‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 185 sur 251 · REN · texte numérisé non relu

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hommes, pour qui rien n'est sncré, et qui, pour satisfaire leur infâme et houleuse passion, précipitent dans l'abîme du déshonneur, de la honte et du remords, la vierge qu'ils devraient respecter et iléfendre, employant pour la perdre toutes les ressources que leur imagination, malheureusement trop fertile, leur suggère, et dont parfois une trop grande expérience leur a permis de connaître les effets.

Vous parviendrez, mère de famille, à soustraire vos Gllcs aux dangers de la séduction, si vous avez su vous en faire l'amie; alors elles n'auront aucun secret pour vous, eivous diront, avec la naïveté et la candeur de leur âge, toutes les paroles, toutes les fadeurs, qu'on leur aura débitées, tout ce qu'elles ont fait ou répondu.

N'accueillez jamais de pareils aveux avec colère et menace ; mais dites-leur avec bonté cl avec douceur -la prudence et l'amour vont le parler, ma fille: prête l'oreille à mes paroles et grave au fond de ton cœur les maximes qui vont s'échapper de mes lèvres. Ainsi Ion esprit embellira tes traits, ainsi lu conserveras, tomme la rose à qui tu ressembles, un doux parfum après ta fraîcheur. Te voilà au matin de les jours, aux approches de la jeunesse : quand les hommes commenceront à prendre plaisir à lancer sur toi des regards, le danger l'environne; ferme l'oreille à l'enchantement de leurs cajoleries, et n'écoule point la douceur de leurs séductions.

Uappelle-toi les vues du Créateur sur Ion êire; il le fit pour être la compagne de l'homme et non l'esclave de sa passion.

N'accorde donc aucune faveur qu'à celui que Dieu l'aura donné pour époux. Le souille, de tout autre est comme un miasme empoisonné qui flétrit et tue ; si, faible et timide, lu n'oses ou ne pcu\ pas résister au sentiment qu'il inspire: viens l'abriter sous l'aile maternelle, car c'est un abri où nul n'osera pénétrer, c'est un roc contre lequel le plus hardi des hommes craindrait de se briser.

Avec de tels conseils qui se résument à ceci, qu'il faut faire comprendre aux jeunes personnes qu'elles ne peuvent p!aire et se faire respecter que par leur sagesse, leur prudence cl leur modestie (h'piclèie) ; avec de bons exemples, etsurioul avec une surveillancealtentive, il est faci'e à une bonne mère de soustraire sa filleaux dangers de la séduction. Malheur à celles qui n'y songeraient pas, ou qui, y songeant, ne veilleraient pas sur leurs enfants comme le pasteur sur ses chères brebis!

Kl cependant je dois le dire : la sollicitude maternelle la plus attentive, la surveillance la plus vigilante, ne suffiraient pas quelquefois si la religion ne venait prêter ses secoues on ne peut plus puissants aux ardenls désirs, aux efforts louables d'une bonne mère. Sans la religion, le langage de la raison et île l'amour maternel sera bien faible contre le langage du coeur et ses trompeuses amorces ; mais si la religion prêle son appui aux efforts incessants d une mère pour conserver à sa fille celle pudeur et cette chasteté qu'elle Dictions, oes Passions, etc.

ne doit jamais perdre sans se flétrir et so dégrader, alors, forte contre sa faiblesse, la jeune personne, résistera avec courage et triomphera, tanfsont efficaces les secours de la grâce, à qui va la puiser au tribunal de la pénitence et à la table sainle : qui se nourrit du pain des anges ne faillira pas volontairement.

SENSIBILITÉ et Sensualité (faculté, défaut ou vice). — 11 n'est point de faculté sur laquelleles esprits se soient plus exercés que la faculté de sentir ou sensibilité ; et cependant je ne sache pas qu'elle ait été parfaitement comprise et convenablement appréciée. A la vérité, tous ceux qui s'en sont occupés s'accordent parfaitement sur ce point, que la sensibilité est la première de toutes nos facultés, la source à laquelle toutes les autres remontent. Tous croient qu'elle nous a été accordée par la Divinité elle-même qui semble s'enorgueillir de sou propre ouvrage; tous assurent que si on la considère dans le sublime ensemble de la vie ou les merveilleux détails de chaque fonction, toujours elle nuus frappe par l'immense variété de ses phénomènes; ce qui fait qu'on la considère comme une émanation privilégiée de la céLsie puissance qui anime et régit l'univers , comme une source commune de biens et de maux. On a élé même jusqu'à lui attribuer la faculté de découvrir au génie les éléments des sciences et des arts, et de montrer à la raison les voies différentes de la sagesseetdela vertu. (M. 31a- (jCndic.)

Bref, à en croire les auteurs, nous devrions à la sensibilité deux sortes de notions, la nolion de l'univers et celle de nous-mêmes ; ce qui en fait une fonction multiple embrassant un très-grand nombre d'actes que l'on peut rapporter à deux ordres distincts, savoir, 1° les sensations; 2° les farultés intellectuelles et affectives qui s'opèrent dans l'âme ellemême. (M. Adelon.) Voilà, je te répète, sur quoi (oui le monde est à peu près d'accord.

C'est pourquoi on a défini la sensibilité : tantôt une disposition naturelle qui nuus rend accessibles à l'impression des objets extérieurs ; tantôt un sentiment d'humanité qui fait qu'on est touché des maux d'autrui ; elc.

Quant à moi, je trouve qu'où a fait à cello facullé une part beaucoup trop belle dans le système des connaissances humaines ; car , soit qu'on la considère alors qu'elle est liée à l'organisme vivant, soit qujon l'examine dans ses rapports avec les sentiments moraux, tout se borne pour elle à l'impression ressentie; c'est du reste ce que je vais lâcher de démontrer.

Et d'abord, si je voulais me piquer de rigorisme, je dirais que je ne comprends pas pourquoi Dieu aurait à s'enorgueillir de nous avoir donné la sensibilité. (Dieu orgueilleux I est-ce admissible?) .Mais j'ai beau la considérer sous toutes ses faces, c'est-à-dire, 1° eu tant que, mise en jeu par les objets extérieurs, elle nous donne par la transmission qu'elle en fait à l'âme, la conscience des impressions que les organes reçoivent; 2' en tant que-

veillée par les sensations internes, l'ârac devient ailenlivc aux désordres que des fonctions mal accomplies peuvent occasionner ; 3° en tant qu'unie à la compassion el autres sentiments moraux, elle détermine une sorte «!e perturbation dans la machine humaine : ie vois en elle une faculté admirable, incompréhensible; el cependant comme rien d'iaiparfait ne peut sortir des mains du Créateur, pou ri ait-il s'enorgueillir de son ouvrage 1

Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Li sen-ibilité, dil-on, est la première de toutes les facultés, la soitrce à laquelle tjutes les antres remontent; est-ce exact? Oui, quant au premier chef de la proposition; non, quant au deuxième chef. Je m'explique:

Tant que l'enfant ne vit que de la vie animale ou instinctive, il n'éprouve que des sensations, et sentir est la seule faculté qu'il paraisse avoir: il a cela de commun avec les animaux, avec la plante elle-même qui sent à sa manière; mais bientôt il s'attache à sa nourrice, il devient curieux, jaloux, bon ou méchant. Bref, les facultés qu'il avait ea germe se développent une à une. Peut-on dire, qu'elles doivent leur origine à la sensibilité? non. car si on considère la faculté de sentir en elle-n ême, on voit qu'elle dépend de conditions organiques et vitales tout à la fois, el qu'à peu près la même chez tous les nouveau-nés, elle y reste dans de justes proportions, s'affaiblit cl s'exalte suivant que, l hr leur nature ou par leur éducation, les hommes acquièrent tel ou tel tempérament, ou suivant qu'une maladie quelconque vient la melire en jeu , et voilà lout.

A la vérité, l'enfant pleur.- si on le gronde, il sourit si ou le caresse, il est sensible, en un mot, aux bons ou aux mauvais procédés; eh bien I qu'est-ce que cela prouve? que la sensibilité s'éveille .ilors qu<- les autres facultés restent endormies. Or, l'être humain a cela de commun avec le chien, par exemple, qui se traîne aux pieds de sou maître quand il élève la voix, ou qui saule cl lui lèche les mains s'il le Halte.

U ailleurs, il PSt si vrai que tout se borne là, que si nous adm< liions avec M. Magendie ( l son éeole, que la sensibilité répand partout le mo tvement et la vie, Dons serions en opposition, cou me lui, avi c une foule de faits. La preuve, c'est que certaines parties peuvent être privées de sensibilité, et néanmoins fonctionner, se mouvoir et vivre. C'est du moins ce qu'on remarque lous les jours dans les cas de paralysie du sentiment sans perle du mouvement, dans les aneslbésies, dans |i s . as | lus extraordinaires encore de sensation de non possession. Comme j'en connais plusieurs qui sont fort curieux, je vais 1 I rapporter: nous les divisero s en deux se-

, ies, l'une pour les aneslhésie-. failli e poulies cas de privation du sentiment de possession.

Première série de faits. Anesthétie. — Elle ( .i plus fréquentée la peau qu'ailleurs ; c'està-dire que tout est insensible à ce point, que souvent même les I lessures le* plus profondes u'j sont pas ressenties. Nous en avons

un exemple frappant dans le célèbre La Condamine : atteint d'une aneslhésie complète, il marchait sans sentir ses pieds, il s'asseyait sans scnt;r la chaise; on lui passait des brosses très-dures sur la peau, et il n'éprouvait ^ucune sensation. Grand amateur des sciences, il se prêtait à examiner tout ce qu'on lui proposait. Un chirurgien médiocre avant prétendu avoir un moyen sûr pour faire l'opération de la hernie, dans un espace de temps très-court, La Condnmine désira qu'on pratiquât celte opération sur lui-même, car il avait une hernie : l'opération fut faite, el pendant sa durée il ne sentit rien. Bien plus, l'incision n'étant pas assez grande, il disait nu chirurgien avec un grand sangfroid : Coupez ici, coupez là, agrandissez celte incision. En un mot, il n'éprouvait aucune sensation. Cependant, cette aneslhésie pour la puissance morale n'en était pas une pour la puissance vitale, puisqu'il survint une inflammation qui causa la niurl de La Coudamine.

J'ai vu opérer par Delpecb, à l'hôpital Saint Eloi, de Montpellier, un individu, Jean Laulier, qui était atteint d'un éléphauliasis des parties génitales, pesant Go livres, qua d on l'eut enlevé. Cet individu ne ressent. t aucune douleur pendant toute la durée île l'opération, el cependant la tumeur fut labourée par le bistouri dans tous les sens, les organes de la génération étant perdus dans cette masse énorme, et l'habile operateur désirant rendre à Laulier toutes les ai parences de soi sexe, ce qu'il lit.

Deuxième série de faits. Privation du sentiment de possession. — Uuc femme hystérique éprouvait celle privation du sentiment de propriété; il lui sembl il qu'une grande partie de son corps (le côte dr il) ne lui appartenait pas, el qu'elle allait tomber ea | ar Ivsie. Je faisais, dit M. Lordat, des impressions sur cette pallie, el elle les sentait trèsbien. J<- lui prenais les mains et lui recommandais de serrer les miennes; si foieo . ai la même dans toutes les deux. Le pouvoir de l'âme sur celte partie, la réception des sensations y étaient les mêmes, el cependant elle n'eu avait pas conscience; il y avait doue absence de la faculté de sentir.

J'en ai recueilli moi-même un exemple très- remarquable. Pendant que j'habitais Celle, j'y fus consulté par un portefaix qui, ayant supprimé une transpiration habituelle des extrémités inférieures, dont il était lucommodé depuis longtemps, fut atleinl bientôt après, d'une sensation de non possession, si l'on peut ainsi parler, de ces mém< Irémilés. Biles étaient pour lui tomme si elles n'etistaienl pas; on pouvait les pincer, v enfoncer 1res profondément de grosses épingles, il ne sentait rien; cependant Il conli- ■ion, el poi lu il avec la même facilité d'aussi lourds fardeaux qu'auparavant. Dans i c cas comme duns ses analogues, si fs parties i rivées de tensibllité viveul el s.- mcuvcnl, ce n'est pas assurément la sensibilité qui ) entretient le mouvement

et la vie. Et si elle ne les y entretient même pas, peut-»n dire qu'elle les donne ?

Du rcsie, voici une objection qu'on pourrait faire à M. Magendie: Vous admettez que la sensibilité est un don de Dieu; or, pourquoi n'admettriez-vous pas aussi que Dieu nous a dotés également de toutes les autres facultés, et qu'il les a déposées en môme temps en nous? Pourquoi cette préférence pour la sensibilité?...

Celle-ci esl-elle la source des biens cl des maux? Des biens et des maux physiques, oui ; car toutes les sensations agréables ou désagréables qui viennent par les sens externes ou par 1rs sens intornes nous sont transmises parla sensibilité. Sous ce rapport, on pourrait la comparer à une sentinelle vigilante placée en dehors du corps vivant pour saisir au passage les impressions des objets extérieurs sur les sens, afin de les conduire à l'âme qui les goûte avec plaisir nu les éprouve avec peine; ou qui, cachée à l'intérieur, en défend l'accès aux maladies, et répand l'alarme quand elles y ont pénétré.

Mais quant aux maux el aux biens moraux, ce serait une erreur do croire qu'ils ont, eux aussi, leur source dans la sensibilité ; celle erreur serait même d'autant plus grave que nous tomberions alors dans le matérialisme le plus formel, ce qui ne peut pas être, comme nous le verrons tout à l'heure.

Vous ne nierez pas du moins, me dira-t-on, que la sensibilité nous donne les notions de l'univers el de nous-mêmes ; qu'elle a le pouvoir de découvrir au génie les éléments des sciences et des arts, et montre à la raison les voies différentes de la sagesse et de la vertu, ? Précisément si, je le nie; et cela, parce que, attribuer tous ces avantages à la sensibilité, c'est confondre celle-ci avec l'entendement, avec l'intelligence qui, seuls, ont le droit d'avoir ces préli niions. Par eux, l'homme seul conçoit, juge ou raisonne, se souvient, veut, imagine; et l'on se tromperait grossièrement que d'attribuer toutes ces facultés, facultés sans lequelles nous no saurions rien , nous ne découvririons rien , nous ne connaîtrions aucun des moyens d'être sages ou vertueux, de les attribuer, dis-je, à la sensibilité.

Que la sensibilité soit une des conditions indispensables à la vie des organes, c'est incontestable; que ceux-ci ne puissent fonctionner convenablement sans l'intégrité du système nerveux, je ne le conteste pas non plus. Mais de ce que l'âme, pour jouir de toute l'intégrité de ses facultés intellectuelles et affectives, a besoin que le cerveau, instrument de la pensée, soit pourvu d'une somme suffisante de sensibilité, s'ensuit-il que celleci donne à l'homme les notions de l'univers et de lui-même?... Elle est utile, nécessaire, indispensable même , si l'on veut , pour mettre en jeu l'attention, nuire faculté sans laquelle l'àme ne percevrait jamais rien des sensations qui servent à développer el à perfectionner notre intellect. Mais, dans ce cas, la sensibilité, c'est le serviteur dévoué qui prévient son maître, veille pour lui, s'occupe

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de loutes ses actions, mais n'en accomplit aucune.

A la vérité, il y a en morale un sentiment qu'on nommes nsibilité, qui éclate et devient manifeste sitôt qu'un objet digne de pitié s'offre à la vue des hommes; sitôt que le malheur vient les visiter ou qu'ils sont atteints par les coups de l'adversité. Ce sentiment, que les stoïciens considèrent comme un vice, Duclos comme une qualiiô fort équivoque, attendu qu'elle marque aussi bien un excellent qu'un mauvais cœur; un cœur qui ré] ond aux services qu'on lui a rendus par des témoignages de reconnaissance ou par de grossières offenses ; qui prend pari aux mauxd'antrui tout en aggravant ses propres m;iux; ce sentiment dont on a dit : c'est de. l'or mêlé à un alliage bien impur • je nie qu'il soit une facullé morale spéciale; car, de deux choses l'une, ou cette sensibilité pour les maux d'autrui nous porte à les soulager, ou elle nous en fait détourner la vue. Si nous sommes compatissants , la sensibilité , après avoir éveillé la pitié, se confond avec elle ; au lieu que si, noire sensibililé étant en émoi, nous fuyons les malheureux qui implorent notre pitié, la sensibililé a rencontré la dureté qui l'élreint. Dans ce dernier cas , il ne reste donc plus de la sens.bilité que l'égoïsme.

Ainsi, la sensibililé s'assorie (ma;s sans paraître en nom comme dans les raisons sociales) à la pilié dans la commisération, à la dureté dans l'égoïsme; elle s'associe à la tristesse, quand nous sommes émus par le récit d'un événement affligeant ; elle s'associe à la joie, quand nous sommes attendris par l'annonce d'une heureuse nouvelle; elle s'associe à la haine el au ressentiment, quand nous éprouvons une (Valeur plus ou moins profonde d'un outrage reçu; etc., etc. Mais dans ces associations, la sensibililé est, si l'on veut, l'acte provocateur du sentiment auquel elle s'associe, sans pour cela constituer ce sentiment, sans même en être la source. En d'autres ternies, le sentiment existe, mais la sensibililé en provoque la manifestation, tout comme les rayons lumineux qui frappent la rétine, ou les ondes sonores qui percutent le tympan sont l'acte provocateur des fondions visuelles ou auditives, en rendant l'âme attentive à ces impressions. El comme sans cette attention de l'âme, les sensations ne s'accompliraient jamais, donc, je le répète, la sensibilité n'est qu'une ficullé provocatrice d'une autre facullé qu'elle ne crée pas, qu'elle ne constitue pas; c'est l'impressionnabililé dont chacun de nous est doué, et pas autre chose.

En conséquence , je voudrais que le mot impressionnubilité fût désormais employé toutes les fuis qu'il s'agira de la sensibilité dite morale, et que l'expression usuelle de sensibilité fûl exclusivement consacrée à désigner la sensibilité organique el vitale.

Voilà, d'après mes principes philosophiques , la sensibililé réduite à sou véritable rôle, rôle beaucoup moins grand que celui qu'on lui u fait jouer jusqu'à ce jour. J'ajoute

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que ce n'est pas la seule rédaction dont elle soit susceptible. Et par exemple, toul le monda sait que, confondant la sensibilité avec la sensualité, on a considéré ces deux expressions comme parfaitement synonymes.

C'est une erreur que je dois nécessairement relever ; car si l'on veut savoir ce que signifie le mot sensualité, on découvre que c'est la sensibilité organique mise en jeu pour la satisfaction personnelle de chacun de nous, c'est-à-dire de manière à nous procurer des sensations agréables.

Eh bien ! dans ces cas, la sensibililé«-srnsualitc peut être traversée par une autre sorte de sensibilité qui, troublant la première, en détruira les douceurs. Je m'explique :

Dn voyageur s'élend mollement pour délasser ses membres engourdis parla fatigue, ou bien il mange pour le seul plaisir de satisfaire son goût pour tel ou tel mets qu'il aime beaucoup. Si, pendant qu'il goûte le bien-èlre du repos, qu'il savoure l'aliment qu'on lui a servi , qu'il satisfait en un mol sa sensualité , des insectes viennent exciter la sensibilité de sa peau, ou s'il se mord la langue en mâchant, adieu la sensualité.

^elle-ci disparail ; il ne reste plus qu'une autre sorte de sensibilité (le pru-it ou la douleur), qui persiste après que la scnsual té s'est envolée. Donc la sensibilité organique a deux manières opposées de se manifester.

El s'il en esl ainsi, pourquoi n'appcllerait- 011 pas sensualité le bien-èlre physique et moral, les jouissances modérées que les sensations procurent, et ne réserverait-on pas le mol sensibilité pour les sensations opposer-?

Mais, objeclera-t-on, c'est réduire à rien ou presque rien une l'acuité à laquelle les auteurs ont accordé une si grande prééminence sur les autres faculté- !— Tant pis pour elle si on lui a fait d'abord la part beaucoup trop belle. D'ailleurs ce n'est pas autant la part de la faculté que celle du mot que je veux réduire ; et si j'en fais la proposition, c'est qu'il m'a paru plus convenable d'appeler sensuel tout individu qui. sensible nux plaisirs, les savoure avec complaisance; et d'appeler sensible celui qui, très-tmnre*êionnable à l'action «les agents extérieurs, est incommodé de leur contact et en ressent de la douleur.

Somme toute, les sensations, selon qu'elles sont pénibles ou agréables, m> rapporteront à la sensibilité ou a la Sensualité, suivant

que l'âme les classera dans l'une ou l'autre catégorie. El comme elles peuvent se combiner entre elles, comme le nombre îles | u-

sations, sans «'-ir.- grand, produit une multitude d'idi es qui réveillent en nous beaucoup de sentiments moraux; la sensibilité, eu lanl que (acuité organique , joue encore un tort beau rôle.

SENTIMENT (faculté). — Dieu, ennemi l'huiuine, l'a dole de cinq sens, qui, C01UU1C

l'a dit trèa-iugénieuscnienl Sicard , sont autant de porte-idées pour feulant et pour

l'homme fait. Néanmoins je r.e dirai pas avec certains philosophes , que les êtres animés reçoivent toutes leurs idées p tr la seule eu-, Iremise des sens, puisque Démocrite, les platoniciens, Descarli-s , Malehranche, Leibniiz, etc. , se sont prononcés, et moi-même après eux, pour l'admission des idées innées. Prenez garde que je ne contesle pas que si un objet frappe un de nos sens, l'organe en reçoive l'impression , et que si cette impression que l'organe ressent arrive jusqu'à l'âme, qui est devenue attentive à l'impression, la sensation soit alors perçue par l'âme elle-même, qui en a enfin le sentiment. Mais nous devons remarquer que la sensation ne peut être profitable à noire éducation intellectuelli* que tout autant que l'âme se saisit de la sensation perçue, la compare, l'appré ie et la classe pour être reprise plus lard par la mémoire, qui a besoin de se ressouvenir.

Ainsi , tant que l'impression des corps extérieurs se fait s^nlir sur nos organes sans que noire attention soit éveillée naturellement par i es impressions ou déterminée par une toute autre cause, ces impressions quelque fortes et parfaites qu'elles puissent être, quelle que soit la perfectibilité que l'organe mis en jeu a<t acquise par un exercice habituel, resteront également, si je puis dire, à la surface de l'homme, hors de lui, et n'iront pas au delà : au lieu que si elles pénètrent jusqu'à l'âme qui. elle aussi, sera impressionnée, et si elle s'arrête à les considérer, alors, mais alors seulement, l'homme en aura le sentiment.

Parlant , le mot sentiment signifie l'idée parfaite, la notion que l'âme s est fermée des impressions diverses des agents extérieurs sur l'organisme vivant cl sentant, soit en se repliant sur elle-même sans y être invitée par aucune stimulation étrangère , soit qu'elle cherche à se rendre compte des sollicitations particulières qui la font devenir attentive. Dès lors , le sentiment s'app'i querail également à la sensation déterminée par les corps qui nous environnent et à la sensation intérieure que l'intellect avait classée dans une de ses lacultés, la mémoire. Le sentiment est donc une faculté multiple éinananld'une faculté unique, l'entendement, et non l'entendement lui-même.

Et pourtant la plupart des auteurs, tous peut-être, car je ne connais pas ceux qui

font exception à cette règle, confondent le sentiment avec l'entendement. J'en trouve la preuve dans celle phrase : « la connaissance

* que j'ai reçue par es gens, 1 1 réflexion el

• le raisonnement de l'existence de Dieu, a peut s'appeler le sentiment même do « Dieu. »

Assurément, c'est abuser étrangement de mots que de s'exprimer de la sorte. Qu'on arrive à croire à l'esistence de Dieu par les facultés de l'enlendemenl ; que par mite d • c lie connaissance nous ayons, si l'on ve I,

le senti ut de Dieu, je le conçois. Mais ar-

rivera-l-on jamais à Dieu par le senlnneul T

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