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de jalousie, cela n'élonnera personne; il suffit d'avoir élevé quelques chiens, pour savoir qu'ils sont excessivement jaloux des caresses que leur maîlre l'ait à d'autres chiens. Mais ce qui pourra surprendre bien des gens, ce sont les accès de jalousie auxquels les chevaux sont sujets. Ces accès deviennent quelquefois si prononcés, qu'on a vu les accidents les plus «raves survenir, parce qu'on n'a* ait pas assez ménagé chez eux la susceptibilité de cette passion. En voici un exemple.
Une jument était habituée depuis cinq années à habiter seule une petite écurie, où elle était visitée, caressée et gâtée par toutes les personnes de la maison, notamment parson maître, le doeteur Pincl-Grandchamp. Dans les premiers jours de 18il, Cocotte était paisible dans son écurie , lorsqu'on amena une autre jument qui devait partager avec elle sa proprette habitation. Elle n'a pas plutôt senti l'approche de celte étrangère, qu'elle parait inquiète, s'agite, baisse les oreilles et se retourne en inclinant la léte vers la porte de l'écurie, d'où elle n'avait pu rien voir. Deux ouvriers menuisiers y étaient occupés à terminer une séparation, lorsque la nouvelle jument fut imprudemment introduite. A sa vue, Cocotte entre dans un accès de jalousie dont rien ne saurait peindre la violence : elle mord les planches et les brise, se met à ruer sur tout ce qui l'entoure, fracasse l'échelle sur laquelle était monté un des ouvriers, et, bien que maintenue à l'aide de deux longes par son maître qu'elle affectionne vivement, elle ne cessa de ruer que lorsqu'il l'eut abattue en faisant fléchir une jambe de devant pendant que les deux de derrière étaient en l'air. On profita de cet instant pour faire sortir la malheureuse jument qui avait reçu plusieurs ruades dans le poitrail et dans les flancs, sans opposer la ii oindre résislmce dans une demeure qui n'était pas la sienne. Elle était à peine emmenée que Cocotte s'approcha doucement de son maître et se mit à lui lécher la figure cl les mains avec une expression singulière de bonheur, de tendresse, comme si elle le remerciait de l'avoir débarrassée de celte rivale importune qui prétendait partager sa demeure et les caresses dont elle était journellement l'objet.
Et si des animaux nous rclournons à l'homme, il est facile de constater que Parnour vrai et la jalousie naissent simultanément dans le cœur de l'un et de l'autre sexe. Passion cruelle qui vient mêler son fiel aux sentiments les plus doux, aux félicités les plus pures de l'âme. Poison funeste qui rend amère pour nos lèvres la coupe enivrante des plaisirs. C'est pourquoi, quand celte triste passion se glisse dans nos cœurs et s'en empare, elle prend toutes les formes ; tantôt elle est triste et résignée, cl cache soigneus •ment à tous les regards les souffrances cuisantes qu'elle endure; lanlôl elle se manifeste avec violence et se tourne en fureur. Ainsi Médée, apprenant que Jason l'abandonne pour épouser la fille de Créon, roi de
Corinthe, ne se possède plus : elle poignardeles deux enfants qu'elle avait eus de Jason et va précipitamment s'enfermer dans son palais. Ainsi Fausta, femme de Constantin, devient la cause volontaire de la mort de Crispus, dont elle était la marâtre. Voici ce que l'histoire nous apprend à cesujet. Constantin avait eu de sa première femme, Minervine, un fils du nom de Crispus, doué d'une grande valeur et d'une remarquable beauté, élevé par Laclance. Soit que ce prince inspirât une passion à sa marâtre, soit que Fausta fût envieuse pour ses propres enfants des qualités de Crispus, elle l'accusa auprès de son mari et renouvela la tragique aventure de Phèdre. Constantin fit
mourir son fils Bientôt, instruit par sa
mère Hélène de l'innocence de Crispus el des mœurs dépravées de Fausta, Constantin ordonna la mort de cette femme qui fut étouffée dans un bain chaud. Ainsi, que de plaintes, que de menaces 1 quelle vengeance terrihle la jalousie n'appelle-t-elle pas à son aide!
La jalousie, quand die est furieuse, produit plus de crimes que l'intérêt et l'ambition ; elle dévore comme un vers rongeur les entrailles de sa victime.
Cœurs jaloux, à quels maux êles-vousdonc en proie? Vos chagrins sont formés de la publique joie. Convives dégoûtés, l'aliment le plus doux, Aigri par votre bile, est un poison pour vous. Voltaire.
Aussi rien ne peut contenter le jaloux, qu'un amour aussi vif que le sien. Les assurances les plus fortes, les expressions les plus tendres, les complaisances les moins équivoques, ne sauraient calmer son esprit, s'il n'est persuadé que la satisfaction est réciproque. 11 voudrait s'ériger en une espèce de divinité à l'égard de la personne qu'il aime ; il voudrait être l'unique objet de son cœur, de ses yeux, de ses pensées. Il csl toujours sur le point de se plaindre et de se fâcher, si elle loue ou admire quelque aulre chose que lui.
Heureusement ce sont là des exceptions, et dans la plupart des cas, je le répète, la jalousie ronge el déchire dans le silence celui qui n'ose se plaindre d'eu être la victime; néanmoins, combien de signes qui décèlent en lui les ravages du mal qu'il endure 1 Voyez quelle tristesse est empreinte sur le visage du jaloux ! Comme le chagrin a sillonné sa physionomie 1 Son regard est inquiet, sa bouche rarement effleurée par le sourire, si ce n'est celui de l'ironie amère. Le Iront est marqué de rides horizontales; les sourcils sont mobiles , habituellement froncés et abaissés sur les yeux: deux ri les perpendiculaires les séparent, produites par l'habitude des réflexions tristes; la teinte du visageesl plombée. De profonds soupirs viennent de temps en temps soulager sa poitrine oppressée. Le sommeil s'enfuit, l'a, petit se perd; les digestions s'allèrent; l'ictère survient, la maigreur apparaît, la lièvre s'allume, la consomption se manifeste, et, d'après la remarque de Tissol, l'on voit les
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symptômes les plus fâcheux se réunir cl se terminer de la manière la plus funeste.
Bref, la jalousie est dangereuse en amour, dit Zimmermann ; il n'est pas de maux qu'elle n'enfante. L'amhiiion rend téméraire et précipite souvent; mais la jalousie rend furieux et frénétique. J'ai eu occasion de voiries grands hôpitaux de Paris; j'y ai remarqué trois espèces de fou*. Les hommes l'étaient devenus par orgueil, les filles par amour, les femmes par la jalo isie ; celles-ci m'avaient l'air d'autant de furies.
La jalousie, comme si elle n"en av;iil pas assez pour se satisfaire, des souffrances qu'elle fait endurer au jaloux, inflige aussi, même à ceux qui sont les tristes objets des plus injus'vs soupçons, bien des peines et bien des tourments. La femme jalouse, dit l'Ecriture, est un sujet de douleur et d'amertume; ailleurs, elle ajoute : Mieux vaut habiter sur le toit de la maison que de rester avec elle. C'est qu'en effet rien n'est cruel comme d'avoir à supporter les effets de celte passion; elle dénature les actions les plus innocentes, elle inlerprèle de la façon la plus étrange les choses les plus simples, l-tes-vous tendre, affectueux, c'est que vous voulez cacher vos intrigues et donner le ih nge sur votre conduite; une pensée sombre, une réflexion sérieuse, un léger nu a je, viennent-ils obscurcir votre visage, c'est l'ennui qui vous atteint; c'est que vous n'aimez plus et que vous avez ailleurs des affections qui vous dédommagent ; si vous parlez à quelque personne d'un autre sexe, c'est évident, vous l'aimez: si vous ne lui parlez pas, c'est évident encore, vous l'aimez, mais vous savez feindre.
C'est ainsi que la personne jalouse vous torture à chaque instant; chaque jour les reproches amers, les accusations injustes, les larmes, les sanglots, les tourments de toutes sortes viennent vous navrer le cœur : ce qui confume pleinement celle remarque de Montaigne : « Lorsque la jalousie saisit ces âmes faibles et sans résistance, c'est pitié comme elle les tirasse et tyrannise cruellement. La vertu, la santé, le mente, la réputation du mary sont les bouleleux de leur rage : cette fiebvre laidit et corrompt loul ce qu'elles ont de bel et de Ion d'ailleurs, et d'une femme, j ateuse , quelque chaste qu'elle soit et mesnagierre, il n'est action qui ne sente à l'aigre et à l'importun. »
Quant aux différences que présente la jalousie dans h s d.'ii\ s< \es, on observe que cette passion est beaucoup plus Fréquente et en même temps plus grossière chez l'homme que chez la femme. L'homme soupçonne plus facilement la 'emme d'être capabled'une infidélité matérielle, et redoute par-dessus tout un affront qui, dans nos mo?urs, le rend un objet de risée; la femme au contraire craint davantage la perle du cœur de c<l i qu'elle aime, et tant qu'elle i ro.l posséder son affection, elle peut encore supporter le partage de ses caresses. Les annales de la jalousie attellent que c'est presque toujours
la femme qui expie les atteintes portées à la foi conjugale. La femme en effet pardonne ordinairement à l'homme les infidélités qu'elle découvre . et fait tomber son ressentiment sur ses rivales; l'homme pardonne plus facilement à son rival, et rapporte toute sa vengeance sur celle dont l'inconduite peut introduire un étranger dans la famille. Sans d iule, les exceptions à celte règle peuvent être nombreuses, mais elles ne l'infirment pas. Quoi qu'il en soit, sachons dire au jaloux, quel que soit son sexe, après lui avoir fait comprendre quels sont les dangers de la jalousie : Il faut un amour bien grand, par conséquent bien plus vrai que vous ne le supposez être, pour qu'on vous reste attache malgré vos emportements; car la jalousie enlaidit les femmes, et frappe les hommes d'un effroyable ridicule. Pour peu qucl'a- M our soit léger, il s'effarera, si vous l'accablez du poids de vos importunilés ou de vos tourments.
Par ces motifs, la jalousie est le plus grand de tous les maux, et, chose assez bizarre, celui qui fait le moins de pitié aux personnes qui le causent. (La Rorhefoucanltl.)
Peut-on triompher de la jalousie? c'est bien difficile ; cependant on la guérit assez vite chez les entants, en r< doublant chez eu\ d'attention et de caresses, et en évitant surtout de les rendre tenions des prévenances et des caresses qu'on aura pour tout autre.
Mais si mari ou femme sont jaloux l'un ou l'autre sans être assurés d'une affection réciproque, ce n'est que par la confiance que chacun doit avoir en soi et en celui ou celle à qui il s'est uni, qu'on peul espérer triompher d'une passion si lyranuique. Heureux ceux qui, déplorant d'exciter un sentiment aussi impétueux, auront assez de douceur, assez de tendresse, assez de dévouement, pour éviter toutes les occasions de ranimer un f u qui ne demande qu'à s'éteindre I
N'oublions pas, toutefois, que la jalousie est un gouffre qui dévoie: pinson lui donne, plus île demande; plus 0 i lui lait de sacrifices, plus elle en exige. C'est une plaie gangreneuse dans laquelle il faudrait avoir le courage de couper au vif, dans son cieiir; mais être ferme en même temps que juste , forcer la raison de la personne jalousa a 16 rendre é l'évidence d'une conduite honnête, sont les nti illeuri moyens moraux de traiter celle maladie.
Il esl encore certains moyi n< qui peuvent puissamment concourir au même but. Le premier de tous, c'est de diriger mis Dieu
1 es|inl de la personne jalouse et de lui inspirer l'amour de l'humanité ou l'amour du prochain et tous autre-, sentiment! religieux
dont la pratique affaiblit généralement toute P ission ru nés le, et nous Bide a en triompher,
l.t si, par cas, |i' jaloux s'y refuse, n'importe pour duel molli, il faudra le lancer, s'il se pont, dans la voie de l'ambition, qui a la faculté d'étouffer l'amour] ou l'attacher à l'étude des sciences e\ BCtel et mclapln siqucs,
qui, par l'attention continuelle qu'eues exi-