‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 17 sur 251 · AMI AMI I · texte numérisé non relu

AMI AMI I

d'en conseiller la culture, soit à celui qui C'est lui qui, une fois décidé par la conve- H

montrerait de grandes dispositions à une nance d idées, de jroûls, de caractères, cl

ambition désordonnée, soit à tous ceux en surtout par un penchant commun vers hon-

qui ce sentiment est déj à dévoioppé. C'est le nenr et la justice, ne tient pu* compte de.

vrai moyen d'amortir, quand c'est possible, défauts, ne se laisse pas affaiblir par les eve-

le développement de celte passion dans celui- nemeuts, pari absence, pari infortune, s aug- •

ci de la dominer et de s'en rendre maître mente au contraire par toutes les épreuves

un' jour dans ceux-là. auxquelles le Créateur nous a soumis. 1 n

...... , „„„, lo. „,, am supporte les torts de son ami, les excuse

Il est un fait h s oriqnc sur lequel le, au- aime davantage. Il jouit de ses q« ilités

Uurs ne .ont pas «I acco d, el ou. a cause de J^*™^ e, „;,-. davantage. Son cœur est .eue dissidence d o -mu. is. mer lede trouver f . ,oujours= ,ccap6. Ccl état,

■ c; sa place ; .1 s'agit de décider s. la guerre douce el permanente, est p'ein

d'Auguste et d'Antoine, qu on rapporte a J "J,,^. Dl.s jouissPanCeS plus vives du

I ambition qu'ils Paient de. se rendre mattr« "c j ^J ^ ^

du monde, était on non uneff e de j , ou- , ^ sonl ^ paf ,

mc. Le commentateur de a ^efoncan I, , amertume qui les précède, les ao-

qui aval posé la question, rouve dans les pagneei les suit ; mais l'amitié constante

quelques m«..sdeCesar, que rapporte Suétone J.P J s-.,,im;n!o (,ue de jouissances

au sujet d Alexandre, une preuve ec latanle sfi J amerlume. (>„.

qu'.ln'ela.tmuqueparce.lern.erse.ime t. ^ am ^j henreux [wWs |es ^

Cet empereur lisant dans 1 histoire a mort J luMih.,ur d yous

du roi do Macédoine, et s écriant : Quoi, *..__„ .,,..., if, mam „,.rai a» vo, ,lCines

ince àlafleurdeson ^ ^Vn^i ël'ma" s? ssè „ ,n Vraïn pfais?r. ' '

fuefeml r/r ta»! de royn, ,,« el moi je nui Ce besojn <]o ,.â ,0lll!c 'ordinairement

encore rien fait ; montre par la qu 1 agis- sup |>é ,.|é ^ condilionSi liai( des rapports

sait plus pour sa propre gloire que pour derhuVur, des goûts, des esprits, et parfois

liuléêt du peuple romain, aussi du rapprochement de deux naturels

Je ne partage p.'s l'opinion du commenta- opposés qui se comprennent et se modifient

tour de la Rochefoucault : je trouve dans les i»un par |'aui,e

paroles i!e César le témoignage de son Une fois senti, il s'entretient par des atlen-

admiralion pour Alexandre, et l'ambition lions réciproques el une confiance sans ré-

d'a quérir une gloire pareille à celle de 8erve ; il augmente par l'estime, et devient

l'illustre guerrier. Peut-on appeler ce désir d'autant plus vif que l'on en apprécie davau-

de l'égaler jalousie? Quelle jalousie peut tage les douceurs elle prix. Ah t c'est que l'a-

inspircr on nom ine'qui n'est plus? milié aspire à la communauté complète non-

AMI, Amitié (bon sentiment du cœur). — seulement de fortune ci de destinée, ce qui est

« Le plus d 'U\ de tous les sentiments hu- extérieur, mais surtout de cœur, d'affection et

mains, celui qui s'alimente des misères el des de £OÛt ; on veul trouver dans un ami un aufaules, comme des grandeurs et îles actes Ire soi-même, y compter comme sur soi, pins héroïques; celui qui est de tous les âgps, qui quesurs ii,afind'y puiser au besoin delà conse développe en nous avec le premier sa :li- solation cl de la l'orée. Si les âmes sont unies ment de l'être, cl qui dure autant que nous; au fond, elles s'uniront seulement par le celui qui double el étend réellement notre reste, et de là les de| rés le l'amitié : suivant existence; celui qui renaît de ses propres le milieu où les cœurs se rencontrent, cendres et se renouvelle aussi serré el aussi Si c'est dans la foi, dans I a piété et d ms solide après s'être brisé, ce sentiment-là, c'est le sentiment du bien, l'amitié n une ba<o iné l'amitié, n (G. Sand.) bra niable , el élu prpnd plus d'élévation.

C'esl, en effet, ainsi que l'ont défini les ro- parce qu'elle a plus de fond. S: elle est I manciers, les poëtes et lous ceux qui cèdent sur une simili u le d'esprit, <l i itelligencc, de auxenlrainemeulsd'uneinia ination exallée ; pensée, elle esl moins sûr , parce qu'elle est mais pour le philosophe qui voit bs « hoses moins intime, el qu'il \ entre plus de per<onel apprécie les sentiments avec le calme de nel et d'humain, les idées, s vues, le* penla raison, l'amitié est, à quelques exceptions secs étant île l'homme el chan e ml ave lui. près . le lien sympathique qui unit les âmes Si la correspon lance est dans I s a rodions [Pylhagore] par tous les charmes d'une allée- inférieures, dans '1rs goûls semblables, dans lion mutuelle, les porte rer el vou- la disposition de l'imagination , elle esl en-

loir réciproquement l'une à l'autre, cl sans core plus faiblo , car rien n'est plus varia- Intérol per n miel, tout ce qui peut contribuer ble que les sentiments qui \ ieunenl du lemau bonheur de la vie pré eut- et de la vie â péramenl el du la chair, et parloul où l'imavenir. ginalion domine, le caprice cl l'ambition ont

lai d'autres termes, l'amitié esl le mariage le dessus. de l'âme sujet au divorce ( Voltaire) ; el mieux Si enfin les volonté* onl été rapprochées encore , une confusion de d< u s, parles intérêts du moment, par des posi-

ires-lilue-, universelles. P. Châtre (ions analogues ou par des circon lances for-

I. initie, dit Lorenzu dans \/uis rg| |(> luîtes, ce sera un semblant, une ombre de premier sentiment que le Ciel ail accordé nu l'amiifé qui aura encore du charme lant U

c pur humain, cl il esl destiné a servir lui réalité esl belle, L'i lié a le plus ordinaire

même de compensation ans peines do la tic. ment une cause naturelle el tuul a fuit iudé"

SCI AMI A.\l! 162 pendante de noire volonté ; c'est une sympa- exemples. L'un des plus beaux est, sans ron- Ihie sui generis, qui se manifeste nu contact Ircdil, celui que raconte Lucien dans ses Dindes âmes ; c'est une sorte d'affinité élective loques.

par laquelle celles qui se conviennent se re- Eudamidas était pauvre; il avail deux cherchent instinctivement et s'unissentquand amis fortunés. Se sentant mourir, il les fit elles se trouvent. ses légataires. Son testament chargeait l'un lit pourtant, quoique l'amitié soit un he- de nourrir sa mère, et l'autre d'élever sa tille soin qui se l'ail très-vivement sentir, et an et de la doter. En cas de mort de l'un d'eux, des plus grands biens dont l'homme puise il substituait le survivant dans cet héritage jouir, on ne peut pas dire qu'elle soit une de l'amitié. A l'ouverlure du testament ly passion ; car, ainsi que madame de Slaél en eut explosion d'hilariié de la part des a'udia fait la remarque , elle ne nous Ole jamais leurs ; mais les deux amis s'empressèrenl de l'empire de nous-mêmes. Elle peut nous ren- l'exéculer. Celui qui avail pris la mère étant die indulgents pour les défauts de nos amis, mort, l'aulre s'en chargea, et plus 1,-ird il sans pour cela nous les dissimuler : tout le maria dans la même journée sa fille et celle monde est d'accord sur ce point. d'Eudamidas, leur laissant à chacune la moi- Mais un point sur lequel on ne s'accorde lié de sa fortune, pas également, c'est la durée de l'amitié. Le docteur Dubrcuil, à son lit de mort, Ainsi, tandis que les uns considèrent ce sen- nous a légué, un louchant exemple d'amitié, liment comme pouvant s'affaiblir, mais j :- L'intérêt qu'il inspirait avail conduit dans mais s'effacer complètement, les auties se son appartement quantité de personnes de plaignent au contraire de son peu de per- tout rang et de toute condition. Les pauvres sistance. pleuraient dans son antichambre. « .Mon ami, D'où vient celte différence d'opinions enlre dit-il à Pechmeja, qu'il chérissait avec tant les auteurs qui ont écrit sur l'amitié? Elle de tendresse, il faut faire sortir tout le me parait provenir de ce qu'ils n'ont pas monde ; ma maladie est contagieuse, il ne établi une distinction assez tranchée enlre les doit y avoir ici que toi. « (Alibert P. 11.) Toi vrais et les faux amis. Pourtant rien n'était seul, semblait-il lui dire, dois te sacrifier plus facile, et c'est ce que je vais faire. pour ion ami.

Quand l'amitié est réelle , l'homme goûte G>é,ajt ainsj comprenait l'amitié le diu» bonheur parfait a partager avec son ami c, vertueux de Thou.donl le dévouement tous les biens matériels qu il possède; .1 res- a Cinq-Mars fut aussi grand que généreux sent ses peines ses douleurs, ce qui es rend Ne ant lug ïivrcbcjoi 'é do°relui , moins ameres tout comme .1 double la joins- ,ui avait j„ ,r6 u„ seiltimenl si profond, de sauce de ses plais, ,s en les partageant avec ïhou sc remJit a Narbonne ou'se (rou ,|it lui. Adki a-l-H des consolations pour toutes Riche|ien . j, se dénonça lui-même à ce misesaffl.clions, des ressources pour toutes ses nistre [mpiacab]e, heureux d'adoucir la capmisères, une vie oui entière a lu. sacrifier. livilé ue so„ ami de ,., » Ces. pour cela qu .1 n est jamais coupable de marcher à la mort avec lui, de ne s'en sépanegligence et moins encore d abandon ; c est rer jamais 1 pour eela qu'il est toujours attentif à ses dé- «r •.<

sirs et les prévient; toujours vigilant à ses * °.lla co Ç110, Peut la "«"table amitié sur

moindres besoins auxquels il pourvoit ; c'est u".e .ame caPab e do la blen comprendre, et

pour cela enfin qu'il le soutient, l'encourage *0ICI comment la comprenaient a leur tour

cl l'excite dans ses travaux, qui! applaudit deux ',."mnies doilt la postérité la plus recu-

à ses succès, veille à son chevet, s'il est ma- 'e,c led'ra aveAc ■«"«>" lo nom cl la grandeur,

lade, et voudrai! mourir pour lui. L un< Marc-Aurèle, remerciait avec joie les

Aussi quel iresor qu'un ami véritable! dieux d avoir fait quelque bien a ses amis

Heureux celui qui l'a troue-!, dit VEcclésias- î*as .'" av.V"? ,roP , fait at'endre; l'autre,

tique. En effet, n'est-ce pas le plus grand de Uenn ..|V' al,a" au-devant de I ami dont il

t.os les biens qu'un ami sur lequel on peut croïa'1 avoir a sc plaindre. \ oie. le fait -,

compter connue sur soi , e.t mieux que sur Circonvenu par les ennem s de Sully et tes

soi, qui donnerait au besoin sa vie ? Son ami- siens, Hem i de Béarn était arrivé un jour à

lié est désintéressée, car son bonheur est île suspecter la fidélité de son ministre. Sully voit

faire le bien à celui qu il aime. Ses conseils le cœur du roi s'éloigner; d'un mol il eût pu le

sont toujours inspirés par son ailcelion, et ramener; mais fort de son innocence, ce mol

s'il se trompe, on es! certain du moins qu'il il ne veut pas le prononcer. Enfin, le monar-

n'a pas voulu tromper. On trouve en lui un que ne pouvant plus y résisler : « Sully, lui

guide que n'aveuglent pas les passions, el qui dit-il, vous n'auriez rien? — Quoi? — Sully

parle à son ami le langage de la sage-.se et n'a plus rien à me dire; eh bien I c'est donc

de la vérité. On sait que son dévouement est à moi de parler. » Alors il lui découvre soa

sans bornes, el qu'il n'abandonnera pas plu^, âme, lui retrace les combats qu'il a soufferts,

s'il peut, son ami aux coups du malheur, lui peint les douleurs qui l'ont déchiré:

qu'aux sarcasmes du monde. Rien ne sau- « Cruel, comment pouviez-vous laisser à vo-

uiit être comparé à l'ami fidèle; son attache- Ire ami le désespoir de vous croire infidèle! »

tuent est /■lus précieux que les richesses. Sully se jette aux genoux du roi : a Que

(lircli. vi, 13.) faites-vous ! lui dit Henri; relevez-vous, vos

La rentable anilié esl très-rare, el l'an- ennemis vous voient; «7$ croiront que je vous

tiquilé ne nous en a légué que quelques pardonne; ne leur donnez pas la satisfaction

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