‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 157 sur 251 · OIS · texte numérisé non relu

OIS

û' s condilinns, l'homme isolé a dro'l de vivre comme il Lui ptaîl ; mais il si' (rouve souvent dans un cercle de devoirs qu'il doil remplir sous peine de vivre aux dépens de* autres, (l'est pourquoi, travailler esl uu devoir indispensable à 1 hum ne social.

Ce devoir est mémo si impérieux , que les personnes oisives, tout en nuisant à la société qu'elles privent des productions de leurs hras ou de leur intelligence, se nuisent ronsidér.:blemenl à elles-mêmes. Comment?

En ce que l'excessive indolence détruit à la Fois la santé, et puis ce que les femmes aimeraient mieux conserver que la santé si elles pouvaient subsister sans elle, je veux dire la beauté. Il en est ainsi, parce que l'oisiveté, outre qu'elle empêche les organes d'acquérir cette Fermeté qui rend leurs mouvements plus efficaces et plus assurés, fait que les humeurs n'éprouvent point celle transgression qui les épure, en les Faisant passer fréquemment par les différentes filières et les différents vaisseaux ; forcées de croupir, faute d'adion de la part des solides, elles s'allèrent par le repos; leur mixtion se dérange, les principes qui la Formaient se séparent et produisent des combinaisons malfaisantes. Le mal ne s'arrête pas là. La surcxcilabililé nerveuse s'y montrera bientôt sous loutes les formes. Les femmes nerveuses, dit le docteur E. Auber, sont pâles, défaites et languissantes ; leur peau esl sèche, froide et brûlante; elles ont l'œil abattu ou hagard, lirn de ou caressant ; le teint couvert, la physionomie langoureusement expressive et irès-mobile. Il est rare qu'elles n'aient pas qu Ique. traits particuliers : leur démarche esl tantôt nonchalante, tantôt vive, heurtée, précipitée; elles parlent de toul avec chaleur, avec enthousiasme et même avec une sorte d'exaltation qui lient chez elles à l 'exagération du sentiment, ce qui leur donne par moments un air vraiment inspiré.

Ce n'est pas tout : des troubles particuliers se foui sentir dans les diverses parties de l'organisme; chez les unes vagues et extrêmement Fugaces ; chez d'autres fixes cl affectant tous les caractères d'une liaison organique. De là les deux aspects différents que présente la surexcitation nerveuse, l'aspect variable ou proléiforrae . et l'aspect fixe ou habituel.

Au premier se rapportent les agitations morales qui tourmentent les oisifs. Chacun sait qu'il esl des personnes auxquelles toul, aolour d'elles, semble sourire, et que dévorent les ennuis de l'oisiveté. C'est pourquoi

le besoin d'émotions nouvelles se faisant [oujoms sentir, le besoin d'émotions plus vives devenant plus pressant, elles s'agitenl el s'inquiètent , vont , viennent , prennent des déterminations soudaines, contradictoires et souvent sans résultai , qui se succèdent -ans relâche Aussi ce besoin qui conduisait les légions romaines aux amphithéâtres où l'homme était détoré | ai les bêles réroci ■ ; ce. besoin qui conduit encore de nos jours

tant de Femmes soit eux combats de taureaux,

soil aux exécutions sanglantes ; ce besoin

s'exprime par les agitations les plus douloureuses : c'est la satiété avec ses terribles ennuis ; c'est l'insatiabilité avec ses incroyables tourments ; c'est, dans tous les cas , la plus caractéristique des symptômes qui accusent l'absence d'un but d'activité honorable cl sérieux.

Il résulte de ce vide affreux d'une âme qui appelle sans cesse des émotions pour la remplir , cl à laquelle les émotions invoquées l'uni impitoyablement défaut , que la femme cherchant à se fuir elle-même , se trouve toujours en présence d'elle-même. Elle est en proie à des inquiétudes graves à propos d'un malaise léger. Elle recourt, pour dissi per ses inquiétudes, à mille moyens qu'elle abandonne bientôt pour y recourir encore. De là l'impatience , la colère dont les explosions répandent le trouble et l'effroi dans les familles.

Tout cela est extérieur; ajoutez maintenant le délire secrel d'une imagination pour laquelle les événements de la vie ne sont que déception , désenchantement et misère. Aux prises avec le monde qui la brise par si s impitoyables el prosaïques réalités , cette personne, qui avait convoité dans ses rêves l'empire de la beauté et l'éclat d'une brillante jeunesse, se livre à touies les angoisses du désespoir. En vain veut-elle cacher ses souffrances ; toul, dans ses paroles, dans son silence , dans sa mise, dans ses actes, les trahit el les proclame. Qui pourra jamais suivre dans toutes ses péripéties douloureuses une existence aussi livrée aux hasards des influences que la civilisation multiplie chaque jour, et contre lesquelles la raison subjuguée est impuissante à faire un choix! Ce sont tantôt des préoccupations de vanités ou des atteintes d'hypocondrie; tantôt des inspirations mystiques ou des agitations mon. laines se montrant isolément ou se succédant les unes aux autres pour produire tour à lourdes accès de colère, d'envie, de jalousie, de terreur, de remords, d'anxiété, de désespoir, etc.

Ce besoin impérieux d'émotions esl quelquefois tel, que l'on a vu des femmes, entourées des plus (endres affections, s'administrer en secret et sans nécessité des médicaments dangereux , s'imposer un régime nuisible , se livrer à des exercices Funestes, courir même les chances d'une grave maladie, afin d'appeler sur elles une attention plus inquiète et une sympathie plus affectueuse, afin de concentrer sur elles les hommages d'une vive sollicitude. On en voit qui, déployant, pour se soustraire au calme des plus douces relatious, toutes les ressources que d'autres consacrent à les conquérir, recherchent avec une frénétique ardeur les prétextes d'une rupture imprévue elles agitations d'une explication impossible. Les larmes amères de la déception oui pour plusieurs un charme que n'ont point tous les naïfs épanchements de l'amitié ; on les désire, ou s'y complaît ; c'est l'émotion d'une viclimc imaginaire, qui s'enorgueillit de sou

magnanime supplice. L'amour du sacrifice, chez la femme, peu! aller jusque-là.

J'ai voulu rendre aussi complet que possible le tableau des désordres physiques et moraux auxque's l'oisiveté entraîne ceux qui se laissent aller à ses funestes tendances, ;;fiu de mieux faire sentir les avantages que chacun de nous peut retirer d'un exercice régulier, habituel, modéré et non excessif. Ses produits malérii ls ou intellectuels sont utiles au pajs, dans le;uel il apporte sa part d'industrie et d'aisance , et aux citoyens, dont il mûrit le jugement et la raison, dont il orne l'esprit en leur communiquant les productions de son génie.

Mais, indépendamment de ces avantages généraux, combien le travailleur n'en reliret-il pas de particuliers pour son propre profil I Sa constitution se fortifie parla satisfaction qu'il éprouve de concourir au bien général, et l'espoir de bien mériter, par là, de ses concitoyens , le soutient et l'encourage; son imagination se porte sur des idées moins riantes peut-être que celles dont il aimait à la bercer; mais elles ne produisent pas dans le logis ces ébranlements, ces secousses qui lui sont si nuisibles. H est si vrai que l'imagination veut être distraite des idées fixes qui l'ab orbcnl tout entière, que si un mélancolique , à qui une promenade à la campagne aura été conseillée comme moyen hygiénique, s'en va continuellement et toujours devant lui, les bras pendants, le corps ici et l'esprit ailleurs.il ne retirera aucun bien de cette promenade. C'est pourquoi, quand, pour distraire un hypocondriaque, on 1 i ordonne l'exercice en voiture, on y met la condition qu'il conduira lui-même les chevaux , l'attention qu'il devra porter à éviter les accidents détournant son imagination del'idée fixe qui le tourmente. De même, quand on prescrit à une jeune personne de faire une course à travers les champs, ondo.t l'inviter à cueillir quelques fleurs, à chasser des papillons, à fixer son attention enfin sur quelque chose; chaque objet , un rien qui s'oiïre à ses regards, suffisant pour lui faire oublier ses ennuis et ses souffrances. Exemple :

J'ai connu une dame que son âge et ses infirmités condamnaient à une sorte d'oisiveté qu'elle aurait voulu éviter. Celle inactivité forcée la rendait mélancolique , et comme elle était fort docile à mes a\ is, je cherchais par divers moyens à lui procurer quelques distractions agréables. Pour cela, elle sortait souvent en voiture ; mais, chose remarquable , un jour elle retirait de cet exercice un bien infini, taudis que, le jour suivant, elle rentrait plus malade; et ainsi alternativement les jours suivants, tantôt du bien, tantôt du mal, tantôt ni l'un ni l'autre. J'eus bientôt l'explication de ces phénomènes.

Quand madame *"* sorlait expies pour se promener, afin de se conformer à mon ordonnance, et qu'elle se disait à part soi, blottie au fond de sa voilure : « Ce que c'est pourtant que d'être ainsi patraque ! me voilà obligée d'occuper un domestique el des chevaux

on

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