‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 132 sur 251 · IV H · texte numérisé non relu

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excité par les vapeurs alcooliques, esl sujet à des fluxions sanguines plus ou moins vinlenles, qui laissent souvent, après des congestions cérébrales, des paralysies partielles et quelquefois l'apoplexie. Que de fois n'a-lon pas vu de- malheureux surpris par le froid à la sortie d'une débauche, tomber morts sur la roule 1 d'autres, étant encore à lable, frappés avec la rapidité de la foudre, tomber au milieu des buveurs jour ne plus se rcleverl Ce n'est pourtant généralement qu'après avoir eu plusieurs coups de sang qu'ils succombent.

Jusqu'à présent je ne me suis occupé que de l'ivresse, considérée au point de vie du physique et du moral de l'ivrogne; j'ajoute que le tableau que j'en ai tracé serait incomplet si je ne disais, d'une part, que dans l'ivresse arrivée à un certain deg.é, la passion dominante se montre ordinairement à découvert Alors celui qui use du vin, « ce grand

délieur de langue, » comme le dit Montaigne, quand on en prend peu , fait débonder ses plus intimes secrets, s'il en prend nuire mesure. Il se porte ainsi parfois un préjudice notable. In vino Veritas est un proverbe aussi ancien que vrai.

D'autre port , les effets sociaux de celte passion ne sont pas moins funestes. lit, par exemple : 1J Au rapport de M. Stone, qui, pendant neuf années . a dirigé l'hospice de Boston, c'est l'ivrognerie qui a amené dans cel é ablissemenl les sept huitièmes des pauvres. 2" M. l'oie , juge de police d'Albany (New-York), a attesté que, sur cent délils, quatre-vingt-seize étaient le rcsull.it de l'intempérance. 3° D'après Wilson, c'est à l'excès des spiritueux consommés à Londres qu'il faut at'ribuer la moitié des aliénés ; proporlion bien moindre en France, où ce vice est beaucoup m ins commun, puisque, au dire de M. l'.s, orles, sur 8272 aliénés, il! seulement mit perdu la raison par ivrognerie, k' Enfin, suivant M. Descurel, il résulterait d'un n levé Fait par lui dans le quartier de l'Observât .ire à Paris, qu'il y a un sixiè me des suicides qui se sont accomplis pendant létal d'ivresse , et que le choléra, su ri oui à son début, faisait incomparablement plus de ravages chez les ivrognes que parmi les individus tempérants : remarque que j'ai faile moi-même, a cetleépoque, dans d'autre* quartiers de la capitale. Hésumant donc avec lui les funestes effets de l'ivrognerie, nous conclurons : premièrement , qu'elle abrège la durée de la v le , augmente le nombre cl I intensité d s maladie! , souvent même elle en rend la guéris m impossible ; secondement, -mis le rapporl religieux, qu'elle pousse au libcrlinag. , a la colère, au meurtre, au sm-

( i le ; troisièmement, min» les rapports 16g tui ei sociaux, qu'elle augmente prodigieusement le nombre des crimes, est une des causes principales du paupérisme, de. accidents qui arrivent; faii commettre aux hommes chargés de fonctions importantes dei fautes graves et souvent imparables. On rapporte

a i e siij. i qu'un des plus grandi a Imiui leurs que les ElatS-UnIs aient produits, fliO-

mas Jefferson, le troisième président du gouvernement fédéral , disait quelquefois à ses amis : L'habitude des boissons spirilueuses chez les hommes en place a fait plus de mal au service public et m'a causé plus d'embarras qu'aucune autre circonstance. Maintenant que je suis éclairé par l'expérience, si je recommençais mon administration, la première question que je ferais à l'égard de chaque candidat aux emplois publics, serait celle-ci : Est-il adonné à l'usage des '.missons spirilueuses? ,

A présent que nous savons ce que c'est que l'ivrognerie, et que nous en connaissons les dangers, il nous reste à examiner s'il y a des moyens de corriger les ivrognes. Pour m i par!, je ne h' pense pas, attendu que la répétition très-fréquente de l'ivresse tourne bien vile en habitude , et que de toutes 1rs habitudes, celle de l'ivrognerie est une des plus impérieuses et des plus lyranniques. A la vérité, un travail forcé, continuel, agréable même, pourra distraire un instant l'ivrogne du désir de boire; mais comme il est nécessaire qu'il fasse au moins deux repas par jour, qu'arrive-t-il? que dès qu'il se trouve à table, les meilleures résolu ions s'évanouissent, les promesses les plus formelles sont oubliées ou méconnues; serment (Tivrogne, dit-on communément: pourquoi? parce quo le besoin de la satisfaction l'emporte.

Ajoutons bien vite, pour être vrai, que celle règle n'est pas sans exception, et que, quoique l'ivrognerie soit une des passions iV.« plus difficiles à déraciner, il ne faut souvent qu'un mouvement généreux , inspiré par quelque circonstance fortuite, pour en déterminer la guérison. Je m'explique :

On lit dans la biographie du général Caui brone, que ce brave officier se livrait dans s i jeunesse à celle passion funeste, cl que, soutenu par un sentiment d'honneur, il surmonta son penchant par la seule puissance de sa volonté. Voici quelles fuient les circonstances qui amenèrent de sa part la résolution de ne plus s'enivrer.

Il servait, en 1793, dans un régiment en garnison à Nantes , lorsqu'un jour, s'elanl cuivré el s'abaudonnant à la violence nature le de son caractère, il s'oublia iu«qn'â frapper publiquement un de ses supérieurs, le menaça >'. eu outre de recommencer à i i première occasion. Les loi- milita ris sont précises en pareil cas ; il l'ut traduit devant ■ un conseil de guerre, et son arrêt du mort fut prou incé.

Cependant le colonel qni,rlèscette époque,

av ail deviné que, sous une cuvelo |'0 on pi n

rude, Cambra e cacbail toutes le- qualités d'un bon militaire, trouva moyen de faire suspendre l'exécution du jugement, et obtint d un représentant du peuple en mission à

Nantes, la pr messe formelle de la grâce du Coupable, O la condition qu'il s'engagerait à n p| o- -'. nivrer.

I '.iva.it alors rail amener devant lui, il lui dit que. s'il promettait d'ôlre plus sobre n l'avenir, on pourrait peut-être fane commuer

eine.

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Je ne le mérite pas, mon colonel, répondit Cauibrone ; ce que j'ai fait est abominable : on m'a condamné à mort, il n'y a rien «le

plus juste, et il faut que je meure — Je

le répèle que lu ne mourras pas, que tu auras ta grâce, si tu me jurej de ne plus le griser. — Comment voulez-vous que je vous jure cela, si je continue à boire du vin? J'aime mieux me brouiller tout à fait avec lui

— Te sens-la capable d'une pareille résolution? — Oui, puisque vous èles capable d'une si généreuse bonié.

La chose étani ainsi convenue, Cambrone oblint sa grâce pleine et entière.

L'année suivante, le digne colonel quiUa le service, et oublia le serment que lui avait f.iil Cambrone, qu'il ne revit plus que vingtdeux ans après, au mois d'avril 1815. A celte époque, l'inlrépide général venait, comme on sait, d'accompagner Napoléon depuis Cannes jusqu'à Paris. Invité à dîuer par son ancien colonel, qui avait appris son arrivée par les journaux, il se rend avec empressement à celle invitation. Après le potage, son hôte lui ollre un verre de vin de Bordeaux, qui avait vingt-Jeux ans de bouteille.

Ah! mon commandant, s'écrie le général, qui continuait à donner ce nom par amitié à son ancien colonel, ce n'est pas bien ce que

vous faites là — Comment, ce n'est pas

bien! si j'en avais de meilleur, je vous l'offrirais. — Du vin ! à moil Vous ne vous rappelez donc pas ce que je vous ai promis? — Non, en vérité.

Cambrone alors rappela à son libérateur l'engagement qu'il avait pris à Nantes en 1793. « Depuis ce jour, ajoula-t-il, je n'ai pas bu une goutte de vin : c'était bien la moindre chose que je pusse faire pour l'homme qui m'avait sauvé la vie; si je n'avais pas tenu non serment, je me serais cru indigne de ce que vous aviez (ail pour moi. » Que d'enseignements pour la société dans ces paroles et dans la conduite de l'illustre général !

Autre exemple, mais d'une autre nalurc, car le choix n'est pas permis : il est si diffic.le de les multiplier; ils sont si rares 1

M. de H , l'un des premiers magistrats

d'une ville du département du l'as-de-Culais, était marié depuis un assez grand nombre d'années, lorsqu'il s'aperçut que sa femme, qui jusqu'alors s'était montrée sobre, prenait la funeste habitude des liqueurs spiritueuses. Quelques obseï valions faites avec beaucoup de délicatesse ne la corrigèrent pas; seulement elles la rendirent beaucoup pins attentive à cacher son penchant. Mais la contrainte qu'elle s'imposait lit bientôt de ce peu liant une passion très-vive, et

madame de K ne pouvant loujours se

procurer par elle-même les mo\ens de la satisfaire, finit par avoir recours à une de ses femmes, qui lui achetait secrètement de l'eaude-vie.

Averti de ce désordre, et rougissant de honte pour celle qui portail son nom cl qu'il

aimait d'ailleurs tendrement, 51. de R

employa, sans aucun éclat, un moyen singulier pour la corriger : il fait venir chez lui

une pipe d'cau-de-iie. la fait descendre dans un caveau où l'on pouvait aller sans être vu des domestiques de la maison, et montant ensuite chez sa femme, il lui dit gravement en lui remettant la clef du caveau : « Madame, j'ai fait une ample provision d; la liqueur que vous aimez, afin que désormais vous ne soyez plus obligée d'en faire acheter clandestinement par votre femme de chambre. Lorsque cette provision sera épuisée, avertissez-moi : que je sois du moins le seul confident d'une passion qui vous déshonore et qui peut être du plus funeste exemple

pour ceux qui vous servent »

Ces mots, prononcés avec l'accent d'une profonde douleur, produisirent sur madame de R l'effet que son mari en avait attendu : éperdue, elle n'ose d'abord lever les yeux sur lui; mais bientôt lui saisissant la main : « Pardon ! mille fois pardon ! s'écriat-elle ; je vous ai affligé, je vous ai forcé à rougir de moi ; vous ne rougirez plus, je vous l'atteste : à dater de ce jour, je renonce à l'odieux penchant qui fait ma honte ; pour m'en préserver, je n'aurai qu'à songer à la leçon que je viens de recevoir. »

Aidée de la religion, qu'elle avait jusque-là abandonnée, madame de R a si rigoureusement tenu parole qu'elle fut citée comme un modèle de tempérance.

C'est aux. moralistes à prendre pour modèle le colonel du brave Cambrone et M. de R ; c'est aux ivrognes à imiter la conduite du général et de madame de R dans

la résolution qu'ils ont prise de se corriger, et la fidélité avec laquelle ils ont tenu leur promesse.

A 1 art de solliciter l'exercice des bons sentiments chez l'ivrogne, c'est-à-dire d'exciter l'amour-propre de celui-ci, la tendresse de celui-là, la crainte de manquer de circonspection chez quelques-uns , d'offenser Dieu chez tous, elc, faudrat-il ajouter l'action des moyens que la médecine fournil? ?ans doule; car, à moins que l'habitude do s'enivrerne soit ancienne, àmoins que l'organisation n'ait été profondément altérée, on ne doit jamais désespérer de l'efficacité des conseils que le médecin peut donner. .le ne dis pis qu'on doive avoir en eux beaucoup de confiance, mais serait-ce un motif de s'en abstenir? non, jamais, attendu qu'il vaut mieux user d'un moyen douleux que de n'en employer aucun.

Par ces motifs, si l'ivrognerie est récente et que le sujet soit vigoureux, doué d'un cerlain degré d'énergie, le médecin devra prescrire l'abstinence absolue des liqueurs enivrantes. 11 recommandera les distractions, l'exercice, les voyages; il exigera qu'on s'adonne à des occupations sérieuses, qui tiennent l'esprit et le corps en haleine. 11 invitera celui qui veut guérir à fréquenter d<>< personnes de bonne compagnie, cl à fuir la société des ivrognes, vu, qu'en général, on I rend pour modèle les personnes qu'on voil souvent ; que les bonnes ou mauvaises habitudes naissent facilement, je le répète, des exemples que l'on a sous les jeu\.

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Au contraire, lorsque celle funeste passion existe depuis longtemps, que les organes ont besoin pour fonctionner de celle excitation factice, mais devenue nécessaire, que donnent les liqueurs enivrantes, il serait dangereux de supprimer tout à coup ces froissons, et bien plus rationnel de n'y arriver que peu à peu, avec de grandes précautions, c'est-à-dire que tous les jours on en diminuera la quantité, on les rendra moins délétères en y ajoutant de l'eau, ou bien ou les remplacera par de moins fortes. On suivra, en un mol, pour guérir celle passion, la marche inverse de celle qu'elle aura suivie pour s'agran tir.

Toutefois, si les organes du goût ont absolument besoin d'être excités par des boissons Irès-sapides, on donnera l'eau de Sellz, les limonades. Si l'estomac, habitué pour digérer à emprunier une force étrangère, ne peut fonctionner que péniblement, on aidera son action par des épiées, du café, du thé. L'exercice, si le malade peut s'y livrer, sera l'aide le plus puissant de la digestion. Peu à peu l'organisme reprendra sa force et son énergie, à moins, je le redis, que ses ressources n'aient été complètement ruinées par des excès nombreux et répétés.

Dans ce dernier cas, comme l'ivrognerie s'accompagne d'une inflammation chronique viscérale tort intense, ou bien de cancer, d'obstructions considérables ou d'autres dégénérescences organiques, les secours de l'art seront tout à fait impuissants.

Hors ces circonstances, souveno s-nous qu'on a souvent réussi à dégoûter des liqueurs enivrantes certains ivrognes peu perspicaces, en mélangeant à ces boissons des substances désagréables au goût ou capables de provoquer des vomissements. Dans ces intentions on a choisi tour à tour le sulfate de quinine, la gentiane, la résine de jalap, la centaurée, l'émétique , la slr)chnine, elc. Ces médicaments doivent être emploj es avec beaucoup de réserve, leur emploi u'élant pas sans danger.

Souvenons-nous aussi que le régime qu'on fera suivre aux convalescents doit être doux cl sédatif, c'est-à-dire se composer de viandes blanches, de laitage, de fruits, de légumes, etc. On ne permettra pas qu'ils prennent plus de repos qu'il ne sera nécessaire, T» i qu'ils couchcnl sur des lits mous, l'oisiv elé cl la mollesse étant la source où les passions dominantes puisent ordinairement leurs forces.

Kl si les personnes qu'on veut guérir sont intelligentes et capables de comprendre la valeur des motifs puisés dans la morale cl les principes rclgieux, on leur exposera, je ne saurais trop le redire, quelle boute résulte pour l'homme de s'abrutir ainsi dans les dégoûtants plaisirs de l'orgie. On leur fera comprendre qu'elles ont ici- ha S des devoirs à remplir, des services à r Ire. On

les épouvantera par le tableau des m

cuisants qui peuvent élre la punition de leur aveugle passion, par la menace d'une mort prochaine et subite qri les jettera (oui COU-

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verts de vice et d'opprobre dans les mains do l'éternelle justice. On leur dira enfin, si le sentiment de la pat' rnilé ou de la maternité n'est pas complètement éteint dans leur cœur, que l'ivrognerie est doublement héréditaire: héréditaire par le sang, héréditaire par l'exemple, et que celle habitude vicieuse peut exercer une fâcheuse influence sur la deslinée de leurs enfauls.

Il est une chose qui ne doit pas non plus être oubliée; c'est qu'on ne saurail mettre Irop d'insistance, Irop de patience, trop de persévérance dans l'emploi de tous ces moyens, combinés les uns avec les aulrcs, la passion dont nous venons de faire l'historique étant une des plus difficiles à guérir-, comme elle est une des plus funestes à l'humanité. Aussi tous les "moralistes l'ont flétrie, tous les législateurs l'ont redoutée, cl l'Ecriture sainte l'a stigmatisée en ces lermos :

A qui malheur? au père de gui malhwf?

pour qui les querelles? pour qui les précipi ces? pour qui le* blessures sans sujet? pour qui lu rougeur et l'obscurcissement dis yeux? sinon pour ceux qui passent le temps <) boire du vin, et qui mettent leur plaisir à vider I .< coupes?

Ne regardez point le vin lorsqu'il paraît clair : lorsque sa couleur brille dans le verre, il entre agréablement, mais il mord à la fin comme un serpent; il répand son venin comme un basilic, (l'rov. xxm, 29-32.)

J'ai dit que les législateurs redoutaient l'ivrognerie; j'ajouterai qu'ils s'en sont préoccupés plus ou moins, suivant que les peuples qu'ils avaient à réglementer y étaient plus ou moins enclins. Ainsi, chez les J i ils, qui étaient naturellement sobres, la loi est muette surtout ce qui a rapport à l'ivrognerie; do nos jours encore, ce peuple conserve une telle prévention pour ce vice, qu'on voit chez lui très-peu d'individus s'y adonner.

Au co> traire, chez la plupart des peuples de l'antiquité, les législateurs avaient rendu des lois quelquefois fort sévè.es. Ainsi Dracon, chez les Athéniens, punissait l'ivresse de mort, Lycurgne, à Sparte, fil d'abord enivrer ses esclaves pour montrer aux jeunes gens l'ignominie d'un pareil étal; mais, voyant l'inutilité de son remède, il ordonna d'arracher toutes les vignes. Sur quoi Plutarque fait celle remarque, que « le législateur eût mieux fait de laisser croître les vignes, mais d'en approcher les nymphes, c'est-à-dire d'ordonner le mélange de l'eau avec le vin, et qu'ainsi il aurait contenu la longue de Bacchui à l'aide d'une divinité plus iage. Pitlacus, à Mitvlène, dont il était le mi, avait rendu une loi qui Infligeait une double peine à celui qui avait commis un

crime pendant l'ivresse : la première était

pour son crime, la seconde pour s'é'rc mis,

par intempérance, dans le cas de le com mettre. Zaleucu», roi et législateur des Locrîens, ne permettait l'usage du vin qu'aux infirmes, sur l'ordonnance des médecins, et il le défendait à tous les aulrcs sujets, sous peine de mort. Pjlhflgore, comme un le sait.

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interdisait l'usage du vin à ses disciple*, assurant que cille buisson étail l'ennemie de l.i sagesse el amenait uue disposition prochaine à la folie.

.Mais bieniôl la morale se relâcha. Plalon permil aux hommes de 10 ans de s'enivrer ; Epicure prêcha les jouissances des grossies souverains (donnèrent l'exemple de ce vice honteux, et, comme je l'ai fail remarquer au commencement de cet article, la fange de l'ivrognerie vint souiller la couronne des monarques. Philippe de Macédoine meurt assassiné à la suile d'une orgie; son fils, Alexandre, meurl dans les étreintes de l'ivresse; Athènes et Corinlhe associent leur renommée à celle de Capouc la dissolue!. . La Grèce perd dans les excès de la table et «'.ans la débauche celle mâle vigueur qui lui donna tant de gloire.

Nuus retrouvons dans une ancienne loi romaine la même sagesse des lois de Pitlacus, de Zaleucus el de Pvthagore. Comme elles, elle prescrivait à lout citoyen de bonne famille de ne boire du vin qu'à trente ans, et encore avec modération. La même loi interdisait entièrement aux femmes l'usage de celle liq.ueur.Lq câlins Mélellus tua sa femme pour t'u \ oie surprise buvanl du vin au tonneau, et il fut absous. Fabius Piclor fait aussi mention d'une dame de qualité que ses parents firent mourir de faim, parce qu'elle avait forcé le coffre dans lequel étaient les clefs de la cave. Dans la suite, on se borna à priver de leur dot les femmes qui cnfieignai ni la loi, et plus tard on leur permit l'usage du vin fail avec des raisins secs.

N'oublions pas de mentionner aussi qu'à Rome, tout individu rencontré ivre sur la voie publique était immédiatement mis en prison : mesure éminemment sage qui devait diminuer le nombre tes ivrognes en même temps qu'elle pourvoyait au maintien de l'ordre el à la sûreié des citoyens.

Mais de même que la mor.Je s'élait relâchée chez les Grecs, de même el e se relâcha chez le peuple romain. Cela arriva surtout lorsque les lois sévères qui s'opposaient aux déborde me nis de l'ivrognerie restèrent impuissantes devant les excès des grands. Ainsi il fut un temps où les empereurs donnèrent à leurs sujets les plus funestes exemples. Néron, on le sait, s'enivrait sans cesse, et l'on sait aussi que l'esprit sarcaslique des Romains changea le nom de TiatRius (Tibère) en celui de Bibuucs.

Heslc que, en Arabie, d'où nous est venu l'art de distiller, l'ivrognerie était tellement répandue, que Mahomet crut devoir proscrire entièrement l'usage du vin, proscription qu'on reirouve dans le Nord, comme on en peut juger par les codes de ces pavs;

Qu'au rebours, l'Espagne et le Portugal onl eu peu besoin de lois répressives , les exemples d'ivrognerie y étant peu communs;

Qu'eu France, enfin, les seigneurs, en temps tle guerre, préludaient aux combats par de copieuses libations; en temps de paix, ils charmaient dans les plaisirs de la table L'S ennuis de leur oisiveté. Dj.;S le xw siè-

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c!e, beaucoup de personnes croyaient que pour entretenir la se.nlé, il étail nécessaire de s'enivrer une fois par mois, et puis il fui de bon ton de s'enivrer de- temps en temps. Rarement on sortait de table avec sa raison : on se provoquait à boire, el c'était une honle que de reculer devant un tel défi. Les abus devinrent parfois si grands , que les rois furent souvent dans la nécessité de mettre des entraxes à l'excessive consommation du vin, soit par des impôts proportionnés, qui devaient en même temps alléger les charges de l'Etal, soit par des voies de rigueur qui sont toujours tombées en désuétude. Ainsi, on vit François F' publier, en 1536, un édit Irès-sévère à cet effet. Tout homme, y esl-il dit, convaincu de s'être enivré, est condamné pour la première fois à subir la prison au pain et à l'eau; pour la seconde fois, il sera en outre fouellé; pour la troisième fois, il le sera publiquement : en cas de rechute, il sera banni avec amputation des oreilles. A quelque temps de là ^ Charles IX ordonna d'arracher les vignes. A son tour, Louis XIV se montra Irès-rigourcux envers les personnes de sa cour qui s'enivraient. Ainsi les mesures que prirent ces souverains, et surtout une discipline mieux entendue donnée aux troupes, dans les xv* et xvi' siècles, contribuèrent à rendre l'ivrognerie moins fréquente dans les hautes classes de la société. Mais le peuple, cet éternel et servile imitaient des grandi, qui semble destine à subir après eux tous les vices. dont ils se dépouillent, se livra bientôt aux plus honteux excès. Les vignes se multiplièrent; l'eau-dc'-vie, que l'on avait d'abord vendue chez les pharmaciens, devint d'un usage fréquent. Des marchands de vin s'établirent partout, et l'ivrognerie fui bientôt la lèpre de la bavse classe.

Celte sollicitude des souverains pour leurs sujets, aux différentes époques delà civilisation, montre qu'on s'était aperçu de bonne heure que le vice dégoûtant de L'ivrognerie dégradait lout à la fois l'homme et la sociéié, était la perdition et la ruine des Liais. C'est pourquoi, si l'on en excepte les monarques qui étaient enclins eux-mêmes à celte avilissante passion, tous, ou à peu près tous se sont efforcés, par des lois sages, d'éteindre ou tout au moins de calmer, si je puis ainsi dire, l'incendie horrible qui menaçait de tout embraser. Y sont-ils parvenus? Hélas! non: ce qui m'est une nouvelle preuve de ce que je disais dans un aulrc article, que co n'est point par des lois sévères qu'on peul porter les hommes à la vertu el à fuir le vice, mais bien en leur faisant aimer l'une et délester l'autre.

Arrêtons-nous un instant à décrire le traitement de l'ivresse, et c'est par là que jetermine. Le plus ordinairement l'ivresse se passe naturellement, de telle sorte que les malades n'ont besoin la plupart du temps que d'être couchés convenablement el abandonnés à eux mêmes. Quelquefois , au contraire, il est bon de leur donner de l'eau liede, nour faciliter les vomissements qui les

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soulagent beaucoup, quand l'es loinac contient encore une partie des liquides ingérés. Si l'on n'a pas de l'eau tiède sous la main on se bornera à titiller le gosier arec les barbes d'une plume trempée dans l'huile. Quand ces moyens ne réussissent pns, on peut avoir recours à l'ipécacuanha, mais il faut se garder de donner l'émélique. Les lavements purgatifs ont aussi leur utilité, en occasionnant une dérivation sur le luhe digestif. Du café, du thé, dos limonades, produisent parfois de bons effets, alors que l'ivresse est légère. Mais si elle est profonde, si, pendant sa durée, on remarque chez le malade des dispositions apoplectiques ; immédiatement on le couchera la lête élevée ; on lui débarrassera le cou de tout ce qui pourrait y gêner la circulation ; on pratiquera des émissions sanguines proportionnées à la force du sujet; l'application des sangsues derr ère les oreilles, des sinapismes aux extrémités inférieures, sera quelquefois utile. Les fomentations froides sur la tête ont souvent réussi, ainsi que l'exposition de l'ivrogne à l'air froid, et pourtant on ne doit pas s'en servir dans tous les cas , atiendu que ces moyens seraient dangereux, si la pi au éiait le siège d'une transpiration abondante. Au contraire, l'eau bouillante sur les cuisses, un large vésicaloire sur la colonne vertébrale entre les deux é, aulcs, peuvent avoir de l'efficacité.

On a beaucoup vanté l'ammoniaque. Sans do ite que, dans l'ivresse légère, comme le prouvent les observations de Girard et celles de M. Chevalier (Revue médicale, nov. 1823), on retire quelques bons effets île l'emploi de ce médicament à la ''ose de 15 à 20 gouttes

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