'où pourront naître celles qui doivent nous assurera tous les brillantes destinées de l'avenir. Voy. l'.i 1 1 ,n 1 x, l'.i ii.îhs
IRRÉSOLU, Irrésolution (défaut). Voy.
Indécision.
IVROGNERIE (vice). — L'ivrognerie, celle fille de l'intempérance , consiste dans l'usage habituel cl excessif des liqueurs spiritueuscs.
Il ne faut pas confondre l'ivrognerie avec l'ivresse. L'une étant un vice , et l'autre nn accident passager dans lequel peut tomber une personne habituellement sobre. Aussi est-il peu d'hommes qui ne se soient trouvés uni- fois dans leur vie en étal d'ivresse.
Un état semblable n'affecte l'organisme et L'intelligence que d'un trouble éphémère; l'ivrognerie, au contraire, abrulil sa victime, dégrade son âme, énerve son corps et mène à toutes choses indigne*. Témoin Alex.mdi e , grand prince , lâche de CC vie , qui, dans l'emportement de l'ivresse, lui son pi is grand ami, Clytus, el puis, revenant à soi, se voulait tuer ( Plutarqw). Bref, telle est la puissance illimitée du vin , qu'il fa il déraisonne! i, iRgesse elle-même, el relom lier en enfance la vieillesse. .Mais u'ailticipous pas.
Celle passion avilissante existe chez un grand nombre d'individus. Bile «ffecte surtoui les classes infimes de la société, et se montre principalement chez Ici garçons d'amphithéâtre , les chiffonniers , les inflr miers , les tambours, les peintres en bâti inenls , les brasseurs , les rliapeliei s, les eo-
einrs , les maquignons, les forgerons , les fondeurs, les imprimeurs, Ips musiciens, les
chiffonnières, les blanchisseuses, lis gardemalades , le soldai el le marin, elc, elc. l'ai
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fois aussi elle salit les rangs les plus élevés : on l'a vue se vautrer sur la pourpre des trônes , souiller la gloire des héros , frapper d'impuissance les plus beaux génies ; et , pour porter à son comlile l'abjection humaine , pour dépoétiser les choses les plus saintes et les plus belles, traîner dans sa l'ange jusqu'à ce sexe charmant que nous n'aimons a voir qu'environné de candeur et d'innocence.
Heureusement que ces cas sont exceptionnels, et que l'ivrognerie n'est habituelle que chez les hommes qui , n'ayant pu profiter des bienfaits de l'éducation, ou ne possédant aucune ressource contre l'oisiveté, évitent rarement les excès du vin. Leur désœuvrement en est une des causes les plus fréquentes, tout comme il l'est des autres vices auxquels l'oisiveté entraîne.
A son tour l'exemple est une des causes les plus puissantes et les plus funestes de l'ivrognerie. 11 est d'autant plus funeste pour l'humanité, que ceux qui en sont témoins sont plus jeunes. Et cela parce que l'enfance reçoit avec avidiié ses leçons, surtout quand elles viennent flatter les mauvais penchants qui sont en germe dans le fond de notre propre nature. Qu'il est donc coupable le père de famille qui se montre à ses enfants en état d'ivresse I Dépositaire et représentant de l'autorité divine, il traîne dans l'ignominie le mandat sacré qu'il a reçu. Le respecteront-ils désormais quand ils l'auront vu, pitoyable jouet de l'ivresse, poursuivi des sarcasmes d'une foule d'enfants comme eux? Quand ils l'auront vu, se livrant à tous les écarts d'une joie ridicule, proférer des paroles obscènes et tourner en dérision ies choses saintes?....
Enfin, aux causes que nous avons éuutnérées viennent s'ajouter l'hérédité, les revers de fortune, la grossesse, ceitaiues maladies, et les influences climatèriques.
A ceux qui douteraient de celle influence je répéterai avec Montesquieu :
« L'ivrognerie se trouve établie par toute la terre dans la proportion de la fraîcheur et de l'humidité du climat. » Peut-être le climat et les saisons exercent-ils sur ce vice une influence moindre que celle qu'on lui attribue; peut-être que le degré de civilisation et l'étal moral drs peuples influent plus sur le développement de l'ivrognerie que la nature du climat; mais de ce que leur influence serait moindre qu'on l'a» ait cru, moindre surtout que celle de la civilisation et de l'état moral des populations, leur conleslera-t-ou celle influence?
Prenez garde que je ne nie pas que si on étudie comparativement la fréquence de l'ivrognerie chez les différentes nations, on voil, par exemple, que les sauvages de l'Amérique, qui occupent des lieux différents sous le rapport du climat, poussent près jue tous celte passion jusqu'à la frénésie; que chez las Kusses, au contraire, dans les classes élevées, dont la civilisation a déjà poli les mœurs, elle devient de plus en plus rare; et enfin, que chaque jour elle diminue en Espagne, en
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Italie, en Suisse, en Allemagne, aux États- Unis et môme en Angleterre; mais de pareilles observations dé'ruisent - elles les idées reçues de l'influence des climats sur le développement de l'ivrognerie?
A ce propos, je ferai deux remarques. La première, que, de nos jours, l'ivrognerie esl encore très-commune en Angleterre. Un curieux a calculé que, malgré les sociétés de tempérance, chaque samedi matin, de cinq à deux heures, il entre chez un certain marchand d'eau-de-vie de Manchester, au moins deux mille personnes, dont la plus grande partie se compose de femmes. Il a également constaté que les quatre principaux débitants d'esprit de genièvre à Londres reçoivent chaque semaine 142, i58 hommes. 108,508 femmes, et 18,301 adolescents, chiffres qui présentent un total de 260,447 buveurs. La seconde remarque est celle-ci : L'ivrognerie est beaucoup moins commune en France qu'en Angleterre; elle l'est loutefois assez pour être considérée comme l'une des principales causes des maux qui accablent la classe ouvrière. L'est chez elle une véritable plaie dont il serait à souhaiter qu'on pût la guérir.
Et maintenant que nous avons étudié l'éliologie de l'ivrognerie, si nous voulons faire le portrait de l'ivrogne, nous éprouverons de grandes difficultés, chaque individu étant modifié diversement, eu égard à sa constitution, et aux boissons auxquelles il s'adonne. On ne peut donc, comme en louie description qui n'est pas purement individuelle, que se créer un type à l'aide de caractères généraux.
L'ivrogne a généralement l'air honteux, gauche et lourd ; il supporte difficilement le regard. Son visage est vullueux ei bouffi, hâlé, cuivreux; des végétations s'y élèvent çà et là; les paupières sont gonflées, l'œil terne et languissant, injecté; les lèvres gros ses et renversées, bouffies et pendantes, agitées par un mouvement continu; le nez gros, rouge et enluminé, paraît couvert d'excroissances et de boulons; l'haleine est féline; l'aspect général de la face est stupide, s .le et repoussant; la parole est embarrassée, hésitante. L'ivrogne n'a plus rien de celte m;ijeslé qui décore la face humaine ; abruti comme un animal immonde, il tourne vers la terre un regard qui n'a pas d'éclat, d'admiration, d'amour ni d'espérance. Le corps esl voûté, le ventre gros, ballonné; la démarche chancelante, incertaine. Les jambes sont prêles à fléchir sous le poids du corps. La peau a perdu sa couleur : elle est d'un jaune particulier, flasque et couverte de rides prématurées. Les membres n'ont plus de- vigueur; les muscles sont sans force; des tremblements auxquels on ne peut se soustraire, surtout le matin et le soir, rendent les mouvements incertains. G'esl à ce point que les mains ne peuvent rien saisir qu'en tremblant; enfin, la respiration est haute comme celle des asthmatiques.
L'intelligence subit une dégradation extraordinaire. L'ivrogne n'est pas capable d'ap-
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pli cation sérieuse ; sa mémoire s'envole, son jtipemctit s'.illère. In différent pour (oui ce <|ui n'est pas boisson, il mange peu, néglige île se vélir, se rouvre de sales et hideux haillons, et c'est alors qu'on pcul appliquera cet <;,lal ignoble le mol énergique des Latins, cnAPiLv !
Ce n'est pas tout, l'âme devient complètement insensible, rien de ce qui lui plaisait autrefois ne peut plus l'émouvoir; plus rien ne la fait vibrer de lendresse, de noble orgueil, elle est assoupie dans une léthargie de plomb. Ou s'il arrive parfois qu'elle fasse effort , elle se relève alors exaltée par un beau souvenir de grandeur et de puissance; mais bientôt, comme un esclave enchaîné, elle retombe dans sa torpeur et son découragement. Pour l'ivrogne, sont morts désormais les sentiments de l'humanité, les tendresses de l'amitié, les doux épanchements de l'amour. Pour lui, plus d'harmonie dans la nature; plus de printemps, plus de nuits étoilées qui font rêver l'âme; plus de ces sublimes extases qui emportent la pensée au delà de ce monde, pour l'abreuver de délices jusqu'au sein de Dieu même.
Une seule chose désormais occupe la pensée de celui qui s'adonne à l'ivrognerie ; et comme s'il était poussé par une sorte de fatalité, il faut qu'il se plonge incessamment dans les sales jouissances qui le déshonorent et le tuent. Aussi, quand cet être énervé veut retrouver momentanément quelque vigueur, el procurer à son cerveau une excitation fébrile nécessaire, il doit recommencer son excès de la veille et appeler l'ivresse à son aide. Quand pourrai-je me lever? Quand recommencerai-je à boirel (Prov. xxwi,3o.) Voilà ce qui l'occupe à son réveil.
J'ai peint l'ivrognerie dans son ensemble; je vais la peindre dans ses détails; c'est-àdire que je vais essayer de décrire les divers degrés de l'ivresse.
De nombreux convives sont assis autour d'une table somptueusement servie ; le commencement du repas est silencieux ; une sorte d'embarras et de gène lient chacun dans l'isolement; on s'oliserve, on s'étudie. Mais bientôt un vin généreux a circulé dans les coupes, les physionomies s'éclairent, les yeux s'animent, le visage entier s'épanouit, les rides de la tristesse onl disparu, el le sourire vient enlr'ouviir les lèvres; un aimable abandon remplace la contrainte, toutes les (acuités de l'esprit el du corps s'épandenl, les organes sonl plus souples, il semble que la \ gueur et le courage les pénètrent. La pensée devient vive, spontanée. L'esprit sémill .ni brille par des bons mots qui coulent avec rapidité, la conversation etl animée, enjouée; chacun y prend part, el lance comme des éclairs les saillies heureuses, les mois piquanls, le couplci salyrique: /.<■ ri'n réjouit /<• cœur et fortifie le corps. [Eecl. xxxi,
Les perceptions sont promptes, les senti ments abondent et éclatent dans l'âme; on est facile 3 émouvoir; lc> pleurs et les rii se succèdent dans le même moment. Les désirs te font sentir; on ose risquer les tendres