SIL
peut-on acquérir le sentiment de ce qui n'esl pas sensible , de ce qui est partout et n'eslnullep.irt, pour nos sens? comment l'acquerra-t-on ?
J'ai dit que le mot sentiment signifie : l'idée parfaite, la notion que l'âme se forme, eic, excluant ainsi de ma définition le terme opinion, que la plupart des auteurs considèrent comme synonyme de sentiment. Pourquoi cette exclusion, me demandera-t-on peut-être?
Parce que je trouve que c'est pousser beaucoup trop loin le goût de la synonymie. Sans doute que ces deux mots peuvent également servir à la simple énoncialion d'une idée; maison peut remarquer que le sentiment est basé sur quelque chose de certain, que c'est une croyance acquise par des raisons soliiles.au lieu que l'opinion est plus douteuse, elle est le fruit d'un raisonnementqui n'est pas sans quelque fondement et qui cependant manque de certitude.
Ce n'est pas la seule différence qu'on puisse établir entre le sentiment et Yopinion, dans la manière dont ces deux mots sont employés. Pour l'écrivain ils sont plus appropriés à telle idée qu'à telle autre , et les mots qu'on emploie à la construction des pbrases dont ils sont le sujet doivent être choisis, c'est-à-dire qu'on dira : Hi jeter un sentiment ou le soutenir ; Attaquer une opinion ou la défendre.
Puis le mol sentiment est plus propre en fait de goût , et le mot opinion convient mieux en fait de science. Ainsi, c'est un sentiment général qu'Homère est un excellent poète; et l'opinion commune est que la terre tourne. Or, si ces deux expressions ne peuvent éire indifféremment employées pour exprimer la même chose, elles ne sont donc pas synonymes : c'est là mon opinion, touchant le sentiment.
SILENCIEUX (qualité). — Les expressions silencieux et titeilurne désignent à des degrés différents le silence habituel et absolu que certains hommes gardent , alors que rien ne les y autorise ou les y contraint
Je dis à des degrés différents ; car ic silencieux se lait quand il pourrait parler; et le taciturne se lait opiniâtrement, c'est-à-dire garde un silence opiniâire, même quand il (terrait parler. De même le silencieux se tait, parce qu'il n'aime pas à discourir, et le taciturne, p;irce qu'il y répugne. Donc, la laciturnité est un silence exagéré, mal entendu, et, par cela seul, un défaut, dont le principe est dans une humeur triste, chagrine, sombre. Aussi doit-il être toujours pris en mauvaise part.
Je sais que cette opinion est contraire à celle de Cicéron, qui voulait que la taciturnité fût prise en fort bonne part , attendu, disait-il, qu'elle est une verlu de conversalion , qui lait qu'on garde un grand silence quand le bien commun le commande. Mais quelque respectable que soit l'autorité de l'écrivain romain, je confesse que je n'ai pas aussi bonue opinion que lui delà 'acilurnité.