IIS
niE.
s'il en est ainsi, peut-on croire que la tristesse soit un pressentiment?
Reste que la faiblesse d'esprit, l'ignorance et la sotlise, étant les sources les plus communes de la foi dans les pressentiments, c'est en tarissant ces sources qu'on desséchera le cours des idées qu'elles «1. mentent,
PRÉVENTION (défaut), Piiévenu. - On peut définir la prévention , un jugement admis sans examen, sur tes qualités, le mérite ou les opinions d'aulrui.
En général la prévention est le défaut des sots, qui, au lieu d'en appeler au jugement des hommes supérieurs, adoptent aveuglément tout ce qu'on leur présente de nouveau et le trouvent bien, admirable, sans se donner la peine de l'examiner ; ou qui, s'ils le considèrent, ce sera avec un esprit déjà prévenu qui, par conséquent, chercheradans les expériences qu'ils tenteront ou dans les livres qu'ils parcourront, non à s'éclairer , mais à découvrir ce qui peut confirmer l'idée préconçue à laquelle ils se sont arrêtés. Ainsi on raconte l'histoire d'un prêtre et d'une vieille folle qui, regardant à travers une lunette, apercevaient , l'un les clochers de sa cathédrale et l'autre des amours qui voltigeaient dans les airs.... : c'est l'histoire de tous les gens prévenus.
Les personnes qui se passionnent aisément sunt soumises à l'empire de la prévention ; aussi est-ce sur la jeunesse surtout qu'elle exerceson pouvoir. Ce n'est pas qu'elle ne devienne plus tenace encore à mesure qu'elle vieillit davantage; mais cela ne change rien à notre proposition. Toujours est-il que j'ai connu des jeunes hommes tout comme des gens d'un ;1ge mûr (et j'en connais encore), qui sont tellement prévenus en faveur d'un journal et en mal d'un autre, qu'ils soutiendront a\ec acharnement n'importe quel principe, fût-il absurde, par cela seul qu'un tel l'a dit, cl repousseront au contraire /e meilleur projet par cela seul qu'un te] l'aura proposé. Ces politiques habiles se fout tous les malins l'opinion de la journée en parcourant leur journal favori, et ils n'en démordent pas. Essayez de leur faire trouver faux un fait conlrou\é, ils vous répondront : Si demain il esl démenti dans mon journal, je dirai que vous ave/ raison.
La même prévention s'applique à pu près à tout, parce que, loin d'agir comme l'homme bien Intentionné, qui, s'il a de l'esprit, cherche à s éclairer par la lumière qui jaillit de la diversité des opinions et peut ensuite, par un raisonnement sage , réformer ou perfectionner la sienne , l'homme prévenu s'arrête inconsidérément ou bêlement à l'idée que tel ou tel individu cherche à faire prévaloir; cl sans l'avoir pesée, quand il lo pourrait, il l'adopte aveuglement et y reste attaché. Que sera- c si l'idée lui appartient '.'
Après ces considérations genér. les, il est inutile, je pense, de designer quel esl, de l'homme instruit ou de l'homme prévenu, celui que nous devons imiter?
PREVOYANCE (qualité avantageuse). —
PLO 724
C'est un acte de l'esprit par lequel on conjecture d'avance ce qui peut arriver, suivant le cours naturel des choses.
La ptévoyanee est une qualité d'autant plus précieuse que nous ne sommes que trop disposés généralement à compter sur les événements favorables que l'homme peut rencontrer sur sa roule ; et comme rien n'est si trompeur que l'espérance, il faut aussi bien prévoir les maux que les biens de la vie ; sans cela nous verrons se dissiper une à une nos plus douces illusions, tout comme des circonstances imprévues venir ranimer notre courage qui n'aurait pas dû s'affaiblir
A plus forte raison ne faudrait-il pas nous rendre malheureux par trop de prévoyance (Le roi Stanislas) , celle-ci , poussée trop loin , dégénérant en Pusillanimité ( Yoy, ce mol)
La bonne prévoyance est celle qui esl le fruit du raisonnem nt appliqué à l'étude des faits accomplis, des événements antérieurs eldu caractère ou de l'aptitude îles hommes; c'est elle seule qui doit faire notre force. Je veux bien que la sécurité, qui vient de la raideur de l'âme contre les obstacles el de l'habitude à envisager les revers, soit le plus ferme soutien de la vie; mais le calme que donne l'espérance esl trompeur comme elle, je le répèle, et aussi passager que le vent qui le troulde. Il faut donc tout prévoir, le bien el le mal, la félicité et le malheur, la grandeur et l'abaissement , l'opulence et la misère , pour préparer notre à>ie à tous les événements, et faire que la résolution suive do près le besoin pressant de l'occasion. « Mais quant à ceux qui s'endorment dans les bras d'un doux espoir, éloignent de leurs yeux tout ce qui pourrait écarter leurs songes enchanteurs , ceux-là n'auront qu'une âmo faible, inégale, errante et sans appui, (flacon.) Malheur à eux ! t
PROBE, Pbobitg (vertu). — La probité, comme l'honnêteté, est un attachement à toutes les vertus civiles : c'est l'habitude des bonnes actions. Je dis habitude, parce que ce n'est pas une seule action honnête non plus qu'une seule idée ingénieuse qui nous obtiennent le litre de vertueux ou de spirituel. On sait qu'il n'est pas d'avare qui ne se soit une fois montré généreux ; de libéral qui n'ait été une fois avare; de fripon qui n'ait fait une action I >uahlc, d'homme enfin qui, si l'on rapproche certaines actions de sa vie, ne paraisse doué de toutes les vertus et de tous les vices contraires. Il f.iut donc l'habitude des actions utiles pour constituer la probité
On voit par ces quelques mots qui! l'oh-
lervauce oc tout ce que les loin exigent, de ce que les mesura recommandent , de ce que la conscience inspire, de toutes les règh s
enlin renfermées dans cet axiome si connu el si peu développé : Faites d autrui ce que vous voudriez tyui vou$ fût fait; tout comme l'observation exacte cl précise de celte
m imiiii' . Ne faite* point à autrui rr que i mis
ne i oudries pa* qui voui fût fuit , constituent
7J5 ruo
la probité. Or, comme elles constituent aussi l'Iioiinélelé, honnêteté et probité seraient donc synonymes ?
Ils le sont en effet; aussi me bornerai-je à citer quelques faits historiques qui sulfiront à compléter l'un et l'autre article.
Le sénat était courroucé contre Fabius Maximus, pour la convention qu'il avait faite avec Annibal louchant les jirisonniers de guerre. Ils étaient restés d'accord que l'on échangerait homme pour homme, ou bien qu'on donnerait deux cent cinquante drachmes d'argent par tête, si les uns en av. tient plus que les autres. Or, quand l'échange eut été ainsi fait, il se trouva q u' Annibal avait encore de reste deux cent quarante Romains : ce que voyant, le sénat refusa de donner l'argent et blâma fortement Fabius d'avoir fait eel accord peu honorable et peu profitable à la chose publique pour racheter des gens qui, par lâcheté, s'étaient laissé prendre. Fabius suppor'a avec dignité le courroux du sénat; mais esclave de sa parole et n'ayant pointd'argent, loin d'abandonner ses concitoyens retenus prisonniers , il envoya son fils à l'ioœe avec la procuration pour vendre ses terres et lui en apporter l'argent incontinent. Le jeune homme y alla , vendit les héritages de ses pères et se rendit immédiatement au camp où les prisonniers furent rachetés en remettant leur rançon à Annibal. Plusieurs de ceux qu'il avait rachetés voulurent plus tard lui rembourser la somme qu'il avait avancée pour chacun d'eux, mais il ne voulut jamais y consentir, (f/wtarque.)
la France a eu , elle aussi, son Fabius, dans la personne du général de Brissac, qui, sous le rapport de la délicatesse, du désintéressement, de la probité en un mol, ne le cédait pas à Fabius Maximus. Voici un fait qui le prouve.
Les troupes, victorieuses dans le Piémont, pendant dix ans sous Drissac, voyant qu'on abandonne le fruit de leurs travaux cl qu'on les réforme, demandent, du Ion de la sédition, où elles trouveront du pain.— Chez moi tant qu'il y en aura, répondit le général.
Les marchands de pain, qui, sur la parole de Brissac , avaient fait des avances à l'armée , conjurent cet homme illustre d'avoir pi'ié d'eux. Il se dépouille de tout ce qu'il a pour les soulager, et se rend avec eux à la io r de France. Les Guise , qui étaient les maîtres absolus du royaume, ne montrant pour ces malheureux qu'une compassion stérile, le maréchal de Brissac dit à sa femme : .< Voilà des gens, madame, qui ont hasardé leur fortune sur mes promesses : le ministre ne veut pas les payer, el ce sont des gens perdus, l'.emellous à un autre temps le mariage de mademoiselle do Brissac, que nous nous disposons à faire , et donnons à ces infortunés l'argent destiné pour sa dot. » L'âme de la maréchale se trouve aussi sensible , aussi élevée que celle de son mari. Avec la dot et quelques autres sommes que l'on emprunte, Brissac parvient à faire la
IKiJ
72fl
moitié de ce qui esl dû aux marchands , auxquels il donne des sûretés pour le reste. C'est couronner dix ans de victoires bien héroïquement
PRODIGALITÉ (défaut), Prodigik. — On a pu remarquer, à l'article Générosité, quelles sont les différences qu'il y a entre être généreux el être prodigue, el comment on devient l'un el l'autre. l'aurais donc pu me borner maintenant à renvoyer le lecteur à ce qui a été dit à l'article sus-menlionné; mais j'ai voulu m'arrèler un iustanl à parler de la prodigalité, afin de réparer une omission involontaire.
Elle a pour objet cette vivacité de caractère el cette sensibilité de tempérament qui font que la jeunesse s'abandonne à celle prodigalité inconsidérée , qui n'est pont la générosité. Celle-ci, qui est un penchant de toute âme sensible vers la douceur de soulager l'infortune et de répandre le bonhpur autour d'elle , se mêle souvent aux dépenses du jeune homme, mais souvent elle eu est séparée : tandis que l'extrême désir qui l'entraîne vers une jouissance ne lui permet pas de calculer les moyens qui la procurent. Peu inquiet des besoins d'un avenir ou même d'un lendemain auquel il ne pense pas , il ne craint que de manquer l'occasion de se satisfaire, et il se presse, à quelque prix que ce soit, de saisir cette occasion.
On conçoit qu'il y a loin de là à celle prodigalité froide et calculée de certains prodigues,etque bien moins coupables qu'eux, ils ne méritent point une censure aussi sévère. D'ailleurs, l'âge, en amortissant la vivacité et énioussant la sensibilité des uns, peut les guérir de ce travers, sur lequel du reste la réflexion peut acquérir un bien grand empire , au lieu que les autres sont incorrigibles. Donc on peut admettre plusieurs catégories de prodigues, et c'esl ce que j'ai voulu constater.
PRUDENCE (vertu), Prudent. — Fille du discernement et de la sagesse, la prudence est la droite raison naturelle appliquée à la conduite de la vie.
L'homme prudent sera donc celui qui , connaissant les lois de la morale el de la religion , les usages du monde et certaine:) convenances particulières, lègle dans sa prévoyance raisonnôe la mesure de ses rapports avec ses semblables, c'est-à-dire ce qu'il convient qu'il fasse ou ne fasse point.
Ce n'est donc pas sans raison que Cicéron a dit : // n'y a pas de va'lu sans prudence. Et pourtant de La Chambre n'en fait pas un sentiment aussi élevé qu'on pourrait le supposer d'après lesavanlages que chacun relire de la prudence. Pour lui c'esl une qualité amphibie, qui communique avec la vertu et le; vice, cl dont loul le secret est de connaître ce que sont les autres, ce qu'ils peuvent , et ce qu'ils désirent, afin de savoir comment on doit agir avec eux.
Je suis loin de contester que la plupart des gens savent dissimuler avec prudence, et se servent de celle-ci pour mieux cacher à tous
"i7 r ru m n t^s
les yens leurs défauts, leurs vi es et lesiiifâ- .Malheureusement c'est un conseil qu'elles
inesmanœuvres qu'ils mettent en usage pour n'écoulent guère. Pourquoi? parce que 1rs
nous tromper; mais cela empèche-t-il que la femmes ne peuvent porter dans leurs ré-
prinlence, considérée en elle-même, soit une flexions une grande opiniâtreté, et manquent
qualité parfaite? D'autre part, Esprit coin- ordinairement de prudence. C'est pour cela
mence par «lire que la prudence n'est pas qu'on a cru pouvoir la définir : le sentiment
une vertu, et sa raison est qu'elle est trom- de l'avenir, ce sentiment ne pouvant se for-
pée. C'est comme si l'on disait que César mer et ne pouvant du moins être écouté ai-
n'était pas un grand capitaine, parce qu'il a sèment, lorsqu'il entre en concurrence avec
été battu à Dyrrachium un grand nombre de sensations présentes
Si Ksprit eût été philosophe, il n'aurait pas Disons toutefois que la principale pru-
examinéla prudence comme u-ic vertu, mais derie co.lsisle à parler peu ,à se déOer bien
comme un talent, comme une qualité utile, p,uf. de -oi dos au, mlis jnl à faire
heureuse, car un scélérat peut e.rc lres-pru- des discours faux cl des personnages b.ouil-
ei , . . . . . ■ Ions. La droiture de conduite cl la réputation
Je vais plus loin , et je demande si, parce UI!lvcrsel,e de bilé aUireill ,us de con
que le Cou qui dans la crainte dêlredé- f)allC(, el d.eslime , et par conséquent à la
.ouvert, attend un moment plus favorable longue plus d'avanUgesmêmelemporels.que
pour commettre le vol qu ,1 médite , et fait |e8&foU£ détournées Combien cette probité
sortir la prudence a son amour pour la ra- judiciciJSe dktingue-t-elle une personne, ne
pme ; si, d.s-je, on do.t en conclure que sa la iemUe||e pas propre aux grandej cn „ses ;
prudence, en tant que voleur, n est pas une „.„„ "1 r r .....
qualité à son usage? De ce qu'un homme de PKI DE , Pni derie (défaut). — La pru-
mauvaises mœurs se servira d'une bonne ',er,e esl ' mttatum de la sagesse. Je du
qualiléquelconquepourmasquersesdéfauts, 1 «"««'a/ion, parce qu une femme prude paye
ses vices ou les crimes dont il s'est rendu Je '"ainticn et de paroles ; une femme sage
coupable, s'ensuil-il que cette bonne qualité Paîe de conduile : celle-là suit son humeur
perde toute sa valeur? La prudence, dit-on, el sa complexion , celle-ci, sa raison el son
esl la mère de la sûreté : or, s'il en est ainsi, cœur ' ' une esl sérieuse et austère , l'aul e
el si, mise en usage par lous les hommes, esl- dans lcs diverses rencontres, ce qu'il
elle ne change pas pour cela de nature, j?,ut qu elle soit. La première cache des
est-elle donc autre chose qu'une vertu? fall)les sous de plausibles dehors, la seconde
Cette seule condition doit servir à la dis- couvre "a nche fomls sous un air lil)rc et
dinguer de la firesse, avec laquelle bien des Mlureh La pruderie contraint I esprit , ne
gens la confondent. A la vérité, elles vien- caclre "' '"R6 nl ,a laideur; souvent el e les
nent l'une el l'autre d 1 1 même source , la suppose. La sagesse, au contraire, pallie les
réflexion; l'une el l'aul e arrivent au même défauts du corps, ennoblit l'esprit , ne rend
but, c lui de nous faire réussir dans nos pro- )a jeunesse que plus piquante , cl la beaulo
jets; mais la pai dknce agit par sagesse, et la 'Iu,c, 1||:IS dangereuse. [La Bruyère.)
finesse par dissimulation. Dès lois ce n'est J al défini la pruderie I imitation de la sa-
plus un même sentiment. S"sse- 0r I01 dit """«"on dit déguisement
Reste qu'il n'y a rien de si sujet à èlre tvolr ce "K,l)> el pour nous c'est tout dire,
trompé que la prudence humaine, et cela PUDEUR, Pudique (vertu).— Parmi les
devait ctre, car « ce qu'elle espèro lui définitions que l'on a données delà pudeur, la
manque, ce qu'elle rraiut s'écoule, ce qu'elle plus juste, la plus complète est celle Va badie,
n'attend point lui arrive. » Dieu tient son qui l'a définie : Une honte naturelle, sage et
conseil à part : ce que les hommes oui déli- honnête, uno crainte secrète, un se liment
béré d'une façon, il le résout d'une autre, d'aversion pour les choses qui peinent n\ ■
Ne nous rendons donc pas malheureux de- | Oitor de l'infamie.
vaut le temps, et pi ut-étre ne le serons-nous Celle vertu, car c'en esl une, a tellement
point du tout. C'est une maxime fort célèbre de puissance , quan I elle germe d ms l'.i.n i
en médecine, qu'es maladies aiguës, les pré- des femmes, quelle les fait passer par-dessus
dictions ne sont jamais certaines; ainsi est-il les outrages qu'on a pu diriger contre leur
;uï plus furieuses menaces de la fortune : honneur,
lant qu'il y a vie, il y a espérance : l'espé- C'est pourquoi la femme pudique pré È 0
rance demeure aussi longtemps nu i orps garder le silence sur celui qui a alarmé si
qu'à l'esprit. (/'. Charron.) pudeur, plutôt que de raconter par quelles
Ainsi, quoi qu'en pensent certains indivi- piroles 00 par quelles actions Sun oreille
dus, qui prêchent par irréflexion, nous de- ou -es yeux ont été blessés. Je ne m'étonne
vous èlre prudents dans [OUS les acles de donc nas que J.-J. Kous-eau , dans s<m pn-
notre vie , attendu que la prudence s'attire Ihousiasrae pour un senlime l qui d une à
l'admiration quand elle réussit, cl l'estime la femme tant de force et de grandeur, su soi)
même quand elle ne réus-il pas. exclame :
Un des conseils que la prudence donne aux i Douce pudeur I suprême volupté do
femmes, c'est de ne point n chercher la su- l'Ame, que de charmes perd une femme au
clété des homme*, principalement quand elles moment qo'clle renonce i loil Combien, tl
sont parées, à cause des mauvaises suites elle connaissait ion empire, elle mettrai! de
qu'une pareille conduile peut en'ralnei sens â 16 conserver sinon par honnêteté, du
[Tltéopftratti Coray.) moin« par coquet! rie ■ liais non ( on su
-i^l PI !)
jotin aujourd'hui de la pudeur, sans réfléchir qu'il n'est pas d'artifice plus absurde cl plus ridicule que celui de vouloir l'imiter. lit pourtant quel relief ne leur donncrail-elle pas! De là aussi les réflexions suivantes :
La pudeur d'une jeune personne est la fleur d'un tendre arbrisseau , qui promet d'excellents fruits. La faire tomber, c'est détruire le germe de mille vertus, trahir l'espoir de la société, outrager la nature. Que d'attentats à la fois! L'esprit du monde est tin souffle biùlant qui, tous les jours, moissonne celte fleur précieuse. ( Variée d'un philos, provincial.) »
La pudeur l'ait à la beauté ce que fait à une pièce de monnaie la marque du prince.
Il faut avoir une pudeur tendre. Le désordre intérieur passe du cœur à la bouche, et c'est ce qui fait les discours déréglés. Les passions même les plus vives ont besoin de la pudeur pour se montrer sous une forme séduisante. Elle doit se répandre sur toutes vos actions ; elle doit parer et embellir toute
votre personne etc., etc. De tout temps
les écrivains ont cherché à donner au peuple une hante idée de la pudeur; et, par exemple, on lit dans les mytliologistes que Jupiter, voulant en faire apprécier la valeur, enferma les passions, donnant à chacune sa demeure. La pudeur fut oubliée par le maître des cienx, et quand elle se présenta, elle ne savait où se placer; on lui permit de se mêlera toutes les autres. Depuis ce temps-là elle en est inséparable; elle est amie de la vérité cl trahit le mensonge qui ose l'attaquer. Elle est liée et unie particulièrement à l'amour; elle en est la compagne naturelle, souvent elle l'annonce elle décèle : il perd enfin de ses charmes dès qu'il s'en sépare. [Madame L'imberl.)
Et qu'on ne croie pas que la pudeur est une allégorie, une chimère, un préjugé populaire, une tromperie des lois et de l'éducation; car, si l'on parcourt l'histoire des différents peuples civilisés, on verra qu'ils se sont tous accordés à lui élever des autels et à attacher le mépris à l'impudicité îles femmes. Abl c'est que la nature a parlé à toutes les nations; elle a établi la défense, elle a établi l'attaque, et ayant mis des deux côtés ('es désirs, des passions, elle a placé la témérité d'un côté, et de l'autre la honte. Quelles armes plus douces que la pudeur cette même nature eût-elle pu donner au sexe qu'elle destinait à se défendre? (Bnrbcyrac. )
La pudeur est un sentiment naturel que l'éducation conserve ou détruit. Il est naturel ce sentiment, puisque, du moment où Adam et Eve eurent louché à l'arbre de la science, ils s'aperçurent de leur nudité, et se voilèrent. Il se conserve on se détruit par l'éducation; car j'ai connu des hommes mûrs et des vieillards qui, dans leur adolescence et toujours, se sont montrés lrc--pudiques, tandis que j'en ai vu beaucoup d'.. litres, et je le confesse à regret, c'était le p!us grand nombre, qui affectaient une impudi- Lité révoltante. D'où vient celle différence?
de la tendre sollic tude de certains parcn's pour |eurs enfants, et de l'indifférence coupable de certains autres pères et mères pour les leurs.
Du resle, on a si bien compris tout ce que la pudeur mérite d'égards, de respect et de vénération de la part de lous les hommes, que l'honneur des femmes pudiques a été placé sous la protection des gens de bien (J.-J. Rousseau ), qui , eux du nions, lui rendent de continuels hommages.
Quoi qu'il en soit, nous croyons que la pudeur est un sentiment instinctif , naturel; qu'elle ne meurt dans le cœur où elle existe que si on l'y étouffe; mais quand elle est perdue, elle ne revient pas [dus que la jeunesse. Parfois les femmes qui ne l'ont plus s'en font une affectée qui s'effarouche bien plus vile que celle qu'elles avaient reçue de la nature. Nous avons mauvaise opinion de celles qui redoutent l'apparence d'un mot équivoque; la véritable pudeur ne marque pas tant de crainte des choses que l'innocence doit toujours ignorer.
Disons cependant que la pudeur, portée trop loin, a quelquefois des suites fort graves. Combien ne voyons-nous pas de femmes qui, par pudeur, laissent empirer des maladies fort légères dès le début, et qui ne se décident enfin à y porter remède qu'alors qu'il n'est plus temps!
Pour ma pari, j'ai connu une femme jeune et belle, mar:ée à un mari libertin qui, dès le premier jour de ses noces, l'infecta. Celte malheureuse créature, retenue par un sentiment de pudeur insurmontable, supporta longtemps sans se plaindre les plus herrible> souffinces ; mais vaincue par la douleur et- par les sollicitations de sa famille, eiK? se décida enfin à appeler un médecin. Il n'était plus temps ; la maladie, devenue constitutionnelle, ne devait avoir pour terminaison qu'une horrible mort!
Les mères ne sauraient donc être trop attentives ( quand elles forment leurs filles à la vertu et s'efforcent de les conservir pudiques) à leur faire comprendre de bonne heure que la morale et la religion les autorisent à écarter, dans les cas vraiment nécessaires, le voile qui couvre les infirmités humaines aux yeux d'un homme instruit et exercé à le soulevr; qu'elles peuvent sans honte réclamer les lumières de son expérience dès que le mal se déclare, et que ce serait consentir à sa propre mort que d'attendre, pour y porter remède, que ses ravages ne puissent plus être réparés.
Assurément cette répugnnnce de la femme pudique est noble, digne ; et cependant n'estelle pas excessive? C'est donc à vous, ô mères ! que je m'adresse, et à vous aussi, c ■•nfesseurs des femmes pieuses. Faites-leur une conscience droite; dites-leur que Dieu n" demande pas d'elles que par pudeur elles négligent un mal qui peut les précipiter dans la tombe, et que souvent leur position de famille et d'autres graves considérations leur imposent un devoir contraire.
Encore un mot sur les avantages de la