‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 174 sur 251 · P. EL · texte numérisé non relu

P. EL

Nul n'est oxciv.pl de regrets , mais comme ils sont souvent très-superficiels, ils ne réparent guère le mal; seulement ils témoignent du malheur ou de l'impiudence de celui qui a sujei d'en éprouver.

On a vu par la définition que j'ai donnée d'après 1rs ailleurs , du mot regrets, <;ue certains écrivains cul fait rf^reJ/er synonyme de plaindre. C'est une erreur, car ce, deux sentiments ne sont pas de même rfature. El par exemple : on regrelle un absent et on plaint un malheureux : regretter est l'effet de rattachement, et plaindre un mouvement de pitié. D'ailleurs , ne dit-on pas généralement qu'un cœur dur ne plaint personne, et qu'un cœur indifférent ne regrette rien ?

On a encore des regrets quand , à la suite d'une fa « le ou d'une mauvaise action qu'on aura commise, l'âme éprouve un sentiment pénible , joint au désir de la réparer : un tel regret uni à un tel désir cous'ituc le Repentir. ( Yoy. ce mot.)

RELIGIEUX, Religion (sentimenl).— Dans lu commerce des hommes, l'amour et la reconnaissance sonl deux sentiments distincts. On peut aim< r quelqu'un, sans en avoir reçu des bienfaits; on peut en recevoir des bienfaits sans l'aimer, sans être ingrat, il n'en est pas de même par rapport à Dieu ; notre reconnaissance ne saurait aller sans amour, ni noire amour sans reconnaissance, parce qu ■ Dieu esl (oui à la fois un Etre aimable cl bienfaisant. Vous savez gré à votre mère de vous avoir donné le jour ; à votre père, de pourvoir à vos besoins ; à vos bienfaiteurs, de leurs secours généreux; à ios amis, de leur attachement : or Dieu seul est véritablement votre mère, votre père, votre bienfaiteur et votre ami ; et ceux que vous hon >rez de ces noms ne sont, à proprement parler, que des instrument do ses boules sur vous.

Dieu seul commande donc à nos cœurs, et nous devons lui rendre des hommages profonds de reconnaissance et d'amour pour tout ce qu'il a fait pour nous, sa faible et ciiéiive créature. Eh bien, c s hommages dus au souverain Eire sont ce qu'on appelle vulgairement eulle religieux ; cl les hommes qui les lui n ndenl avec humilité et ferveur sont véritablement religieux ou Pieux, i Voyez ce mol.)

A ce propos je ferai remarquer qu'on distingue deux sorles de cullc : l'un intérieur et invariable ; l'autre extérieur , qui reçoit diverses modifications ; ils sont obligatoires tous les deux. Mais l'un, le culte intérieur, réside dans l'âme. Il esl fondé sur l'admiration qu'excite en nous l'idée de sa grandeur infinie, sur le ressentiment de ses bienfaits et l'aveu de sa souveraineté. Alors le cœur pénélré de ces sentiments les lui exprime par des extases d'admiration, des saillies d amour et des protestations de reconnaissance et de soumission. Voilà le langage du cœur; voila ses hymnes, ses prières, ses sacrifices. Voilà le culie d int il est capable, di- «ne d'ailleurs de la divine majesté. C'est aussi

celui que Jésus-Christ est venu subs'.itueraux cérémonies judaïques, comme il paraît par celle belle réponse nu'il lit à une femme samaritaine, lorsqu'elle lui demanda si c'était sur la montagne de Sion ou sur celle de Sérémon qu'il fallait l'adorer? « Le temps vient, lui dit-il, que les vrais adorateurs adoreront en esprit, en verilé. »

L'autre culte extérieur naît inévilahlem ni du premier, c'est-à-dire que les devoirs du culte intérieur étant la louange, l'amour , l'action de grâces, la confiance, la prière, sitôt que chacun de nous est dans l'obligation de louer, d'aimer, de remercier, d'espérer, de prier Dieu, ces devoirs deviennent des lois pour la soc 'été tout entière? Dès lors les hommes convaincus séparément de ce qu'ils doivent à l'Etre infini, se réunissc.v. tous ensemble pour lui donner des marques publiques de leurs sentiments réunis en une seule et grande famiKe ; ils aiment et adorent le Père commun ; ils chantent ses merveilles ; ils bénissent ses bienfaits: i!s publient se, louantes ; ils l'annoncent à tous les peuples, et brùlenl de le faire connaître aux n .lions égarées qui ne le connaissent pas encore, ou qui ont oublié ses miséricordes et sa grandeur. Or, ce concert d'amour, ci de vœux et d'hommages dans l'union des cœurs, n'esl-il pas évidemment ce culte extérieur?

J'ai dit que le culle in'érfeor et le culte extérieur étaient obligatoires tous les deux, parce que j'ai la conviction qu'une religion p rement mentale ne pourrait convenir qu'à, des esprils purs et immatériels, dont il y a sans doute un nombre infini d'espèces dans es vastes limi'es de la création ; mais comme l'homme ici-bas est composé de deux natures réunies, c'est-à-dire d'un corps cl d'une âme, sa religion à lui doit na'.urcilement clic relative et proportionnée à son état, à son caractère, et par conséquent consister également en méditations intérieures et en actes ou pratiques extérieures ; et c'est ce qui a lieu. Du resle ce qu'on croirait n'être d'abord qu'une présomption devient une certitude, lorsqu'on examine plus particulièrement la nature de l'homme, el celle des circonstances où il est placé. Ainsi, pour rendre l'homme propre au poste et aux fonctions qui lui ontélé assignées, l'expérience prouve qu'il est néces-aire que le tempérament du c?>rps influe sur les passions de l'esprit, et que les facultés spirituelles soient tellement enveloppées dans la matière, que nos plus grands efforts ne puissent les émanciper de cct'e' assujettissement, tant que nous devons vivre cl agir dans ce monde matériel : or il est évident que des êtres de celle nature sonl peu propres à une religion pu i rement mentale, et l'expérience le confirme; car loules les fois que, par le faux désir d'une p rfeclion chimérique , des hommes ont lâché dans les exercices de religion de se dépouiller entièrement de la grossièreté des sens et de s'élever dans la région des idées imaginaires, le caractère de 1 ur tempérament a toujours décidé de l'issue de leur entreprise. La religion des carac ères froids et

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phlegmatiqoes a dégénéré dans l'indifférence

el le dégoûl ; el celle des hommes bilieux, el sanguins a dégénéré dans le fanatisme el l'enthousiasme

Aussi lous 1rs peuples qui ont adoré quelque divinité ont-ils fixé leur culte à quelques démonstrations extérieures, qu'on nomme des cérémonies. Dès que l'intérieur y est, il faut que l'extérieur l'exprime el le communique dan« toute la société. Le genre humain, jusqu'à Moïse, faisait des offrandes et des sacrifices ; Moïse en a institué dans l'église judaïque ; la chrétienne, bien supérieure à toutes les autres, possède ie sacrifice du corps et du sang.de Jesus-Christ. (Pensées diverses.)

a Hommes, en doutez-vous? Considérez un instant avec le calme delà raison la religion catholique, et io\ez quelle majesté! quel éclat de mystères! que le suite! que! enchaînement de toutes les doctrines I quelle raison éininentcl quelle randeurl quelle innocence de mœurs ! quelle raison invincible et accablanle de témoignages rendus successivement, et pendant trois siècles entiers, par des millions do personnes les plus sages cl les plus modé:ées qui Tirent aiors sur la terre, el que ce sentiment d'une même vétité soutient dans l'exil, dans les fers, contre la vue de la mort et du dernier supplice! Prenez l'histoire : ouvrez, remontez jusqu'au commencement du monde, jusqu'à la veille de sa naissance : y a-t-il eu rien de semblable dans lous les temps? Dieu même pouvait-il mieux rencontrer pour me séduire? Par où échapper? où aller? j.' ne dis pas pour trouver rien de meilleur, mais quelque chose qui approche? S'il faut périr, c'est par là que je \cux périr; il m'est plus doux de nier Dieu que de l'accorder avec une tromperie si spécieuse cl si entière. Mais je l'ai approfondi; je ne puis être athée, je suis donc ramené et entraîné dans ma religion; c'en est fait. " [La Bruyère.)

Toute reli-iun est le lien qui attache l'homme à Dieu el à l'observai on de ses I is, parles sentiments de respect et de soumission qu'excitent dans noire esprit 1rs perfections «ie l'Etre suprême; mais la religion catholique a, en particulier, pour objet, et c'esl ce qui fait sa grandeur et si force, la félicité d'une autre vie, lonl en faisant nuire bonheur dans celle-ci. Elle donne à la vertu les plus douces espérances, au vice impénitent de justes alarmes, au vrai repentir les plus puissantes consolations, et lâche surtout d'inspirer aux hommes de l'amour, de la douceur el de la pitié pour les hommes.

I 11 • fait plus encore la véritable religion, car c'est clic qui nous donne les plus grande-, idées de Dieu. Oui , qu'on juge de nos li- * res sacrés et de noire religion parcelle rè gle : i ù voyons-nous les uiiribuls de 1 Etre suprême mis dans un plus grand joui f Qu'j a-t-il de i lus noble que l'idée que nous avons «te la divinité? Que peut-on concevoir de pins sublime qu'un e.ee a qui rien i clioppe, devant qui toutes choses sont nues et d. couvertes (NcLr. tv, 3), Cl qui, d'une

seule vu-, voit tous les êtres présents, passés et à venir?. . .

Quand nous trouvons dans quelques philosophes païens , à travers mille pensées fausses, quelques-uns de ces traits dont nos livres sont parsemés, nous sommes prêts de nous écrier au miracle : nous transmettons ces lambeaux de divinité, si j'ose parler ainsi, à la postérité la plus reculée. Sur ce principe, quel respect, quelle vénération, quelle délérence ne devons-nous pas avoir pour ces patriarches, pour ces prophètes, pour ces évangélistes, pour ces apôtres qui ont parlé de Dieu d'une manière si sublime! mais ne vous étonnez pas de leur supériorité sur les philosophes; s'ils n'avaient eu, comme les païens, que la raison humaine pour guide, comme eux ils seraient égarés. S'ils ont parlé si bien de Dieu , c'est qu'ils avaient reçu cet esprit qui connaît les profondeurs de Dieu. (Rom. xi, 31.) C'est que toute l'Ecriture est inspirée de Dieu même.

Donc, il est impossible d'envisager toutes* les preuves de la religion elrréticnne ramassées ensemble, sans en ressentir la puissance, à laquelle nul homme raisonnable ne peut résister.

Ce n'est pas tout. Que l'on considère son établissement : qu'une religion si contraire à la nature se soit établie par elle-même, si doucement, sans aucune force ni contrainte, cl si fortement néanmoins qu'aucuns tourments n'ont pu empêcher les martyrs de la confesser, et que lout cela se soit fait nonsculemcnl sans l'assistance d'aucun prince, mais malgré lous les princes de la terre, qui l'ont combattue.

Oue l'on considère la sainteté, la hauteur et l'humilité d'une àme chrétienne; que l'on considère les merveilles de l'Ecriture sainte, qui sont infinies, la grandeur el la sublimité plus qu'humaine des choses qu'elle contient , el la simplicité admirable de son style, qui n'a rien d'affecté, rien de recherche, cl qui porte un caractère de vérité qu'on ne saurait des i vouer.

Que l'on considère la personne de Jésus- Christ en particulier. Quelque sentiment que l'on en ail, on ne peu! disconvenir qu'il n'eut un esprit très-grand et Irès-releve, dont il avait donne des marques, dès son enfance, devant les docteurs de la loi , et cependant , au lieu de B'appliqner à cultiver ses talents par l'élude el la fréquentation des savants, il passe trente ans de sa vie dans un travail des mains, et dans une retraite entière du monde, tt, pendant les trois dernières années de s i vie, il appelle à sa compagoie el choisit pour ses apôtres des g ns sans science, sans étude, sans c ml I, ci il s'attire pour ennemis cent qui passaient pour 1rs

plu. Bavants el les plus tnges. C'esl

étrange conduite pour un homme qni a des» sein d'établir une nouvelle religion.

Que l'on considère en particulier ces api>tres, gens sans lettres et sans élude, devenus tout a ' ou p asseï savants pour confondre les plus habiles philosophes, et assez forts pour résister aux rois et aux tj rans... .

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