RET
ne saurait suffire, la plaie du ressentiment redevenant saignante et douloureuse au moindre contact, et on sait que malheureusement , à chaque instant de la vie, alors surtout que l'homme est oisif et désœuvré, les détails de l'outrage qu'il a souffert se retracent à sa pensée plus vivaces et plus poignants. Il ne peut donc chasser entièrement de son esprit ce souvenir cuisant. Au contraire , il semble alors qu'il s'y délecte et qu'il prend plaisir à l'aviver sans cesse. Il s'exagère de plus en plus la grandeur de l'offense, et la souffle pour ainsi dire de nouveau à chaque minute à l'âme ; celle-ci n'a point d'autre pensée : elle est sans cesse obsédée de ses plus sinistres couleurs. Ainsi le ressentiment grandit dans elle, il s'y accumule, comme la vapeur comprimée dans sa brûlante chaudière; il bouillonne, il gronde intérieurement comme elle; comme elle, il tend à faire explosion. Semblable en cela au levain de la rancune qui, à mesure qu'il vieillit et fermente davantage, finit par déborder du vase qui la renferme.
Aussi, sous tous ces rapports, le ressentiment ne marche jamais sans la haine qui l'engendre, sans la rancune qui est sa compagne, sans des idées de vengeance qu'il cnlaute. C'est donc par l'étude de ces divers sentiments qu'on peut arriver à connaître le essentiment dans sa nature , ses tendances et ses effets, et qu'on peut le combattre.
RETENUE (qualité). — Elle n'est qu'une sage circonspection dans les actions et surtout dans les discours.
Comme la circonspection, la retenue convient à tout le monde, mais particulièrement à la jeunesse ; c'est une vertu des deux sexes, mais qu'on exige plus encore des femmes que des hommes , et des filles que des femmes. L'honnêteté dans les actions, la modestie dans le maintien et la retenue dans les propos : voilà des règles de conduite qu'elles doivent nécessairement observer. J'ai dit que la retenue se montrait surtout dans les discours. A ce propos, je rapporterai un très-bel exemple de cet esprit de réserve ou de retenue que les moralistes conseillent à tons les hommes. Je le trouve dans ces quelques mol^ que Longinien écrivit à saint Augustin : » Seigneur et honoré Père, quant au Christ en qui lu crois, et l'esprit «le Dien par qui lu espères aller dans le sein du vrai, du souverain, du bienheureux auteur de lotîtes choses, je n'ose ni ne puis exprimer ce que jVn pense : il est difficile a ii ii homme de définir ce qu'il ne comprend
pas ; mais tu es digne du respect que je porte à les vertus. »
Saint Augustin lui répond : • J'aime la circonspection à ne rien nier, à ne rien allumer louchant le Christ; c'est une louable i eserve dans un païen. »
Qne les écrivains de notre époque apportent la même retenue que I.ohginieu dans les mystères qu'ils ne peuvent comprendre; que la jcuuesse el les hommes dans la inalu rite de l'âge mcl'cul la même circonspection