‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 183 sur 251 · S AT · texte numérisé non relu

S AT

utile à l'homme, do meilleur et de plus digue de lui ? rien ; car le sage, quelque part qu'il se trouve, est citoyen de toutes les républiques, mais il n'est pas le prêtre de tous les dieux.

Il observe lous les devoirs de la société, que la raison lui prescrit ; mais sa manière, beaucoup au-dessus du vulgaire, ne dépend ni de l'air qu'il respire, ni des usages établis dans chaque pays. Il supporte sans colère les vices des hommes , comme leur prospérité sans envie, et je dois le dire , ce n'est qu'à 1 heure de la colère qu'on reconnaît le sace, comme ce n'est qu'à l'heure du combat qu'on reconnaît le brave, et à l'heure de la détresse qu'on reconnaît la patience du compagnon. 11 endure les indiscrétions des insensés, comme les médecins les injures des frénétiques. Il met à prolit l'instant qu'il lient, sans !rop regretter celui qui est passé, ni trop eompler sur celui qui s'approche. Il cultive surtout son esprit, s'attache au progrès «les arU, les tourne au bien public, cl la palme de l'honneur est dans sa main. Il sait tirer un bon usage des biens et des maux de la vie, semllable à la lerre qui s'abreuve utilement des ploies et qui se pénètre des chaleurs viviiiantes dans les jours brillants et sereins. Il tend à de si grandes choses, dit La Bruyère, qu'il ne porte pas ses désirs à ce qu'on appelle des trésors, des postes, la forîune et la faveur. 11 ne voit rien dans de si frêles avantages, qui soit assez solide pour remplir son cœur et pour mériter ses soins. Le seul bien capable de le tenter est celle sorte de g'oiie qui devrait naître de la vertu toute simple ei toute pure ; mais les hommes ne l'accordent guère; il s'en p isse.

Tels furent dans les temps antiques Thaïes de Milet, Piltacus de Mililène, Bias de l'rienne, Volon d'Athènes , Cléobule de Linous, dans l'île de Hhodes ; Périandre de Corinihe et Cbilon de Lacédémone, ces sages de la Grèce dont les noms passeront d'âge en âge, pour être l'admiration de tous les siècles.

Mais quelles sont donc les règles de la sagesse? Quiconque y aspire doit renoncer courageusement aux opinions populaires, aux vices universellement reçus, aux préjugés assez accrédités quelquelois pour servir de règle aux passions.

11 doit tenir pour suspect lout ce qui est approuvé de la multitude ; chercher ce qui est bon, et non ce qui le paraît.

lit comme un instant de faiblesse est souvent la source des plus grandes faulcs, de même un acte de courage prépare à la victoire, et la rend plus facile. C'est donc une raison de plus pour vaincre, que d'avoir vaincu la veille; la force, ainsi que la faiblesse, s'accélérant, comme la vitesse des corps graves dans leur chute.

Sagesse a été encore considérée comme synonyme de prudence. Elles ont cela de commun, il est vrai, qu'elles ne marchent pas l'une sans l'autre; mais si la sagesse fait agir et parler à propos, la prudence empêche de parler et d'agir mal à propos. La pre-

mière, pour aller à «es fins, découvre les bonnes roules, afin de les suivre; la seconde, pour ne pas manquer son but, lâche de connaître les mauvaises routes , alin de s'en écarter. Voy. Prudence. De là il semblerait que la sagesse est plus éclairée, et la prudence plus réservée.

Un ancien a dit « qu'il est de la sagesse de ne parier que de ce qu'on sait parfaitement, surtout lorsqu'on veut se faire estimer. » Je crois qu'on peut ajouter à cette maxime, qu'il est de la prudence de ne parler que de ce qui peut plaire, surtout quand on a dessein de se faire aimer. (L. Girard.)

SANGUINAIKE (sentiment). - Un homme sanguinaire est celui qui se plaît à répandre du sang : c'est le plus affreux de tous lus caractères. On y incline les hommes par des combats publics, des spectacles de gladiateurs, des scènes de Iragédes ensanglantées, et une foule d'autres actes non moins entataches de barbarie et de Cruauté, (l'oîrce mol.)

SATIRE, Satirique (vice). — La satire est une méchanceté réfléchie et mordante lancée contre les personnes, dont elle dévoile les travers, les ridicules, et plus que cela. E:le diffère de la malice proprement dite, en ce que celle-ci peut se borner à la censure spirituelle, vive et piquante des vices de l'humanité; au lieu que celle-là diiTime et calomnie celte pauvre humanité. L'une peut donc être avantageuse, quand elle s'aitaque aux êtres vicieux , qu'elle t ml à rendre odieux ou meilleurs; tandis que l'autre est infâme, en ce- qu'au lieu de se borner à ridiculiser et à châtier le vice, elle s'attaque aus individus qui ne sont point vicieux.

Toujours est-il que les hommes satiriques, ou qui manient la satire, sont fort à craindre soit lorsqu'on les rencontre dans le monde, soit quand ils distillent leur fiel dans leurs ouvrages; et, comme leurs intentions sont le plus souvent fort mauvaises, on doit les re-r douler, rien n'étant guère plus dangereux que la satire. J'avoue qu'elle n'emporte pas l'atrocité d'un vol ou d'un meurtre; mais, avec tout cela, combien n'y a-t-il pas de personnes qui aimeraient mieux perdre une grosse somme d'argent, ou la vie même, plutôt que d'étreexposéesaux traits de la salire, et de passer pour infâmes. Il est certain que, dans ce cas, on ne doit pas mesurer l'injure par l'idée de celui qui la l'ait, mais par l'idée de celui qui la soutire. Et pourtant je me hâte de rendre cette justice aux gens satiriques, que, malgré les torts qu'ils peuvent faire aux autres et celui qu'ils se fout à eux-mêmes, il est bon qu'il y ait des esprits assez osés pour affronter les ridicules et les vices des petits cl des grands. Ils sont d'autant plus utiles, ces hommes à l'esprit satirique, que, dans la société, la morale doit bien plus à la crainte de la satire qu'à l'amour de la vertu, et rpie, d'ailleurs, la salire est tout à fait sans portée sur les esprits sages cl les hommes réfléchis, qu'elle n'arrête pas dans l'accomplissement de leurs louables desseins. Elle

Page 1