AMI
tic croire que vous avez été un seul instant coupable!* .
Ces paroles seraient admirables mies ucgal à égal ; car c'est généralement de l'égalité nue naît l'amitié; mais dans la bouche d un roi si puissant, elles sont sublimes.
Ajoutons que c'est de l'amitié, sentie et pratiquée comme la sentaient et la pratiquaient Mare-Aurèle, Henri IV el de Thon, qu'on peut dire avec Scuiléri, qu'elle adoucit toutes les douleurs, redouble tous les plaisirs, et fait que, dans 1rs grandes infortunes, on trouve de b:en douces consolations.
Terminons par un exemple digne d'être répété. H est fait mention, dans Gicéron et Valère-Maxime, de deux amis , Dammi et Pythie, qui s'aimaient jusqu'à faire l'un pour l'autre le sacrifice de leur vie. L'histoire raconte que l'un, ayant été condamné parle tyran à mourir à certain jour el heure. « demanda le délai de reste pour aller pourvoir à sesaffairesdomestiques en baillant caution. Le tyran ayant accordé à cette condition que, s'il nese représentait pas au temps, sa caution souffrirait le supplice, le prisonnier baille son ami, qui entre en prison à cette condition, et le temps venu, l'ami-raulion se délibérant à mourir, le condamné ne faillit pas de se présenter. De quoi le tyran, plus qu'ébahi, les délivra tons deux, les pria de le vouloir recevoir et adopter en leur amitié par tiers. » (P. Charron.)
J'ai dit ce que c'était que la véritable ami'ie; je vais maintenant esquisser à grands traits les caractères de la fausse amitié.
Le faux ami cherche à tromper ceux d ml il recherche Kamitié, par un air gracieux, un visage riant, un accueil obligeant, empressé, <!e bienveillantes et affectueuses paroles, d'incessantes el toujours tendres caresses ; •u :is tout se borne là, cl c'est vraiment fort heureux: car ileneslquideviennentsi importuns par leurs prévenances, qu'ils feraient , ; . férer un indifférent agréable ; si difficiles, qu'ils donnent plus de peine par leur humeur qu'ils n'apportent d'utilité par leurs services; si impérieux enfin, qu'ils sont de vrais tyrans. 11 faut haïr ce qu'ils baissent. (Sainl-Evrcvtont.) — Voilà comment, tandis que rien ne contribue davantage au bonheur de la vie que la rentable amitié, il n'est rien qui en trouble plus le repos que les faux amis.
Mais pourquoi ' parce que nul sentiment U'égoYsme ou d'inlérél personnel n'anime le véritable ami ; au lieu que les liaisons contractées par les faux amis sont des liaisons par eux fondé* s sur divers genres île co ivebancet. C'est-à-dire, qu'ils ne se lient «l'ordinaire qu'avec les gens qui par leur position 01 iale peu enl flallei leur ambition ou leur \anité, el sut t., m leur être utiles, lutsl, pour mieux les tromper, se confondent ils m démomlratieirt d'amitié. {Lt /'. Houhow ,
Prenons garde de ne pus confondre cet démomtrnt nus d'amitié avec les lémoignng i d'amitié, les seuls qui d senl réellement quelqoe chose, les seuls vrais gages de la s nrérllc de ce sentiment ; car, At mémo qu'il n'esl rien le plu> commun dans le mon le que les | i \
amis, de même il n'est rien de plu:- rare que les amis véritables.
C'esl une remarque qu'avait déjà faite, entre autres moralistes, madame Lambert, Elle s'étonne que l'amitié ayant été généralement considérée comme un des premiers b'ens de la vie, il s'élève cependant une plainte générale dans la société, sur ce qu'il n'y a point d'amis , cl que cette plainte soit justifiée par l'histoire de Ions les siècles en semble, qoi fournissent à peine trois 00 quatre exemples d'une amitié parfaite. De là ce'.te autre remarque : Je ne vois nul grand irait il'am lié dans nos romans, dans nos histoires, dans nos théâtres. Aussi a-t-on dit avec beaucoup d'à-prrtpos :
F,n vieux langage on voit sur la façade
Les noms sacres d'Oreste et de l'ylade,
Le médaillon du bon Pirilboûs,
Du sage Acallie cl du lendre Nisus ,
Tous grands héros, tous amis véritables :
Ces noms sont beaux, mais ils sont dans les fabl. s.
Oui, les vrais amis sont rares, cl si vous voulez les compter, répélerai-je avec Bonaparte, soyez dans l'infortune. Oh ! alors il vous sera facile, par l'isolement dans lequel \ous vous trouverez, d'en faire le dénombrement, heureux s'il vous en reste un seul. Les autres vous auront abandonné et justifieront leur conduite, en attribuant les revers quo vous a\ez éprouvés à la négligence coupable que vous aurez mi-e à suivre leurs avis. Kl comme rien n'esl plus facile que de se louer soi-même, tout en abandonnant son ami ; comme il y a mille manières de le faire; à la plus légère difficulté, au moindre embarras qu'on éprouve, tout le monde se décide à suivre ce parli. Malheur donc à qui aurait à faire une pareille épreuve 1
Pour éviter d'en venir à cette bien triste et bien lâcheuse extrémité, il faut, à cet âge de la vie où le co'tir s'ouvre enlièrenv nt aux doux sentiments de l'amitié ; à cet àe,e heureux do l'enfance, où se forment entreles individus d'un même sexe ces liaisons étroites qui peuvent subsister tant que durera l'existence , répéter bien souvent aux en fini s Celte importante vente : que le choix d'un ami aura la plus grande influence sur leur destinée. El comme ces enfants n'ont pas rncoreasscs.de discernement pour faire un bon rhoix, c'est aux parents cl aux précepteurs à éloigner d'eux tous les camarades qui n'auront pas les qualités qu'on doit rechercher dans un ami, à les prémunir pour plus lard t. mire les manœuvres coupables d. s laux amis, et à leur prouver, l'biltoire à la main, que pn 'que 10 s les individus, hommes ou 'r mines, jeu lies ou vieux, qui sont tombes d ins le vue el le ermie, y nul été entrailles, pane qu'ils avaient eu le malheur de se lier étroitement avec des (très vicieux, corrompus , criminel** Os précautions sont d'autan! plus néces saiies, que, pi m un a ance dans la vie, plus 'o sent !,• bps iin 'h' l'ainil ié. t'.'esi un iiioi'ui qui d i n al une des pre uiôMs m i w -ne- de l'existence i i mesure que la raison
l(Sa AMO AMO \(,r,
se r erfcclionne, que l'cspril augmente en dé- comme les autres animaux , pour sa part il
licalesse, et que le cœur s'épure. Malheur sert de jouet cl de risée. (P. Charron.) donc à qui n'en est point capable 1 il lient Resle ,Jne derlliere qnesUon . l'amitié pe
plus de la bêle que de 1 homme ; il n a point clle exister entre .les personnes d'un sex
vécu, s il na pas connu la douceur de ce différent? o«i, mais il est ra.e qu'elle soit
sentiment. (Bacon.) exempte d'amour. Une affection tendre entre
Et «est parce que Bacon a dit vrai .parce un homme el une fcmim. ,, ,„„;„„„ mcme
que Ion s expose a de bien cruelles decep- qnand elle csl pnre , un caractère spécial.
lions en faisant un mauvais choix, qu il faut K||e cs[ raremont exemple de d mger. Csl
redire constamment a la jeunesse : Soyez C0!nme une snbslance inflammable que la
Irès-reservee el très-difficile dans le choix pius |egère étincelle peut embraser. Nous ne
dun ami, et rappelez-vous bien qu il vaut prélendons p;is qu-j| fail|e ,-0„dainner une
mieux n avoirqu unseul ami rentable, digne pareille affection , mais il faut s'en défier ;
de ce litre , que plu leurs faux amis. El si clli3 est souvcn, lr0mp<use. nul ne vous parait meriler votre amitié, 1er- , ,,,.r-r> m ■ ■ * ■ n> - ,
mez votre cœmà ce doux sentiment, pour ne AMOUR. — benéraliles.— D après les au-
l'ouvrir qu'à l'amour de Dieu, à l'amour de le"rs< le mo1 am0M.r s'g"'fic : « un scnlimeut
l'humanité etc., qui vous en tiendront lieu afteclueux et passionne pour une personne
et peuvent faire votre bonheur. Ce sont là ou tour quelque chose ;» tandis que, a mon
d'autres sentiment qui vous permettent et sc"?> cu " esl "lu ulLle'"ie genenque appli-
vous obligent même à faire à vos semblables fn!)lc a.tou,lcs ,e? affccl ons ; qui, a cause de
tout le bien que vous dicteraient les devoirs ,a var,ele ( es «bJots auxquels il se rapporte,
de l'amitié, et qui vous promettent des jouis- "e saurait les designer tous également, et ne
sauces pures, répétées, durables, sans offrir Peu' av0,r' Par conséquent, une signification
lesinconvénientsquelafausseamiliéprocure, réelle, qu autant qu i sera accomp ignu d un
puisque vous n'attendez rien d'autrui. en adjectif qui désigne la signification spéciale
échange de votre affection elde vos bienfaits. a chaque vanele. G esl pourquoi on dira do
Comme il importe de ne pas se méprendre celu: Passion de 1 ame , bien m. eux définie
sur les caractères de la vraie ou de la faus<e P;lr lc.cœu/r ?,a,Ja senl 1ue Par ' eSP/'' 1ui
amitié, j'emprunterai à Charron la distinc- ' "»ag,oe ne Bemis ) , el alors qu elle se
lion qu'il en a faite. Voici ce qu'il dit à l'o - renft;rme dai,s » attachement sans bornes que
casion de la Hall, rie ou fausse amitié el de les P?res etf les "'erus ?,u P0l,r leu,'s enfants,
la vriie '» ti i î l i é - '!ue s ei»ian ts devraient avoir pour les au-
1° La flalieriê est bientôt suivie de l'intérêt lcars ,lc,le,U!S )our.s. et réciproquement entre
particulier , et en cela se connaît : l'ami ne e,ux' 1U e'le constitue 1 amour de la famille.
cherche point le sien. -2° Le flatteur est ! f:! : l amour paternel et maternel t
changeant cl divers en ses jugements, corn n ! ' a!,,our llha > el ' amour A«'«' «e'le miroir et la cire qui reçoivent toutes for- El qu ind cette passion nous inspire le
mes: c'est un caméléon, un pol) pus : feignez désir de posséder une personne d'un autre
de louer ou vitupérer et hair, il en fera tout sexe que le noire, ou toul au moins le be-
de même , se pliant et accommodant selon soin d'être aimé de celle que nous aimons ,
qu'il connaîtra être en l'àme flatté : l'ami est elle constitue l'amour des sexes proprement
ferme el constant. — 3° Il se porte trop a m- d'1-. auquel s'as-ocie l'amour conjugal. bilicuscnienl el chaudement < n tout ce qu'il ,\u contraire, si elle nous fait sacrifier nos
fait.au su et vu du flatté, à louer et s'offrir parents, nos amis cl nos intérêts les plus
à servir; il n'imite pas l'amitié, il l'exagère, chers au bien de l'E'al, elle constitue l'amour
11 ne tient pas modération aux actions ester- dr la patrie'.
nés, et au contraire au dedans il n'a aucune N()US or,e,.c,„, soit a nnus dislingUcr
affection : ç est tout au rebours de I ami - (, ,ps \M (|;ms , scienccs d « ,
4« H cède cl donne toujours le haut boul c ar(s |ibé mécaniques soi,'a bravcr
la victoire au flatté et lui applaudit, n avant , d (1e ,, ■ , '• affron(er u.s
d autre but que de plaire tellement qu il loue , .s.jr,|srdl,s corabafs; elf e,|e cons,jtuc ratout et trop, voire quelquefois a ses dépens, de [a luiye e„ général, qui se subdivise"
se blâmant , t s humiliant , comme le lutteur amour „», ,cfaj, ", des £u ,,
qu. se baisse pour mieux altérer son corn- un , (|e t(jI|l ce , gIori,ux Qj
pagnon. L ami va rondement , ne se soucie d Je , , ,
s il a le premier ou second lieu, el ne regarde c
pas tant à plaire comme d'être utile et pro.'i- Sl" borno-l-ellu a ce sentiment philanlhro-
ter soil-il doucement ou rudement , comme Pi(lue 'lul noxxi lnute el nous détermine à
le bon médecin à son mal ide pour le guérir. ,10U" ;llliu'r 1,s <ms les autres, selon l'esprit
— 5° Bref, j'achèverai par ce mot, que l'ami l'c l'Evangile ; à faire du bien a nos sembla-
tonjours regarde, serl. procure et pousse à ce llles alors méme llu lls'\e lu,us en feraient
qui est de raison, de l'honnête el du devoir : pas, et à les traiter en frères, elle constitue
le flatteur à ce qui est de la passion, du l'amour du prochain.
plaisir , et qui esl malade en l'âme du flatté. Nous aveugle-î-elle sur nos qualités quo
Donc il esl instrument propre à toutes choses nous voyons bien plus belles qu'elles ne le
de volupté el de débauches el non à ce qui sont en "réalité, sur nos défauts qu'elle dissi-
esl honnête ou pénible et dangereux : il mule, ou sur les uns et les autres; ou bien, semble le singe qui, n'étant propre au service nous poilc-l-elle à mettre en évidence ces