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Ainsi l'orgueil, bien senti, bien dirigé, peut faire braver la douleur, l'infortune et la mort. Tel on voit le sauvage captif supporter les plus cruels tourments sans pousser un gémissement, sans sourciller; il accable son vainqueur de ses injures ou de son silence, le défiantde lui arracher un signe de douleur, e'. triomphant de sa barbarie par une appareille impassibilité ; la mort lui semble mille fois préférable à l'humiliation devant son ennemi. 11 y a certainement dans cet orgueil farouche une grande force morale; l'àme, exaltée par l'opinion qu'elle a de sa dignité, domine le corps, méprise la douleur et se rit des supplices. Tel est encore le stoïcien antique. Chréliens, nous blâmons Caton de s'arracher la vie, parce qu'il préfère la mort à la honte de la défaite ; et cependant n'est-ce pas que sa fierté nous inspire durespec? Tel fut enfin Mucius Scœvola, brûlant devant Porsenna la main qui n'a pas su le frapper; il montre dans celle sorte d'insensibilité un orgueil lout romain, qui le rend assurément bien supérieur à celui qui cède à une douleur atroce.
Maiss'ilestcertain qu'une nobleflertéou un noble orgueil a beaucoup de mérite aux yeux de tous les cœurs capables d'apprécier les grandes choses et les belles actions, il n'en est pas moins vrai, je le répète, que les funestes effels d'un sot ou fol orgueil sont évidents ; ils retombent sur l'orgueilleux comme sur tous ceux qui l'approchent. Il est la première victime de sa folie, parce que, plein de luimême et prétendant se suffire, il i.e peut avancer ni se perfecliouner.
Sous ce rapport, nous ferons observer, en terminant, que l'orgueil est le principe du mal; et, ce qui en esl la preuve, c'est qu'il se trouve mêlé aux diverses infirmités de l'âme: il brille dans le sou ris de l'en vie, il éclate dans les débauches de la volupté, il compte l'or de l'avarice , il étincelle dans les yeux de la colère, et suit les grâces de la mollesse (Chateaubriand.) Ce qui doit êlre un motif déterminant de l'étouffer dès qu'il se montre, quand rien ne le justifie el ne le rend pardonnable.
OSTENTATEUK, Ostentation (défaut).— L'ostentation, disions-nous ailleurs (art. Faste),est un seniimentde vanité qui nous porte à faire parade de nos qualités, ou de nos talents, ou de nos actions. Elle met en jeu la jactance ou cette intempérance d'estime de soi-même que bien des hommes ont, el qui les pousse à ne parler que d'eux-mêmes dont ils élèvent le mérite et les vertus.
Quand cette vaine gloire est fondée, on sourit de pitié en écoutant les louanges que chaque os tentateur débile sur son propre compte; mais si elle se trouve mal fondée, en le rendant le jouet de sa folie, elle le couvre de ridicule aux yeux de tous.
L'ostentation décèle, en général, dans l'individu qui selarguede ses qualités, des vertus ou des talents qu'il possèdeou croit posséder, une ignorance profonde des usages du moud , un manque d'éducation. C'est pourquoi nous devons tous éviter de nous montrer domines
PAR
f.Si
par ce défaut, dont les effets ne diffèrent en (Toi/, ce mol), et que l'on combat parconsèrîen de ceux qu'on attribue à la Vanité quenl avec les mémos armes.
PARESSE (défaut), Paresseux. — Paresse est un mot qui a été considéré comme synonyme de fainéantise et d'oisiveté ; cependant , en les examinant séparément, on reconnaît que la paresse est un moindre défaut que la fainéantise. Comment cela ?dira-t-on : parce que le fainéant aime le désœuvrement, hait l'occupation, et fuit le travail; au lieu que le paresseux, sans les haïr ni les fuir, craint la peine, fait traîner l'ouvrage, et est lent dans toutes ses opérations. Le repos de la paresse a un charme si secret pour son âme, qu'il susp.nd soudainement les plus ardentes poursuites et les plus opiniâtres résolutions. [La Rochefoucauld.)
Et pourtant, si les paresseux et les fainéants réfléchissaient un instant que rester oisif, alors qu'on peut s'occuper d'une manière honnête et utile, est un désœuvrement condamnable, qui fait du tort soit à la société, qui est privée de tout le bien qu'ils pourraient faire s'ils étaient occupés , soit à euxmêmes , l'oisiveté étant la mère de tous les vices, et conduisant par une pente bien douce et par cela même bien funeste à la déconsidération et au mépris ; s'ils se pénétraient fortement de celle vérité, que rester oisif, alors qu'on pourrait travailler an bien commun ou pour soi, c'e t agir contrairement aux devoirs de l'homme el du citoyen, dont l'obligation générale est d'être bon à quelque chose par la volonté du Créateur, les uns et les aulrcs ne voudraient pas, j'en suis certain, se trouver au-dessous de l'abeille industrieuse, du castor laborieux, de l'intelligente hirondcl.e, do la prévoyante fourmi , etc., etc.
Les peuples de l'antiquité étaient tellement pénétrés de ce principe, que rien ne pouvait dispenser un ciioyen de se montrer actif et occupé; et c'est pour prévenir les suites fuuesles de l'oisiveté que les législateurs firent dés lois contre les oisifs. Aussi, en Egypte, à Lacé Icnioue, etc., tous les hommes, depuis le plus grand jusqu'au plus petit, étaient obliges d'aller déclarer au magistrat de quoi ils vivaient et à quoi ils s'occupaient.
Il serait à désirer que des lois aussi sages fussent imposées à tous les peuples, et qu'il ua fui plus permis à personne de pisser sa vie sans se livrer à quelque occup itioo honnête de corps et d'esprit. Ce serait rendre un très-grand service à la plupart des riehes et des grands personnages qui périssent d'ennui les trois quarts du jour, tandis qu'ils pourraient, pendant ces moments perdus, Paire un bien infini à l'humanité. Avec de pareilles lu. s, la justice n'aurait pas à sévir
si souvent contre les voleurs et les scélérats, qui le plus souvent ne se laissent entraîner ou crime que parée qu'ils restent trop longtemps oisifs. Il c'est ce qui explique com-
ment on a pu dire de la paresse qu'elle est ennemie de toutes les vertus el donne entrée à tous les vices ( Malebranche) , qu'elle est l'oubli de la vie, ou du moins des devoirs qu'elle impose.
Du reste, ce qui fait le danger de la paresse, c'est que, de toutes les passions qui nous oppriment, elle est la plus inconnue au paresseux lui-même ; elle est la plus lyrannique et la plus maligne, quoique sa détermination soit insensible et que les dommages qu'elle cause soient toujours cachés. C'est pourquoi, si nous considérons attentivement le pouvoir de la paresse, nous verrons qu'elle se rend en toute circonstance maîtresse de nos sentiments, de nos intérêts et de nos plaisirs.
Et comment en serait-il autrement, puisque, pour ceux qui ont éprouvé les douceurs de la paresse, celle-ci est comme la béatitude qui le console de toutes ses perles et qui lui tient lieu de tous les biens? (Lu Rochefoucauld.)
Quoi qu'il en soit, le paresseux se décèle par son a r morne, son regard pesant, sa démarche nonchalante et la lenteur habituelle de ses moindres mouvements; il sue d'être en repos. Le seul moment de la journée où l'on surprenne en lui quelque agilité, c'est lorsqu'il s'agit de se mettre au lit : alors véritablement il se hàle ; en un clin d'œil il est déshabil é, Couché, endormi. Son sommeil , du reste, est 1 ng el profond ; son réveil est lent et difficile, sa toilette inlermin ib!e, et pourtant dans un désordre qu'accompagne presque toujours un certain vernis de malpropreté. — Ceci s'observe aussi chei quelques individus fort occupés, les gens de lettres, par exemple, qu'il ne faudrait pas confondre avec le9 paresseux : il est vrai que, contrairement à ces derniers, leur toilette est bientôt faite. Du reste, de tons les humains, le paresseux est sans contredit celui qui savoure le mieux la perle du temps, et qui possède le moyen le plus certain de ruiner sa famille ou de la laisser dans la misère. C'est aussi un être énervé de corps et d'esprit, généralement gourmand, joueur, débauché, égoïste , irrésolu , sans ordre, sans exactitude, sans parole, et aussi ennuyé qu'ennuyeux.
En quoique genre que ce soit, vous ne le verrez jamais qu'un homme nul , ou tout au plus médiocre, parée que, pea soucieux du présent, et remettant tout au lendemain, il reste toujours avec l'envie de faire quelque ch ise.
Aussi la société n'a-t-cllc rien de bon à attendre du paresseux : c'est un frelon dans uoo ruche. Citoyen inutile cl sou venta charge, il m uirra t comme il a vécu, sans qu'où s aper. ùl de soi passage sut la Ici re, si les tires ou l'extrême besoin ne lui donnaient parfois l'énergie el la triste célébrité du crime. C'est
PAR