‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 175 sur 251 · P. IL · texte numérisé non relu

P. IL

Que l'on considère l'état du peuple juif et avant et après la venue de Jésus-Christ, sunétat florissant d'autrefois, etson état plein de misères depuis qu'il a rejeté le Sauveur.

Enfin, que l'on considère la sainteté decetle religion , sa doctrine, qui rend raison de tout, jusqu'aux contrariétés qui se rencontrent dans l'homme; et qu'on ju^e, après tout cela, s'il est possible de douter que la religion chrétienne ne soit la seule véritable, et si jamais aucun culte a eu rien qui en approchât. (Pascal.)

Néanmoins il y a des gens qui, n'ayant pas assez réfléchi sans doute sur ces vérités, se bornent à une religion extérieure, maniérée, qui, sans loucher le cœur, resserre la conscience; ils s'en tiennent à de simples formules : ils croient exactement en Dieu , à certaines heures, pour n'y plus penser le reste du temps. Scrupuleusement attachés au culte public, ils n'en savent rien tirer pour la pratique de la vie. Ne pouvant accorder l'es[ rit du monde avec l'Evangile, ni la foi avec les œuvres, ils prennent un milieu qui contente leur vaine sagesse ; ils ont des maximes pour croire, et d'autres pour agir ; ils oublient dans un lieu ce qu'ils avaient pensé dans l'autre, ils sont dévols à l'église et philosophes au logis. Alors ils ne sont rien nulle part ; leurs prières ne sont que des mots, leurs raisonnements des sophismcs, et ils suivent, pour loulelumière, la fausse lueur des feux errants qui le guident pour les perdre. (J.-J. Rousseau.)

D'à près ces conclu si uns du philosophe genevois, je m'étonne qu'il ait affirmé que les individus dont il fait la critique, croient exactement en Dieu à certaines heures. Je crois, moi, être bien plus près delà vérité, en disant que ces gens sont des hypocrites, si l'on veut qu'ils soient quelque chose. Et il y a si loin de l'hypocrite à l'homme religieux ! Je vois entre eux tout l'intervalle qui sépare la religion véritable de l'idolâtrie. A quoi tendait on effet le paganisme? à faire des dieux semblables aux hommes. A quoi tend la religion catholique? Elle appicnd aux hommes à devenir semblablesà Dieu.

Cette remarque de La Bruyère est tellement empreinte de vérité que les faits sont là tous les jours qui la confirment. Ainsi, que se passe-t-il sur le globe? Les Etats où l'on méprise la religion sont plus sujets aux discordes que les autres. Pourquoi? parce que le culle sans rcorale fait des hypocrites ou des superstitieux; que la morale sans culle fait des philosophes et des sages mondains ; cl que, pour être bon chrétien , il faut joindre ensemble ces deux choses.

Ce serait d'autant plus facile, si nous étions raisonnables, que la religion ne commande à l'homme que d'être heureux, et lui défend d'être misérable. Eu doutez-vous?

Examinez toutes ses lois : c'est toujours nous, c'est toujours notre bien qu'elles regardent; c'est l'intérêt de l'homme qu'elle a en vue, qui se termine enfin à la gloire de Dieu, car ces deux choses ne se séparent point.

Craindre Dieu, être bon chrétien, telle doit donc être noire règle. Mais que celle crai:ite de Dieu ne soit pas feinte, et ga nions-nous bien du pharisai'smc cl d'une dévotion fausse. 1! faut que la religion soit la loi secrète de nos penchants et de notre conduite, et nou pis l'enseigne trompeuse d'une vie qui n'aurait point de rapport entre la pensée cl l'action.Mais gardez-nous aussi d'un autre écart. Que jamais nous ne devenions le traître el le faux ami de la religion. Que ni la mo le, ni la compagnie, ni quoi que ce soit au monde, ne nous séduise à vouloir paraître incrédule par imitation, et à avoir honte de notre foi.

Bref, nos sentiments doivml être la règle de notre conduite, et c'est par elle qu'on doit juger de leur solidité. Qu'on examine, après cela , la contenance d'un alliée , d'un imp'e , et du chrétien convaincu, qui se trouvent dans l'adversité. Le premier se désespère, le second a recours au blasphème; l'un ci l'autre ne se possèdent plus : le dernier, au contraire, se reposant sur les sages soins de la Providence , conserve sa tranquillité.

Il fait pius : car s'il jouit des véritables effets c"e la grâce, s'il s'est purifié à la source vivifiante des sacrements, il quittera ce monde sans crainte et avec calme, je dirai même avec joie, car il crot en une autre vie plus heureuse, et il soupire après le moment d'en jouir. Les incrédules n'ont pas celle croyance ni celle espérance ; aussi, comment meurentils? dans le trouble, l'effroi et le désespoir.

Quoi qu'il en soit en fait de religion, ne cherchez point à convancre les hommes ; ne raisonnez que pour le coeur : quand il est pris, tout est fait. La persuasion jette dans l'esprit des lumières intérieures auxquelles il ne rés;stc pas. Il est des vérités qui ne sont point faites pour être directement présentées à l'esprit. Elles le révoltent, quand elles vont à lui en ligne droite : elles blessent sa petite logique; il n'y comprend rien ; elles sont des absurdités pour lui.

Mais faites-les passer, po:!r ainsi dire, par le cœur; rendez-les intéressantes à ce cœur ; faites qu'il les aime, parce qu'il faut qu'il les digère. 11 faut que le goût qu'il prend pour elles les développe. Imaginez -vous un fruit qui se mûrit, ou bien une fleur qui s'épanouit à l'ardeur du soleil. C'est l'image de ce que ers vérités deviennent dans le cœur qui s'en échauffe, el qui peut-être alors communique à l'esprit même une chaleur qui l'ouvre, qui l'étend, qui le déploie et lui ôte une certaine raideur qui bornait sa capacité, el empêchait que ces vérilés n; le pénétrassent. On ne saurait expliquer autrement la docilité subite de certaines gens , el la prompte conviction qui les entraîne. Il faut bien qu'il se passe alors entre l'esprit et le cœur en mouvement dont il n'y a que Dieu qui sache le mystère : est-ce que la persuasion de l'uu serait la source des lumières de l'autre?

Confusions. 11 n'est lieu do plus heureu*.

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