RAP
rapport qui met souvent son ami dans l'embarras. (Oxensliern.)
Parce qu'un rapporteur, à moins que ce ne soit un espion qu'on est intéressé de soutenir et de ne point déceler, se fait autant d'ennemis qu'il attaque de personnes dans ses rapports ; et cela parce qu'on ne manque guère de les Hier.
On ordonne aux Trappistes de ne prêter jamais l'oreille aux rapports qu'on leur fera de quelque action indigne ou criminelle; de tourner d'un nuire côlé, s'il est possible, tous les discours de cette nature; et de supposer enfin que le crime peut venir d'une bonne intention d;ins celui auquel on l'attribue, si tant est qu'il soit certifie d'une manière à ne pouvoir le révoquer en doute. C'est pousser loin la cbarilé ; mais un pareil excès est beaucoup plus louable que de soutenir, avec les malins esprits du siècle, que des actions indifférentes , ou même bonnes , viennent d'un mauvais principe et d'une intention criminelle.
N'oublions pas de faire remarquer qu'il ne faudrait pas confondre, comme on le l'ail généralement , le rapporteur avec le dénonciateur. Celui-ci devient bien rapporteur, si l'on veut; mais on ne peut prendre ses rapports en mauvaise part, comme on le fait toujours pour le rapporteur, et c'est ce qui les distingue. D'ailleurs, c'est, par exemple, une exemption indubitable de la loi du secret, qu'on peut le divulguer quand une personne nous communique un desseincriminel, que chacun doit vouloir empêcher en le dénonçant. Dans ce cas, bien loin de blesser la société civile en ne gardant pas le secret, un la blesserait bien davantage en le gardant. L'habitude de rapporter se contracte de Irès-bonne heure, et on voit des enfants trè — j panes en qui ce défaut se décèle déjà quand ils sont au collège. Ils s'en corrigent bien vite, parce que leurs camarades leur tiennent rigueur des punitions qu'ils leur ont l'ail infliger, et les châtient même quelquefois d'une manière un peu sévère. Puis ils sont signalés comme rapportant tout; c'est à qui insultera le rapporteur. S'il approche d'un groupe, on le force à s'éloigner; si un secret est divulgué, on l'en accuse : bref, sa position est si pénible, qu'il doit se corriger i h partir.
Mais quant à ceux qui gardent toujours ce défaut, il n'y aurait, ce me semble, qu'un seul moyen de le leur (aire perdre : ce serait d'imiter un magistral de beaucoup de sens et de raison. Quand un de ces individus qui croient vous f ire la cour en répétant ce H u ils ont entendu dire en mal sur \olre cou pie, lui disait : — M. un tel, vous ne lavez pas quels sont les propos qu'a tenus à votre égard telle personne? Non, répondait-il; mais vous a-t elle chargé de me les redire? — Comme ou le pense bien, la réponse était négative, — En bien, ajoutait le sage, je ne s eu\ rien savoir.
Si tout le inonde fermait ainsi la bourbe
aux rapporteurs, en rerrait-on beaucoup?
Non ; cl s'ils deviennent de plus en plus eom-
niuns, c'est que bien des ge.is leur prêtent une oreille attentive, en les encourageant, de la voix it du geste, à commettre une mauvaise action. Je dis une mauvaise action, attendu qu'un rapporteur n'en fait pas d'autre, quelle que soit l'importance du propos qu'il répète ou du secret qu'il dévoile, etc.
RECONNAISSANCE (vertu), Reconnaissant. — La reconnaissance est la mémoire du cœur, ou le souvenir d'un bienfait reçu avec le désir d'en témoigner l'obligation qu'on en a. C'est presque de l'amour pour celui qui nous a fait du bien. (Descartes. }
La reconnaissance n'est pas l'ouvrage de la nature : le ciel l'a donnée en partage à quelques êtres privilégiés, qui sont aussi heureux de recevoir un bienfait qu'heureux à témoigner hautement qu'ils savent en apprécier le mérite et l'étendue. Aussi a-t-on dit de la reconnaissance qu'elle est une preuve certaine de l'élévation, de la grandeur et de la noblesse de l'âme, et, en deux mots, la pierre de touche des belles âmes.
Les cœurs étroits et vains ne peuvent la supporter : l'orgueil est humilié du bienfait reçu, et l'égoïsme en redoute la restitution. Il y a beaucoup d'ingrats dans le monde, parce que beaucoup demandent volontiers, attirent puissamment et reçoivent avec joie; mais peu aiment à donner et à rendre; et là, comme ailleurs, l'instinct naturel du moi, la concentration de la volonté et son repliement sur elle-même, tristes fruits du péché d'origine, ne peuvent être vaincus que par une influence céleste.
Outre le retour et la réaction par laquelle on doit acquitter sa délie envers son bienfaiteur, ce qui constitue la partie obligatoire de la reconnaissance, il y a encore en elle un sentiment particulier de bienveillance, d'affection et de respect, qui nous lie à lui par le cœur, comme l'obligation morale par la conscience.
L'expression de ce sentiment est un besoin pour les â»ncs nobles et délicates. Il ne leur suffit point de rendre ce qu'on leur a donne, ce qui est une espèce d'échange : elles sont encore pressées de reconnaîlrc par des signes d'affection , par des témoignages de dévouement, ce qu'on fait pour elles avec bienveillance et désintéressement.
Carie véritable bienfaiteur a toujours, visà-vis de l'obligé, le mérite de l'initiative il l'a aimé le premier, il l'a prévenu par la charité. El celle prévenance d'amour, qui ne peut jamais se payer, doit être compensée par la réai lion surabondante de celui qui en a été l'objet.
La reconnaissance est surtout un sentineni, une réaction du cœur; cl pour ■voir
tout son prix, elle doit èlre sponl. e, ou ilo
moins volontaire. Quand elle est le résultai de la réflexion, elle n'e*l plus que le payement d'une délie, l'accomplissement d'une loi, et alors le ci nr y a moins de part que IVtprIt. La gratitude ne peut donc pas plus
s'imposer qne l'affection; il faut qu'elle >mt Sentie pour avoir tout sou charme. Le blâme
RF.C
l'excile rarement, la punition la réveillerait encore moins. Un bienfait reproché tient souvent lien d'offense; et une grande âme n'aime pas à reprocher les services oubliés ou méconnus.
Malheureusement les choses ne se passent pas ainsi; et c'est parce qu'ils n'aiment pas à les remplir, ces conditions, que peuples cl rois sont si peu disposés à éprouver des sentiments de reconnaissance : ceux-ci, parce que, ayant la fierté et l'orgueil en partage, ils croiraient s'humilier en témoignant de la 'gratitude à qui leur a montré de l'intérêt et ^ fait du bien; ceux-là, parce que, regardant leurs inférieurs du haut de leur grandeur, ils ne veulent pas s'abaisser jusqu'à celui qui s'est dévoué à leur service. Les uns et les autres, également glorieux et vains par nature, dédaignent leur bienfaiteur, ou parce qu'il est trop haut, ou parce qu'il est trop bas pour eux : oubliant, les misérables! qu'on peut s'élever à la hauteur d'un trône par son mérite, ses talents, sa probité, ses vertus, alors qu'on peut aussi descendre audessous du pauvre laborieux cl honnête, par ses défauts et ses vices, la plupart d'entre eux oubliant, soit les services qu'on leur rend personnellement, soit ceux qui ont été rendus à la société en général. Mieux vaudrait donc qu'ils imitassent les animaux , qui, eux du moins, savent par instinct se souvenir d'un bienfait reçu, plutôt que de se montrer ingrat, par réflexion haineux ou vaniteux par calcul ou fierté
Naturellement, l'homme éprouve le sentiment de la reconnaissance; cette disposition de son cœur se lie étroitement chez lui à l'amour de l'existence. Faible et dénué de tout quand il vient au monde, il a besoin de l'assistance d'aulrui. Dès qu'il ouvre les yeux à la lumière, il voit près de son berceau quelqu'un qui lui prodigue ses soins. Quand la pensée vient éclairer son âme, il comprend sa faiblesse et l'utilité de ces soins qu'on lui a donnés; déjà son cœur récompense, par son affection reconnaissante, les tendresses de sa mère, les travaux et les fatigues de son père. Alors, point d'entraves à l'expression de son amour, de son sourire; et ses caresses sont ses interprètes, et les premiers mots qu'il s'efforce à dire sont l'hommage des sentiments de son cœur.
Le sauvage, qui n'a point comprimé ses instincts sous l'égoïsme social, éprouve et manifeste la plus vive reconnaissance pour ses bienfaiteurs. Les habitants de nos campagnes, dont les mœurs sont douces et pures, sont aussi très- reconnaissants; ils ne parlent pas beaucoup de celte vertu, mais ris eu pratiquent avec religion les devoirs. Dans les hautes classes, au contraire, ce nom retentit partout : on le prodigue dans toutes les formules de politesse; on voue sa reconnaissance à tout le monde, mais on ne l'éprouve pour personne; ell.e est dans toutes les bouches, mais elle n'est plus dans les cœu rs .
Ce sont donc des exceptions quand la reconnaissance se montre dans certaines clas-
ses; et comme les exemples d'une certaine reconnaissance sont très-rares, je me fais un plaisir de mentionner ceux que j'ai été assez heureux de recueillir.
1"' Fait. — En 1594, le maréchal d'Aumont prit Grodun, en Bretagne, sur les ligueurs. H avait ordonné de passer au fil de Cépée tous les Espagnols qui composaient la garnison de la place, et prononcé la peine de mort contre tous ceux qui n'ciéculeraienl pas ses ordres. Néanmoins, un soldat anglais sauva un Espagnol.
L'Anglais, déféré à ce sujet au conseil de guerre, convint du fait, et ajouta qu'il était disposé à souffrir la mort, pourvu qu'on accordât la vie à l'Espagnol. Le maréchal, surpris, lui demanda pourquoi il prenait un si grand intérêt à la conservation de cet homme?— C'est, répondit il, monsieur, qu'en pareille circonstance il m'a sauvé une fois la vie à moi-même; et la reconnaissance exige de moi que je la lui sauve aux dépens de la mienne.
Le maréchal, charmé du bon cœur du soldat anglais, lui accorda la vie, de même qu'à l'Espagnol, et les combla tous deux d'éloges.
2" Fait. — En 179J, le représentant du peuple Salicelti, mis hors . la» loi, se présente chez madame Permon. 11 était pâle comme un mort; ses lèvres étaient aussi blanches que ses dents; ses yeux noirs brillaient comme deux charbons ardents : il était effrayant. — Je suis proscrit, dit-il tout bas et rapidement à celle dame, c'est-à-dire condamné à mort. Sans Gaulier, que j'ai rencontré sur le boulevard, j'allais dans celle caverne de brigands et j'étais perdu. Madame, dit-il à ma mère (je continue, à transcrire les mémoires de madame d'Abrantès) après l'avoir regardée quelque temps en silence, j'espère ne m'élre pas toujours trompé en comptant sur votre générosité N'est-il pas vrai
que vous me sauverez? Je ne crois pas avoir besoin, pour vous y décider, de vous rappeler que j'ai sauvé voire fils et votre mari.
« Ma mère prit Salicelti par la main el l'entrama dans la chambre voisine, qui était la mienne. Lorsqu'elle avait quitte le salon, il n'y avait qu'une seule personne ; mais depuis il était arrivé du monde : elle croyait même entendre la voix de Bonaparte. Elle n'avait pas une goutte de sang dans les veines. Dans ma chambre, du moins, on ne pouvait entendre. — Je ne perdrai pas de temps en paroles, dit-elle à Salicelti dès qu'ils y furent entrés. Tout ce que je puis vous donner, vous pouvez le demander : il est à vois ; mais il est une chose au delà de ma vie, au delà de tout : c'est ma fille, c'est mon fils. Demandez-moi mon sang; mais en vous cachant seulement pour quelques heures, car cello maison ne peul vous receler plus longtemps, je ne vous sauve pas el je porte ma tête sur lechafaud, en y entraînant mon fils. Je vous dois de la reconnaissance : prononcez vousmême si elle doit aller jusque-là
Jamais je n'ai vu ma mère aussi belle. Ses yeux étaient fixés sur moi avec une expression admirable. « Je ne suis pas assez égoïste,
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lui répendit Salicelti , pour proposer une parlement. H y a une-cachcite qui a sauvé la rliose aussi ilangcrer.se pour vous et pour vie à plus de quatre infortunés lors du rémoi. Voici mon plan cl mon unique espoir, gime de la terreur. Klle en sauvera encore, Celte maison comme hôtel garni sera le lieu du moins tant que je vivrai dans celle m.iile moins soupçonné; la maîtresse est sans son.
doulc intéressée à gagner beaucoup d'argen', Le déménagement convenu se fil le soir; je l'en comblerai; que je sois caché pendant un faux prétexte servit d'excuse. Quelques huil jours seulemenl, au bout de re temps, jours après, un passeport fut obtenu à l'aide vous parlez pour la Gascogne: vous m'en- d'un domestique qu'on avait arrèlé parce mènerez avec vous, et vous m'aurez sauvé qu'il avait quelque ressemblance ;ivec Salila vie. Si vous me refusez un asile même cetli, et, à l'aide d'un déguisement, il partit pour quelques heures, en sortant de celle pour bordeaux avec sa bienfaitrice, et, de la, maison, je sais arrêté, jugé et conduit sur à Celle où il parvint enfin à s'embarquer pour un échafaud pour le rougir de mon sang, Gênes.
tandis que j'ai fait épargner celui de voire 3' Fait. Parmi les rois qui se sonl montrés mari et de votre fils. — Salicelti, dit ma mère, reconnaissant*, et à leur léte, je placerai le il n'y a dans vos paroles ni générosité, ni vertueux Louis XVI, qui dans son testament, pitié. Vous connaissez ma position et vous chef-d'œuvre de pieté, de résignation, de saen abusez. Que voulez-vous encore une fois gesse, de simplicité et de grandeur, s'exprime que je fasse dans un hôtel garni ? une mai- dans les termes suivants : son remplie de gens de loules les provinces, « Je recommande à mon fils d'avoir soin de presque habitée par vos ennemis, car vous toutes les personnes qui m'étaient attachées, savez bien que Bonaparleest le vôtre. Déplus, autant (pie les circonstances où il se (roula maîtresse de la maison est loin de parla- vera lui en donneront la faculté; de songer ger vos opinions. Vos promesses seront-elles que c'est une délie sacrée que j'ai contractée capables de lui l'aire prendre ainsi votre parti envers les entants ou les | arents de ceux qui au poinl de hasarder sa vie? Comment mê- ont péri pour moi... >; me le savoir? Tout ce qui nous entoure est Lnpréscncedeces failsetdequclquesaulrrs hérissé de diH'cullés. faits pareils que je pourrais eiler, il est permis Dans ce" moment on ouvrit la porle de la de croire que la pratique de la reconnaissance chambre à coucher; ma mère s'élança au- n'est point pénible comme celle des autres devant de la personne qui entrait- C'était Al- vertus; qu'elle est, au contraire, suivie do bert qui venait savoir pourquoi on ne ser- tant de douceur, qu'une âme noble et i (< vait pas à dîner... Nous quittâmes un insîanl s'y abandonne toujours avec joie, quand Saliretti. même elle ne lui serait pas imposée par sa
Bientôt nous rentrâmes dans ma chambre, conscience, où noi's retrouvâmes le proscrit, assis sur Et pourtant, combien qui se plaignent de.
une chaise, la tête appuyée dans ses deux n'avoir jamais fait que des ingrats; combien
mains, qui nous dit : Maintenant, que faul-il qui jouent à la reconnaissance et en font un
faire? — Si vous ne vous refusez pas à me honteux trafic! Cela provient de ce que,
sauver, la chose esl sûre; je ne demande que d'une pari, la noblesse et l'élévation de l'âme
votre consentement, ledounez-vons? Ma mère sont choses excessivement rares; et d'autre
ne répondit pas d'abord. On voyait au chan- pari, que le mensonge et la dissimulation oui
gement fréquent de la couleur de ses joues, toujours élé et sonl encore un des plus
qu'elle étail violemment agitée. Enfin, elle grands plaisirs de la société. Aussi a-l-on
devint si pâle que je crus qu'elle se trouvait comparé la reconnaissance à la prétendue
mal. Salicelti interprétant son silence comme bonne foi des marchands. « Elle entretient le
un refus, reprit sou chapeau qu'il avait jeté Commerce, dit la Ito hcfouraul I , el nous
sur mon lit. el, murmurant quelques mois payons non pu ce qu'il est juste de nous ai -
que je n'entendis pas , il allait sortir de la quitter, mais pour trouver plus facilement
chambre, lorsque ma mère l'arrêta par le. des j;ens qui nous prélent » Il dii ailleurs :
luas. « La reconnaissance de la plupart des boru-
I! estez, lui dit-elle, ce loil devient le vô're. mes n'est qu'une secrète cuve de ri cevoir de
Mon fils doit acquitter sa délie; et, quant à pus grands bénéfices; tant il est vrai qu'un
i, c'est mon devoir d'acquitter celle de abuse des plus nobles s uiimenls. »
mon mai i... Ce qui n'empêche point que la reconnais- La journée écoulée et tout le monde parti,ma sanee soit dans la nature; le* bélCI les plus mi re, qui, pour ne pas donner prise au moiu- farouches en ont donné des exemples se n m lire soupçon, n'avait pas même prévenu mou Ides; ce qui n'empêche pas qu'elle soii le lé
Ireie. lui a nça enfin l'hôte qui noua était moignage d'une belle âme et un tenlioieul
arrivé. M m frère frémit pour ma mèreel pour plus épuré que celui qui .n s pire le- bienfaits, moi, mais il u'élaàl ptas temps de craiudre, il toujours mélangés d'amour propre el d infallait agir et mettre en œuvre tous les tèrél : c'est eolin de tous les île». ois le plus moyens qoe poovail présenter la prudence, facile à remplir ; il n'y u qu'à laisser aller
Madame Grétry fut appelée» eUe se coodui- ion cœur. [Charron.) rit d'une manière parlaitemenl noble, bile Helas 1 OU ne la l.n l enère, .1 COUSC siu.
dit au premier mol de proposition : J'ai ce doute de la dégradation où nous connues
qu'il mois faut; mail il faul pour cela qoe tombés. Heurcui dont ceux qui. par une
madame l'i n i consente a changer d'ap- houorabl ceptio.i, s'empressent do faire
Uo REC
du Li<n au\ hommes sans ambitionner aucun témoignage de reconnaissance de leur pari, convaincus qu'ils sont qu'on se lasserait bien vite, tant l'égoïsme nalurel rend facilement ingr.it. D'ailleurs, n'est-ce pas qu'il y a de la magnanimité à oublier les services qu'on a rendus ou du moins à n'en jamais réclamer le prix?
Soyons donc tous reconnaissants, et n'oublions |amais les préceptes suivants : Celui qui fait le bien, pour la récompense qu'il en espère, ne la mérite pas; qui lient compte de ses bienfaits en perd le mérite. (Sénèque.)
L'homme bienfaisant se lait aimer par force, parce que tous ses dons et tous les services qu'il rend sont autant de liens dont il enchaineles cœurs; et celui qui se réjouit des présents qu'on fait à son prochain est aussi bienfaisant que celui qui les donne.
Il faut imiter les dieu* qui ne se lassent point de faire du bien, quoiqu'on oublia leurs bienfaits.
Un bienfait n'est jamais perdu, quoiqu'un ingrat le reçoive, parce que Dieu le récompense toujours. (Sénèque.)
Il n y a point d'écueil qu'on doive éviter avec le plus de soin, quand on rend service, que l'orgueil qui corrompt tout le bien qu'on peut faire. Un bienfait qui part d'un esprit d'orgueil non-seulement ne fructifie pas, mais devient odieux. Tout ce que l'on donne avec un air otiligeanlel honnête faii plaisir. Un service remiu d'une manière honnête acquiert un nouveau prix. (Diugène Lcërce.)
Quel cœur assez barbare pourrait ne pas avoir du plaisir à soulager les peines des malheureux? Il n'en e-t point des biens qu'on leur fait, comme des grains qu'on jette dans la tere, et qui doivent être longtemps à s'y pourrir, au hasard même de ne jamais se reproduire. En semant les biens on les recueille; et, si j'osais m'exprimer ainsi, le seul désir de les répandre est presque déjà le temps de la moisson. Les bienfaits sont le seul trésor qui s'accroît à mesure qu'on le partage. (Le roi Stanislas.)
On ne trouve jamais tant d'ingrats que lorsqu'on est hors d'élat d'en faire. (De Bignicourl.)
S'être acquitté de ce qu'un bienfait reçu cxL'e de nous n'est pas un litre pour l'oublier : non-seulement la qualité du bienfait doit élre 1 1 mesure de notre reconnaissance, mais encore leméiite du bienfaiteur.
La plus grandede toutes les ingratitudes est l'oubli du bienfait. Comment pourrait-on jamais être reconnaissant, si l'on n'a conservé nul souvenir du service qui nous a été rendu? Le devoir est de le publier : car il y a de l'honneur à reconnaître ce que nous devons à ceux qui nous ont été utiles; c'est une récompense qui leur est bien méritée. (Pline.) Comme on a trouvé le cœur et la main d'aulrni ouverte à bien faire, aussi f. util avoir la bouche ouverte et le prêcher, et afin qoe la mémoire en soit plus ferme et solennelle, nommer le bieu faite! le présent, du iiomdebienfaiieur.il> Charron.) Le quatrième est de rendre sans trop d'empressement, avec Diction'n. des Tassions, etc.
usure ou tout au moins dans les mômes proportions, de gaieté de cœur; c'est uneiàutedc ne pas rendre d'aussi bonne grâce qu'on a reçu. (Sénèque.) Et si l'impuissance y est de rendre par effet, au moins la volonté y doit être, qui est la première et principale pirtie, et comme l'âme tant du bienfait que de la reconnaissance. (P. Charron.)
Voilà ceque veut la justice; mais le cœur commande autre chose. Il dépasse cette mesure, e!, dans sa reconnaissance, il n'admet point de limites. Il rend avec effusion, d'abondance pour ainsi dire, ce qu'il doit : il se dévoue; il croit ne pouvoir jamais faire assez. S uvent, à cause de la position élevée du bienfaiteur, l'obligé est dans l'impossibilité de lui rendre service; alors il le paye pat le cœur, par le désir, par le dévouement. La reconnaissance fait toujours ce qu'elle doit, lorsqu'elle fait ce qu'elle peut. Le pauvre qui mange le pain de l'aumône paye su Gsamment le riche qui le lui donne par sa gratitude et ses prières.
El comme les principes des bienfaits sont différents, la reconnaissance ne doit pas être toujours de même nature. Quels sentiments, dit très-bien Duc'os, dois-je à celui qui, par un mouvement de pitié passagère, n'a pas cru devoir refuser une parcelle de son superflu à un besoin très-pressant. Que dois-jc à celui qui, par ostentation ou par faiblesse, exerce sa prodigalité , sans acception de personne, suis distinction de mérite ou d'infortune?à celui qui, par inquiétude, par un besoin machinal d'agir, d'intriguer, de s'entremettre, offre à tout le monde indifféremment ses démarches , ses sollicitations, son crédit? Mais une reconnaissance légitime et bien fondée emporte beaucoup de goût et d'amitié pour les personnes qui nous obligent par choix, par grandeur d'âme et par pure générosité. On s'y livre tout entier, car il n'y a guère an monde de plus bel excès que celui de la reconnaissance. On y trouve une si grande satisfaction, qu'elle peut seule servir de récompense, et elle le sera d'autant plus que nous aurons eu moins besoin des services d'aulrni.
Il n'y a point d'hommes plus reconnaissants que ceux qui ne sel lissent point obliger par tout le monde ; ils savent les engagements qu'ils prennent , et ne veulent s'y soumettre qu'à l'égard de ceux qu'ils estiment.
On n'esl jamais plus empressé de paver une dette que lorsqu'on l'a contractée avec; répugnance ; et l'honnête homme, qui n'emprunte que par la néce-sité, gémirait d'être insolvable. (M. D. J. ) Et puisque le bienfaiteur est d'autant p us sensible à la reconnaissance qu'on lui témoigne, qu'il l'a moins exigée en faisant le bien, il l'obi iendra si ses bienfaits tombent sur le mente , parce qu'il n'y a que le mérite qui soit reconnaissant , et alors l'on est sûr de faire des heureux.
il est facilede distinguer la reconnaissance qui pari du cœur de celle qu'on affecte sans la ressentir. La première ne rougit poiut
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îiF.r.
d'un bienfait , elle aime à témoigner hautement ce qu'elle éprouve par l'hommage de «on dévouement. L'autre, au contraire, honteuse et gênée, balbutie ses remerciements ; elle est déjà sur le chemin de l'ingratitude.
Mais à qui devons-nous la reconnaissance?
Notre reconnaissance appartient d'abord à Dieu, qui nous a donné l'existence, et avec l'existence une âme intelligente, capable de l'aimer et d'entrer en participation du bonheur éternel. C'i st lui qui nous conserve, <:ui nous a d'inné l'empire de la terre. Sa bonté règle pour nous les saisons, mûrit les moissons et les fruits. C'est pour charmer nos regards q'i'il embellit la nature; c'est pour nous faire aimer la beauté divine, qu'il en épanche quelques rayons sur ses créatures.
Nous devons le remercier du bonheur qu'il nous envoie, des traverses qu'il nous suscite ; car, s'il nous éprouve par le malheur, sa Lonté nous garde quelque récompense; sa sagesse infinie ne saurait se plaire à nous faire souffrir en vain. Nous devons le remercier de nous avoir donné de bons parents, une mère picu-e, qui nous a, dans notre enfance , imprégnés de croyances salutaires, qui nous a appris à le prier et à croire. Nous devons le remercier de nous avoir fait naître au sein de son Eglise, dans une contrée favorisée par tous les bienfaits de la science. Nous devons le remercier, pardessus tout, de la loi d'amour qu'il est venu prêcher aux hommes , et du sacrifice qu'il a accompli en s'immolant po ir eus.
Noire reconnaissance pour Dieu ne peut être qu'un hommage de nos cœurs, qu'une adoration affectueuse, parce que, tout-puissant et infini, il no peut rien recevoir de nous qui soit utile à son existence.
Après ces grands devoirs envers l'auteur de notre élre, la reconnaiss nec doit s'attacher aux auteurs de nos jours. Délégués de la Providence, ils ont été pour nous ses ministres ; nous devons les payer par noire amour de tout ce qu'ils ont fait.
Ayant ailleurs énuméré leurs bienfaits et traite dos devoirs des enfants , nous n'y reviendrons pas ici.
La reconnaissance rattache les hommes à Dieu, serre étroitement les liens de la famille; mais elle ne doit pas s'arrêter là : < Ile «si une vertu éminemment sociale. Tour celoi qui voit 1rs choses d'en haut, qui embrasse du regard les rapports des hommes entre eux. celle vertu ne s'arrête point au seuil de la lamille. Kllc s'adresse ans hommes dont lo conconri «si utile à la société. Le laboureur, qui fertilisa de «ci sueurs le • 1 qui produit nos moissons ; le guerrier. qui nui notre repos à l'abri de son épée; le savant, qui nous enrichit de les découvertes; l'humme d'Etat, qui lient le gouvernail
du vaisseau social ; le médecin de nos ,'imes, ont droit Ù notre reconnaissance. I et h im mes, unis dans le lien de la charité fraternelle, doivent regarder comme leurs bienfaiteurs tous ceux qui soulagent l'humanité,
tous ces envoyés du ciel, qui se dévouent an bonheur de leurs semblables.
Bref, chacun île nous doit payer sa dette de reconnaissance à Dieu par l'hommage de son être et l'adoration du cœur ; à ses bienfaiteurs particuliers, par l'effusion et le dévouement ; à la société, par le concours de ses facullés physiques et morales; au bonheur de tous, par la pratique de la charité.
La reconnaissance est une vertu que tout le monde admire ; les païens lui élevaient des autels : les poètes et les écrivains se complaisent à célébrer les belles actions qu'elle enfante. Telle est la puissancede son empire, qu'elle excite l'admiration de tous ceux même qui ne réprouvent pas. Partout où elle règne , on peul être sûr de rencontrer la vertu : c'est un parfum qui ne s'exhale que de la pureté du cœur.
Observons, avant de finir, que le mot gratitude a été généralement employé pour exprimer le sentiment de reconnaissance qu'on éprouve à la suite d'un bienfait reçu. 11 y a celle légère différence entre la gratitude et la reconnaissance proprement dite, que tandis que cette dernière expression signifie qu'on a gardé le souvenir ou qu'on fait l'aveu du bienfait reçu, gratitude exprime le retour qu'il inspire. 0-, comme la reconnaissance est dans la mémoire , et la gratilude dans le cœur, comme l'une doit toujours et que l'autre s'acquitte , dore il vaut mieux être pénétré de gratitude que de reconnaissance.
RÉFLEXION (faculté). — La réflexion est
cette faculté de l'âme qui permet à l'homme de se replier sur ses idées, de les examiner, de les modifier, de les combiner. (Yauvenar-
Elle est la vie de I âme comme \o mouvement csi la vie du corps , elle est également la base de toutes nos qualités el de tous nos défauts ;car l'homme instruit n'est innocent OU coupable que par réflexion ou irréflexion. Bref, l'homme n'est homme que par elle.
C'est pourquoi, celui qui tient à sa réputation et à sa vie doit se livrer continuellement à des actes qui lui feront mettre à profit le malheur même [Clément A'/l); el c imme le plus grand plaisir des hommes est dans la réflexion , ils peuvent s'en rassa sier, ce plaisir n'a vint jamais rien de repréhensible. Cependant il est nécessaire que leurs réflexions portent constamment sur les avantages de la probité, de la vertu, ete. ;
sur les dangers de s'en eearler; il faut qu'ils soient restés eux-mêmes probes cl
vertueux, car quel plaisir trouverait-on dans la réflexion, si l'on n'était en paix avec sa conscient e '
RÉGLÉ. Vay. Ras il ,
REGRETS (sentiment), — On a des re greis, quand on conserve le souvenir pénible d'avoir dit on fait quelque chose qui peul élre préjudiciable .i autrui ou à nousmêmes: OU bien, d'aprèl quelques auteurs,
quand on ne peul écarter de son souvenir l'idée amere d'avoir perdu une personne qui cous était (hère.