MOD
Moi.
fi^uri», et rend ses couleurs plus belles el I lus douces, quoiqu'elle eu diminue la vivacité.
Elle a encore cet autre avantage, qu'elle est une espèce de vernis qui relève nos talents naturels et qui leur donne du lustre. Il est certain qu'un grand mérite louche bien davantage quand il est accompagné de sentiments modestes, et, qu'au rebours, quelque mérite qu'aient les hommes, on se révolte contre eux quand ils s'en font trop accroire.
Nous venons d'étudier la modestie dans si s effets; reste à établir que ce sentiment est une vertu que le tempérament nerveux favolise et qu'une bonne éducation développe.
Je désigne seulement le tempérament nerveux, parce que les personnes nerveuses sont en général les plus disposées à la modestie. Continuellement portées à la défiance, elles s'isolent, se cachent et fuient le grand jour. Sans cesse elles iiésilent à se mettre en contact avec les hommes marquants; elles ont avec cela peu de force morale et intellectuelle; les rêves de la gloire, les aiguillons de l'amour-pro; re n'exciteront point leur âme; elles éprouveront un penchant invincible pour la retraite, l'isolement et la tranquillité.
Il en est de ces personnes comme des femmes, en qui la modestie comme la pudeur lient à quelque chose d'intérieur, de mystérieux , qu'elles éprouvent sans s'en rendre compte. C'est un résultai de leur faiblesse organique, de leur timidité naturelle, de la vie tout entière qu'elles mènent ; de l'habitude où elles sont de se maintenir sans cesse, de modérer les manifestations de leurs penchants, et de l'espèce d'assujettissement qui leur est imposé. Une femme elle-même ne pourrait pas dire pourquoi et comment elle est modeste; c'est un des nombreux mystères de son c(rur, fait pour sentir sans comprendre et se rendre compte.
Mais moins la femme se rend compte de sa moilesîie, plus ceile-ci doit avoir de mérite aux yeux de ceux qui savent la découvrir: tic là ces grands avantages pour toutes les femmes. Elle augmente leur beauté, elle sert de voile à leur laideur, elle en est mémo le supplément.
Remarquons que cette vertu est non moins avantageuse, et par conséquent non moins pre^criie aux hommes. Voyez un auteur véritablement madesle : il l'est aussi bien lorsqu'il se trouve seul qu'eu compagnie, et il rougit dans son cabinet de, même que lorsqu'une foule de gens ont les yeux attachés sur lui. Ce beau r.iuge de la nature, qui n'est point artificiel, est la vraie modestie ; c'est le meilleur cosmétique qui soit au monde.
(Juand la modestie est ainsi développée, elle est généralement aimée de tous, parce qu'elle ne heurte pa- leurs prétentions, m; limite pas leur orgueil el leur vanité; parce qu'elle accorde IjuI et ne demande rien. Coin de contester le bien chez aulr.ii , elle \a souvent jusqu'à le supposer. Eile fait volontiers l'éloge des autres ; quant au sien , elle ue le fait ni ne veut l'culcudrc. Elle reçoit
les conseils, ne s'irrite pas des corrections, laisse aux autres la première place cl l'occasion de briller. Quelle que solla récompense qu'on lui donne, elle trouve avoir trop pour son méi ite.
Telle était la modestie de La Fontaine par rapport à ses ouvrages, que seul peut-être il n'a pas cherché à les apprécier.
Reste que la modestie est nécessaire dans Il société cl dans nos mœurs, pour permette ans prétentions mutuelles, aux amours-propres individuels, de s'approcher sans se heur 1er, sans se blesser. Elle est nécessaire comme liisscz-passer du talent, de l'opulence, de la vertu, même du bonheur.
Soyons donc tous modestes ; car ce n'est pas assez, pour acquérir l'estime et l'alTectiou des hommes, que d'avoir de rares talents et d'éminenles qualités ; il ne faut point s'en applaudir ni les étaler pompeusement. En laissant entrevoir le peu d'estime que nous avons pour les autres, et la haute opinion que nous professons pour nous-mêmes ; en voulant prendre un trop grand ascendant sur le's ou tels, on révolte inévitablement tout le monde contre soi, et cela parce que chacun sent un secret dépit contre ceux qui l'effacent, cl n'épargne rien pour se dédommager d'une supériorité si gênante.
MOLLESSE (vice), Mou. — La mollesse est cet état d'indolence et de tranquillité où la
volupté nous plonge C'est la délicatesse
d'une vie efféminée.
La mollesse est fille du luxe cl. de l'abondance ; elle se crée de faux besoins que l'habitude rend ensuite nécessaires, el qui renforcent ainsi les liens qui nous attachent à la vie; aussi, que de regrets l'approche de la mort ne donne-l-elle pas ! Ce vice a encore l'inconvénient de redoubler tous les maux qu'on souffre, sans pouvoir donner les plaisirs solides et durables qu'il promet.
Ce ne serait rien sans doute que ces déceptions que donne la mollesse, puisque le remède serait à côté du mal; mais l'homme qui s'y abandonne devient incapable de ces belles actions qui font les héros et les granls hommes, et c'est là le pire de toutes les conditions. En s rait-il autrement lorsque, content de trouver ce qu'il croit être le bonheur dans celte satisfaction intéricurequ'il éprouve au fond de son cœur, l'individu ne le cherche pas là où il est réellement, et renonce à la gloire pour le plaisir?
Ce n'est pus tout : on a également si ;u aie parmi les inconvénients de la mollesse celui qu'elle a réellement de nuire au perfectionnement physique et moral de l'espèce humaine. Ainsi, toute personne qui aime à goûter les douceursd'une vicefféminéc, el les goûte, cette personne, dis-je, loin d'acquérir jamais celle constitution forte et robuste qui est l'apanage du bon cultivateur accoutumé aux travaux pénibles de la campagne, reste toujours au contraire chétiveet rabougrie, où bien elle s'eliole comme la liante laissée sans culture, ou dépéril comme l'arbre de nos vergers sur lequel un jardinier laisse beaucoup trop de fruHs à mûrir.