JOI
gcnt, amortissent évidemment les sentiments passionnés.
Je ne terminerai pas sans faire remarquer que la jalousie peut êi ro utile à quelque chose, et par exemple, comme il faut de la réciprocité en amour, la préférence qu'on accorde, on veut souvent l'obtenir. Pour être aimé, il faut se rendre aimable; pour être préféré, il faut se rendre plusaimable encore, plus aimable qu'un autre, plus aimable que tout autre, au moins aux yeux de l'objet airné. De là peut naître l'amitié et la bonté du caractère. Celui qui sent combien il est doux d'être aimé, voudrait l'être de tout le monde, et tous ne sauraient vouloir de préférence, qu'il n'y ail beaucoup de mécontents. Parlant, on peut venir en aide aux esprits jaloux, et les exciter pour une bonne fin. C'est un conseil qu'a donné Fénelon. Après avoir blâmé les mères cruelles qui font endurer à leurs enfants les tourments de la jalousie, il ajoute: « Mais il faut savoir employer ce remède dans les besoins pressants, pour exciter leur émulation et les tirer de leur indolence. Mettez devant l'enfant que vous élevez d'autres enfants qui ne font guère mieux que lui, et vous les exeilerez à bien faire, au lieu que des exemples disproportionnés à sa faiblesse achèveront de le décourager. Donnez-lui de temps en temps de petites victoires sur ceux dont il est jaloux, et vous le conduirez à mieux faire. »
JOIE, Allégresse, Gaii.té (sentiments).
— - Quand les populations font spontanément éclater leur joie par des cris, par des chants et autres manifestations publiques, on dit qu'elles sont dans I'allégresse.
C'est un sentiment qui s'est renouvelé souvent chez les Romains et dan s plusieurs autres Etais de l'Italie, depuis l'avènement de Pie IX au souverain pontificat. A chaque nouveau pas qu'il a fait dans la voie du progrès, on a vu la popul ition tout entière accourir au Vatican cl témoigner par ses vivat et ses chants d'amour, son affection, son dévouement et sa reconnaissance à son bien-aimé souverain.... Que les temps sont changés 1...
L'allégresse ne diffère donc pes de la joie ; seulement le plaisir que l'âme ressent dans cette dernière, naît lorsqu'elle considère la possession d'un bien présent ou d'un bien fulur qu'elle regarde comme assuré (Locke)', tandis que l'allégresse éclate, lorsqu'il y a certitude de possession : elle est l'expression d'une bien grande joie.
A ce propos, nous devons distinguer aussi la gaieté de la joie: l'une consistant généralement dans un sentiment délicieux de l'âme et l'autre dans une agréable situation de l'esprit. La première, la joie, est ordinairement le prix de l'innocence ou de la vertu , abstraction faite de tout autre sentiment qui la produit spontanément; et la seconde, la gaiclé, le résultat d'une bonne constitution, d'un bon naturel et de l'exercice libre et facile de tontes les fonctions.
Les causes qui font naître la joie sont trèsuombreuses. Nos illusions sont si fréquen-
tes, nos espérances si promptes à se former, que les choses les plus frivoles nous semblent de nature à nous rendre heureux. Ainsi tout plaisir, toute jouissance, qui viennent caresser notre âme, nous semblent destinés à combler nos désirs. Nous les saisissons avec avidité et ne les rejetons qu'après avoir exprimé jusqu'à la dernière goutte le bonheur qu'ils contenaient. Tout ce qui (latte les sens, les penchants, loul ce qui correspond aux désirs de l'âme, fait naître la joie, et elle c-t plus ou moins vive, suivant que nous sommes plus ou moins disposés à nous y livrer.
De même le tempérament dispose plus ou moins à la joie et la modifie de bien des manières : par exemple, les observateurs -ont remarqué que les individus sanguins, doués d'une excessive mobilité d'impressions , prompts surtout à saisir les événements par le côté avantageux, se livrent facilement et sans réserve à la joie; mais ils ne l'éprouvent pas très-vivement. Tout est superficiel chez eux.
Au contraire, les personnes nerveuses sont excessives dans leurs joies comme dans leurs chagrins. Hien n'est exalté comme les satisfactions qu'elles éprouvent; jamais la raison ne modère l'expression de leurs senti me nts. Leur joie déborde impétueuse, comme déborderait la douleur.
Et quant au bilieux, au lymphatique et au mélancolique, le premier y est quelque peu accessible, le second l'est moins, et chez le dernier la joie est un phénomène insolite, qui ne se manifeste qu'à de très-rares intervalles. Cependant, la joie que Cieéron a définie, un transport voluptueux de l'âme, emporte généralement l'homme plus loin que les transports de la douleur, et aussi loin que ceux de la colère et de la rage. Cela prouve qu'on ne saurait trop veiller sur les passions, de quelque nature qu'elles puissent être, les emportements de la joie n'étant pas moins dangereux pour nous, que les autres mouvements du cœur qui passent pour les plus dangereux.
Le mo ndre mal qui puisse arriver, quand elle est subite et se lansl'orme en état maladif momentané, c'est de produire un rire quelquefois vif et saccadé spasmodique , inextinguible, tant les secousses du diaphragme se suc cèdent rapidement, rire qui devient nié. ne suffocant, par suite de sa persistance et de sa continuité. Il s'accompagne d'un resserrement piesque douloureux de l'epigaslre, de palpitations violentes, d'une respiration entrecoupée; et, le cerveau, comme oppressé, ne parait plus susceptible d'impressions extérieures. La voix expire sur les lèvres, et les membres tremblants refusent leur appui. Quelquefois une syncope complète ne permet plus qu'un exercice lent et pénible de la circulation.
La joie poussée un peu moins loin so manifeste d'une autre manière : elle Lit verser des larmes : c'est un phénomène qui n'est pas rare, et il esl peu d'hommes qui n'aient éprouve ce qu'il y a de douceur à pleurer
ainsi. Heureux ceux dont les succès, les triomphes, les belles actions, ont fait couler les larmes des jeux de leurs parents!
Les hommes saisis par une joie soudaine ne peuvent quelquefois se contenir ; il faut qu'ils se laissent aller au mouvement impétueux qui les agite. Ils sautent, ils courent, ils dansent, leur voix s'échappe en bruyants éclats; ils se livrent à toutes sortes d'extravagances. Parfois, au contraire, et cela à cause de l'idiosyncrasie des individus, une joie très-vive est suivie d'un trouble passager rie la raison; heureux encore quand elle ne s'accompagne pas d'une véritable folie, ou de mort subite 1 Nous trouvons dans les Actes des npôtres le tait suivant, fait très-reuiarquable, qui nous montre un de ces résultats de la joie dans toute sa vérité naïve. Saint Pierre étant sorti de pFison, vint à la maison de Marié, mire de Jean, surnommé Marc, où plusieurs étaient assemblés in prières. Quand il eut frappé à la porte, une fille, nommée llliode, tint pour écouter qui c'était. El ayant reconnu la voix de Pierre, elle eut une si gramle joie, qu'au lieu de lui ouvrir, elle courut dire à ceux qui étaient dans lu maison que Pierre était à la porte. (Chap. xn, v. 12, 13, 14.) Ce l'ait trouve son analogue, quoique à un plus h lut degré pourtant, dans I histoire de la mère de Tham ir-Koulikhan, qui, en apprenant la victoire de son fils sur les rebelles, fut prise d'un délire qui dura trois jours. (M. l'abbé Foriclion.) Combien que la joie a rendus fou» !
lue des histoires les plus frappantes qui s'offrent en ce moment à mon esprit, est cette de cet individu qui, ayant gagné à la loterie de Francfort un domaine et ses dépendances, perdit la raison à l'instant même où il apprit la nouvelle que les chances du hasard lui avaient été favorables. Il n'a jamais pu jouir des avantages que co malheureux bonheur lui aurai: procurés, si, moins impressionné, il avait conservé le libre exercice de ses facultés intellectuelles. De pareilles histoires sont trop connues pour que je m'arrête à en narrer de nouvelles.
Itoslent les cas de morts subites. Ils sont assez nombreux et fort connus, et par exemple, Sophocle, devenu vieux, voulant prouver qu'il jouissait encore de toutes les facultés de son intelligence malgré son grand âge, fait une tragédie et meurt en recevant la couronne qui lui est décernée. Le lacédémonien Chilon embrasse son fils qui venait de recevoir le prix aux jeux Olympiques, et expire de joie dans ses. liras- Juvenlius Thalna, apprenant qu'il avait les honneurs du triomphe pour la conquête qu'il venait de faire de l'Ile de Corse, tombe et meurt de joie devant l'autel où il sacrifiait en actions de grâces. Une dame française, nommée Cha'eaubriand, mourut de l'excès de joie en voyant son mari revenu d'une expédition lointaine, où il avait accompagné saint Louis. Le fameux Pouqurt cesse ,le vivre en apprenant que Louis \'Y lui renJ la liberté. La niére de l eibnitr, ne se don- Uni pas qu'un pln'osophc put laisser de l'ar-
gent, et ayant trouvé, après la mort de son oncle, soixante mille ducats dans un coffre placé sous le lit du défunt, meurt en les apercevant. Je fus témoin, après les guerres de l'Empire, rie la mortsubile d'un marchand de vin, occasionnée par le retour de son fils qu'il ne croyait plus revoir. Ce fait rappelle celte Romaine qui avait cru son fils tué à la bataille de Cannes, et qui mourut en le revoyant. 11 en est un aulrequi a beaucoup d'analogie avec lui : c'est celui d'une jeune fille qui, ravie de l'arrivée de son frère que l'on croyait perdu, se prit à rire sans pouvoir exprimer autre chose. Cet état convulsif du diaphragme dura trois jours, au bout desquels elle mourut. Enfin, Loyer-Yitlermay rapporte un exemple très-remarquable des effets malheureux d'une joie subite el trop vive : « On vieillard, père tendre rt citoyen vertueux, dit-il, appri nd l'arrestation de son fils pour cause de fédéralisme : il tremble pour sa vit-, part, el bientôt arrive à Paris, il sollicite el obtient la liberté du soutien de ses derniers jours; mais ce vœu de la tendresse paternelle exaucé plonge le fils dans la douleur la plus amère. Celui-ci apprend, en sortant des cachots, que son père, trop sensible au bonheur de le revoir, a succombé à sa joie. »
J'ai dû insister sur l'énoméralion des différents effets de joie et sur les causes diverses qui, en la provoquant, ont déterminé instantanément une étourderie chez celleci, le délire chez celle-là, et la mort instantanée i h / quelques-uns, afin que chacun soit convaincu que, comme dans l'affliction, i! faut mettre beaucoup de ménagements dans l'annonce d'une nouvelle qui peut occasionner une grande joie; l'excès de celle-ci produisant une si forte secousse dans les systèmes circulatoire e: nerveux, qu'il en peut résulter les accidents les plus fâcheux.
Heureusement, hâtons-nous de le dire, les effets de la joie ne sont pas toujours funestes; au coiiliaiic, il est des circonstances, el ce sont les plus communes , où la joie dissipant la tristesse qui environne le coeur, l'illumine de ses vivifiantes elarlés ; tout l'organisme , qui naguère était affaissé , Hiorne el sans éclat, repiend sou énergie, sa beauté , Ba splendeur. Les fonctions , qui lan.uissaicnt loul à l'heure, l'accomplissent largement ; le sang circule aisément dans les vaisseaux ; les poumons, dilatés par de puissantes inspiralions, s'emplisse ut abondamment d'oxj gèm , qui, en se mêlant au in nu reineux, lui rend de nouveau ses propriété* nutritives el stimulanles, Il n'est donc pas étonnant que ce
liquide BJ ant une impulsion pins forte et de; qualités soperienres, étant mieux constitué,
des couleurs plus vives se destin* m sons la
peau; que Ici moutements , devenus plllj
h ii ri s. pins dégagés, l'exécutent ;n ee facilite,
que le corps tout entier sente lu vigueur
augmentée- \ oilâ pourquoi In \ iiage s'épand, les rides l'effacent, le front l'agrandit , l'œil brille impétueux dam son orbite, la confiance el la majesté éclatent de toutes p.ois dans lu plnsi'iiomic. Il semble, je le re-pcl' ,
Cou
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Joli
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qu'un surcroît de vie ayant été versé dans le système capillaire sanguin, tout l'organisme s'en trouve pénétré.
Au moral, cette passion entretient dans l'àmc le calme , la quiétude nécessaire à l'exercice de la pensée; sous son influence , le travail intellectuel est beaucoup plus lacile. Il est presque aisé d'avoir de l'esprit et du genre quand on est heureux. L'homme qui éprouve ce sentiment en imprègne ses écrits; on sent qu'il y a épanché le trop plein de son cœur : son style, ses pensées, ont une aisance , une grâce , une fraîcheur qu'on ne retrouve jamais dans les pages tracées par un écrivain malheureux.
Partant, la joie peut devenir un puissant moyen de guérison contrererlaines maladies, si nous sommes assez habiles pour en tirer parti ; mais pour qu'il en soit ainsi , il faut savoir la procurer, l'augmenter ou la modérer graduellement, et en user avec beaucoup de discernement ; c'est-à-dire que , si l'on veut l'opposer aux affections tristes, on ne devra jamais perdre de vue les phénomèn s uerveux qu'elle produit.
JOUEUR (vice). — Parmi les moyens que les hommes ont inventés pour alléger !e poids de la vie et se soustraire à l'ennui et à I inutilité , il en est un qui , comme un flan contagieux, désole la socié;é, et n'est pas moins funeste aux mœurs qu'à la saule, parce qu'il produit le double effet de la paresse et d'une passion vive : ce moyen-là, c'est le jeu.
La manie du jeu remonte à la plus haute antiquité, et l'on en trouve des traces chez tous les peuples. Les Juifs, il est vrai, paraissent en avoir été exempts avant leur dispersion , mais elle les gagna dès qu'ils eurent fréquenté les Grecs, qui jouaient déjà avant le siège de Troie, et les Romains qui devinrent joueurs longtemps avant la destruction de leur république. En vain les lois romaines ne permirent de jouer que jusqu'à une certaine somme; en vain Juvénal s'attacha à flétrir ces hommes qui apportaient au jeu des cassettes pleines d'or, pour les risquer en un seul coup de dés : la pa?sion des jeux de hasard fil de tels progrès à Home, que, vers le temps où Constantin abandonna celle ville , pour n'y plus revenir, tout le monde , et jusqu'à la populace, s'y livrait avec fureur ; en détruisant Corinihe, les Romains ne s'enrichirent guère que de s s vices.
Suivant le témoignage de Tacite , les Germains furent également en proie à ce funeste vertige, et le poussèrent même jusqu'à un tel excès, qu'après avoir tout perdu au jeu de dés, ils se jouaient eux-mêmes en uir seul coup. Alors le vaincu, quoique plus jeune et plus fort que son adversaire , se mettait volontairement à sa merci, et se laissait garrotter et vendre aux étrangers. Le préjugé qui regarde les dettes du jeu comme les plus sacrées de loues, comme dette d'Iionneur, nous est probablement venu de l'exactitude rigoureuse des Germains à remplir ces sortes d'engagements.
Les Huns allaient plus loin encore : saint Ambroisc rapporte qu'après avoir mis au jeu ce qu'ils avaient de plus c'.-.cr, leurs armes, ils y exposaient leur vie , cl se donnaient quelquefois la mort malgré le gagnant. Des excès à peu près analogues se sont renouvelés dans ces temps modernes. A Naples < l dans plusieurs autres villes de l'Ilalie, des hommes du peuple jouaient leur liberté pour un certain temps. On assme qu'un Vénitien joua sa femme et ses enfants. A Moscou , à Pélersbourg, ou joue non-seulemeni son or, ses meubles , ses terres , mais encore ceux qui les cultivent ; en sorte que les familles entières passent successivement à plusieurs niaîires en un seul jour.
En France, ce ne fut d'abord que parmi la noblesse que l'amour des jeux de hasard se manifesta, et ce n'a été que longtemps après qu'il se répandit parmi les classes inférieures. Ainsi, ce fut du palais des rois et des salons des grands que vint ce goût qui gagna tout Paris et les provinces. A diverses époques, avant François I", des ordonnances émanées de la cour interdirent au peuple les jeux de hasard; mais l'essor étant donné , la contagion finit par se répandre. Sous Henri II, François II , Charles IX et Henri III, les joueurs ne furent presque pas inquiélés. Ils eurent une entière liberté sous Henri IV; et les grands seigneurs d'alors se faisaient une sor.e de mérite d'acheter des joyaux avec les bénéfices que le jeu leur procurait quelquefois. (Voij. l'art. Faste.) En aucun lieu on n'avait joué avec autant d'acharnement qu'à la cour de ce prince; de toules parts des académies de jeu se formèrent; les dupes s'y précipitèrent en foule; l'usure, cette plaie des familles , osa se montrer dans toute sa turpitude ; les procès se multiplièrent et le mal devint général. Il fut réprimé sous Louis XIII. Ce roi, qui avait une véritable passion pour le jeu des échecs, se montra I ennemi juré des jeux de hasard, el les interdit sévèrement. Le cardinal Mazarin en rétablit l'usage à la cour de Louis XIV, d où cette nouvelle épidémie se répandit une seconde fois sur lous les points de la Frarrce , el s'y naturalisa si bien , que depuis elle ne cessa d'y faire des ravages, selon qu'elle fut plus ou moins favorisée par les circonstances. Clio>e scandaleuse! pendant les xvn' et xvin siècles, c'était un état que d'être joueur, et ce litre tenait lieu de naissance , de fortune el de probité. On voyait alors assis à la même table et souper ensem' le, le prince et l'aventurier, la duchesse el la courtisane, l'honnête homme cl le fripon; à cette époque, le jeu seul avait le privilège de niveler loules les conditions. (M Deseuret.)
De nos jours, celle passion dévorante des jeux de hasard a de nouveau envahi nos malheureusescités; et si, parmi ces hommes simples et honnêtes, qui vivent retirés du monde et dans la plus complète ignorance de ses vices, il s'en trouvait un seul qui pût en douter, noirs n'aurions qu'à les conduire, non point dans ces maisons clandestines, je n'en connais pas le chemin, où la police
Cil JOU
exerce ses razzias sitôt qu'elle en découvre l'existence ; mais, bien et surtout dans ces salons dorés dont les murs retentissaient autrefois <'es snns les plus suaves et les plus harmonieux, hélas! bien silencieux aujourd'hui. Pourquoi? Parce que la longue table au tapis vert y a remplacé les pupitres et les pianos ; parce que l'artiste a cédé la place au joueur! Et l'on ose s'applaudir des progrès de la civilisation!
Pour ma part, je ne puis que gémir d'un changement pareil , d'une (elle métamorphose. Je ne puis que déplorer cet aveuglement funeste, qui pousse le père de famille à perdre dans sa soirée tous ses revenus d'une année; le petit ou le gros employé, leurs appointements du mois; le militaire, sa solde; les hauts fonctionnaires, leur traitement, etc. : et puis, rentrer tous au logis la douleur dans l'âme et le cœur bourrelé par les regrets. Je n'oublierai de longtemps une jeune et charmante actrice d'un de nos petits théâtres de Paris, qui, ayant une santé délicate , m'avait fait prier de lui donner quelques conseils. Du jour de novembre 18iG, je me rendis chez elle, co urne d'habitude, vers les onze heures du malin, et la trouvai dans un état de surexcitation nerveuse très-intense. Il avait été occasionné par une nuit d'agitation et d'émotions diverses éprouvées au jeu, et par une perte d'argent assez considérable qu'elle avait faite. « Imaginez, me rit-elle, ce que j'ai dû éprouver en définitive lorsque, au lieu de 200 fr. de g iiu que j'avais devant mui à deux heures du matin , il m'a fallu revenir ici une demi-heure après à [lied , n'ayant p is même de quoi me payer une voilure, et aucun cavalier ne m'ayant fait h galanterie de me reconduire I Joignez à rela l'insomnie et. les réflexions cruelles que j'ai faites depuis que j'ai quitté la table ou jeu, cl vous aurez la raison de l'étal peu habituel dans lequel vous me trouvez en ce moment. Je vomirais voir anéantir toute espèce de jeux. » Je n'avais pas d'autre pensée, et il me fut facile de me laire comprendre de l'aimable actrice en lui parlant le langage de la raison qui, s. elle était constamment consultée et écoutée, nous empéiberail de faire bien des sottises.
Mais d'où vient donc cette passion m entraînante, que nul n'y réa .«.le s'il se laisse aller une fois à se- séduisantes amorces? Quelques-uns parmi les babilcsont prétendu que c'est IV spoir du gain ou l'avarice qui en est l'âme; niais que, pour mieux la déguiser, lis joueurs lui ont d mie le nom d'amusement et de jeu. In amuscmcull Peut on croire qu'elles s'amusent ri ellemeni les personnes clouées sur une chaise, doul le corps est immobile, autour d'une table, dans une atmosphère viciée cl corrompue; tandis que leur esprit est dans une agitation extrême; alternativement ballottées par l"es| nir ei par li erainlel B'amusent-clles d'être ainsi exclusivement occupées du soin de captiver les faveurs «le l'aveugle dieu auquel elles sacri-
lii ni ; il se lai-s.ml en rainer au gre de la passion qui les anime, d'uublii r li - di ' Oil -