‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 166 sur 251 · TRANSPORTATION · texte numérisé non relu

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Du reste, la pitié esl un sentiment si naturel à nos âmes, elle est tellement inhérente à nos penchants, que nous avons honte de ne pas la ressentir et la manifester en préseuce des malheureux. C'est à ce point que, quand nous ne soulageons pas nos semblables, nous cherchons toujours quelques excuses qui puissent nous en dispenser: ainsi nous disons de ceux qui sol licite al noire compassion , notre bienfaisance, ou qu'ils ne soûl pas dignes de les obtenir, ou que leur in conduite a mérité le sort qui les frappe, ou bien encore qu'ils ont des défauts, des vices qui doivent é'oign -r d'eux les bienfaits des gens honnêtes. Bref, un homme, quelque dur qu'il soit, refuse rarement ses secours au malheur, sans chercher l'apparence d'une raison qui lui permette de justifier sa conduite.

Je ne dis pas qu'il n'y ait dis malheurs qui , s'ils exeif ni noire pilié, doivent néanmoins nous trouver indifférents et froids à les secourir ; c'est lorsque ces malheurs ont été occasionnés par la débauche ou Pinçonduite. Eh bien! même dans ce cas, quelles que soient nos dispositions à ne point nous attendrir sur les souffrances d'aulrui, quelle que soit notre résolution (le fermer les yeux sur ses infortunes, afin de ne pas piiver de nos secours ceux qui en sont dignes à lous égards, sachons accourir pour porter des consolations à ces malheureux qui , s'ils n'ont pas des droits réels à notre bienfaisance, car la pilié doit s'accompagner lou-

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jours d'un profond senlimcnl de justice, me- Donc, la pitié est ce sentiment consolateur

ritenl pourtant notre pitié. On a bien dit qui couvre do son égide tous les malheureux

qu'un bienfait accordé à quelqu'un qui n'en de la terre. C'est en lui qu ils espèrent tou-

est pas digne est presqu'un vol fait au nul- jours. Tous tant que nous sommes, si faibles

hi ureux qui le mérite, et que le cœur a plus par nous-mêmes, soumis à tant de misères,

tard le regret d'avoir été ému dans de telles que deviendrions-nous si 1 égoïsme de cha-

circonstanccs ; et cependant quel est l'être cun éteignait celte flamme salutaire qui nous

sensible qui ne faiblit pas tout en se disant fut donnée par Dieu pour le bonheurde tous?

peut-être qu" c'est mal? Si l'homme isolé, concentré en lui-même,

On a bien dit que c'est ce sentiment de n'espérait plus en rien, quand ses propres justice qui fait que nous ne sommes point ressources seraient épuisées, l'affreux dé-cslouchés des infortunes des condamnés; qu'il poir éten rail un voile funéraire sur la sosuffil que nous sachions qu'ils out mérité ciété ; le suicide présenterait son poignard à leur peine, pour que, quand nous sommes l'infortune. .M lis Dieu n'a pas voulu qu'il en glacés d horreur à la vue d'un criminel qu'on fût ainsi : partout où s'élève un cri de doutraîne au dernier supplice, l'impression par leur, un écho do pilie lui répond ; il n'est nous éprouvée soit, la plupartdu lenij s, une pas un cœur affligé qui n'ait à puiser des impression purement physique qui nous do- consolations dans un autre cœur plus malmine. El pourtant, voyezee qui se passe tous heureux.

les jours : n'est-ce pasque la pitié vieai sou- Ei\Cm, c'est en terlu de cette angéli iue

vent adoucir les rigueurs de la justice? > est- qua|il6 que |;, f(M,lllie fait ravonner autour

ce pas que souvent il se présente descircons- u-e|ie,dans la famille et dans ia société, d'ir-

tancesqui, quoique nous fassions, allai- résis(j[,|es ct prestigieuses influences, lin

Missent à nos yeux le de. il? Ainsi, un vieil- doutez-vous? Voyez les saintes femmes dont

lard blanchi par les années, une femme sur i|jglisc honore |a poétique mémoire, <t qui,

les bancs de la cour d'assises, exciteront sorlics e„ grand nombre des rangs du peu-

davanlaize notre pitié qu un hardi brigand p,(1) g0B, rojiréscntées par les biographies

dans la force de l'âge et de la vigueur. Des sac,ces commfl ayûnl possédé au plus haut

lors, si, en exposant aux jures les choses rf é 1(,s grâ es Pl i s vertus de leur sexe :

qui peuvent les toucher de compassion, en vovcz parmi nous les femmes qui, nées au

présentant à leur esprit le tableau ii une fa- sein llc |*ôpatence, accomplissent, non-scule-

mille livrée au désespoir, des parents casses meB, .-, l'égard de leurs propres enfants,

par l'âge, et d.-s enfants au berceau .prives mais encore a l'égard dos enfants des pau-

de leur unique soutien, les avocats réussis- vrcJ) lous les saims jevoils „••„.„,. humanité

seul à arracher les coupables auglaive de la prcv0yantc et infatigable: voyez aussi ces

justice, ou bien à leur faire accorder les cir- • nes fi„(,s quj rononccn, a (,,uU.s |cs j0j,.s

constances atténuantes, cet adoucissement ,ic la famille pour s'associera de uran. les in-

que la loi a voulu laisser a la pilie la faculté forluncSi dans |es priSOl,s, dans les hôpitaux,

d'obtenir, n'arnvc-l-il pas souvent que, le dans ,cs ;lsik,s des a|jé„cs, parlout où il y a

moment de la réflexion venu , 1 exaltation pleurs à sécher, des douleurs a apaiser, des

de noire sensibilité affaiblie, il m- reste au jnforlul,es à secourir; et dites-moi si ce n'est

juré que le regret de s'être laissé loucher, et oas possédor |,.s verins apgélinues de la com-

il'avoir méconnu jusqu'à un certain point la ;niséra(jon quc de passer ainsi sa vie à cic a-

voix du devoir? Iriser les plaies de l'humanité. Gloire donc au

Et pointant, de tout temps on a mis en 9entia,ent qui élève ainsi ces saintes Qlles, ces

usage de pareils moyens. Ainsi, par exemple, pieiis,.s fommes et tous ceux qui les imitent. à Home, avant <iue le peuple fut appelé a .,.;„. n . .... „ , ,

prononcer la sentence, on permettait à lac- PLA1SAH T , Plaisantebib défaut). -La

•usé de se promener dans l'assemblée, invo- plaisanterie es 1 art de donner du ridMUle

quant la pitié de tous par sa contenance bu- au* d!*c<;ur* J» aux P^"'"»";- Joui avei

milieu cl par ses larme,. Son épouse, son P" VOjr ArLMoQi amis) que cetart, comme

vieux père, ses jeunes enfants l'accompa- '« W»««e e le pereiOage, demande beaucoup

gnaicn.etla clémence, qu'il ne uiéritait pas, d- bnesM.d esprit, beaucoup de jugement.

était bien souvent obtenue par le désespoir. I nous suffira donc d une sinpl ol m. a.m ,

Ainsi, chez 10US les pendes où la pnère I Hc consistée,, ee fait incontestable, que : le

est aussi sacrée que la juBiice,on regardât mondccsi Ple,nden,auv.,.s plaisants ,,,... ,p-

eomme une chose aussi horrible dVnlever Pa^nt dans les renies un car la in l „, *»-

a x accusés le droit d'implorer la pitié., «ne m^ique qu, révqlte tous les eeprki b en

de leur ôtercelui de l'a, re valoir leurs moyens f"ls : "» »n ";"'"« beaucoup, paru,, 1« ln-

il ■ défense l> râleurs ou du moins parmi ce US qui se pj

' Ainsi , parlout, quand la loi a prononcé, «l»cnt de l'être. Mais, littérateurs ou non,

quand le coupable, rejeté par la justice, n'a »«. "'"«vais plaçants tournent tout en

plus rien a espérer d'elle, il compte encore ridicule, UM a apercevoir qu ils sont . enl

que la pitié lui garde une porte de salul : le f'"* P»«« ridicules eux-mêmes que l.-s , ..-.■-

droit de grâce, cette belle prérogative du *»'«»"* 'I'.' ,''* veulent plaisanter, et sans r,.-

souverain, vient qu,|quefo,. jeter un reflet "''' '"' <l» »l eal ordma.re que celui Mu, f.,,1

d'espérance a travers les grillai du ca< bol . IIIV '"' M &••■ Ja'"'"s *U«w.

et enlever au supplice la victime que la pi- Ce simple avertisse ni doit suffire pour

lié publique a protégée. nouaguérlrée la manie d'être trow4ptoi$ant.

l'OI.

l'OLI , P'iUtesse (qualilé). — La politesse est un désir de plaire aux personnes avec qui nous sommes obligés de vivre, cl de faire en sorte que loul le mon'ie soit content de nous : nos supérieurs de nos respects; nos égaux de notre estime, et nos inférieurs de noire bonté. En d'autres termes , la politesse consiste dans l'attention de plaire et de dire à chacun ce qui lui convient. Elle fait valoir leurs bonnes qualités, et f.iil sentir qu'elle reconnaît leur supériorité. (Madame Lambert.)

La politesse naît de l'amour bien compris de soi-même, c'est-à-dire de l'amour de l'estime et de l'amour de la con-idéralion. Elle est donc une qualité fort aimable, qui contribue puissamment à établir la paix parmi les hommes en ce qu'elle bannit de la société le moi toujours insipide, comme disait Montaigne, toujours si blessant pour autrui. Et cela devait être, puisque la personne polie, ayant trop peu de temps pour parler d'elle, s'oublie et ne pense qu'à laire valoir son prochain.

Mais, comme l'amour-propre joue ordinairement en nous et dans les aulres un trè;graud rôle, comme chacun exige pour soi des ménagements qu'on n'a pas toujours, et que c'est le [dus communément qu'il en est ainsi, nous ne devons pas cire étonnés dès lors qu'il soit si rare de trouver des gens polis, l'amour-propre étouffant bien souvent l'amour de soi-même.

Et pourtant la politesse , au fond , est une envie de plaire, que la nalure nous donne, que l'usage du monde fortifie, et que nous devrions tous désirer conserver.

Deux moyens nous sont offerts pour cela. Le premier se lire de la fréquentation des femmes distinguées, honnêtes, comme il faut. Les hommes ayant d'autant plus de mérite à leurs yeux qu'ils sont plus empressés auprès d'elles, plus disposés à paraître aimables par tous les moyens que la nalure et l'éducation nous ont donnés, leur commerce devient dès lors pour eux la meilleure de toutes les écoles. Et cela est ainsi, non point parce que les femmes sont polies, mais parce qu'il faut l'èire beaucoup avec elles; non point parce qu'il faut profiler des exemples de politesse qu'elles nous donnent, mais parce que nous nous trouvons dans la nécessité d'être trèspolis à leur égard, non-seulement pour être goûlés, mais pour en être soufferts. Le mérite le plus essentiel d'un homme, auprès des femmes sajjes.est donc une grande politesse.

El quant au second moyen, il se trouve dans un échange réciproque d'alteutions et cct'e juste mesure de relations qu'on établit avec des personnes bien élevées. En les voyant fréquemment et en s'essayanl à les imiter, on contracte leurs habitudes, on devient poli comme elles; et par-là les affections se préparent, les convictions deviennent plus faciles, chacun peut conserver le rang que se- qualités lui ont fait obtenir

Mais pour qu'il en soit ainsi, il ne faudrait pas que la politesse lombâi dans L'affectation cl les façons singulières. Cela rend encore plus ridicule et plus désagréable que la gros-

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sièreté. El pourtant c'esl ce qui arrive à certains esprits médiocres et rampants, qui, s'imaginant, comme "on l'a prétendu du reslc, que la politesse est la vertu des grands, et qu'on n'en tient compte qu'à eu\ seuls, veulent absolument se faire leurs imiUlcurs scrviles. Tel est le fat, qui, imitant leurs manières et cherchant à se faire remarquer par la convenance étudiée de son maintien , excite doublement la pitié par sa folie et sa présomption. (A. Smith.)

Il convient donc de garder toujours un juste milieu et de ne poinl pécher contre la vraie politesse, ni par excès, ni par défaut. Et c'esl à celte seule condition qu'on peut dire d'elle : « La politesse est Le co i plément de la civilisation. >•■

A ce propos, je dois faire remarquer que si on appelait politesse les formes de la galanterie du siècle de Louis XIV, certes les hommes de l'antiquité n'en auraient pas eu la moindre idée. Cependant, est-il des modèles plus imposants, que l'histoire cl l'imagination puissent offrir à l'admiration des siècles

Nous avons vu ci-devant (Art. Civilité) que toute personne bien née, civile, aimait a rendre à autrui les égards qui lui sont dus; et que La Bruyère voulait que cette vertu de société consistât en une certaine attention à faire que, par nos paroles et par nos manières, tout le monde fût content de nous. Je n'y vois aucune difficulté : au contraire, je trouve qu'il y a beaucoup à gagner à suivre ce principe, basé du reste sur la plus exquise politesse ou le sentiment des convenances.

Les mots civilité et politesse sont- ils synonymes? On a prétendu que non; c'est-à-dire que certains moralistes ont avancé que l'un -dit plus que l'autre, et même signilic autre chose. A les entendre, la politesse consiste dans le désir de paraître poli et de se rendre agréable; tandis que la civilité consisterait, au contraire , en un sentiment qui naît de la crainte d'être considéré comme un homme grossier, sans éducation, si on manque aux convenances

D'après cela, on ne serait civil que par déguisement; et c'est peut-être à cause de cette particularité que Fléchier définissait la civilité : « un commerce île mensonges ingénieux pour tromper. » Et comme elle exige dans la pratique une connaissance exacte des bienséances, on dit encore que la civilité empêche de m lire à jour ses vices.

Jusque-là je ne vuis pas trop quelle différence il y a entre la civilité et la politesse, ces nuances diverses étant par trop semblables pour les distinguer, alors surtout qae Il civilisation a fait ïaul de progrès.

Sans doute qu'à ces époques d'ignorance, où l'on distinguait les grands seigneurs du reste des hommes par l'élégance de leurs manières, ou pouvait vouloir établir des distinctions de mots, comme on établissait des distinctions de classes. Alors, peut être, on pouvait prétendre, à tort ou à raison, consacrer le mol politesse à l'usag« des gens de qualité ou de la cour, et laisser le terme ci-

rc-L

vililé à la disposition des personnes d'une rotidition inférieure et auplus grand nomlire des citoyens; niais aujourd'hui que, je !e répète, grâce aux progrès de la civilisation, on trouve des individus très-bien élevés même parmi ies hommes sortis des derniers rangs de la société, je trouve ces distinctions par trop futiles pour les conserver. Disons, toutefois, que la vraie politesse est franche, •■ans apprêt, sans élude, «.ans morgue, et part du sentiment intérieur de l'égalité naturelle; qu'elle est la vertu d'une âme simple, noble et bien élevée, et ne consiste réellement qu'à mettre à leur aise ceux avec qui l'on se trouve : au lieu que la civilité, bien différente, est pleine de procédés sans attachement et d'attentions sans estime. La première est assez commune, la seconde extrêmement rare. On peut être poli sans être civil, et civil sans être poli : ce ne serait donc pas absolument la même chose que politesse et civilité. Néanmoins, je le répèle, doit-on s'ariéler à ces différences pour ne point les regarder comme synonymes?

Quoi qu'il en soit, nous ferons remarquer qu'il ne faudrait pas confondre la vraie politesse, celle qui est franchement sentie et exprimée, avec ia fausse politesse ou la politesse affectée : ce serait confondre la vérité avec la dissimulation, un vice liès-commun avec une vertu. Celle-ci est la ceinture de VénuS, qui embellit et donne des grâces à tous ceux qui la portent; ou, comme disait Isabelle de Castille : « Les manières polios sont de perpétuelles lettres de recommandation pour celui qui les a; celle-là est un masque gracieux qui cache la laideur et la difformité. »

Il laul donc s'habituer dès l'enfance à la plus exquise politesse N'oubliez jamais que si elle était en concurrence avee la vérité) et qu'il fallût nécessairement choisir entre elles deux, au risque de déplaire, mieux vaudrait renoncer à plaire et à se monlrer poli, plutôt que de sacrifier la vérité au désir d'être ou de paraître agréable.

N'oublions p s non plus que c'est une faute contre la polit" sse que de louer immodérément, en présence de ceux que vous faites chanter ou loucher un instrument, quelque autre personne qui a ces mêmes talent! ; comme devant ceux qui mus Iseut leurs vers, un autre poêle. Cela l'ait supposer à l'exécutant ou au lecteur un rapprochement ou une comparaison qui n'est p;is à s< . 11 avantage, à moins qu'on n'ajoute, pour corrcclif obligé, que l'expression et la wiix du chanteur étaient moins remarquables, que les \ers du pocie loué sont moins harmonieux et moins riches de pensées cl d imagination. Sans cette alleniloB, l'artiste et le versificateur se sentiront blessés, car vous aurez ce impoli à leur égard.

Disons i nlin que la politesse esl l'i spres b h n oi l'imitation (les vertus sociales : c'en (si l'es pression si elle esl vraie, et l'imilalion sj elle < si tau se. in comme les vérins

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