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de bon, c'esl-à-dicc qu'avec do l'esprit e! du talent 0:1 peut être un parleur agréable.
Les femmes ont la langue flexible : elles parlent plus lot, plus aisément et plus agréablement que les hommes; on les accuse aussi de pari' r davantage, cela doit être : je changerais volontiers ce reproche en éloges : la bouche et les jeux ont chez elles la même activité, et, par la même raison, l'homme dit ce qu'il sait, la femme dit ce qui plaît. L'un, pour parler, a besoin de connaissance, et l'autre de goût ; l'un doit avoir pour objet principal les choses utiles, l'autre les agréables. Leurs discours ne doivent avoir de f.irme commune que celle do la vérité.
On ne doit donc pas contenir le babil des filles, comme celui de^ garçons, par celle interrogation dure : A quoi cela est-il bon ? mais par celle autrp, à laquelle il n'est pas aisé de répondre : Quel e/fet cela fera-t-il ? Dans ce premier âge, où, ne pouvant discernerencore le bien et le mal, elles ne sont les juges de personne, elles doivent s'imposer pour loi de ne jamais rien dire que d'agréable à ceux à qui elles parlent ; et ce qui rend la pratique de celte règle plus dilficile , c'est qu'elle reste toujours sub >rdonnée à la première, qui est de ne jamais mentir. (J.-J. Rou seau.)
A ce propos, je ferai remarquer que le bon esprit consiste- à retrancher tout discours inutile et à dire beaucoup en peu de mots, ce qui ne s'observe guère chez les femmes in-truites, qui, pour la plupart, disent peu en beaucoup de paroles. Cela provient de ce que, généralement, elles prennent la facilité de parler et la vivacité d'imagination pour de l'esprit ; dès lors elles ne choisissent point entre leurs pensées, elles n'y mettent aucun ordre par rapport aux choses qu'elles ont à expliquer; elles sont passionnées sur presque tout ce qu'elles di>e'U, et la passion les fait parler beaucoup : elles sont donc aussi coupables que la femme ignorante et grorsière, qui, elle aussi, parle longtemps pour le seul plaisir de dire des riens, fût-ce même des bêtises.
Il en sera de même du jeune homme , qui , s'il n'est pas égoïste, a cependant le primipal caractère de l'égoïsme, qui est de beaucoup parler de lui-même. 11 en parle vivement, et c'est pour lui un grand plaisir. Riais c'est toujours dans ses passions, ses désirs et ses espérances qu'il puise cette abondance d'idées si pressées de se répandre. Il fatigue à la longue les personnes qui ('écoulent, ce dont il ne s'aperçoit guère, d'autant qu'il t st tout à lui et qu'il n'écoute guère à son tour, à moins que celui qui lui parle ne soit l'objet de son affection la plus tendre ; alors c'est comme s'il s'écoulait parler lui-même. De la part de toute autre personne, il n'enlend rien citer, soit comme peine, soil comme jouissance, qu'il ne s'écrie aussitôt : Et moi j'en ai bien plus à dire 1 A l'instant ses récils commencent, et ils durent lout le temps que I on veut bien lui accorder. C'est ainsi que le jeune homme, toujours par l'effet d'une sensibilité très-vive, manque d'un talent b: a
essentiel en société, celui de foire parler les personnes .avec qui l'on se trouve, de les écouter et de se laire.
De tout temps on a considéré le bavardage comme un grand défaut. Je suis loin de le contester; cependant, je dois faire remarquer qu'il faut établir différentes catégories de parleurs, ce défaut, si c'en est un pour lous, ayant pour le coupable des circonstances atténuantes en rapport avec son intelligence et sa facilité. Je m'explique.
J'ai lu quelque part que Tcrrasson, à qui nous devons quelques axiomes fort spirituels et très-ju>tes à l'endroit des parleurs, disait : « Pour moi, parler beaucoup et bien, c'est le talent du bel esprit ; parler beaucoup et mal, c'est le vice du fat; et, par opposition, parler peu el bien, c'est le caractère du sage; parler peu el mal, c'est le défaut du sot. » Or, n'est-ce pas qu'on ne saurait considérer le talent du bel esprit el le vice du sot comme un même défaut : le défaut des parleurs?
Toujours est-il que Zenon, qui aimait à faire la satire de certains grands parleurs de son époque, disait, sans élablir entre eux aucune distinction, que leurs oreilles étaient tombées sur leur langue : ce qui veut d:re probablement que tout individu qui s'écoule et s'admire, parler est intarissable.
Reste que, généralement, on n'est bavard que par habitude ou par fatuité. Ainsi les enfants, ne sachant ni penser ni rien faire d'eux-mêmes , remarquent lout et parlent peu, si on ne les accoutume pas à parler beaucoup; et c'est de quoi il faut bien se garder. Souvent le pl.iisir que l'on veut tirer des jolis enfants les gâte : en les accoutumant à hasarder lout ce qui leur vient dans l'esprit et à parler des choses donl ils n'ont pas encore des connaissances distinctes, il leur en reste toute leur vie l'habitude déjuger avec précipitation, et de dire des choses dont ils n'ont pas des idées claires : ce qui leur fait un très-mauvais caractère d'esprit IFenelon) et les rend bavards.
Ils le seront d'autant plus qu'ils auront davantage de vanité, d'amour-propre et de présomption, lous défauts qu'on trouve chez les parleurs el dont il faut les corriger : san< cela ils bavarderont toujours à lorl ou à raison.
Dans tous les cas, un moyen très-bon de guérir les parleurs, c'est le ridicule. Cela me rappelle deux histoires fort curieuses et assez piquantes, que je vais raconter. Lu première, fort courte, el qui néanmoins peut servir de leçon à tous ceux qui voudront la comprendre, est relative à un barbier grand parleur (généralement ils le sont lous), qui. demandant un jour à un philosophe « comment il voulait qu'on lui fît la barbe, » en reçut pour toute répon>c : Sans mot iiikeI
(Juaut à la seconde histoire que j'ai promis de narrer, elle a pour objet un moyen fort diverlissant, qu'on imagina pour se moquer d'une grande parleuse, femme d'esprit d'ailleurs. A cette lin, on lui présenta un individu qu'on lui dit être un homme de beaucoup d'esprit. Cette femme le reçoit à merveille;