‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 16 sur 251 · AMR · texte numérisé non relu

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la rue qu'un enfant avait clé écrasé so>js les pieds d'un bœuf. Comme elle avait d'autres enfants, elle eu lu ne grande crainte que ce ne fût uu des siens. Dès ce jour le nourrisson fut atteint de convulsions, et la femme d'une dartre à la jambe droite, qu'elle garda pendant dix-huit ans, c'e.-.t à-dire jusqu'à la mort. »

On le voil par ces exemples, que je pourrais multiplier : les effets de la crainte peuvent être assez puissants pour eccas on eides maladies ;il ne faut donc jamais user d'un pareil moyen, même comme correction d'une faute grave.

ALLÉGRESSE (sentiment). — L'allégresse est une j'oie éclatante et générale qui vient d'une cause subite et inattendue, c'est-à-dire de l'annonce d'une nouvelle importante ou de l'accomplissement d'un événement qui nous satisfait pleinement. Voy. Joie.

AMABILITÉ (qualité, vertu), Aimable.

— Etre aimable, c'est réunir en soi les vertus et les qualités indispensables pour plaire et se faire estimer pour se faire aimer.

D'après cela, Yamabilité, loin d'être une vertu simple, serait constituée au contraire par l'assemblage de plusieurs vertus: la réunion de la franchise, de la prévenance, de la politesse, delà complaisance, de la douceur, de l'affabilité et même de la bienfaisance; nul ne méritant le litre d'aimable, s'il ne réunit en lui toutes ces qualités, ou du moins le plus grand nombre d'entre elles.

C'est donc ciluilà seul qui l'aura mérité, ce titre, qu'on doit proposer pour modèle à la jeunesse, toujours si désireuse de plaire , toujours si disposée à imiter ces faux aimable* qui, jouissant ordinairement de la plus grande faveur auprès des femmes frivoles et légères, sont géuéralemcnl recherchés par les jeunes gens.

Mais à quoi donc pourrait-on les reconnaîlre? En étudiant avec soin s'ils possèdent ou non les qualités et les vertus que j'ai dit constituer la véritable affabilité, et de plus, à l'indifférence que les faux aimables aficcieut pour le bien pu!. lie, à leur ardeur de plaire à loules les sociétés où leur goût et le hasard les jettent : ils sont piêts à en sacrifier chaque pa ticulicr pour y mieux parvenir. .

Si on les suit, si on observe leur entourage, on découvre aisément que personne ne les aime, mais que tel qui les méprise, les recherche pourtant quelquefois, à cause des agréments qu'ils procurent.

C'est un malheur vraiment déplorable pour rituuiaui é qu'il en soit ain«i , et que tous les homêles gens, loules les. femmes raisonnables ne se réunissi ni pas pour repousser de leur société ces soi-disant amiables, ces aimables de cour ou de salon, comme on les appelait ironiquement autrefois, qui, quoique paraissant toujours occupés des autres, ne sont satisfaits que d'eux-mêmes; el qui, dominés par le désir immodéré d'amuser ceux-là même dont ils font souvent le moins de cas, mais qui ont la bonhommie de les écouler et de les applaudir, immolent même

leurs amis les plus intimes à la satisfaction de leur amour-propre.

Aussi dissimulés que dangereux, ils mettent, presque de bonne foi, la médisance et la calomnie au rang des amusements permis, sans s'inquiéter s'ils onl d'autres effets. Malheur à qui les hante , el plus malheureux encore celui qui \eut les imiler! Il pourra comme eux amuser et plaire un instant, obtenir le litre d'aimable, mais à quel prix , hélas!

Soyons donc vérilablemrnt aimables, s'il est possible; efforçons-nous du moins de le devenir, et nous obtiendrons nécessairement , tout à la fois, les avantages de la vraie el de la fausse amabilité, sans avoir à redouter les fâcheux inconvénients attachés à celle dernière.

AMBITION (senlimenl passionné), Ambitieux. — Qu'un homme soit gouverné par le désir immodéré de sortir de sa sphère et de s'élever au-dessus des autres par ses (aïeuls et non par l'intrigue; que, dans le but d'obtenir des distinctions honorables, un posle important , de la gloire , la fortune el tout ce qu'elle donne , aujourd'hui que la richesse tient lieu de tout pour le plus grand nombre, on dira qu'il est ambitieux. El ou applaudira à son ambition, si, par sa capacité et son mérile, il justifie ses prétentions.

On le louera surtout si, dans les démarches qu'il fait et toutes les peines qu'il se donne pour atteindre le but auquel il aspire, il ne s'écarte en rien des règles prescrites par la plus stricte loyaulé et la plus grande délicatesse.

L'ambition a.insi considérée, loin d'èlro une passion mauvaise, est au coniraire une passion nécessaire ; car, que deviendraient la science, les arls , l'industrie, etc., si les hommes étaient tous sans ambition? Les verrait-on jamais concevoir un projet d'une exécution difficile et avoir les forces et la patience nécessaires pour l'accomplir? Non, sans doute; et l'ambitieux ne sera poinl coupable aux yeux même de ses livaux, si, en les surpassant, il resle fidèle aux lois de l'honneur et de la probilé.

L'ambition est toujours uli!e quand elle a un bul honorable; elle esl de toutes les époques , elle contribue au progrès ; seulement, eile a plusieurs degrés, et, comme l'a Irèsjudicieusement fait observer M. Saint-Marc] Girardin, elle ne s'élève pas toujours à la même hauteur. H ne faul donc pas l'approuver loujours el quand même.

Ce n'est pas tout, et je crois l'avoir déjà fait pressentir, non-seulement l'ambition domine l'homme capable el honnête, mais la médiocrité conçoit, elle aussi, les jouissances qu'el'e doit piocurer. Et alors combien de moyens coupables n'emp'.oie-l-c!le pas pour arriver à ses fins! que d'intrigues n'ourclil-cllc pas! que de bassesses ne fait-elle pas pour parvenir! Il faut paraître non pas tel qu'on esl, mais tel qu'on nous souhaite : bassesse d'adulation, on encense et on adore l'idole qu'on méprise; bassesse de lâcheté,

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il l'an t savoir e suyer dis dégoûts, dévorer (rouble, el mourut avant le temps, à cin-

des rebuts, et les recevoir presque comme qoante-huit ans.

des grâces; bassesse de dissimulation, point Oue l'on compare celte vie à celle de Newde sentiments à soi et ne penser que d'après ton, qui vécut quatre-vingts ans , toujours les autres; bassesse de dérèglement, deve- honoré et toujours tranquille; toujours la nir les complices et peut-être les ministres lumière de tous les êtres pensants, voyant des passions île ceux de qui nous dépen- augmenter chaque jour sa renommée, sa relions, cl entrer en part de leurs désordres putalion, sa fortune, sans avoir jamais ni pour parlicij er plus sûrement à leurs grâ- souri ni remords; et qu'on juge, après, leces; enfin, bassesse même d'hypocrisie, em- quel a été le mieux partagé. {Voltaire.) — pruiiter quelquefois les apparences de la Donc, l'ambition peut tout à la fois conduire piété , jouer l'homme de bien pour parvenir au bonheur et au malheur. et faire servir à l'ambition la religion même Cette vérité n'a pas besoin aujourd'hui tjui la condamne] Ce n'ist point là une pein- d'être démontrée; l'histoire est là qui nous turc imaginaire, ce sont les mœurs des cours enseigne, entre autres faits, que le vainqueur et l'histoire de la plupart de ceux qui y vi- de l'Asie, Alexandre, dès l'âge tendre montent.'Bref, la plupart des ambitieux saeri- Ira i'u dégoût pour les plaisirs frivoles; il tient tout, el jusqu'à l'h tr.ncur même à leur avait des saillies pi ines de vivac lé et de péclévation. Elc imment ne le lui sacrifieraient- tu'auce pour des objets politiques, des élans ils pas, du moment où, capables de tout pour impétueux d'impatience vers la carrière de se satisfaire, la fin, à leurs yeux, justifie les l'ambition et de la gloire, une prédilection moyens, et le crime qui les exalte devient pour une vie dure cl austère, le corps agile. une grande action! Du reste , c'est par celle el très-dispos, une ardeur pour tout exercice passion que le prince du mal a tenté le pre- propre à le faire exceller dans l'art de la mier homme : Tu deviendras semblable à g erre, une fermeté précoce et une résistance Dieu, lui a-t-il dit; comme lui lu régneras et inexpugnable, si on employait la violence et tu ne mourras point. El Satan lui-même est 1 >. force, mais aussi une facilité à céder aux tombé, par le désir d'Olie é^ al à Dieu el de voies de la douceur cl de. remontrances amimonter à sa place. cals; une avidité insatiable de s'instruire

Il faut d. iv qu'il y ait dans la puissance dans ks sciences et de posséder même excluune sorte de fascination , puisqu'on peut lui fument les plus élevées et les plus abslran sacrifier justice, scié reconnaissance, les. A sou avénernsnt au trône, à vingt ans, amour, pieté, tout ce qu'il 5 a de doux et de *™ <* orage? le menacent I Puissance chaqsacré dans le cœur, et qu'en général ceux ™'anle au ,.deiIan ' formidables au qui l'onl une fois goûtée ne peuvent s'en «çhors.nalio-is vaincs impatientes du jOUg, rassasier et la regrettent toujours après l'a- <'1 »•« f. aGrè.c« £•«•»«" ^ * effervescence .... J ' ou plutôt de rétolle. Alexandre trouve toutes ''' ' ses ressources dans la magnani.niié et l'au-

C'cst une grande calamité pour une epo- (iil0 , Il tombe, avec la rapi i;é de l'éclair, que quand l'ambition y devient générale. Slir |e9 rebelles qui I' voisinent, défait le C'est le signe avanl-oureur de la disso.u- roi (le, THbilliens en bat.' . et le lio.i; car la socié é ne subsistant que par resic de sa vie n'est plus qu'uu enchaînement l'ordre, el l'ordre demandant une hiérarchie, a.c iriomphes : explosion «olcanique de sa il n'y a plus d'obéissance possible la ou tout venRCance coulre la ville de Thèbes; ascenle monde aspire a commander. Alors per- (!a„i in-ésisiib'.c de son giMiic el d.' sa sogesse sonne m- veut plus res:era sa place, chacun sur |OU,eg [es républi pies de la t.rere; presdé-ire monter, e! l'agitation règne à tous les senliment profond de la conquête du mon. le, degrés de la sociéié. lel esl nuire état pre- UNL.(. „„ gentiment d'admiration pour la pauterit : de l'avancement, voila le en de no:re VTel$ volontaire de Dio| ène; passage du t'.rajne, et c'est ce <iu'on appelle aimei le piqUe à la léle de son armée, et l bre essor progrès! On veut avancer pour avoir plus duujié à la valeur la plus bouillante cl la ■l'argent, plus de pou\oir, et on veut I un cl p|us impétueuse dans une action décisive; l'antre pour jouir, lous veulent s'élever, modération dans la victoire; «-.iras génère, briller: on s'élapce avec ardeur, reux e) respecl pour les princesses prison-; on s'élance dans le vicie pour retomber dans uières; les suires non interrompus de sesi l'abi armées dus autant à ion courage qu'à la po-

Ainsi, l'ambition, suivant qu'elle aura 1. 1 litiquo la plus profondément combinée; enbut el emploiera tels moyens bons ou niau- lin, l'exécution très-avancée du projet ta vais, fera le mérite do l'ambitieux ou constj- plus vaste fi le plus philosophique q l'on ait luira pour lui un défunt. El si €-11 c lui pro- jamais conçu , celui de civiliser les nation»

chic parfois les avantages de la réussite elle les plus sauvages de l'Asie et de irauspoi 1er

peut, même dans ce cas, altérer son bonheur les arts, les sciences el les mœurs de h

par bien des tourments, troubler sa joie , Grèce jusqu'aux dermèies lim les du globe,

abréger le lerme 'le ta vie. Voyei Cromwel, Bile nous enseigne aussi, l'histoire, que

venu de si l as et monté si haut : fui il Ihu 1 ulei les belle* actions de César « furent al-

reus avec s.i fortune et les grands talents lérées el cslouffécs par celte furieut» pa

qu'il possédait? Il vécul pauvre cl Inquiet ambilieuie, a laquelle il se lassa si 1 ri

iuisqu a l'âge de quaranle-troii ans; il te emporter, qu'on peut aisément maintenli

h 1 dans le sang, passa sa fie dans le qu'elle leuait le timon et le gouvernail d.

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toutes s* s actions. D'un homme libéral, clic; fortune ri le pouvoir lui refusent leurs fa-

en rendit un voleur public, pour fournir à veurs. Dans ce cas, l'obscurité de son nom

celle profusion et largesse, et luy fit dire ce l'importune; il aime mieux périr, pourvu

vilain et très injuste mol, que si les meschans qu'il fasse ilu bruil en tombant, que de vivre

et perdus hommes du monde lui avayent été ignoré. Ayant autant de maîtres qu'il y a de

fidclles au service de son agrandissement, il gens qui peuvent lui être utiles , mais ne

les chérirait et avancerait de >on pouvoir voulant de bien qu'à soi seul, il tâche de

aussi bien que les gens de bien. Sunme toute, persuader aux autres que c'est l'intérêt d'un

ce seul vice, à mon adv>s, » ajoute Montai- chacun qui l'anime, afin que tous lui eu fas-

gne. que nous citons ici, « perdit en luy le sent en le servant. Souple et flexible suivant,

plus be)u et le plus gr.ind naturel qui fut les circonstances, hardi dans la conception

onques, et a rendu sa mémoire abominable d'un projet, constant et infatigable dans son

à tous les gens de bien, pour avoir voulu exécution, tantôt plein de courage, d'audace

chercher sa gloire dans la ruine de son pays, et d'activité, tantôt humilié ei rampant, il a

cl subversion de la plus puissante et fleuris- enrichi l'histoire de sa vie, féconde en gran-

sante chose publique que le moiu'e verra ja^ des vertus ou en grands crimes ; il a été l'ef-

mais. » froi ou l'admiration de l'univers, et son exis-

Llle nous enseigne enfuit l'histoire, que tence, le plus souvent de courte durée, je l'ambition domina Alexandre, Scipion, Pom- l'ai déjà dit, a été presque toujours marquée pée, et que c'est pour n'avoir pu r es ster à au coin de la gloire ou de l'horreur, ses entraînements, que Bonaparte, après En un mot, l'ambitieux n'a ni liève ni reavoir agrandi l'auréole de sa gloire à l'égal pos, et unissant la dissimulation la plus prude celle des plus valeureux capitaines et des fonde à la persévérance la plus opiniâtre, il plus grands conquérants, fut réduit enfin, arrive où il peut et comme il peut. Aussi l'a-> de chute en chute, à n'avoir plus qu'un ro- l-on comparé à un hanneton qui vole en cher pour abri. tournoyant attaché à un fil. En d'autres ler-

L'amhilion diffère de tous les autres sen- mes, celui qui est entraîné par ce vice ne timents passionnés, non - seulement parce jouit de rien, parce que toujours ce qu'il déqu'elle les domine, mais surtout à cause de sire lui fait dédaigner ce qu'il possède. Il ne sa persistance. Cela tient à ce que ces senti- jouit ni de la :;loire qui lui paraît faible ; ni ments et l'amour lui-même ont quelque des honneurs qu'on lui rend, parce qu'il en chose de sensuel ou matériel que la posses- imagine de plus flatteurs; ni de sa puission ou les obstacles affaiblissent et étouf- sauce, parce qu'il voit des hommes plus puislent ; au lieu que L'ambition étant une pas- sants que lui. Il e>l misérable dans le bonsion toute spirituelle ou in. matérielle, n'est heur même, indigent au milieu de l'abonpoinl capable de satiété : elle s'augmente par dance : c'est Alexandre, maître du monde, et la jouissance, et ne s'éteint jamais. regrettant qu'il n'y ail pas un autre univers

Lorsque nous marchons dans la campa- à conquérir : c'est Aman, favori d'un grand

gne, nos regards sont bornés à l'horizon par roi, plus puissant que son maître, et néan-

un cercle qui se recule à mesure que nous moins malheureux, parce que le seul Mardo-

avançons. Les enfants croient pouvoir arri- chée refuse de fléchir le genou devant lui.

ver à ce cercle, mais les hommes sages sou- Maintenant le peuple est roi, dit-on: pau-

rienl de leur simplicité. Tel est l'horizon des ne roi ! que les ambitions des grands appau-

ambilieux : toujours il s'agrandit, toujours il vrisseut et mutilent ; il applaudit à la comé-

fuil devant eux, et rien cependant, tant ils die que jouent ses maîtres, et il ne gagne à

sont aveugles, ne ralentit leur course. ce spectacle qu'ils donnent à ses dépens, que

Ainsi, je le repèle, lundis que les autres de s'associer à leurs mauvaises passions,

sentiments passionnés se calment par l'ac- L'ambition descend du faîte vers la base de

quisilion du bien qu'elles poursuivent, l'uni- la société, elle soufile dans les masses ses ar-

bition, au contraire, s'accroît à mesure deurs dévorantes. Celles-ci s'ébranlent, s'a-

qu'on cherche à la satisfaire: semblable en gîtent , triomphent, el ce sont ceux-là même

cela à la soif des hydropiques que rien ne qui onl fait lo moins à qui revient la plus

prut étancher. grosse part de gloire et de grandeurs.

Veut-on avoir une idée d.' l'influence que LTn forcené assassine Galéas, duc de Mi-

l'ambilion exerce sur tous les ambitieux? tau, et s'écrie eu souffrant le dernier sup-

voici les principaux traits de leur caractère. plice : « Si ma mort esl cruelle, ma renoui-

L'anibilieux ne jouit do rien : ni de sa niée est sûre, el la postérité gardera la me-

gloire, il la trouve obscure ; ni de ses places, moire de ce que j'ai l'ail. »

il veut monter plus haut ; ni de sa pr spe- Pourquoi donc les hommes lourmenleiil-ils

rite, il sèche et dépérit au milieu de son ainsi leur existence '? Ne sont-ils donc jamais

abondance; ni des hommages qu'on lui rend, convaincus que toutes ces vanités de l'amhi-

ils sont empoisonnés par ceux qu'il est lion ne peuvent rien pour le bonheur? Le

obligé de rendre lui-même; ni de sa f.iveur, passé n'esl-il pas là tout o ilier, attestant les

elle devient amère dès qu'il faut la partager désastres de l'ambition? De tout ces noms

avec ses concurrents ; ni de son repos, il est jetés à l'avenir par les ambitieux de tous les

malheureux à mesure qu'il est obligé d'être siècles, combien eu est-il qui surnagent ?

plus tranquille. L'ambitieux est donc tort à Les plus glorieux pâlissent au bout de quel-

plaitidrc, alors même qu'il devrait être heu- ques années, de nouveaux événements oce i-

reux, Mais il le sera bien plus encore, ti la pont l'attention du monde, cl après un siècle,

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lout ce qui s'est passé Je mémorable n'existe plus que d'une manière vague el confuse dans la mémoire des hommes. L'ambition force tellement toutes les lois et la conscience même, disent les docteurs de l'ambition, qu'il faut êlre partout homme de bien et perpétuellement obéir aux lois, sauf à ce point de régner, qi:i seul mérite dispense, étant un si friand morceau qu'il vaut bien que l'on en rompe son jeûne. S'il faut violer la loi, disait Suétone, il faut la violer pour régner ; en touie autre chose respec- (ez-la religieusement : Si violandum est jus, regnundi causa viul&ndum est ; in cœteris pietalem colas.

L'ambition foule et méprite encore la révérenceclle respect de la religion, « témoins Hiéroboam (Jéroboam), Ma bu met (Mahomet), qui ne se soucie de toute religion mais qu'il règne , et tons les hérésiarques qui ont mieux aimé être chefs de pa:ti en erreur et menterie avec mille désordres qu'estre <liciples de vérité : doit a dit l'Apôtre; que ceux qui se laissent embabouinés à cette passion el cupidité, font naufrage et s'égarent de la foi. et s'erabarassenl en diverses peines. « Bref elle fore • el emporte les propres loix de li nature: les meurtres de parons , d'enfans , de frères sont venus de là : lémoins Absaiom, Abimélecb, Alhalias, Romulus, Sci, roi des Perses, qui tua son père et ses fi ères ; Soliman Turc, ses deux frères. Ainsi lien ne peut résister à la forte de l'ambition : elle met lout par terre : aussi est-elle hautaine, ne loge qu'aux grandes Ames, voire aux anges.

« L'ambition n'a point de bornes ; c'est un gouffre qui n'a ni fond ni rive; c'est le vide que les philosophes n'ont encore pu trouver en leur nature; un feu qui s'augmente avec la nourriture qu'on lui donne, lin quoi elle pave justement son maître; car l'ambition «si juste seulement en cela, qu'elle suffît à sa propre peine, el se met elle-même en tourmente. La roue d'Ixion est le mouvement de ses désirs qui tourne;. t et retournent continuellement du haut en bas , cl ne donnent aucun reposa son esprit. » [P. Charron.)

Le phjsi oe se relent lui-même de cette influence, el si l'on considère l'ambitieux pendant qu'il ré\e et médite ses projets, sa lêle, légèrement inclinée sur sa poil ri m* ; ses sourcils, abaissés el rapprochés du côté du nez; son front, laboure en bas par des rides profondes, qui vont se réunir toutes à l'épine nasale; ses paupièri s, médiocremenl ouvertes; son oei , lixe el i" Mme rempli d'une espèce de vague et qui semble regarder tant rien %oir; la lèvre inférieure, contractée et poussée en haut vers la lèvre supérieure, contre laquelle elle s'applique fortement : lous <s traitsen général , contractes et roidis, annonceront toute, l'activité d'une âme qui COU! bine ses efforts.

lit c'est parce que l'âme de l'ambitieux est continuellement ai ù\ e i I inquiète; c'est parti ) Tissot rappoi le qu'un maglsli

Uinil ;,u\ |ii,-,|5 ,](■ ion heureux. COtll ni I Bill SU IUO

ce que l'activité cérébrale qu'elle met continuellement en jeu, constitue une sorlede monomanie, que l'ambitieux ne parait avoir des yeux que pour l'objet de ses désirs: indiffèrent aux scènes les plus riantes de la nature, c'est à peine s'il s'aperçoit du renouvellement des saisons; le printemps même n'a aucune grâce à ses yeux ; les \ins, les mels les plus exqus sont p ur lui sans saveur comme sans attraits: son sonim il est court et troublé; il prend ses repas à la hâte et d'un air réeur; on dirait qu'il craint de dérober à si passion les instants nécessaires pour réparer ses f >rces épuisi e-. Que doit il en résulter? (Joe l'homme en proie à celle passion a bientôt le teint pâle ; ses sour; ils se rapprochent, ses yeux se retirent dans leur orbite, son regard devient mobile et soucieux, ses pommettes saillent, ses tempes se creusent, cl les cheveux lombent ou blanchissent avant le temps. Dévoré par celle activité que rien ne las^e, l'ambitieux est presque toujours essoufflé, comme un homme qui gravirait péniblement une montagne ; loin de dilater doucement son cœur; l'espérance même lui fait éprouver des palpitations douloureuses et une cruelle insomnie. Aussi son pouls est-il habituellement fébrile, son haleine brûlante, ses digestions imparfaites, la nutrition incomplète; toutes ses fonctions, en un mot, sont tellement troublées, que l'individu maigiii el se consume toujours davantage. Qu'on me donne, disait Voung, l'homme le plus robuste el de la sauté la plus florissante; l'ambitio i en fera bientôt une ombre pâle el décharnée : heureux encore si, déçu dans sou espérance et toujours plus passionné pour celte tille des désirs et de l'insatiable cupidité qui, comme un poison subtil, mine sourdement sa vie cl abrège la durée de ses jours, cet homme arrive enfin au lerme de son existence, sans aveir complètement perdu la raison : une ambition exaltée et trompée produisant quel' ()uilois l'aliénation mentale, (l'uni, Etquirol.) Je dis quelquefois, et c'est tap/ us souvent que j'aurais du écrire; car si les palhologistes ont signale l'inflammation aiguë ou chronique des organes digestifs, les cancers de l'estomac ou du foie, les lésions organl ques du coeur el l'a pople iecéré raie I ) comme étant des terminaisons très fréquentes de l'ambition , ils uni remarqué aussi que la terminaison la pus ordinaire de celle passion est la mélancolie, et surtout la monomanio amb lieuse. Visite/ les asiles consacres au

Irait ment des aliène-, cl vous verres avec étonncineiil que les malheureux qui se

ci oie al de\ en us génei .10 % . ministres, soin eranis , |iap ■• et DlCU même, y sont CD Irèsgrand nombre.

L'ambition, ai-je dit, esl louable, honnête, nécessaire ; dans ce cas, il faut l encourager , est-elle au contraire blâmable, 011 doit alors, l'il esl possible, la réprimer, l'étouffer. Mais bonne ou mauvaise, il 1 on vient toujours d'en

m 1 ni ou il voulut >'appro< lier poui la féliciter de l'a va cinporU ur lui dans une élection popul tire.

).v; A.MB Aiin loS

modérer les élans , loul en ne se dissimulant talion habituelle (tout est contagieux pour

pas que rien n'est plus difficile à diriger et l'homme), il finira parse convaincre quegloire

a conduire qu'un ambitieux. Pourquoi? par- et bonheur ne sauraient s'allier ici-bas et

ce qued'une paît la puissan e de ce senti- que la plupart des ambitieux ne sont que de

nient subjugue et entraîne la raison de malheureux esclaves qui uni péniblement

I homme ; et d'autre pari, parce que Tarn- gravi ta route difficile de la vie p ur arrivera

binon se portant suc autant d'objets divers (a mort avec plus de bruit, mais avec de plus

qu'il y a d'individus passionnés pour elle, grandes infortunes que les aul: es hommes,

ou ne peut savoir, sans une bien grande 3° Avons-nous à combattre l'ambition ch i

connaissance du cœur humain, quel est le un individu placé pendant longtemps sur un

sentiment opposé qu'il s'agirait de dévclop- grand théâtre; mineur adroit, « attaquons la

pi r en son âme pour le guérir de sa passion, place avec les plus grandes précautions.

C'est dune chaque fois une nouvelle élude à Portons d'abord l'activité de noire mal. nie.

faire , et encore faul-il y être appelé. Pour sur d'autres points, et lâchons de l'y fixer;

faciliter celle élude, nous devons élre préve- créons-lui insensiblement u;ic habitude d'e-

nus que si l'instinct qui nous porte à nous motions nouvelles qui diffèrent do ses é.i.o-

agrandir n'est aucune part si sensible que lions anciennes. Quand nous aurons opéré,/

dans l'ambition, il ne faudrait pas i ependant si nous réussissons enfin à opérer celle'

confondre tous les i mblieux. Les uns alla- heureuse diversion, alors, seulement alors

ihent la grandeur solide à l'autorité des em- nous pourrons commencer l'ai aque avec

plois ; les aulres, aux grand s richesses; succès. Sinousvouiionsrélrécirsoudaincmenl

certains, au faste des litres, elc. ; plusieurs le cercle de ses idées habituelles, nous com-

allanl à leur bui par nul choix des moyens , promettrions infailliblement son existence,

quelques-uns par de grandes choses, et d'au- l'ambitieux étant comme un rourreur de

1res par les plus petiles : aussi telle ambition profession, qu'on lue bientôt si on le con-

csl vice, telle, véi lu, telle, vigueur d'esprit , damnoa unreposabsolu.

telle égarement et bassesse, elc. (Vajive- 4" On peut enfi.ii élre appelé à donner des

nargues.) On conçoit dès Lus, je le répèle, soins à un homme d'étal dé* oré d'ambition et

que ce qui conviendrait dans un cas, serait brutalement disgracié, sans aucun titre ho

préjudiciable dans un autre. iioriiique, sans aucune récompense qui le dé-

Toulcfois, quel que soit l'objol de l'ambi- dommage de ses services, et qui puisse encore

lion, il faut, quand elle est désordonnée ou nourrir sa vanité. Ce cas, q.:e le vulgaire ap-

malhciireuse, la combattre de. sa naissance, pelle éucrgiquemcul une ambition rentrée

si l'on veut le faire avec succès. A cet effet, est l'un des plus graves que vous puissiez

plusieurs préceptes généraux ont été posés; rencontrer : il se termine aOuvcuI par une

et par exemple : mort subite; d'autres foison fièvre cousotnp-

1 Ondoil, nous di(-on, ra poêler à Ictus les tive s'empare de ces malheureuses victimes,

ambitieux, et ils ne le seutironl que irop elles conduit an tombeau par une marche

eux-mêmes, que les peine» de la drrière du iciiç, mais douloureuse. Dans celle seconde

l'ambition commenccntdès les premiers pas ; lerm.naison, il ne reste guère au médecin

que bien des déceptions les attendent sur la moraliste que le rôle de consolateur. Hcu-

rouleet entraveront leur marcheavant. qu'ils reux alors celui qui peut se dire : Je suis

arriventà leur but; que, ce but atteint, de nou- parvenu à adoucir les derniers jours d'un

veaux désirs nai Iront en eux, et que, fussent- infortuné. La religion est un paissant remède

ils satisfaits, rien n'est plus difficile que de que j'ai vu plus d'une fois employer, avec

conserver la position qu'on s'est faite; que ce succès, dilM, Dcscurel(Médecine des passions),

serait par trop se flatter que d'espérer avoir çontie de pareilles blessures.

cet avantage, les succès que l'on a obtenus Dans le beau climat de la Grèce, lorsque

ayant poor ennemis la majorité des intérêts autrefois un infortuné se trouvail eu proie à

particuliers qui lous, n'ayant pas eu de loi c> lie passion dévorante, les prêtres d'Escu-

dans le résultai actuel du sort, demandent lape lui prescrivaient d'aller visiter les ruines

dès lors un nouveau tirage qui doit amener du muni Ossa. Son ardeur se calmait en con-

un déplacement presque continuel. Mais templant les gouffres épouvantables où furent

comme on ne peut guère compter sur ces précipités les Titans. Il écoutait le vain bruit

mo) eus qui, je le crois, n'onljamais détourné des vagues du Penée, qui s'élèvent avec fra-

peisonne de la voie ambitieuse, il faut : cas dans les airs cl viennent mourir au pied

2° l'aligner à propos l'ambitieux par des des rochers. Il ne lardait pas à secouvaiucro

Obstacles sans cesse renaissant; humilierson qu'il faut remplir avec calme sa destinée, et

orgueil, lui montrer le néant des oiijets qui que les jouissances inquiètes delà gloire son(

ta séduisent el l'incertitude des récompenses loin de valoir le pur bonheur que le sagq

qu'il attend ; mettre ensuite habilement sous goûle dans une parfaite sécurité.

ses yeux des individus dont la pos lion soit Tels sont les moyens proposé-;, el quelque-

beaucoup moins heureuse que la sienne; l'e- douteuse que sou leur cflicaciié, comme ou

loiguer des grandes villes, de la cour, el sur- ne risque rien de les tenter (tenture non

loui des parvenus; lâcher qu'il se lie d'amiliô nocet) ; comme l'amour des belles-lettres, des

avec des hommes coiitenlsde bursort, porlés arts libéraux, etc., rend ordinairement in-

& l'enjouement, à la bienfaisance clne voulant sensible â la cupidité, à l'ambition, et enflé*

pas, par mode-lie ou par circonspection , cbe souvent de les connaître ou d'en devenir

çlcvera un état supérieur. Parleur fréqueu- l'esclave, il n'est rien de plus rationnel que

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