‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 189 sur 251 · SOB · texte numérisé non relu

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fois, soyons-en certains. En voulez-vous la preuve?

(l'est une sorte de singularité dans les sociétés corrompues que de se montrer pratiquant les maximes de la morale el de l'honneur, tout comme au milieu de personnes sans probité , sans religion , à se montrer probe et éminemment religieux. Dans ces cas, la singularité n'est-elle pas digne d'éloges? Si, attendu o,ue dans des circonstances seml'lables, il faut savoir que ce n'est pas la coutume , mais le devoir qui est la règle de nos actions, et que ce qui doit diriger notre conduite est la nature même des choses. Alors la singularité devient une verlu qui élève un homme au-dessus des autres, parce que c'est le carartère d'un esprit faible de vivre dans une opposition continuelle à ses propres sentiments, et de n'oser paraître ce qu'on est ou ce qu'on doit être. La singularité n'est c'onc pis toujours un défaut ou un vice; elle le devient lorsqu'elle fait agir les hommes contre les lumières delà raison, ou qu'elle les porte à se distinguer par quelques niaiseries; à plus forte raison, s'ils se singularisent par leurs mauvaises mœurs , leurs désordres et leur impiété.

Remarquons que la singularité n'étend pas si loin ses limites , el que bien des écrivains n'appellent singuliers que les individus qui se rendent remarquables parla bizarrerie de leurs habits, de leurs manières, de leurs discours ou de telles autres choses de peu (l'importance dans la conduite de la vie civile. Remarquons aussi que la singularité lient beaucoup au caractère de l'être singulier sans former précisément son caractère; c'est une simple manière d'être qui s'unit à tout autre caractère , et qui consiste à être soi sans s'apercevoir qu'on soit différent des autres; car, si l'on vient à le reconnaître, la singularité s'évanouit. C'est une énigme qui cesse de l'être aussitôt que le mot est connu. Quand on s>est aperçu qu'on est différent des autres, et que cette différence n'est pas un mérite, on ne peut guère persister que dans l'affectation ; el c'est alors petitesse et orgueil.

Dans tous les cas, la singularité est la fille de l'orgueil , ou de la présomption , ou de la vanité, etc., déguisée ; elle cherche à se f.:ire admirer par des sentiments cl des manières toutes contraires aux autres , et à briller par un goût extraordinaire. Celui qui est frappé à ce coin ne trouve point d'esprit dans ce que disent les autres, et ne voit point d'agrément dans ce que les autres aiment. Ce caractère ne plaît à personne et s'altire souvent des ennemis, parce que les hommes n'aiment point l'affectation. ( Oxenstiern. ) Vojf. Bizarrerie.

N'oublions pas qu'il esl une fausse singularité qui consiste non-seulement à éviter ce que font les autres, mais à tâcher d'être uniquement ce qu'ils ne sont pas : aussi estil fort commun qu'en chassant la nature, on tombe dans l'exagération, par les efforts que l'on fait nécessairement en pareille circonstance. Ainsi, tel qui yeut jouer le brus-

que, qui devient féroce; tel qui veut paraître vif, qui n'est que pétulant et étourdi. La bonté jouée dégénère en politesse contrainte, et se trahit enfin par la rigueur. Mieux vaut donc rester soi que de viser à la singularité: mieux vaut surtout ne pas avoir les travers de la véritable singulari é

SOBRE, Sobriété (vertu). — La sobriété esl la modération dans le boire el le manger. L'homme sobre est celui qui, se conformant aux principes d'une bonne hygiène, proportionne la quantité d'aliments et de boisson qu'il prend à ses repas aux pertes que son corps éprouve, et aux besoins qu'il s'est créés. Il esl impossible de poser des règles invariables sur la sobriété : ce qui esl bon à l'un peut être nuisible à l'autre , soit par rapport à la qualité d'aliments dont on use , soit p;ir rapporta la quantité qu'on en consomme, loul comme par rapport à la qualité el à la quantité de boisson qu'on doit ingérer dans l'estomac. Néanmoins nous poserons en principe que la sobriété doit être généralement conseillée , attendu que , par cela seul qu'elle est une des vertus les plus grandes elles plus difficiles à observer, elle devient un progrès et un acheminement aux autres. Elle étouffe les vices au berceau , les suffoque en la semence : c'est la mère de la santé: liunœvaletiidinis mnter est frugalitas (Valère Maxime). Elle est la meilleure et plus sûre médecine contre toutes les maladies , et qui fait vivre longuement. Socrate , par sa sobriété , avait une santé, forte et acérée. Massinissa, le plus sobre des rois . vainquit, à quatre-ungl-dou/e ans, les Carthaginois; Alexandre, s'enivrant, mourut à la fleur de l'âge, bien qu'il fui le mieux né el le plus sain de tous.

Elle sert bien autanl et plus à l'esprit, qui par elle est tenu pur, capable de s gesse el de bon conseil : Salubrium comiliorum païens sobrielas. Tous les grands hommes ont clé grandement sobres, non-seulement les professeurs de verlu singulière et plus étroite, mais tous ceux qui ont excellé en quelque chose , Cyrus , César, Mahomet. Epicure , ce grand docteur de volupté, a passé tout en cette part. La frugalité des Curius et des Fabricius esl plus haut louée que leurs belles et grandes victoires. Les Lacédémoniens tant vaillants faisaient profession expresse de frugalité el sobriété.

En définitive , je crois avec le chevalier d j Jaucourt, que la sobriété est une vertu trèsrcconimandable. Ce ne sont pas, dit- il, Ëpictèle el Séuèque qui m'en ont le plus convaincu par leurs sentences outrées ; c'est un homme du monde, dont le suffrage ne doit être suspecta personne; c'est Horace qui, dans la pratique , s'était quelquefois laisse séduire par la pratique d'Aristippe, mais qui goûtait réellement la morale sobre d'Epicure.

Comme ami de Mécène, il n'osait pas louer directement la sobriété a la cour d'Auguste ; niais il en fait l'éloge dans ses écrits d'une manière plus fine et p us persuasive que s'il

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