‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 167 sur 251 · PRE · texte numérisé non relu

PRE

homme qui les posséderait toutes aurait néccssaii ement 1 1 politesse au souverain degré.

Mais comment arrive- l-il qu'un homme d'un génie élevé, d'un cœur généreux, d'une justice exacte, manque de politesse, tandis qu'on 'a trouve dans un homme borné, intéressé et d'une probi'.é suspecte? C'est que le premier manque de quelques-unes des qualités sociales qui nous rendent polis, telles que la prudence, la discrétion, la réserve, l'indulgence pour les défauts et les faiblesses des hommes, et surtout la tolérance, une des premières vertus sociales, qui nous prescrit de tolérer dans les autres ce qu'on doil s'inlerdire à soi-même. Au contraire, le second, sans avoir aucune vertu, a l'art de les imiter toutes : il sait témoigner du respect à ses supérieurs, de la bonté à ses inférieurs, de l'estime à ses égaux, et les persuader tous qu'il en pense avantageusement, sans avoir aucun des sentiments qu'il imite.

Avouons qu'on les exige si peu aujourd'hui, que l'art de feindre est ce qui conslilue la politesse de nos jours, et cela malgré la remarque qu'avait faite, il y a déjà longtemps. Duelos.que : « Ce! art est souvent assez i idicule et assez >il pour être donné pour ce qu'il est, c'est-à-dire pour faux. » Ne dirait-on pas que c'est écrit d hier?

POLITIQUE (qualité ou défaut). — On appelle politique tout individu qui déguise ses pensées et ses actions avec tant d'art et d'habileté, qu'il assure ainsi, le plus souvent, la réussite de ses desseins. Voy. à l'art. DSGU1si hbnt ce qui esl relatif au politique.

POLTRONNERIE (défaut). — Comme il en a éle question à l'article Lâcheté, voyez cet aride

PRÉCIPITATION (défaut).— Pbécibkation se dit d'une trop grande promptitude ou activité dans nos actes et nos déterminations.

Il est donc deux manières d'agir avee précipitation : l'une, qui s'applique au jugement que nous portons d'une chose, nall de l'irréflexion et devient une cause fréquente d'erreur; l'autre, (lui s'allaclie à nos arlious et lient à la vivacité de notre caractère, nous fail faire bien des sottises.

En conséquence, il esl toujours dangereux d'agir avec PRÉCIPITATIOB ; et c'est à cause de cela qu'elle est considérée comme on défaut.

Disons touli fois que ce défaut est pardonnable dans Ions les cas où on n'aurait pas le temps de réfléchir avanl que de se prononcer, comme cela arme parfois dans rcriainei circonstances où il faut forcément prendre une détermination sur-le-champ, sans se donner le temps de la réflexion; mais hors CCS eas exceptionnels, rien ne la juslilie.

Quoi qu'il en soit, voulez-vous éviter les

dan-ers de la précipitation '.' réfléi hisse/

longl mps et attentivement avant que i't gir,

PRÉCISION et Jisnssi: [qualités). — Jo

rapproche et confonds ces dcui mois dans

un moine article, quoiqu'ils De soient pis p n i |i| nient 6J non \ IIICS , paie e que tous les

deui s'appliquent également au même objet, dire a nos pai nies el i nos é i Uk

La logique veut l'emploi simultané de l'un et de l'autre : de la riiÉcisiox, qui consiste à ne rien dire d'inulil •, et de la justesse, qui eoij relie de donner dans le faux. Elle l'exige, pane qu'avec l'une, qui est l'effet d'une ins- Iruclion solide, on se renferme toujours dans son sujet; tandis que par l'autre, qui tient à un bon jugement, on en saisit le i éri table point de vue et on reste dans le vrai. Elles sont donc également nécessaires ; mais celleci étant le fruit de l'élude, le résultat ou le produit d'une réflexion profonde, elle ne le cède en rien à celle-là, qui, étant un don naturel, en a moins de mérite. Néanmoins, du moment où toutes les deux sont également utiles, il faudra les cultiver également.

PRÉSOMPTION (défaut). — Se natter d'avoir les vertus ou les qualités qu'on n'a pas, c'est être présomptueux ; la présomption ne consiste donc pas à croire posséder de grands talents, quand ou en a îéellement, mais à se tromper dans la bonne opinion qu'on a de soi-même: de telle sorte que celui qui se flatte et se Ir. mpe beaucoup est très-présomptueux , au lieu que qui se trompe peu l'est peu.

Mais qu'on soit j eu ou beaucoup présomptueux, la présomption est toujoui s blâmable. Pourquoi? parce qu'elle est la conséquence de toutes les nuances de l'orgueil, celui qui en est plein débordant pour ainsi dire par une surabondance d'actes ou de paroles. 11 ne doute de rien ; aucune difficulté ne l'arrête ; il ne se donne pas même la peine de les examiner ; d'ailleurs, son aveuglement l'empêcherait de les reconnaître. 11 estime son pouvoir à l'égal de son vouloir; il tente ce qui dépasse ses forces, parce qu'il s'estime au delà de ce qu'il vaut, et, dans le fait, il reste toujours au-dessous de ce qu'il entreprend. L'expérience seule avec ses mécomptes peut lui apprendre à en rabattre et à le corriger ou au moins à le mater ; mais cela n'arrive presque jamais. Aussi Pline a-t-il considéré la présomption comme la perle <ie l'homme et la mère nourrice des plus fausses opinions publiques et particulières ; vice toujours naturel et originel de l'homme. Pourtant, celle présomption se doit considérer en tout sens, haut, bas et à côté, dedans et dehors pour le regard de Dieu ; choses hautes et célestes , basses , des bê'es , de l'homme son compagnon , de soi-même ; et lout revient à deux choses : s'estimer trop cl n'estimer pas assez autrui.

Néanmoins, avant que de condamner également la présomption il faut avoir égard à certaines considérations qui peuvent modifier notre jugement. Ainsi un sot, qui se croit un bon esprit, n'est pas moins présomptueux qu'un bon esprit qui se croit un génie supérieur ; cependant le sot nous choque moins par ses prétentions qu'un homme d'esprit, lisse trompent l'un et 1 autre, il est vrai , mais le premier pèche par ignorance et le second par fatuité ; il faut donc mépriser celui-ci et plaindre celui-là.

De même, sans être un sot ni un bel es-

prit, le jeune homme, qui ne sait point encore qu'il a peu d'idées, pourra se prévaloir du | eu qu'il sait. Il a peu d'idées, disois-uous : mais comment l'aurai t-i l appris? Une peut se comparer à ce qu'il sera un jour , il ne peut même encore le devenir. Il se compare à ce qu'il a été. La masse de ses acquisitions lui parait considérable, et il se croit capab'e dejtigerde l'ensembled'un sujet. C'esl ce qui donne fréquemment à ses d.scuurs et àsesécrils ce ton de présomption dont on lui fait justement un sujet de reproche.

C'est pourquoi, comme la présomption a tant de hauteur et si peu de base, elleest bien facile à renverser ( Madame de Staël); ce qui lient peut-être aussi à ce qu'elle a pour compagne l'inexpérience.

Dans tous les cas, ce défaut naît de l'habitude où l'on est d'admirer et d'applaudir les enfants; au--si est-il ordinaire de le rencontrer dans la jeunesse et chez les hommes d'un esprit borné.

Pour en prévenir le développement chez tous ceux en qui la raison est assez avancée, il faut, s'ils veulent jujer de quelque chose sans le bien savoir, les embarrasser par quelque question nouvelle, afin de leur faire sentir leur faute et les confondre rudement....; leur témoigner qu'on les approuverait bien plus quand ils doutent et qu'ils demandent eu qu'ils ne savent pas, que quand ils décident le mieux....; leur faire sentir, à mesure que leur iutelligence se fortifie, qu'ils apprennent chaque jour des choses nouvelles et qu'ils en ont beaucoup à apprendre. [Fénelon.)

PRESSENTIMENT (sentiment). — Fruit de la crainte ou de l'espérance, le pressentiment est une espèce de divination fondée généralement sur des motifs aussi futiles que frivoles. Néanmoins, bien des individus y croient et se persuadent que la tristesse qu'ils éprouvent est l'annonce d'un malheur qui va prochainement les frapper; tout comme leur gaieté serait le présage d'une bonne nouvelle.

Avec un peu plus de réflexion d'une part, et moins d'ignorance d'antre part ( car ce sont généralement les gens sans instruction ou les personnes qui ne réfléchissent pas, qui croient aux pressentiments), chacun pourrait reconnaître que notre gaieté ou notre tristesse, en certains moments, proviennent le plus souvent de la bonne ou de la mauvaise disposition de nos organes, leurs fonctions régulièrement et facilement accomplies, ou bien momentanément affaiblies et troublées, occasionnant l'un ou l'autre d < ces sentiments. De là, pour les esprits crédules , les bons ou lis mauvais pressentiments.

C'est choe dont nous devrions tous être persuadés, que cette origine des presscnltments;el nous y gagnerions beaucoup, vu que du moment où celte conviction auiail pénétré dans tous les esprits, adieu ta loi dans les pressentiments. D'ailleurs, n'est-ce pas que les passions morales syslalliques disposent notre âme à la trislesse, au lieu que les passions stimulantes ont un effet opposé? Or,

Page 1