‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 163 sur 251 · PAT · texte numérisé non relu

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crois, avec bien d'autres, à la bonne foi, à la sincérité île Pi llico, à sa magnanimité. Voici, du reste, comment il s'exprime dans sa préface :

« Ai-je écrit ces Mémoires par vanité et pour parler de moi? Je délire vivement que cela ne soit pas; et, autant qu'on peut se constituer soi-même son juge, je crois i avoir fait dans des vues plus élevées...

« J'ai voulu relever le courage de quelques infortunés, par le récit des maux que j'ai soufferts et des consol liions que l'homme peut trouver : je l'ai éprouvé dans les plus grands malheurs;

« Attester qu'au milieu de mes longs tourments, nulle part je n'ai vu l'humanité aussi injuste, aussi peu digne d'indulgence, aussi pauvre de belles âmes qu'on a coutume de la représenter;

« Inviter les cœurs nobles à se défendre de haïr, mais au contraire à aimer tous les hommes, à n'avoir de haine irréconciliable que pour le vil mensonge, la pusillanimité, la prrGdie, pour tout abaissement moral;

« Redire enSn une vérité déjà bien connue, mais trop souvent oubliée, savoir : que la religion cl la philosophie commandent l'une et l'autre, avec l'énergie dans la volonté, le calme dans le jugement, et que, sans ces coudilions réunies, il n'y a ni justice, ci dignité, ni principes certains. » Si tel était son but, peut-on douter de sa résigna lion?

Mais qu'est-ce donc qui a inspiré à Pellico de si louables intentions? Le voici. Dans sa prison, Silv io Pcllico, de sceptique qu'il était, devint religieux; mais en se converiissaiil il n'a pas abjuré les nobles sentiments qui lui ont attiré la haine de l'Autriche. Le Spielherg n'a point changé sa foi politique. Il s'est converti à la religion, il ne s'est point converti à l'Autriche, à l'esclavage de l'Italie, à l'asservissement de la pensée : le christianisme ne commande point cela. La prison n'a pas abattu Pellico, à la manière de ci s hommes fastueux et impies qui entrent dans les cachots le front haut contre toute autorité, celle de Dieu comme celle des hommes, et qui en sortent esclaves, avec un masque de conversion. Lui, au contraire, ferme parce qu'il est patient, il a su faire à son âme sa juste part de lib; rlé et d'obéissance Devant les hommes, son âme est restée pleine de force et debout, sans abaisser un seul de ses sentiments; devant Dieu, elle s'incline, rendant a nsi à chacun de ces deux pouvoirs, dont elle se sent frappée, tout ce qui lui revenait : au pouvoir faillible des hommes, une soumission sans acquiescement; au pouvoir infaillible de Dieu, une soumission pleine de foi. [M. Saint-Marc Girard in.)

Je terminerai par un exemple assez curieux' d'une patience vraiment religieuse unie à un instinct puisant de la conservation.

Alibert parle d'un homme qui était privé de l'usage de tous ses sens, et qui comptait des infirmités telles, qu'une seule eût suffi poulie dégoûter de la vie; cependant il n'en im-

plorai! pas avec moins d'ardeur sa conservation, el il était agité de toutes les espérances qui font battre le cœur humain. « Je supporte avec résignation, lui disait-il, les douleurs que le ciel m'envoie. Je puis me passer d'élre heureux , mais je ne puis me passer de vivre. »

PEDANT, Pédanterie (défaut). — Pédant est un terme fort équivoque; mais l'usage et la raison veulent qu'on appelle pédant tout homme d'une présomption habillante, qui f iligue les autres par la parade qu'il fait de son savoir en quoique genre que ce soit, ou par l'affectation de son style el de ses manières: ou, pour parler plus clairement : « On applique l'épilhèle de pédant a tous ceux qui, pour faire parade de leur fausse science, citent à tort et à travers toutes sortes d'auteurs ; qui parlent simplement pour parler et pour se faire admirer des sots ; qui an<asscnl sans jugement et sans discernement i es apophthegmes cl des traits d'histoire, pour faire semblant de prouver des choses qui ne se peuvent prouver que par des raisons. » ( Malebranche.)

Ce vice de l'esprit est de toute rpbe : i! y a des pédants dans tous les états, dans toutes les conditions, depuis la pourpre jusqu'à la bure, depuis le cordon bleu jusqu'au bonnet doctoral. Jacques 1er était un roi pédant.

Il est vrai néanmoins que le défaut de pédanterie est particulièrement attaché aux gens de collège , qui aiment trop à étaler Io bagage de l'antiqui é dont ils sont chargés. Cet étalage d'érudition assommante a été si fort ridiculisé cl si souvent reproché aux gens de let'res par les gens du monde , que les Français onl pris le parti de dédaigner l'érudition, la littérature, l'élude des langues savantes , et par conséquent les connaissances que toutes ces choses procurent. On leur a tant répété qu'il faut évi'er le pédanlisme et qu'on doit écrire du Ion de la bonne compagnie, qu'enfin les auteurs sérieux sont devenus plaisants; et pour prouver qu'ils fréquentent la bonne compagnie, ils onl écrit des choses d'un ton de très-mauvaise compagnie. » (Jaucoui l.)

Gardons-nous de tomber dans l'un ou l'autre de ces extrêmes : évitons la pédanterie, la vanité , la fierté des pédants qui , s'ils ont beaucoup de mémoire , manquent ordinairement de jugement ; qui , s'ils sont heureux et forts en citations, sont malheureux et faibles en raisons. Evitons aussi la pédanterie dans les manières , attendu qu'une trop grande recherche dans le Ion ou les actions nous rendent insupportables à la société, qui n'aime pas les gens mesurés et pointilleux dans leurs politesses. Et souvenons-nous enfin que si l'on doit éviter avec soin tout ce qui sent l'affectation (Oxcnstiern),on doit éviter aussi ce laisser-aller dans les expressions cl dans les manières , qui sont l'indice d'une bien mauvaise éducation.

PÉNÉTRATION (vertu), Pénkthant. — La pénétkation, comme la perspicacité , la sa- <j(.icin:, 1j vivacité et I> promptitude sont des

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qualités que le public n'accorde guère qu'aux propriétés de l'esprit, et plus particulière mentaux hommes illustres qui s'occupent des sciences dans lesquelles ils sont plus ou moins initiés; telles sont la morale, la politique , la métaphysique. — S'agil-il de peinture ou de géométrie , on n'est pénétrant qu'aux yeux des gens habiles dans cet art ou cette science. Le public , trop ignorant pour apprécier en ces divers genres la pénétration d'esprit d'un homme , juge ses ouvrages el n'applique jamais son esprit au mol même de pénétration ; il attend, pour louer, que, par la solution de quelques problèmes difficiles, ou par la composiiion de tableaux sublimes , un homme ait mérité le litre de grand.

Dans tous les cas, pénétration, perspicacité et promptitude servent éi/alemenl à exprimer relie suile d'inductions promptes et rapides par lesquelles l'esprit a la faculté de concevoir ce qui est obscur et caché (La Harpe), ou bien à trouver promptemenl les idées moyennes qui montrent la convenance ou la dissonance de quelques autres idées, et en même temps de les appliquer comme il f iuI (Locke); ce qui a fait dire de la pénétration, de la perspicacité et de la sagacité, qu'elles sont l'ceil du génie.

Ajoutons que la sagacité el la pénétration sont deux sortes d'espril de même nature; c'est-à-dire qu'on parait doué d'une trèsgrande sagacité et d'une Irès-sublile pénétration , lorsque, ayant Irès-longlemps médilé, et par conséquent habituellement présents à l'esprit les objets qu'on traite le plus communément dans les conversations, on les saisit et on les pénètre avec vivacité. Il y a cependant une différence , et c'est la seule qu'on ait signalée, entre la pénétration et la sagacité, c'est que celte dernière sorle d'espril, qui suppose plus de facilité du conception , suppose aussi des éludes plus fraîches et plus familières des questions sur lesquelles on fait preuve de sagacité.

La pénétration el ses synonymes diffèrent île la vivacité et de la promptitude morales, en ce qu'un esprit extrêmement vif cl prompt peul être faux et laisser échapper beaucoup de choses par vivacité ou par impuissance de réfléchir, cl n'être pas pénétrant, tandis que l'esprit pénétrant a pour véritable caractère la vivacité et la justesse unies à la réflexion. (Vauvenargiu$.)

La pénétration a aussi beaucoup de ressemblance avec 1 1 finette, mais elle en diffère pourtant en ce que l'une ne cherche que le rapport des choses; tandis que l'autre cherche à les approfondir, à découvrir leurs principes, et à rendre les idei s par ce qu'elles ont de f. appanl. [Neuvi lé )

Quoiqu'il en suit, la pénétration estime qualité que Dieu a accordée à l'homme. Il peut la perfectionner pir l'élude el | ai l'habitude : par l'élude, alleiiclu qu'une instruction sagement dirigée procure une somme île connaissances qui , a leur tour, forment un amas d'niees qu'on n'a ensuite qu'A réveiller; par l'habitude, vu que, à l'aide d'un

travail continuel ou par l'exercice non interrompu des facultés de l'intelligence, l'esprit devient plus prompt et plus apte à saisir les objets.

Dans ces conditions, l'homme a un discernement si clairvoyant , qu'il distingue sans peine ce qu'un individu qui en est dépourvu ne distinguerait qu'après des efforts inouïs. Sa perspicacité est si subtile, qu'il acquiert la connaissance parfaite de ce qu'il y a de moins facile à pénétrer; il voit de loin, devine , prévient, ne laisse rien à découvrir, voit à fond, nn'l en évidence.

Comment cela se peut-il? Parce que la pénétration met en jeu , avec une promptitude vraiment merveilleuse, deux facultés de notre esprit , l'analogie et l'induclion. Par l'analogie, elle compare deux objets et juge do l'un par l'autre; par l'induction , elle décide d'une chose par une autre, de ce*qu'on ne voit pas par ce qui est apparent; elle s'affranchit de bien des perceptions, passe et s'élance du dehors au dedans, de l'effel à la cause, du présent el du passé à l'a\enir. de la matière à l'esprit, de l'univers à Dieu même, qui seul arrête et repose son vol audacieux. Est-il une plus noble faculté?

Toutes les sciences qui n'ont pas la certitude mathématique exigent, dans celui qui veut les approfondir, un espril délié et pénétrant ; mais c'est surtout le médecin qui, ayant presque toujours à faire l'application de principes qui ne sont pas déterminés par l'évidence , doil être , malgré lui-même , inventeur dans la pratique de son art. Ce n'est donc pas sans raison que Sydenbam , répondant à Brady, lui disait : « La science de la médecine surpasse une capacité ordinaire , et il faut plus de génie pour en saisir l'ensemble que pour loul ce que la philosophie peut enseigner ; car les opérations de la nature , sur l'observation desquelles seules la vraie pratique esl fondée, exigent, pour être discernées avec la justesse requise, plus de uenie et de pénétration que celle d'aucun autre art fondé sur l'hypothèse la plus probable.

La pénétration esl une des qualités les plus précieuses de l'entendement. Elle est nécessaire à tous les hommes de scienrp, mais peu la possèdent. C'est donc sa rareté qui en fait la valeur. Mais quel que SOÏI le prix qu'on y attache . ceux qui la possèdent n'en restent pas moins confondus dans la foule, el le public fait quelquefois bien plus de cas d'un homme à l'esprit vif et superficiel que d'un savant au jugement prompt el pénétrant. C< tic préférence est surtout manifeste par rapport aux médecins; généralement on recherche plus dans un docteur les

qualités de l'homme du monde que la modestie el le savoir; c'est pourquoi les jeunes médecins et la plupart des autres prêtèrent lire le feuilleton du jour OU le roman a la mode qu'Hippocrate ou Galicn. Qu'y gagne la société?

Je m'arrête, et j'e-père qu'on me pardonnera cetle digression à l'égard des médecins, attendu qu'elle peut réhabiliter la médecine dans l'esprit des personnes qui la déchirent

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