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C'est ce qu'ignorait le duc d'Enghien quand
il était jeune, et ce que lui apprit un peu brusquement son oncle, le duc de Montmorency.
On lit dans un mémoire estimé que ce dernier, passant p;ir Bourges pour se rendre dans son gouvernetnentdu Languedoc, y vit le duc d'Enghien, son neveu, depuis le grand Onde, qui étudiait chez les jésuites de celte ville : le duc donna au jeune prince une bourse de cent pistoles pour ses menus plaisirs. A son retour, il le vit encore, et lui demanda ce qu'il avait fait de ses cent pistoles. Le duc d'Enghien lui présenta sa bourse toute pleine. Alors le duc de Montmorency, prenant la liourse, la jeta par la fenêtre, et dit au jeune prince : « Apprenez, monsieur, qu'un aussi grand seigneur que vous ne doit point garder d'argent; vous deviez le jouer, ou en faire des aumônes et des libéralités. »
J'approuve fort la conduite du duc de Montmorency, mais je n'aurais pas voulu que, dans sa mercuriale, il eût été question de jeu, vu que l'argent que le prince y aurait perdu n'eût servi qu'à favoriser les vices des grands ; au lieu que les libéralités et les aumônes qu'il aurait faites auraient adouci bien des chagrins et séché les larmes de l'indigence. C'est dans ses mains que do.t venir se perdre notre superflu.
LIBERTIN, Libertinage (vice). — On nomme libertin, celui qui n'a pas de bonnes moeurs; et on entend par libertinage, l'abus que l'homme fait de sa liberté, alors qu'il n'en use que pour pécher contre ces mêmes mœurs, se livrer à si s passions, et donner dans toutes sortes de travers.
Il me semble que c'est accorder une trop grande extension aux mois libertin et libertinage que de les définir ainsi, puisque je crois avoir élabli, art. Débauche, que le libertinage est l'association de l incontinence, ou l'abus des plaisirs charnels, avec I'inteu- FÉbance, ou l'abus des plaisirs de la table. Or, si le libertinage se borne à ces deux passions, peut-on dire qu'il s'étende, ainsi que sa définition l'indi jue, à tous les travers et à toutes les passions auxquelles l'homme se livre? C'est pourquoi, attendu que 'ai traité dans plusieurs articles précédents [\oy. Intempérance, Gourm wdise, Ivrognerie, Chasteté, Luxi rf. et Incontinence), de tout ce que j'ai trouvé d'abord se rapportant à ces deux vices constitutifs du libertinage, je me serais dispensé d'entrer dans de nouveaux détails, si je n'avais à y ajouter quelques développements importants, qui rendront les quelques considérations déjà exposées dans ces articles et plus complètes et plus concluantes.
Et J'abord, revenant sur le libertinage en tant qu'il a pour objet I'incontinenck, nous dirons que son origine remonte aux. époques les plus reculées et se perd dans la nuit des temps, comme on peut le voir par l'histoire que nous a donnée de ses déborde uients chez les différents peuples, aux différentes époques delà barbarie cil de la civilisa-
is f?
lion , M. Belouiuo , auteur d'un savant ouvrage sur les passions. Voici du reste comment il s'exprime à ce sujet.
« Depuis liihuted' \dani, la partie animale des êtres ayant acquis une puissance qu'élis n'avait pas auparavant, l'homme est par luimême entièrement assujetti. Il a fallu l'intervention divine pour le retirer de l'abrutissement dans lequel il était tombé, et p-jur l'empêcher de s'enfoncer de plu* en plus dans les abominations matérielles de la chair. Depuis lejur fatal où notre premier père obscurcit en lui-même la sainte image dn Créateur, jusqu'à la grande réhabilitation de la montagne du Calvaire, l'humanité, abandonnée, en proie aux appétits charnels , se vaulr.i dans les vices les plus fangeux, les plus immondes, et l'histoire tout entière en fait foi. En vain le déluge universel vint engloutir un monde 'corrompu ; sitôt que les descendants de Noé furent assez nomhreux, ils se livrèrent au libertinage, et les hommes en se dispersant répandirent la corruption. Eu vain Sodome et Gomorrhe périrent par le feu du ciel : l'impudiciié ne cessa pas ses ravages.
t Le peuple élu du Seigneur, le peup'e hébreu lui-même, fut infecté de celte lèp: e affreuse du libertinage à un degré extraordinaire: à chaque page, les livres saints lui lancent à ce sujet l'anathème. De l'inceste d'un père avec ses deux filles naissent les liges de deux peuples : les Moabiles et les Ammonites. Thamar, après avoir été successivement l'épouse des (ils de Juda, se prostitue à son beau- père. Ouan donne son nom à un crime qui viole lesl ois naturelles; David, le saint roi , devient par son adultère avec Bethsabée, le scandaledeson peuple;Salonion lui-même, se forme un sérail composé de sept cents femmes et de trois cents concubines.
« Le verset 19 du chapitre xxn de l'Exode prononce la peine de mort contre le crime de la bestialité. Le Lévilique, chap. xvni, prononce aussi des peines contre les turpitudes que l'on commettait devant l'idole du dieu .Moloch.Cc mêmechupitre défeudaux femmes de se prostituer à des animaux. La peinture que fait Salomon des prostituées de sou siècle et de leurs habitudes, nous retrace exactement les mêmes infamies que nous voyons dans nos cités. Ezéchii I, inspire par la colère divine, et personnifiant des cites et des peuples dans les emblèmes d'Ollaîi et d'Olibah, atteste la profonde corruption et le libertinage infâme du peuple hébreu.
« Si celle nation choisie, vivant à l'ab i des lois divines et sous la protection spécial.: du Très-Haut, se livrait à tous les débordements, qu'étaient donc les autres nations.'
« Les Egyptiens étaient si profondément corrompus, qu'on ne livrai les. corps des femmes aux embaumeurs que quand la corruption commençait à s'en emparer, de crainte de profanations houleuses, i. i lille de Chéops fil bâîir une pyramide par ses amants, et la hauteur du monument, sa masse imposante, disent à tous les siècles l'infàmc vanité el libertinage effréné de celte priucssscCléouâ-
tre, cette beaulé célèbre, qui fui la maîtresse tic César cl d'Anloine, se déguise en prosliluée pour aller plus facilement salisfaire sa dépravation. Des femmes , dans les fêles publiques, dit l'abbé Mignol, d'après Héroijole, portaientprocessionnellementle phal'us ou représentation des parties de la génération.
« Toutes les cilés, loules les nations de l'Orient, la Syrie, la Chaldée, Sidon et Tvr, partageaient ces débordements. L»s Babyloniennes étaient obligées, par les lois religieuses, de se donner dans les temples au moins une fois dans leur vie aux voyageurs étrangers. Il en était de même des Carthaginoises, des femmes de Byblos, et saint Augustin rapporte que, de son temps encore, ces infamies religieuses étaient prescrites chez les Phéniciennes. Tous les dieux de ces peuples n'étaient que des personnifications de la débauche. Beaucoup de leurs idoles n'étaient que d'immondes ressemblances.
La pudeur des femmes était étouffée au berceau. Les plus recherchées, chez les Libyens, étaient celles qui avaient le plus prostitué ieurs charmes.
a De semblables abominations existaient partout, et les peuples qui ont jeté jusqu'à nous le plus vif éclat de gloire et de civilisat on étaient, sous ce rapport, les plus souillés peut-être.
« C'est en Grèce qu'on retrouvait les premières traces de l'amour masculin, qu'une loi autorisait en Crète, suivant Aristole, pour s'opposer aux progrès de la population. Le jeune Troïle fut immolé par Achille pour n'avoir pas voulu se prêter à ses désirs infâmes. Ces horreurs étaient justifiées par les exemples des dieux : Jupiter et Ganimède, Apollon kI Hyacinthe les enseignaient aux mortels. Les poètes, les tragiques, en parlaient dans leurs ouvrages. Les processions du phallus avaient ans i lieu dans ce pays, et tics jeunes filles mêlées à des hommes velus en femmes, à des groupes de satyre, exécutaient les danses les plus lascives. Les plus infâmes débauchés, dit le chrétien Thénlorel, n'oseraient se livrer, dans le silence des demeures privées, aux al ominablcs actions que commettent publiquement les acteurs de ces horribles saturnales.
« Les prostituées, chez les Grecs, vivaient dans l'intimité des hommes d'Etat, des guerriers, des philosophes: témoin Sapho, Lais, Aspasic, Thaïs, la mattresse d'Alexandre. Les hommes de toutes les classes Fréquentaient les lieux de déhanche. Solon encourage la prostitution, qui, plus lard, est mise sous la protection des dieux, el se répand dans loule la Grèce ; ses croies de philosophie deviennent dis lieux de débauche.
Socralc ne craint pas .l'avoir de pareilles relations, el l'histoire lui en reproche de plus
honteuses encore. Dé ilhèoei y va marchander les attraits de La'is el les trouve d'un prix trop élevé. Beaucoup de ces ami
tics antiques, qui nous paraissent si nobles
et si dévouées , renferment des mystères d Hifjiuie ci de libertinage, Ces liaisons fu
renl très- fréquentes chez les peuples dont nous pai lotis.
« Si nous jetons uncoupd'œil sur l'immoralité romaine, nous serons repoussés d'horreur en voyant ce peuple, dernière expression des puissances de l'humanité livrée à elle-même, résumer en lui toutes les turpitudes, comme il résumait toutes les gloires. Jamais rieu n'a égalé ni n'égalera l'affreuse débauche des maîtres du monde, et l'encre se fige dans la plume, quand il faut retracer cette série d'abominations. Arrivant tout de suite au temps des empereurs, nous voyons le premier des Césars, celle grande figurehistorique: que tous les genres de gloire pla« cent auprès de notre Napoléon ! Mais le sang se glace et s'arrête au cœur, l'horreur'voile l'admiration, quand les auteurs contemporains nous apprennent qu'il se vantait d'être le mari de toutes les femmes et la femme de tous les maris. Bientôt . c'est Auguste, à qui sa femme Li vie cherche elle-même des jeunes filles; auprès de lui, c'est Julie, sa fille, l'une des plus grandes prostituées de Rome. On vendait publiquement des philtres pour allumer la concupiscence. On employait à cet usage tous les aphrodisiaques alors connus. Les danses lascives qu'on exécutait sur les théâtres, les panlomim s dégoûtantes qu'on y jouait, n'étaient pas des excitants assez énergiques pour ce peuple blasé. Ilienlot apparaissent les rois de la débauche, ceux qui peuvent se vanter de l'avoir poussée à ses plus infâmes limites : Tibère, Caligula, Néron, Commode, Héliogabale : Tibère, qui, dans sou iledeCapree.se livre à de telles débauches, que notre langue n'aurait pas d'expression pour les rendre; Tibère, qui, pour ses infâmes voluptés, fait enlever des enfants presque à la mamelle ; Caligula commet l'inceste avec toutes ses sœurs, au milieu des. festins, en présence même de sa femme. Il avait établi dans son palais un lieu de prostitution, el nous n'osons répéter ce que nous disent les écrivains, Ausone, parexemplc. Vu milieu d • toute celle fange, on voit Mes aline, cjttc impératrice si bonteasement célèbre, qui, non contente d'afficher publiquement ses int ligues, descendait dans les mauvais lieux pour y lutter d'impudicilé, publiquement et uu" les plus infâmes p oslilm
« Bientôt Néron commet !e plus grand des crimes avec sa propre mère. Ici nous ne nous sentons pas le courage d'aller plus loin. Qu'il nous su fuse de dire que ces monstres n • laisseront i commettre aucun des crimes honteux et contre nature que pourrait imaginer l'âme la plus crapuleuse et la plus pervertie, el qu'ils étalèrent aux jeux do tons le r houle el leurs foi faits.
« Comme on le voit , l'humanité, de plus en plus entraînée sur la pente da rice, s'abrutissait dans la fange el l'ordure; la matière el ici lalei voluptés étouffaient tous les sentiments honnêtes. Le grand mystère de 1:1
rédemption l'accomplil, et l'œuvre de la ré—
êuération fut commencée, l'eu à peu le
christianisme tit disparaître ces monstrueux
imc',1'1 i uirci l'humanité dans des voici
est i.m
nouvelles, en resliluant à L'âme sa dignité, à la morale son empire. Cependant !a nature humaine, en se relevant, ne dépouilla pas complètement ses infirmités; et si le règne du crime fut affaib'i, il ne fut pas détruit entièrement. Le monde devint meilleur, mais toujours on vit des individus, plus coupables en cela que les anciens païens, rejetant loin d'eux les secours de la grâce nouvelle et le bénéfice du sacrifice d'un Dieu, se livrer encore au libertinage, et préférer leurs appétit sensuels à la règle divine.
« Quelquefois mêmedes hommes puissants, des dominateurs des nations, exercèrent sur leur siècle une fatale influence. Les Korgia , les Médicis de Florence poussèrent ans derniers excès l'immoralité. Louis XIV donna, loul en gardant les apparences de la décence, les plus funestes exemples à son peuple. Philippe d'Orléans et son ministre, l'infâme Dubois, rappelèrent les plus honlcu-es débauches des Romains. Louis XV mil une proslituée à côté du trône... Mais, au milieu de tous ces scandales, le christianisme restait debout, planant sur l'humanité, comme un phare sur les mers ; et, désormais, nul effort ne pourra précipiter le monde dans l'abime d'où le Christ l'a tiré. Quels que -oient les désordres isolés de quelques particuliers, la société entière ne peut plus être infectée en ma-se des vices qui la déshonoraient autrefois; elle ne souffrirait pas non plus qu'ils se montrassent en public avec le menai! cynisme. »
Le libei linage étant issu de la concupiscence, toutes les causes qui peuvent enflammer les désirs de celle-ci, doivent entraîner l'homme à se laisser aller à celle-là. Aus^i sont -elles aussi nombreuses que varé's.
Personne, que je sache, ne les a réunies avec plus d'art que M. Belouino; c'est pourquoi, malgré tous les emprunts que nous lui avons faits, lui empruntons-nous encore quelques nouveaux détails.
Les causes productrices du libertinage sont nombreuses; elles sont particulières, et agissent sur les individus ; ou bien elles sont générales, et agissent sur des cités, sur des nations. Elles sont dans l'organisme, dans l'éducation, dans les croyances, dans Ici climats, dans les gouvernements.
L'homme, comme nous l'avons déjà dit, doué d'une liberté illimitée, d'une puissance, de désirs qui surpasse toujours (V lu de ses facultés, d'une imagination qui va toujours au delà du possible et du juste, est, de toutes les créatures, la plus disposée à s'abandonner aux égarements de la chair. Une alimentation succulente, des boissons spirilueuses, ■ illumeul son sang et surexcitent ses organes. L'usage des vêlements amollit s jii corps; les soins continuels qu'il donne à son bienêtre le disposent aux jouissances. La station Verticale, en obligeant le s.ing à se porter vers les régions du bassin, contribue à exciter les organes génitaux. Si malheureusement la nature l'a doué d'une constitution énergique et nerveuse, d'une de ces constitutions rrdeulcs cl vokauiqncs, qui s'eincu
l.llî
vent au moindre souflle de la passion , il se laissera facilement entraîner, et la voix des sens dominera celle de la raison.
Les hommes sont, en général, plus esclaves de leur organisation que les femmes. Il esi peu de ces dernières pour qui les plaisirs des sens aient beaucoup d'allraits. On trouve rarement des femmes voluptueuses. Parmi celles qui s'abandonnent ;iu libertinage, il est un grand nombre qui obéissent plutôt aux séductions du cœur et de l'esprit qu'à celles des sens. Mais, chose remarquable, quand une femme a franchi l'intervalle qui sépare la froideur de la volupté, elle est infiniment plus fougueuse et plus ardente que l'homme.
Parmi les causes les p'us fréquentes du libertinage, il faut citer l'irréligion. Pourquoi l'homme retiendrait il la bride à ses passions si cien en dehors de lui nele condamne? S'il n'y a pas de loi surhumaine, qu'opposéra-t-on àces lois naturelles, qui se t'ont sentir dans l'intimité de l'organisme, et qui récompensent celui qui les suit, en le payant de voluptés? Est -ce l'intérêt personnel qui pourra le retenir, c'esl-à-dire la crainte de s'énerver ou de mourir par suite des fatigues ou des maladies que tra'ne à sa suite l'abus des jouissances? Rien de tout cela n'aura de puissance suffisante. Si la vie n'a pas de lendemain et la vertu de récompense, mieux vaut un jour de bonheur qu'une année de privations. Du reste, si quelques-uns succombent victimes du plaisir, n'en voit-on pas beaucoup qui , par un heureux privilège, ont résisté à ses étreintes. N'avons-nous pas de ces vieillirds luxurieux, qui ontabusé de tout, et qui nous révèlent encore, sous la cendre de leur passé, une ardeur juvénile de corps et d'esprit? Pour être sage, il faut à l'homme des motifs surhumains ; s'il s'affranchit de ce frein salutaire, rien ne le retiendra sur la pente du vice.
Parmi les causes les plus puissantes du libertinage , nous rangerons l'hérédité ; les penchants suivent le sang, et, chose terrible, la mère sème dans le sein de sa fille le germe des désordres qui la perdront un jour. Le mauvais exemple des parents esl , pour les enfants, tout aussi funeste. La fréquentation des bals, îles spectacles, la lecture des romans surtout, les mauvaises compagnie , la société des personnes débauchées, sont encore d'actif; pourvoyeurs du libertinage.
Le séjour des grandes villes est une eau e fréquente de désordres; c'est surtout dans les cités manufacturières que le libertinage esl porté à un degré extraordinaire. On enlasse pêle-mêle, dans les ateliers, des person nés de tout â;e, de tout sexe. On ne s'occupe que de leur travail , et pas du tout de leur moralité. Ceux qui sont âgés deviennent pour les autres des instituteurs de dépravation. Dans certaines vides, à .Mulhouse, t par exemple, on compte une naissance illégitime sur cinq. On y voit des enfants de quinze, seize, dix-sept ans, déjà pères de famille. A Lille, rue des Etaques, les ouvriers employés aux manufactures couchent sur le même grabat, hommes, femmes, enfants et
un
vieillards. Aussi l'innocence du jeune âge isl-elle flétrie avant que la raison soit développée; les enfants sont vicieux par habitude, avant même de savoir ce que c'est que le vice. C'est le seul héritage que ces pauvres malheureux reçoivent de leur mère ; ils le reçoivent en naissant. Ils sucent la corruption avec le lait impur qu'elles leur donnent. On se sent, en présence de ces faits, sasi d'une profonde pitié : quand on rencontre ces êtres souillés, empoisonnés dès leur berceau, l'analhème s'arrêle sur les lèvres, et l'on se demande si la justice de Dieu ellemême pourra compter avec eux, suivant la mesure d'es sévérités.
A Reims, les jeunes filles employées ans manufactures se prostituent dès l'âge de ii uze à treize ans (1). Celte ville comptait , en 1 830 , plus de cent prostituées qui n'av .-lient pas quinze ans. Sur ce nombre, dix à douze n'avaient pas atteint la douzième année. En présence de ces résultats, il est bien permis de se demander s'il ne vaudrait pas mieux fermer ces ateliers, véritables catacombes de la population, que de les laisser ainsi dépraver, dévorer les généralious. Bans le Yorkshire, la moitié des enfants employés aux fabriques meurt avant dixhuit ans.
Nous savons bien qu'on nous taxera ici d'exagération. Mais alors qu'on moralise le peuple, qu'on lui donne des principes religieux, qu'on ne le laisse pas pourrir dans la misère qui engendre les vices, comme la corruption des vers, qu'on ne le livre p ::s, romme une proie, aux infâmes spéculations d'hommes qui l'exploitent comme des iégriers. Ils se servent du corps et jettent l'âme à la corruption, au libertinage, sans songer qu'avilir ainsi l'homanilé, c'est on forfait horrible, le plus grand de tous, pour lequel, au dernier jour, Dieu n'aura pas assez de malédictions, de châtiments.
Nos prisons elles-mêmes, ces lieux soumis à l'action du gouvernement, sont des antres de corruption qui infectent tout ce qui les touche. Quiconque y entre pur de corps, en sort pollué. On recule d'horreur, quand on songe que ces lieux vomissent tous les ans sur la France, environ cinquante mille individus qui ont achevé de s'y dégrader et de s'y perdre. Co levain d'immoralité se répand dans nos villes et dans nos camp pour les infecter et les corrompre.
Partout où des individus du même sexe
sont réunis, on doit exercer la plus grande
soi reillance pour empêcher ces commerces
mes, ces relations Illicites qui outra
peut la nature, l'ai tout l.i chair attire II
chair, et, c'est un l'ait déplorable à dire, mais
vrai, les | ensior.s, I, s collèges, les casernes,
Jes vaisseaux nous offriraient la preove de ce que nous avançons. Chex les jeunes i-'e-t la masturbation qu'on découvre ; < !>■ / les adultes., ce sont d'autres desordres plus révoltants encore.
Les climats ont toujours exercé
fluence immense sur les désordres des mœurs. Dans les contrées chaudes de l'Afrique, de l'A-
siesurtout, on a constaté de tout temps la prolonde immoralité des peuples. L'énervante chaleur qui les oblige à se renferm r, à se coucher la plus grande partie du jour, a prendre des bains, à se parfumer, amollit le corps, et ouvre tous les sens à la volupté. Les hommes enferment des troupeaux de femme: -ans des harems. Là, abandonnées à elles-mêmes, oisives et ignorantes, elles recherchent de toutes les façons possibles à satisfaire leurs désirs déréglés. Elles se livrent entre elles à des désordres inouïs, tan lis que, de leur côté, les hommes, fatigués de jouissances trop faciles, vont outrager la nature dans des voluptés illicites. C'est ainsi que tout l'Orient est infecté de la lèpre de la sodomie. Partout où existe la polygamie, où le nombre des femmes surpasse celui des hommes, on voit régner le libertinage.
Les peuples qui vivent sous un climat tempéré sont plus chastes que ceux qui éprouvent l'action du soleil brûlant , à moins que d'autres causes ne les aient corrompus. Au nombre de ces causes qui livrent les nations au libertinage, il faut placer la fausse civilisation. C'est dans les pays éclairés, avancés en civilisation, qu'on trouve le plus d'immoralité. Ce sont nos grandes villes et nos départements manufacturiers qui fournissent le plus d'attentats à la pudeur, le plus de prostituées. Depuis que nous marchons dans la voie des améliorations de toutes sortes, quo nous ont léguées nos révolutions, nous faisons aussi d'immenses progrès en démoralisation. Maintenant on compte, chaque année, moitié plus d'attentats à la pudeur commis sur des enfants de moins de quinze ans , qu'on n'en comptait en 1825.
Le despotisme est encore une cause trèsactive du libertinage : partout où il y a des maîtres et des esclaves, ces derniers sont obligés de tout souffrir des caprices, des brutalités des premiers. En Russie, des boyards abusent impunément des femmes de leurs serfs. Celles-ci se font une houleuse gl i • de séduire leur seigneur.
Partout où les conditions sont trop iné| les, les hommes abjurent leur dignité, les uns pour mésuser de leur autorité, les autres pour se laisser avilir. Il est beaucoup t',^ femme- réputé s vertueuses qui consentiraient à devenir la h \i rm bsi d'un monarque, ce litre devant flatter leur vanité !
Les cffels du libertinage se l'uni remarquer toul à la fois sur le ph\ Siqne et sur le moral ;
mais !>•-. désordres de l'intelligence, quoique bien grands, sont néanmoins beaucoup moins sensibles, moins apparents que ceux qu'on observe sur l'organisme. C'est là surtout que le libertinage imprime d'une manière effrayante Bés honteux stigmates. Il nuit au développi nt du corps et l'empêche d'acquérir les proportions auxquelles il si rail
arrivé, cl dont i' ci susceptible. Il épuise et
tarit les forces vil îles dans leurs sonnes les
;t) Ei. - . Crcn ble.la i " > illc. (A. P.)