‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 165 sur 251 · TET · texte numérisé non relu

TET

rr.o

persévérance n'est permise que tout autant (|u'il s'agit de faire preuve de grandeur, de force, de courage.

PERSIFLAGE (défau'). Voy. Mooiep.ie.

PERSUASIF , Persuasion (faculté) — La tebsiasion est un état de l'âme convaincue de la vérité ou de la fausseté d'une chose ; ou, si l'on veut, un jugement intérieur et sincère que l'intelligence conçoit à l'égard de cette chose.

On a fait persuasion synonyme de conviction. Cela n'est pas tout à fait exact, puisque l'une diffère de l'antre en ce que la conviction est toujours réelle, c'est-à-dire l'effet «"d'évidence qui ne trompe jamais, tandis que la persuasion est le résultante preuves moiales qui peuvent tromper. C'est pourquoi celle-ci est plus ou moins forte ; au lieu que celle-là, toujours la même, n'est susceptible ni de pius ni de moins.

L'art de persuader est commun à bien des gens ; à ceux-là surloul qui, ayant une trè-grande facilité d'éîocution, de l'esprit naturel, de l'instruction et de l'assurance, s'en servent pour entraîner les masses. Oa conçoit dès lors qu'il importe beaucoup à la plupart d'étudier ces gens-là ; car, s'ils faisaient un mauvais usage de cet art, don de la nature ou fruit de l'éducation, il faudrait leur faire savoir qu'on n'est pas leur dupe , et les signaler à autrui comme des hommes dangereux. Mais ce dont nous devons avant tout nous occuper, c'est d'éloigner d'eux bs enfants, les jeunes gens et même les adultes (lui, par ignorance ou par faildesse, se laissent aller au doucereux langage des personnes persuasives.

Et si, par cas, nous avions acquis nousmêmes cette prérieuse faculté, n'oublions jamais que Dieu ne nous l'a accordée que pour en faire un bon usage,

PÉTULANCE (défaut), Pétulant. — La PÉTULANCE est une espèce de vivacité, d'impatience , d'élourderie, qui fait qu'on est presque toujours en mouvement

Ce. défaut naît communément de l'irréflexion et du manque d'usage; aussi les jeunes hommes qu'on nom ne pétulants se fontils remarquer dans un salon, où ils sont du reste fort incommodes, soit par l'agitation continuelle OU ils se tiennent, soit et principal nient par le trouble et le désordre qu'ils y mettent.

Néanmoins, comme les étourdis plaisent assez généralement aux jeunes tilles et soi femmes Frivoles qu'Us amusent nn instant par leur entretien et leur Folle gaieté, il est

bien des individus à^és, bommes et Iciu s,

qui jouent la pétulance, espérant par IA se donner un air de jeunesse, de vivacité, el par

là plaire à leur unir. Ils se trompent ; car, pour si bien affectée que soit leur pétulance, OU ne le fût-elle même pas, saveS-VOUS CS qu'ils en retirent? Le ridicule et le mépris.

Pi arqaoi? parée que chaque Age doit avoir s.'i» carncti re, et que c'est un grand travers

de vouloir en prendre un autre; pane que

chaque âge a ses règles de convenante, et que c'est un mal de s'en écarter.

J'ai vu dans le monde plus d'un homme chauve el ridé, plus d'une dame ■.Tisonnante el edentée, vouloir lulter a\ec la jeunesse de pétulance et d'amabilité. Us étaient excités , encouragés, applaudis par les jeunes gens ou les jeunes filles: leur amour-propre élait salisfait ; mais sitôt qu'ils avaient tourné le dos ou disparu, c'était à qui s'en moquerait le plus. Voilà la société ! .Malheur à qui n'a pas assez de bon sens et de discernement pour savoir se conduire! Malheur au vieillard jouant la pétulance, qui, voyant qu'on se moque d'un autre vieillard ni plus ni moins sensé que lui, se mêle à la foule des rieurs, sans songer que son tour va venir d'élre la risée de cette société à laquelle il se donne eu spectacle, pour faire le beau, le yalanl , que sais-je ?

PEUR (sentiment), Peureux. — La peur, toul comme {'alarme, {'espoir, la frayeur, etc. (Voy. ces mots), exprime une sensation spécia'e de l'âme, occasiounée par la crainte d'un danger réel, apparent, etc., subit pour la frayeur, imaginaire pour la peur. C'està-dire que celle-ci se manifeste sans motif plausible el est le fruit d'une imagination craintive, qui seule est en jeu el se crée mille fantômes ; ce qui a fail d.re du peureux : Il a peur de son ombre,

La peur trouble donc les facultés de l'esprit. Par suite, les sens en sont obscurcis et même oblitérés ; l'intelligence n'est plus présente à leurs fonctions; elle n'agit point dans leurs mouvements, ne sent point dans leurs impressions, et quoiqu'il y ait sensation dans l'organe, la perception ne s'ensuit pas. Dans ce cas, on a des yeux pour ne point voir, des oreilles pour ne poinl entendre. Celui qui esl saisi par la peur ne peut plus JBget des choses qui l'entourent sous le rapport îles sens. Il voit et entend ce qu'il imagine, el son imagination Frappée lui présente des chimères, des Fantômes, surtout dans l'obscurité. Si dans ce moment on observe le peureux, on s'aperçoit facilement que son ? istsge est pâle cl défait, ses traits sont tirés ; sa boni lie reste béante el son regard effaré : ses lèvres sont livides , ses narines immobiles. Dans leur rétraction, les paupières chassent eu avant le globe de l'cril par leur ouverture agrandie. Ses sourcils, au lieu d'être i comme dans la crainte, demeurent élevés el li\cs dans leur conlrae'ion. Quant au IrO c, les muscles qui s'y insèrent Ont perdu tonte puissance de réaction : aussi les genoux

tremblent, fléchissent, el les bras se rapprochent 'ie la ligue médiane. Par suite de la ré* troiession du sang de l'extérieur à l'interieur , ii il froid glacial parcourt tous les membres ; ce qui a fail d re que le premier effel de la peur ressemble beaucoup au frisson par lequel delulenl les lieues d'accès ; au même instant le cu'ur et I ■ pouls battent

irrégulièrement, la langue reste gis comme immobile, la vois expire sur les lè-

\ i -es : bref, l'niilt v idii est eouime allerrr, rxpressioa pleine de justesse, dont on se sert

toi n.u pie im

communément pour rendre un des phéno- de faiblesse, rt enfin dans an sommeil souvent mènes les plus marquants de la peur. Sou- troublé par des rêves effrayants, qui en divent aussi une longue syncope succède à minuent l'action réparatrice", celte violente contraction générale, et on a La peur a quelque chose de contagieux, vu colle suspension momentanée de la vie Voyez ce foyer autour duquel bien des indise continuer jusqu'à la mort immédiate qui vidus «ont réunis; voyez toutes ces figures la suit. Remarquons, toutefois, r;ue cet acci- sur le-que!les L'étonnement ou la crainte se dent se voit bien plus dans la terreur, où peint au ré< il que fail un conteur d'événel'on observe surtout l'horripilalion, c'esl-à- ments lugubres et effrayants ; qu'un bruit dire le redressement des poils et des che- soudain se fasse entendre, les plus poltrons veux, ainsi que la raideur musculaire, effets seront émus les premiers ; mais à la fin le. produits par la violence de la concentra- plus brave se laissera gagner par la peur; lion générale , que dans la peur proprement elle pourra n'être point portée à un aussi dite. haut degré que chez les peureux, mais enfin

Celle-ci comprime toutes les passions assi- il sera sous l'influence de ce sentiment, milalrices ; elle arrête ou ralentit instantané- La peur, outre qu'elle se gagne, prédisment l'acte de la respiration, et comme la po-.e à la contagion par suite du relâchement raison n'est plus maîiresse d'elle-même, do- qu'e le produit dans l'économie. Voyez ce miné par la peur, l'esprit n'a plus la force de qui se passe dans les épidémies : c'e>l sous réfléchir, c'est-à-dire de revenir sur lui- l'influence de la peur, qui agit alors comme même pour considérer en lui ce qu'il faut cause déterminante, ou tout au moins en préfaire ou ne pas faire; puis la volonté, qui se disposant les indivi lus à l'action du principe décide ordinairement par la réflexion, ne sait niorbilique, qu'on voit la maladie élendre ses plus que résoudre : elle flotte entre plusieurs ravages dans des proportions immenses, déinlluences, qu'elle n'est pas en élat d'appré- cimer les populations et se montrer toujours cier, se donnant tantôt à l'une et tantôt à en rapport de développement avec la ferl'autre, suivant l'Impression du moment et meté ou la faiblesse des populations, sans vue nette de ce qui convient. Elle s'a- Il est à remarquer aussi que presque lougite beaucoup sans arriver à rien, s'épuise tes les pestes qui, à différentes époques, dédans ses incertitudes, ou bien, s'abandon- solèrent l'humanité, ont coïncidé avec de nant loul à fait, elle perd, avec le courage, la granils événements qui remuaient profondéprésence d'espril et le gouvernement d die- ment le moral des nations et des individus, même : c'est le cas du découragement el du Enfin, indépendamment de ces perturbadésespoir. En général il faul bien se garder lions murales et de ces prédispositions morde prendre une résolution sous le coup de la bides, la peur produit sur le physique de peur. Il est presque certain que le parti pris l'homme un certain ordre de phénomènes dans ce cas sera celui de la faiblesse ou du physiologiques et d'accidents morbides, qu'il déshonneur, tant l'instinct de la conserva- serait bon de mentionner ; mais comme ces tion y domine. 11 n'est pas de plus mauvais mêmes phénomènes el accidents soin égaleconseiller que la peur. menl le résultat de la frayeur et de la ler-

Observons maintenant la peur chez un de reur, nous renverrons à ce dernier article

ces malheureux, enfants à qui l'on s'est fait tout ce qui pourrait sertir à compléter cc-

uii plaisir de raconter les histoires les plus lui-ci. Voy. Tekrei n.

terribles de bandits , d'ogres ou de rêve- PIÉTÉ (sentiment), Pieux. — La piété est

nants. L'heure du sommeil est arrivée, on l'amour de Dieu et de ses préceptes. C'csl la

le met au lit, on le laisse seul, ayant grand philosophie des chrétiens, dont elle ennoblit

soin de retirer la lumière : un léger bruit se le cœur, élève l'esprit et affermit le courage.

fait-il entendre, un meuble vient-il à cra- Par elle l'homme devient supérieur aux ani-

quer, à l'instant même sa jeune imagination, maux, qui ne possèdent pas, comme lui, ces

pleine d'assassins, de ce.cueils et de fanto- nobles facultés de l'intelligence à l'aide des-

mes, lui retrace les tableaux les plus ruons- quelles nous nous élevons des régions ler-

Irueux et les plus effrayants : il s'enfonce reslres jusqu'au trône du Tout-Puissant ,

jusqu'aux pieds dans son lit, el recouvre sa devant lequel toute l'humanité s'incline,

léle de son drap ; en même temps il rappro- El nous lui devons d'aulant plus ce tribut

che fortement les bras de la poitrine et les d'admiration , de reconnaissance et d'a-

genoux de son ventre : ce n'est plus qu'une mour, quo c'est le Créateur lui-même qui

boule ; instinctivement, il se fait le plus petit nous a dolés des sentiments d'une véri-

possible pour présenter moins de surface à table piété: sentiments qui se fortifient ou

l'ennemi qu'il redoute. Dans cet élat, le sang, s'effacent chez l'homme, suivant la bonne ou

brusquement refoulé de la périphérie au la mauvaise éducation qu'il reçoit. Heureux

centre, fait battre le cœur avec violence. Son donc, et mille fois heureux, ceux qui dès le

poulsesl fréquent, souvent irrégulier, sa res- berceau ont api ris à bégayer le nom

piration courte et précipitée ; il cherche à de Dieu , et se sont accoutumés à la

retenir son haleine, dans la crainte de se pratique de toutes les vertus qu'il commande.

trahir; enfin les yeux ouverts et fascinés, Ceux-là, croyons-le bien, pourront être en-

l'orcille tendue, le corps immobile, il reste traînés par la fougue des passions, etsVtta-

l'espril fixé sur l'objet de sa peur, jusqu'à ce cher un instant, quelques jours, des aunes

qu'ayant épuisé toute sa puissance de con- entières, à de fausses et pernicieuses doclri-

Iraclioi) musculaire, il tombe dans une sueur tics ; mais le moment arrive enfin, où, r:j uc-

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lés à eux-mêmes par un juge sévère et inflexible, par la voix de leur conscience, ils s'empresseront, brebis égarées, de rentrer dans le bercail.

Quel est celui d'entre les hommes qui voudrait en sortir, s'il se pénètre bien que le christianisme n'impose à l'homme d'autres devoirs que celui de conserver à son âme toute la pureté de son origine, sans quoi il n'accomplira jamais les grandes choses auxquelles il est destiné ?

Qu'on ne s'y trompe pas, c'est souvent le hasard qui l'ail les héros: c'est la valeur de tous les jours qui fait l'homme de bien ; les passions peuvent nous placr bien haut ; mais il n'y a que la vertu qui nous élève au-dessus de nous-mêmes. {Massillon.)

El pourtant, j';ii entendu bien des fuis certains esprits torts dire, avec un air d'importance : Je suis philosophe, moi , et pour un philosophe à quoi bon des sentiments religieux?

A quoi bon? Je vais vous l'apprendre; mais auparavant entendons-nous sur voire philosophie. Etes-vous croyant ou athée?

Votre philosophie vous dit-elle : Que t'importent Dieu et les hommes ? Suis les inspirations de ton cœur ; hâte-loi de goûter les plaisirs de la vie : car tout vit et meurt avec toi. S'il en est ainsi, je vous plains : car avec de pareils principes, vous corromprez et dégraderez votre âme, vous la perdrez pour toujours. Mais si vous êtes philosophe comme I étaient Socrale, Platon , Cicéron, etc., v> us devez savoir que la philosophie est l'amour de la sagesse, et que le premier précepte qu'elle nous a tracé, c'est d'aimer celui qui nous a donné l'être, qui nous a formés à son image, qui nous a rachetés de son sang. Elle nous conseille aussi le Nosce le iptum île Socrale.

Or, si nous nous connaissons nous-mêmes, où cela nous conduira-t-il? A juger de notre faiblesse; à admirer la merveilleuse organisation de notre machine Ri l'étonnante fécondité de notre entendement. Donc I i philosophie doit rendre l'homme religieux, puisque son admiration est loul un culte intérieur qu'il rend à Dieu.

Je poursuis. Vous êtes philosophe, ditesvous? Mais alors vous ne devez pas ignorer que si la nature nous fiil vivre, c'est la philosophie seule qui nous appicnd à bien vivre (Sénèque) ; qu'elle nous ordonne du nous corriger (le nos défauts, de rechercher la vérité, d'obéir aux lois, de nous soumettre aux décrets de l.i Providence, de jouir des plaisirs avec modération, de Bouifrir patiemment les maux attachés a la condition humaine, et de préférer la vertu à (mis les biens. Elle nous dit d'av and r sans inquiétude cl sans bruit au travers des l.iux jugements et di s passions de-, hommes, d'en essuyer le cime, suis colère, de ne nous 6c 1 1 ter jamais de son objet, qui est la perfection de l'humanité.

Si telle est votre philosophie, vous ne disconviendrez pas qu'elle convient à loul le monde, que la pral que en est utile à tous

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les âges, à tous les sexes, dans toutes les conditions; qu'elle nous console du bonheur d'autrui, des indignes préférences, des mauvais succès, du déclin de nos forces; qu'elle nous arme contre la pauvreté, la vieillesse, le malheur et la mort ; contre les sots et les mauvais railleurs; qu'ele nous fait vivre enfin sans une femme, ou nous fait supporter celle avec qui nous vivons (Lu BruyèteY; et qu'en pratiquant ainsi la philosophie, c'est être un véritable précepteur des hommes, Un ministre de paix et du bonheur public, le prêtre de la vérité et de la vertu.

Et si vous admettez tout cela, vous deviendrez forcément religieux : car, en admettant même que la philosophie morale et la philosophie sacrée aient les mêmes inconvénients, à savoir, de ne pas toujours réformer les mœurs et extirper les vices ; de servir d'aliment aux passions par l'abus qu'on en fait ; de nous entraîner d'une manière plus déterminée du côté vers lequel nous ne penchons que trop par la force de no're nature et de notre tempérament (//«me), la philosophie sacrée doit l'emporter sur la philosophie profane, celle ci abandonnant l'homme à ses propres forces, cl celle-là lui donnant un puissant soutien, Dieu I Et savezvous pourquoi il est un puissant soutien du philosophe? C'est parce que la philophie , dit saint Justin, est un très-grand bien , un bien très-agréable à Dieu, puisqu'elle nous conduit à lui. — Ils sont donc vraiment heureux ceux qui cultivent la philosophie.

Celle haute estime que les premiers docteurs du christianisme faisaient de la philosophie augmente encore l'étonnement que nous éprouvons lorsque nous entendons supposer aujourd'hui, par certains hommes, que la philosophie est l'ennemie naturelle des idées religieuses et du christianisme en particulier. Si l'on savait que ces déclamateurs se mettent, en général, fort pou en peine de ressembler aux chrétiens de la primitive Eglise! Et puis , de quelle philosophie veulent-ils parler? Pour moi, ce que j'appelle philosophie , avec saint Clément d'Alexandrie, ce n'est pas celle des stoïciens, de Plalon, d'Epicure ou d'Arislole, mais le choix formé de ce que chacune de ces sectes a pu dire de vrai, de favorable aux mœurs, do conforme à la religion : or, je mets en fait que celle-là n'est point l'ennemie des idées t e-

Ugieute».

El d'ailleurs, ainsi que l'a avancé .lean- Jacques Rousseau , dont à coup sûr on ne suspectera pas le témoignage, n'est-ce pas

que la philosophie proprement dite ne peut taire aucun bien que la religion ne le fasse

encore mieux, cl que la religion en fa il beaucoup que la philosophie ne saurait l'aire? An^i demanderons-nous a ces grande penteuti: Oui osa jamais avancer au public qu'il fallait détruire ses plus doux pench in s, embrasser la croix, choisir l'humiliation, < nérir

la pauvreté, redouter et fuir les plaisirs, faire a ses sens une guerre implacable, aimer ses ennemis, bénir ses bourreaux, se haïr soi même, Cl sans cesse mourir à tout ? Est-ce

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uu mortel? Est-ce un Dieu? Or, comme on est forcé de reconnaître que c'est Dieu seul qui en a été capable, ce serait donc manquer à votre sacerdoce que de ne pas préférer, accepter, aimer et pratiquer sa philosophie ? Par malheur pour eux c'est la philosophie du rhris'ianisme qu'ils méconnaissent; pourraienl-ils l'adopter?

R ste que b;en des philosophes conviennent qu'il n'y a point de morale solide sans la religion, ou, pour m'expliquer d'une manière plus précise, que la morale rationnelle ne peut produire qu'une petite partie de ce bonheur qui consiste dans le repos apparent de la société, tandis que la morale religieuse produit et celle parlie-là cl celle incomparablement plus grande qui fait jouir < haque individu de l'ensemble du bonheur des aulres, non-seulement dans le présent, mais dans le passé et l'avenir (Dutuc). Raison de plus pour adopter la morale évangélique. El si vous ne le faites pas, ô philosophes! que devient voire prétendue sagesse ?

Je sais fort bien que vous pourrez vous retrancher derrière ce faux principe jeté au hasard par quelques écrivains qui prennent, eux aussi, le litre de philosophes, que le christianisme rapetisse la pensée et abrulit l'homme. Il rapetisse la pensée et abrulit l'homme, dites-vous? Mais n'est-ce pas par l'influence d'une civilisation croissante, et surtout par l'influence du christianisme, q i lui-même, j'ose le dire, est la civilisation par excellence, que l'esclavage a été aboli?...

Il rapetisse la pensée et abrulit l'ho.nme? Mais c'est le contraire, puisqu'il se prête aux merveilleux élans de l'âme, ou présente des rapports peu connus. Sublime par l'antiquité de ses souvenirs, qui remonte au berceau du monde, ineffable dans ses mystères, adorable dans ses sacrements, intéressant dans son histoire, céleste dans sa morale, riche et charmant dans ses pompes, par combien de tableaux ne réclame-t-il pas volie admiration 1

Voulez-vous le suivre dans la poé-ie? Le Tasse, Milton, Corneille, Hacine, Voltaire, en retraceront les merveilles, et, je le demande, croir.i-t-on que nous aurions Aihalie, si Racine n'eût été religieux?

Veut-on le suivre dans les belles-lettres et l'éloquence? S.iint Augustin, Bossuel, Fénelon, .Massillon, Bourdaloue, sont la pour alleser qu'on ne peut s'élever à une plus grande hauteur de pensées et d'imag s.

Interrogerons-nous l'histoire des sciences et de la philosophie? Elle nous enseigne que l'illustre chancelier d'Angleterre , Bacon, croyait en Dieu et élait religieux ; que Pascal, après avoir connu les sciences humaines, les crut indignes de ses pensées, el que ses méditations se tournèrent vers le ciel ; que New ton s'éleva à Dieu par la puissance des mondes, etc., elc.

Consulterons-nous l'histoire des différents peuples? Nous y lisons qu'lipaminondas, le libérateur de la Grèce, sa patrie, passait pour le plus religieux des hommes; que Xénophon , ce guerrier philosophe, était un mo-

dèle de piété; que Paul-Emile, Scipion et plusieurs aulres consuls de la république romaine ne mettaient leur espoir que dans la divinité du Capitale; qu'après que le lier Sicamhre (Clovis), vainqueur de Home et des Gaulois, eut jeté les fondements de l'empire français, il courba la tête devant un prêtre catholique: que saint Louis, l'arbitre des rois, el révéré même des infidèles, était d'une rare piété; que Duguesclin, dont le cercueil prenait des villes; Bayard, le chevalier sans peur el sans reproches, eia enl des hommes pieux ; que le vieux connétable de Montmorency disait son chapelet an milieu des camps qu'Henri IV se découvrait et priait avant In combat; que Turennc faisait exposer le saint sacrement et bénir son armée avant (Je livrer la bataille, etc., etc.

Et maintenant, si des hommes nous passons aux arts libéraux, combien de chefsd'œuvre le catholicisme ne nous offie-l-il pas! Si nous l'examinons dans son culte, que de choses ne nous diront pas et ses vieilles églises gothiques, el ses prières adorables et ses superbes cérémonies!

Bemarquez que, jusqu'à présent, je n'..i parlé ni du clergé, à qui nous devons la transmission des langues et celle de tous les ouvrages de la Grèce el de Rome; ni de ces solitaires de la Thébaïde, de ces missionnaires à la Chine, au Canada, au Paraguay, partout où il y a des idolâtres à civiliser, à sauver; ni de ces ordres militaires d'où naquit la chevalerie, ni de tant d'autres choses aussi grandes qu'admirables que le christi inisme a fait servir à sa cause. Et j'aurais pu le faire : car il s'est emparé tout à la fo:s des mœurs de nos aïeux, de la peinture des anciens jours, de la poésie, des romans mêmes, choses secrètes de la vie.

Oui, le christianisme a frappé partout : il a demandé des souvenirs au berceau el des pleurs à la lombe. Tantôt, avec le moine maronite, il habite le sommet du Carmel et du Liban ; tantôt, avec la fille de Charité, il veille au chevet du malade ; ici deux époux américains l'appellent au fend de leurs déserts ; là il entend la vierge dans les solitudes d'un clojire. Pour le catholicisme, Homère se place à côté de Milton, Virgile à côié du Tasse; les ruines de Memphis et d'Athènes contrastent' avec les ruines des monuments chrétiens ; les tombeaux d'Ossiau avec les cimetières de nos campagnes; à S lint-Denis on peut visiter la cendre des rois; et quand le sujet force à parler du dogme de l'existence de Dieu, l'homme cherche ses preuves dans les merveilles de la nature [Clmteinibriand.)

El c'est en présence de tant de grandes pensées, de tant de grandes actions, de tant d'éloquence, de tant de courage, de lant de dévouement, de tant de chefs-d'œuvre, qu'on nousdiia que le christianisme rapetisse les idées el abrutit l'homme! 1 Non, je ne puis concevoir le déchaînement de ce ri a ins es | rits, qui s'intitulent esprits forts, contre le culte catholique, contre ses mystères, contre ses ministres et contre ses fidèles fervents.

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Ils veulent bien convenir avec tous les philosophes, ces prétendus esprits forls, qu'une religion est nécessaire aux hommes: mais du moment où il s'agit de la religion catholique, apostolique et romaine, oh I alors, ils n'en veulent plus. Mais par quel culte, grand Dieul voudraient-ils donc la remplacer? Qie voudr;iienl-ils subsliiuer à la morale de l'Evangile, la plus sublime et la plus parfaiie loi du monde?

On se souviendra longtemps de ces jours néfastes où des hommes de sang prétendirent élever des autels a-ix vertus sur les ruines du catholicisme 1 D'une main, ils dressaient des échafauds, et, de l'autre, ils effaçaient sur le frontispice de nos temples l'image de ce Dieu connu de l'univers, de cette Vierge qui console les affligés; et ces temples du Dieu vivant furent dédiés (i/o Vérité, qu'aucun homme ne connaît, et à la Ruison, qui n'a jamais séché une larme.

Qu'est-il advenu? Qu'après quelques années passées dans la tristesse, le deuil et la désolation, époque cruelle et terrible pour les fidèles, pendant laquelle la religion s'était voilée et paraissait ai éanlie p >ur toujours, elle nous est apparue plus belle, plus radieuse, plus brillante, plus parée que jamais : semblable à ces corps lumineux dont les nuages obscurcissent la c'arlé pendant l'orage, et dont les rayons nous semblent plus éclatants à mesure que le ciel s'eclaircil davantage.

Mais que faisaient donc les chrétiens dans ces jours de désolation cl de deuil? Les uns priaient avec ferveur, et les autres puisaient dans leur piété la force et la résignation nécessaires pour résister à de grandes infortunes. Aussi est-ce dans ces temps malheureux que le sentiment religieux, a surtout manifesté sa grandeur et sa puissance.

Alors une volonté plus arbitraire que le destin, et non moins irrévocable, précipitait dans le même tombeau la beauté, la jeunesse, les vertus, les talents, tout ce qui avait quelque célébrité ou en aurailbienlôt acquis. Eh bien! on a pu voir chaque jour des femmes nées timides, des jeunes gens à peine sortis de l'enfance, des époux pleins de tendresse, qui avaient dans cette vie tout ce qui peut la faire regretter, s'avancer vers l'éternité sans croire être séparés par elle, ne pas reculer devant cet abîme ou l'imagination frémit de tout ce qu'elle invente, et, moins l,i-ses que d'autres des tourments de la vie, supporter mieux l'approche de la mort.

( [lad. de Staël.]

Tel lut, parmi tant d'innocentes victimes, le magnanime et vertueux Looii XVI. Souli nu par la loi et l'espérance, il compta s.i ti9 frémir tous lis pas qui le un lièrent du troue ,i l'échafaud; et dans l'instant terrible où ces sublimes paroles lui furent adressée! : Filt de suint Louis, munir: au ciel I telle e.i t son exaltation n ligieuse, qu'il esl permis de croire que ce dei nier moment môme n'apj arlinl point , dans son âme , à l'épouvante de la mort.

El pourquoi aurait-il regretta la vu- lors-

que, prêt à paraître d«.-v a nt l'Eternel, il pouvait se rendre le témoignage de n'avoiràsereprocher aucun des crimes qui lui avaient été imputés; puisqu'il avait la certitude que sa place était marquée dans le séjour bien heureux ?

Certes, il ne pouvait en être autrement, et il en sera toujours de même pour le chrétien pieux, qui trouve en lui-même et puise en Dieu celte noblesse de sentiments et cette force qui le dis'.inguent des autres hommes, quand il a reçu dans son sein le pain des anges. Uni avec son Créateur, qui est là dans sa chair cl dans son sang, son âme se détact c de (ont bien terrestre et ne soupire qu'après l'immortalité. Pourrait-on alors manquer de courage? Oserait-on même, après cela, commettre une seule faute, en concevoir seulement la pensée? Non; il est impossible d'imaginer un mystère qui retienne plus fortement les hommes à la vertu que le mystère eucharistique.

Voilà comment s'exprimait Voltaire; voilé ce que répétait après lui l'illustre Chateaubriand, qui ajoute celle bien remarquable réflexion : « Si nous nous exprimions nousmême avec celle force, on nous traiterait de fanatique. »

Ainsi, telle est la puissance des vertus chrétiennes, qu'elles forcent les esprits supérieurs à courber la léte et à rendre hommage à la religion qui en prescrit la pratique. C'esl pourquoi je ne crains pas de répéter avec le célèbre astronome Herschell : « Le temps est venu où la religion et la science, qui, jusqu'à présent, semblaient avoir élé ennemies, vont se donner la main et se soutenir mutuellement; » avec de Maie- Ire : « Nous allons la voir, c Ile superlm alliance; ils reviennent les beaux jours du monde où toute science remontait à sa source, » et avec La Bruyère : « En vérité, si ma religion était finisse, voilà, je 1 avoue, le piège le mieux dressé qu'il soit possible d'iniii :iner : il était inévitable de ne pas donner

toal au travers cl de n'y être pas pris »

Donc tout nous conduit et nous pousse à être religieux.

Oui, tout nous y pousse; car <> je vous a voue aussi que la maje lé des Écritures m'clonnr. La Bainlelé de l Evangile parle à mon cœur. Voyez les livres desphiïosophesaveeioutelei r pompe : qu'ils sont petits auprès de celui-là 1 Se peut- il qu'un ii>re à la fois si sublime ,i i simple soil l'ouvrage des ho unies ' 6e peut -il

que celui-là, dont il faii l'histoire, ne soit qu'un nomme roi-même? Est-ce là le Ion d'un enthousiaste ou d'un ambitieux sectaire!

Quelle douceur, quelle pureté dans lesroœursl ( in elle grâce touchante d m ses instructions'! Quelle présence d'esprit, quelle finesse et quelle justesse dans ses réponses I Quel em«

pue sur les passions I OÙ est l'homme, ( il e t

le s.'ie,. qui s.iii agir, souffris et mourir sa ts faiblesse el sans ostentation? Quand Platon

peint sou juste imaginaire, rouvert de tout

l'opprobre du crime, et digne de tous \m

prix de la verlu, il peint Irait pour (rail .lesiis Christ : la ressemblance esl si frappai.I", que les l'ei es l'ont SCIItii , ( l qu'il n'est

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pas possible de s'y tromper. Quels préjugés, ()uel aveuglement ne faut-il point avoir pour oser comparer le fils de Sophronisqne au fi!s de Marie? Quelle dislance de l'un à l'autre! Socrate mourant sans douleur, sans ignominie, soutint jusqu'au bout son personnage, et si celte facile mort n'eût bonoré sa vie, on douterait si Socrate, avec tout son esprit, fut autre chose qu'un sophiste. Il inventa, diton, la morale. D'autres avant lui l'avaient mise en pratique; il ne fit que di>e ce qu'ils avaient Fait, il ne fit que mettre en leçons leurs exemples. Aristide avait été juste avant que Socrate eût dit ce que celait que justice. Léonidas était mort pour son pays avant que Socrate eût fait un devoir d'aimer sa patrie; Sparte était sobre avant que Socrate < ût loué la sobriété : avant qu'il eût défini la vertu, la Grèce abondait en hommes vertueux.

Mais où Jésus-Christ avait-il pris des siens cette morale élevée et pure dont lui seul a donné les leçons et l'exemple? Du sein d'un furieux fanatisme la plus haute sagesse se fit entendre, el la simplicité des plus héroïques vertus honora le plus vil de lous les peuples. La mort de Socrate philosophant tranquillement avec ses amis esl la plus douce qu'on puisse désirer; celle de Jésus-Christ expirant dans les tourments, injurié, raillé, maudit de lout un peuple, esl la plus horrible qu'on puisse craindre. Socrate prenant la coupe empoisonnée bénit celui qui la lui présente el qui pleure ; Jésus, au milieu d'un supplice aiTreux, prie pour ses bourreaux acharnés. Oui, si la vie el la mort de Socrale sont d'un sage, la vie cl la mort de Jésus- Christ sont d'un Dieu. » [J.-J. Rousseau.)

lit puis, quelle différence entre la religion catholique el les autres religions qui l'avaient précédée I Combien celles-ci étaient imparfaites à l'époque où Jésus-Christ fonda la sienne ! Alors l'ancienne religion de Zoioastre élait célèbre , et n'en était pas plus connue dans l'empire romain. On savait seulement, en général, que les mages admettaient une résurrection , un paradis , un enfer, et il est à supposer que celle doctrine avait élé transmise au peuple par les juifs voisins de la Chaldée. Alors aussi le dogme de ces vérités était répandu , puisque la Palestine se trouvait parlagée, du temps d'Hérode, entre les pharisiens, qui croyaient à la résurrection, et les saducéens , qui ne regardaient cetie "In, in'nequ'avec mépris. Alors enfin, Alexandrie, la ville la plus commerçante du monde entier , élait peuplée d'Egyptiens qui adoraient Sera pis cl qui consacraient des chats.

Ainsi, chose certaine, du temps d'Hérode on disputait sur les aitributs de la Divinité, sur l'immortalité de l'esprit humain, sur la résurrection des corps ; les Juifs racontent même que Cléopâlre leur demanda si l'on ressuscitait nu ou habillé.

Hesle que ce fui dans ces temps préparés par la divine Providence qu'il plut au Père éternel d'envoyer son Fils sur la terre ; mystère adorable et incompréhensible auquel nous ne louchons pas. Reste que les persécutions, qui n'étaient jamais que pas agèr

res , mais qui souvent furent terribles, loin de ralentir les progrès du christianisme, ne servirent au contraire qu'à redoubler le zè'e. et à enflammer la ferveur des i/asleurs el ilr-s croyants , de telle sorte que, enirainé par la parole dos uns ou l'exemple des autres, un tiers de l'Empire, sous Diocléticn , se trouva chrétien.

Mais il ne suffit pas d'être chrétien, il Saut encore avoir de la pieté; or, en quoi consisle-l-elle?

La piéié est la vertu produite par l'accomplissement habituel des devoirs envers Dieu. Considérée dans son exercice, on peut la distinguer en intérieure et en extérieure. La première e^l l'application du culte de l'âme, de l'adoration en esprit et en vérité. Elle part du fond du cœur et tend toujours à se réaliser par les n uvres. Elle a pour résultat le dévouement de l'homme à Dieu , el elle aspire à prouver ce dévouement par tous les moyens. Elle enfante la vie intérieure, le rapport profond de l'âme avec Dieu, la vie chrétienne dans sa plus haute perfection, la vie ascétique , la vie des saints.

La seconde, qui suppose plus ou moins la première, est surtout posée dans les formes, dans les pratiques, dans les démonstrations, utiles quand elles expriment le sentiment, ou l'idée, mais impuissantes et même funestes quand Pisprit n'y est pas.

Ces deux genres de piélé ne doivent jamais être séparés; car une piélé sans expression, sans manifestation, par conséquent sans culte, se dessécherait bientôt et finirait par tomber dans le mysticisme, ou d ms l'abstraction :dans le mysticisme, quand, dédaignant l'observance légale et une règle positive, elle revêt des formes imaginaires et prétend, par sa propre force, entrer en commerce avec le monde supérieur; dans l'abstraction, quand, voulant se détacher des sens et de l'imagination , elle réduit tout en formes syllogistiques, sous prétexte de ramener la religion à la puissance rationnelle, et de l'élever à la hauteur de la science.

Rien ne nuit plus à la religion, dans l'esprit des peuples, que les vices île ceux qui la professent. Or , comme de tout temps il y a eu des hypocrites, c'est-à-dire des mauvais catholiques qui ont pris le masque de la religion pour en mieux imposer à la foule, on en a conclu que les pratiques du culte ne servent à rien, puisque ceux qui s'y livrent ne sonl pas meilleurs ou sont pires que les autres. Puis,. une fois réputées inutiles, il n'a pas été di ficile de les faire considérer cousine ridicules, méprisables même, à cause de la fausseté elde l'hypocrisie qu'on y suppose.

Heureusement qu'en noire temps, si passionné pour la liberté, on e>l obli.é de respecter la libellé de la croyance comme toute autre , c'est-à-dire que, si l'on ne doit pas léser un homme dans son existence, dans ses biens, dans l'exercice légitime de ses facultés , pourquoi l'inquiéter dans sa foi, pourquoi le violenler ou l'entraver dans l;j manifestation de ses sentiments les plus iur

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liinos, quand ils n'onl rien de contraire à l'ordre? Il doit être libre en cela, comme dans le reste, tant qu'il respecte les lois et ne nuit à personne.

Tel est le principe de la tolérance religieuse de notre époque.

Les hommes de nos jour*, qui ne croient pas ou s'imaginent ne pas croire, bien qu'ils ne participent à aucun culti-, ont cependant un certain respect pour les manifestations religieuses. Ils affectent même de l'estime , des égaids pour la religion en général, comme institution morale nécessaire à l'ordre et au bonheur de la société , et ils sont moins portés à blâmer ou tourner en ridicule ce qu'ils ne comprennent pas ou n'approuvent pas dans le culte. Il est de mauvais ton, maintenant, de se moquer des croyances et des observances religieuses ; l'abus ridicule en ces choses en a fait ressortir l'inconvenance et le danger, et ce respect public pour ce qu'il y a de plus profond et de plus sacré dans la conscience humaine est certainement un des traits les plus honorables de notre époque. (M. l'abbé Bautain.) Nous n'en voulons d'autres preuves que cet empressement avec lequel le peuple a demandé les bénédictions du clergé catholique pour ces arbres de la liberté qui reverdissent sur tous les points de notre capitale , que son respect pour les temples du vrai Dieu , que sa vénération pour ses ministres , que Sun dévouement enfin au christianisme, sentiments qui sont la preuve palpitante de la régénération sociale des esprits , de leur retour à des idées d'ordre , d'amour, de paix, à la morale de l'Evangile.

Malheureusement on a vu et on voit même de nos jours certains individus qui, pour entraîner plus facilement la jeunesse à d'autres principes et à un autre culte , c'est-à-dire aux principes qu'ils voudraient faire prévaloir, ne manquent pas de se placer sous le patronage de quelques hommes qui font autorité dans la philosophie ou les sciences. Mais sont-ils sincères dans leurs aflirmalions? Quelques mots vont nous l'apprendre.

Broussais meurt ; le docteur Monlègre , dans sa profession de foi , publie que ce grand physiologiste , dont le nom traversera les sièi les à venir, malgré ses erreurs scientifiques et ses revers pratiques , appartenait à la secte des matérialistes. Une pareille accusa lion pesait de tout sou poids sur la mémoire de Broussais, lorsqu'un de ses amis est venu le justifier enfin, par ces mémorables paroles :

« Hroussais était déiste et animiste, et il m'est doux de le proclamer à haute voix , à la race d'un public à qui on avait inculqué d'autres idées, Oui, je le répète , Hroussais cslmorl dans les mêmes sentiments que Cabanis, sentiments d'autant plus respectables, qu'ils ont été des deux paris le fruit d'une méditation profonda et d'un long travail d'esprit, (les deux .unis des hommes et de II vrrilé ont jugé qu'ils devaient, en la» eu: de l.i

morale, consacrer par leur témoignage , le double dogme qui la sanctifie. » [ParUet.)

Après une affirmation aussi précieuse, faite par un homme grave et consciencieux, dans une circonstance solennelle ( l'inauguration du buste de Broussais à l'hôpital du Yâl-de-Grâce, à Paris), en présence d'un public d'élite, le doute est-il possible? Non . donc Cabanis et Broussais étaient déistes et animistes; donc ils n'ont pas dû être irréligieux.

A propos d'affirmation , je ferai remarquer que louti s les fois qu'on parle .uix protestants de la conversion de Henri IV et de sa piété, ils ne manquent pas d'affirmer que c'est un acte de haute politique , qui a fait entrer le Béarnais dans le sein de tlîglise romaine. 11 est permis d'être d'un autre avis. Si l'on consulte l'histoire, elle nous dit : qu'une fois rentré dans le sein de l'Eglise catholique, sa piété sembla en acquérir un nouveau lustre. Qu'un jour, ayant rencontré un prêtre portant le saint sacrement, il se mit aussitôt à genoux et l'adora. Sully qui l'accompagnait et qui, comme calviniste, était reste dans l'erreur, Sully lui dit : «Sire, est-ce possible, d'après tout ce que j'ai vu, que vous croyiez en cela? — Oui, vite Dieu I j'y crois; et il faut être fou pour ne pas y croire. Je voudrais qu'il m'en eût coûté un doigt de la main, et que vous y crussiez comme moi. » N'e-t-ce pas là le langage d'un homme convaincu? Autre fait.

Ce prince, assistant à la messe, se levait pour approcher de la sainte table, lorsque Koquelaure vint lui demander grâce pour un de ses parents qui avait grièvement insulté le lieutenant général de Tulles. Le regardant fixement, Henri lui répondit : « Allez et ino laissez en paix. Je m'étonne que vous osiez me faire cette requête lorsque je vais protester à Di -u de faire justice et lui demander pardon de ne l'avoir pas toujours faite.» Je ne pousserai pas plus loin mes citations , afin de ne pas donner de plus grands développements à un article de dictionnaire déjà trop long peut-être, et je terminerai par quelques simples réflexions.

1 H ne suffit pas au catholique d'apprécier dans son intérieur les avantages et la supériorité de la philosophie sacrée sur loutes les autres philnsophics , il doit témoigner de ses sentiments religieux par un culte extérieur , car le monde delà religion c'est le culte ; et dans ce culte l'union intime d l'homme à Dieu.

■1' C'est un sentiment religieux bien impuissant que celui qui s'.irre er.nl à une

contemplation rare , vague, stérile. Il est de l'e sence de tout ce qui est fori , de se développer, de se réaliser. Le culte est doue le développement , la réalisation du sentiment religieux, non sa limitation. Le culte esl a la religion ce que l'art est à la beauté naturelle, ce que l'étal est à la société primitive, ee

que le monde de l'industrie est .1 celui de la nature. Le triomphe du sentiment reli-

gli us e^l .lins la né. il ion du culte , coin un;

le triomphe de l'idée du beau est dans la cré* lion de l'art, comme celui de l'idée du juste est dans la Création de l'état. [V ■ Cousin.)

l'ÎT

3* Puisque la cré;ilion du culte fait le: triomphe du sentiment religieux, assuronsen la perpétuité par la pratique constante de ce culte. Nous le devons tous par rapport à nous-mêmes, que la répétition journalière des acles religieux purifie, sanctifie, encourage et soutient; et par rapport à nos frères que nous devons édifier, si nous voulons qu'ils nous édifient, la société ayant tout à gagner de cette édification mutuelle.

i° Enfin, cette direction de l'âme vers la piété et ses pratiques est surtout bien salutaire pour l'humanité, à l'âge où le besoin d'aimer commence à se faire sentir. Ge besoin alors, pour les caractères très-animés, devient une passion leri ible, quand il n'es! pas détourné au profit des inclinations vertueuses. Les femmes surtout, lorsqu'elles ont ce caractère, tombent dans une disposition de cœur et d'esprit plus funeste à leur bonheur, plus déplorable que telle des hommes qui leur ressemblent : parce que les femmes, par leur position même, n'ont pas d'autre occupalin essentielle que l'amour, tandis que les hommes ont beaucoup d'autres occupations essentielles ; parce que toute la sensibilité de leur âme, ainsi concentrée sur une seule pensée, au lieu de pouvoir s'adresser librement à son objet, est ordinairement comprimée et irritée par la contrainte. Les femmes de ce caractère et dans celte situation peuvent alors commettre bien des fautes , perdre leurs qualités généreuses, en acquérir d'opposées, se conduire comme si elles avaient de la méchanceté dans l'âme, tenir longtemps cette conduite à contrecœur, souffrir cruellement et du mal qu'elles reçoivent et de celui qu'elles font, et de la hainequ'elles se portent à elles-mêmes; enfin, se. délivrer de ces tourments affreux parla voie la plus funeste, se jeter dans le désordre, ap; eler à jamais sur elles le mépris et le malheur... Donc, il faut, alors qu'il en est temps encore, imprimer au cours de leurs idées une dire, lion telle vers un autre amour, vers l'amour de Dieu, vers l'amour du prorhain, vers la charité, vers les douceurs de la bienfaisance, etc., que (ouïe pensée profane ne puisse y trouver accè*.

PITIÉ (sentiment ). — Nous avons vu, article Compassion , ce que c'était que 1 1 Pitié, ou cette sympathie tout à la fois instinctive et réfléchie de notre âme, qui nous fait comprendre et ressemir les souffrances de nos semblables, el nous porte à leur désirer un bonheur qu'ils n'ont pas. Dès lors j'aurai peu d'observations à ajouter à celles que j'ai déjà faites. Cependant je ferai remarquer que, naturellement, l'homme ne peut voir souffrir autrui sans souffrir lui -même jusqu'à un certain point; c'est-à-dire qu'il y a de l'écho dans notre chair pour toutes les afflictions de la chair, et que ce ressentiment de la douleur des autres est un mobile instinctif qui nous invite à la soulager. De là vient ce qu'on appelle un bon cœur, une Ame sensible, une bonne nature ; delà, celle qualié naturelle qui rend l'homme aimant et utile à ses semblables. Mais s'il ne s'y joint Diction n. des Passions, elc.

pas un mouvement plus profond et plus éclairé de la volonté, cette bonne disposition passera vile ou sera peu efficace . el (oui senliment d-' compassion s'éteindra. Ainsi pour que la pilié s il véritable, il faut qu'elle s'unisse à l'amour de l'humanité. A l'aide de. cette sympathie pour 1rs peines d'aulrui, unie à la conviction que nous devons nous aimer les uns et les autres, nous chercherons tous et nous efforcerons de toutes les manières, à nous aider et à nous soulager réciproquement.

Indépendamment de celte condition, la pitié sera plus ou moins active, suivant qu'elle est plus ou moins ancienne; il faut donc habituer l'enfance à se montrer sensible el compatissante, non par affectation, mais par sentiment. Pour cela il est bon qu'elle sache qu'il existe des êtres semblables à elle, qui souffrent ce qu'elle a déjà souffert, qui sentent les douleurs qu'elle a senties, etd'au- Ires dont elle do t avoir l'idée comme pouvant les sentir aussi. En effet, comment se laissera-t-elle émouvoir à la pitié, si ce n'est en se Iransponanl hors d'elle-même, et en s'idenlifiant avec l'animal souffrant; en quittant pour ainsi liire son élre pour prendre le sien ?... Nous ne souffrons qu'autant que nous jngeons qu'un autre soultre ; ce n'est pas dans nous mais dans lui que nous rapportons la souffrance. « Ainsi nul ne devient sensible que quand son imagination s'anime et commence à le transporter hors de lui. » (J.-J. Rousseau.) Donc il faut accoutumer de bonne heure les cnfanls à cette sorte de

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