‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 139 sur 251 · SYNTHÉTIQUES · texte numérisé non relu

SYNTHÉTIQUES

Or, pour appliquer les facultés de noire enlcn<!ement à former ces deux sorti s de jugement, il faut être capable de juger sainement des Choses, ce qu'on n'obtient qu'en réunissant au savoir un esprit éclairé et maître de s'approprier les pensées et le savoir d'aulrui ; c'esl-à-dire qu'il faut qu'on nous ail appris à raisonner, et que notre jugement se soil en outre formé par l'élude dis hommes capables et des écrits qu'ils nous ont laissés. Instruits par elle des progrès réels que les sciences ont faits.de ce qu'elles ont de certain, de douteux ou de tout à fait ignoré ; de la manière dont il faut discuter el éclaircir ce qui n'est pas prouvé; comment on doit chercher à apprendre ce qu'on ignore , nous saurons enfin ce que nous devons examiner, el, après examen, ce qu'il faut rejeter ou adopter.

Mais si l'on n'a déjà acquis le discernement critique qui est dû à l'esprit seul, et que l'instruction donne, celte étude, loin d'être avantageuse, ne servira qu'à gâter le jugement elmênleà affaiblir l'esprit, l'ignorance, jointe à la présomption, obscurcissant la raison, et le voile qui la couvi e devenant d'autant plus épais, qu'on croit savoir beaucoup de choses, alors qu'on n'en connaît aucune.

Indépendamment de celte condition, il en est une non moins importante: c'esl que, en parcourant les auteurs en qui nous voulons trouver les lumières qui nous sont nécessaires, notre esprit soil affranchi de tout préjugé ou de toute passion qui pourrait le gouverner. Sans cela, entraînés par la force des uns ou des autres, nous ne verrons, même avec le meilleur esprit d'observation, que ce que nous voulons ou ce que les autres voudront nous y faire voir. Aussi a-t-on dil de cette recherche intéhessée de la vérité , qu'elle est la principale source de tous les faux jugements de l'homme et de toutes les erreurs qui le déshonorent ; les préjugés el les passions qui le gouvernent ne lui laissant pas la pleine liberté dont il a un si grand besoin.

Observons toutefois que les préjugés sont moins despotiques et moins nuisibles que les passions: eux du moins laissent encore quelques voies ouvertes aux avis, aux exemples ; de telle sorte qu il n'est pas de préjugé, si grand qu'il soil, qui tienne en mémo temps et constamment l'espril occupe d'un objet sous le même point de vue. l'ne réflexion avancée par un événement Favorable dessille les yeux, el ce Fantôme disparaît, quand .surtout Us préjugés ne lienneul point a quelque chose de mystérieux: c'est ce qui se voit tous les jours. Au contraire, li passion s'empare de toutes les ,\\ eiuies île l'àmc, te loge dans tous les replis du cœur, el pos-

sède l'homme tout entier. La résistance et les obstacles ne font que la fortifier en l'irritant. Voilà pourquoi l'homme le plus capable, le plus clairvoyant en mille choses, ne peut plus rendre justice à l'esprit et aux sentiments d'autrui, quand il est conduit par ces maîtres impérieux. Aussi a-l-on dit avec fondement : plus nos passions se mêlent dans nos jugements, moins nous sommes en état de dire notre avis.

Lue autre source d'erreur pour les jugements que nous portons vient souvent de ce qu'on se fonde sur une analogie souvent trompeuse. On sait par expérience que lelle ou telle chose conduit à un certain but, on s'imagine aussitôt, et souvent sans raison, pouvoir y parvenir dans tous les cas; c'est une précipitation qui ne conduit qu'à l'erreur. Et comme, en général, l'homme est plus animal d'habitude que réfléchissant , ou, selon YVolf, « comme sa prudence ne consistant qu'à imiter les actions dis autres, ou ses propres actions précédentes, on ne se met pas en peine d'examiner si, dans le cas individuel d'après lequel on porlc un jugement, il n'y a pas quelque circonstance particulière qui ne se trouve pas dans l'a lire : ■ on ne craint pas de raisonner de la manière suivante : celte conduite m'a réussi dans un cas semblable, doncelle doitme réussinlans le cas actuel et dans tous les cas semblal les. De là cette réflexion de Leibuitz : I. 'attente des cas semblables tient lieu de raison aux lètes ; n'aurait-il pas pu en dire autant du plus grand nomlire des hommes.

On le voit par ce qui pié< ède, les erreurs du jugement sont faciles ; et elles le deviennent ' quelquefois d'autant plus, que notre amour- propre blessé ou des passions violentcsobscurcissent notre raison. Ce doit donc être un motif puissant, si nous sommes raisonnables, de bien observer et de bien réfléchir sur les faits observés, avant que de donner nos conclusions, et, dans le doute, de nous abstenir, jusqu'à ce que nous ayons recueilli les avis d'un ou de plusieurs de ces hommes qui, par leur vaste savoir ci leur expérience, sont les lumières des nations.

JDSTES3E. Voy. Pbécisiob.

JUSTICE (vertu;. — La jas ire est une vertu qui fait que l'on rend a chacun ce qui lui appartient ou ce qui lui est dû.

Les jurisconsultes distinguent deux sortes de justice : l'une qu'ils appellent dis tribu- /ire ou qui sert à régler d'après la loi les différends que les hommes ont entre eux ; l'autre qu'ils nomment comwutulire, ou qui met de la droiture dans le commerce de la soeieté. La première esl celle de- magistrats el des rois ; la seconde est celle des particuliers.

Je ne sais si je m'abuse, mais il me semble que la justice commutaltvt est aotanl a l'usage des magistrats el des souverains que li justice dite diitribuiive : car n'estce pas que c'est mettre de la droiture lia 116 sis actes, que de liiie une ex de appréciation des services rendus, u ne sage dis--

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