‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 176 sur 251 · HEM · texte numérisé non relu

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et d<; plus nécessaire que de conserver un sentiment qui nous fait aimer et espérer, qui nous donne un avenir agréable, qui accorde lous 1rs temps , qui assure tous les devoirs , qui répond de nous à nous-mêmes, et qui «.•st noire garant envers les autres. Or , comme la religion catholique nous inspire ce sentiment et le conserve quand il est développé, comme clic développe el conserve tout ce qui est utile à l'humanité, de quel secours celle religion ne nous sera-l-elle pas contre les ( Lgràres qui nous menacent? Un certain nombre de malheurs nous est destiné , nous le savons : et c'est pour les conjurer, qu'un ancien, nous dit-on d'à; rôs lui-même, s'enveloppait du manteau de sa vertu. Enveloppons-nous lous de celui que la religion catholique offre oiu fidèles, car embrassant toutes lesverlus.il nous sera par conséquent il'un bien plus grand secours, soil pour nous mettre à l'abri des faiblesses de la jeunesse, soit pour nous garantir des orages qui éclatent sur notre téle dans un âge plus avancé, et qui occasionnent d'autant plus do ravages dans notre caur, qu'ouvriers inhabiles, nous l'avons moins mis à l'abri de la foudre des passions.

REMORDS (sentiment). — Le reiiouds est un reproche secret que nous fait la conscience iiprès avoir commis une taule eu un crime. 11 est impossible de l'éteindre quand on l'a mérité, parc • qu'on n'étouffe pas quand on le veut les lumières de ia raison, ni par conséquent la voix delà conscience. L'amour île l'ordre est el sera toujours écrit dans tous les cœurs. Si l'homme était naturellement mauvais, comme quelques philosophes l'ont prétendu, il n'aurait jamais de remords , ou tlu moins il n'en aurait que de la vertu et non du crime.

Celui qui est tourmenté de remords ne peut vivre avec lui-même ; il faut qu'il se fuie, qu'il se distraie pour avoir un moment de repos : c'est là peut-être la raison pour laquelle les média ts sont rarement sédentaires; ils ne restent en place que quand ils méditent le mal; ils errent après l'avoir commis.

Si les hommes voulaient un peu réfléchir, ils verraient qu'il est de leur intérêt de fuir le crime et de pratiquer la vertu ; l'un noua rend toujours malheureux, el porte son châtiment avec lui; l'autre nous conduit au bonheur et ne va jamais sans récompense.

Voyez combien les brigands sont à plaindre! Poursuivis par les lois, ils sont obligés de s'enfoncer dans le fond des forêtl , OÙ ils habitent avec le crime , la terreur el les remontai Au contraire, que lo sort des vertueux est digne d'envie I Toujours tranquilles, ils goûtent le plaisir sans crainte ; el s'ils sont quelquefois lai idiote îles méchants, le témoignage de leur conscience suffit pour les dédommager de leurs injustices.

Puissent donc les individus qui, devenus criminels, sont obligés de s'enf rmer dans la profondeur lies forêts, on do quitter leur patrie, pour se soustraire au chalimeol .

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justice leur infligerait, élre amenés par les réflexions amères qu'ils font dans l'exil ou la solitude, à désirer de réparer devant Dieu, si ce n'est devant les hommes, la faute qu'ils ont commise, el trouver dans les regrets du repentir [Voy. Regrets) le calme que la religion accorde au coupable. C'est le seul baume que les envoyés de Dieu puissent verser sur une plaie qui, sans les remèdes de la religion, serait inguérissable, de même que le mal occasionne par le aime est toul à fait irréparable.

Ayant dit d'une manière générale que la religion rend le calme à l'âme agitée par le remords, je dois faire observer que parfois clic n'u pas plus de puissance que la philosophie pour éloigner du cœur de l'homme lo trouble que le remords y a porté, lit par exemple, l'une, la philosophie, fut aussi impuissante à Dioclétien pour mourir , que l'autre, la religion, à Charles-Quint. Tous deux eurent des remords d'avoir abandonné le pouvoir, le premier, sur son lit et sur la terre < ù il se roulait au milieu de ses larmes; le second, au fond du cercueil où il se plaça pour assistera la représentation de ses funérailles. [Chateaubriand.) Mieux vaut donc, en évitant des fautes graves, se mettre à l'alri d'avoir des remords.

REPENTIR ( sentiment ). Le repentir c<l la connaissance, des fautes qu'on voudrait n'avoir pas faites el qu'on désirerait de pouvoir réparer. Il se compose d'un sentiment de Regrets {Voy. ce mol), et du désir de réparation.

Ainsi ce dernier a cel avantage sur l'autre*, que tant que le regret se borne à un so i venir pénible qui peut, dans bien des cas, ê re dicté par un sentiment d'intérêt personnel (le tort que notre faute peut nous occasionner), il devi nt stérile et n'est nullement méritoire; au lieu qnelc repentir décèle en celui qui en est susceptible, autant de bonté dans le cœur que de grandeur dans l'âme. Tel se montra Henri IV; aussi apporta t-il toute sa vie la plus grande franchise à reconnaître ses torts, et la plus grande délicatesse à les réparer : en voici un Irait fort remarquable.

Quelques j iurt avant la bataille d'Ivry, le cou. le Sehoinbcrg , général dos retires , l'avait pressé de payer ses troupes. Henri, qui se trouvait alors sans argent, lui répondit avec vivacité : o Jamais homme déco n'a demandé île l'argent la veille d'une bataille. » Le jour même où se livra celle d'I- \rv, le roi s'approcha du comte de Sehotnberg, el lui dit : « Général, je vous al offensé t et comme celle journée peut être la derii! h' de ma vie , |fl ne veux pas emporter I ii nni'iir d'un gentilhomme. Je sais votre râleur et votre mérite ; y vous prie du me pardonner elembrassei-moi. a — « Il est vrai, répondit Schomberg, que ve re majesté ma blessa l'antre jour, el aujourd'hui ella rm me; car I honneur qu'elle me fait m'oblige

de mourir en celle iiummuii pour son -er-

Quclques instants après il fui ;

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combattait vaillamment à côié du roi. Ce fiiil est trop riche d'enseignements pour que je me hasarde d'en faire le commentaire, je craindrais d'en affaiblir le prix.

Je trouve un fait bien plus riche encore en enseignements dans le repentir de Théodose, (|ui, pour se venger de la sédition d'Atiliochc et du renversement des statues de Théodose père, de Flacilla, d'Arcadius et d'Bonorius , donna l'ordre d'exterminer le peuple, ordre

qu'il révoqua quand il fut exécuté Voici

comment Chateaubriand poursuit la narralion de cette histoire :

« Saint Ambroise apprend à Milan le massacre de Thcssalouiquc; il se relire à la campagne et refuse de venir à la cour. Il écrit à l'empereur: a Je n'oserais offrir le sacrifice, si vous prétendiez y assister. Ce qui me serait interdit par le sang répandu d'un seul homme, me sérail i! permis pour le meurtre d'une foule innocente.

o Théodose n'est point retenu par celle lettre, il veut entrer dans l'église ; il trouve sous le portique un homme qui l'arrête; c'est Ambroise : « Tu as imité David dans son crime, s'écrie le saint, imite-le dans son repentir.

« Huit mois s'écoulèrent ; l'empereur n'obtenait pas la permission de pénétrer dans le saint lieu. « Le temple de Dieu, répétait-il , est ouvert aux esclaves et aux mendiants, et il m'est ferme! «Ambroise demeurait inexorable; il répondit à Rulfin qui le pressait: « Si Théodose veut changer sa puissance en hrannie, je lui livrerai ma vie avec joie. » Enfin, louché du repentir de l'empereur, l'évèque lui accorda l'expi ilion publique ; mais en échange de celle faveur il obtint une loi suspensive des exécutions à mort pendant trente jours, depuis le prononcé de l'arrêt ; belle et admirable loi qui donnait le temps à la colère de mourir et à la pitié de naiire ! Sublime leçon, qui tournait au proflt de l'humanité cl de la justice ! Si trente jours s'étaient écoules entre la sentence de Théodose et l'accomplissement de celte sentence , le peuple de Thcssaionique eût été sauvé.

« Dépouillé des marques du pouvoir suprême, l'empereur fit pénitence au milieu de la calhédr Me de. Milan. Prosterné sur le pavé, il implora la merci du- ciel avec sanglots et prières. Saint AmbroLc, lui prêtant le secours de ses larmes, semblait cire le pécheur et tombé avec lui. Cet exemple, à jamais fameux, apprenait au peuple que Ici crimes font descendre au dernier rang ce qu'il y a de plus élevé; que la cité de Dieu ne connaît ut grand ni petit, que la religion nivelle tout, et rétablit l'égaliié parmi les hommes. C'est un de ces faits dans l'histoire où les trois vérités religieuse, philosophique et politique ont agi de concerl. A quelleimmense distance le paganisme est ici laissé ! L'action de saint Ambroise est une action féconde, qui renferme déjà les actions analogues d'un mondo à venir; c'est la révélation d'une puissance engendrée dans la décomposition de toutes les autres. L'aclion de Théodose, c'est la piété unie au repentir cl à la persévérance. »

rep :sa

Il est un sentiment qui lient le ml:

le regret et le repentir. Ce sentiment, ers: le remords, ou le reproche s cret exr iic en nous par le regret d'une faute; faute toujours grave et criminelle. C'e:*l peur cela qu'il n'y a guère que les grands cou ailles qui soient exposés à avo.ir des remords. Donc, celui-ci a un degré de plus que le regret , et sous ce rapport il se rapproche du repentir. Il en diffère pourtant, parce qu'il a moins de noblesse et que la pensée de répart-r le crime, s il est rép irable, ne se présente guère à l'esprit de celui qui a des remor Is.

Il est fort utile toutefois que l'homme en soit tourmenté, parce que les tourments inclinent au repentir , et que c'u repentir à la réparation il n'y a qu'un pas bien facile à franchir.

El s'il en est ainsi, c'est que le repentir e^î un ver intérieur, un ulcère clans lu chair, une douleur que la raison ne peut pas effacer ennuie le-* autres, car elle y puie sans cesse de nouvelles excitations, d- nouvelles tristesses. Le jugement que nous p m! >ns nous-mêmes sur nos obligations morales a des sentences sans appel. Le criminel peut élre en sûreté, jamais en sécurité; sa conscience le poursuit partout.

Mais le repentir u'esl pas seulement un remords, un supplice pour le criminel, il est un moyen de salut pour le pécheur; c'est nu second baptême qui lave de toutes l s impiétés. « Vous ne rejetterez pas, Seigneur, un rœur brisé de dou'ear el humilié , » disait le saint roi D.vi i pleurant sur ses deux énormes crimes.

Non, la miséricorde divine ne ferme point l'oreille aux gémissements du coupable, elle envoie au contraire à ses yeux des sources de larmes, à son cœur des trésors de prières, et quand les regrets ont égalé la faute , elle fait descendre du ciel le pardon consolateur.

D'ailleurs, si le repentir ne sauve pas tout d'un coup, au moins il met un arrêt dans la chute, la volonté cesse de s\ nfoneer dans le mal, et même de le vouloir, jusqu'à qu'elle commence à le reconnaître, à le rejeter, à le désavouer: elle n'ajoute plus sa propre force à celle qui l'entraînait, elle ne gravite plus vers le centre ténébreux, elle lui résisle au contraire, pat ce qu'elle commence àsenlirel à suivre UDe attraction plus haute , Paîtrait du bien ou de Dieu qui, < n agissant sur l'âme, la retourne vêts le lover de la vie et lui donne avec une nouvelle position l'espérance du retour et de la réhabililalion. ( M: l'abbé Bautain. )

N'oublions pas que le repentir naît autant du regret de n'avoir pas fait quelque chose d'utile que d'avoir fait une faute. Dans ce cas certaines personnes, retenues par un misérable respect humain, dissimulent autant que possible leurs regrets; elles de v raient savoir repe. niant que la honte est dans le crime et non pas dans le repentir.

Il est un point important qu'il ne faut pas non plus oublier, c'est que le repentir de ses l'ailles peut seul tenir lieu d'innocence. Pouf paraîtra s'en repentir, ii faut commencer par

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