‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 190 sur 251 · SOC · texte numérisé non relu

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eût Iraité son sujet on moraliste. Il dit que Ja sobriété suffit à l'appétit; que, par conséquent elle doit suffire à la benne chère , et qu'enfin elle procure de grands avantages à l'esprit et au corps. Ces propositions sont d'une vérité sensible; mais le p )éte n'a garde de les débiter lui-même. Il les met dans la bouche d'un homme de province, plein de bons sens, qui, sans sortir de son caractère et sans dogmatiser, débile ses réflexions judici* uses avec une naïveté qui les l'ait aimer. Je prie le lecteur de l'écouler : c'est dans la deuxième satire du livre n :

« Mes amis, la sobriété n'est pas une petile vertu : ce n'est pas moi qui le dis , c'est Assellus; c'est un campagnard sans étude, à qui un bon sens naturel lient lieu de toule philosophie et de toute littérature. Venez apprendre de lui celte importante maxime; mais ne comptez pas de l'apprendre dans ces repas somptueux, où la table est embarrassée par le grand no:nbre de services, où les yeux sont épris d'une folle magnificence , et où l'esprit disposé à recevoir de fausses impressions, ne laisse aucun accès à la vérité. C'est à jeun qu'il faut examiner cette matière. El pourquoi à jeun? En voici la raison , ou je suis bien trompé : c'est qu'un juge corrompu n'est pas eu état de juger d'une affaire. » Dans la septième satire du livre n, Horace ne peut encore s'empêcher de louer indirectement les avantages de la sobriété. Il feint qu'un de ses escl ives, profitant de la liberté que lui donnait la fête des Saturnales, lui déclare cette vérité , eu lui reprochant son intempérance : « Croyezvous , lui dit-il, être bien heureux et moins puni que moi , quand vous cherchez avec empresssemetit des tables servies délicatement et à grands frais ? Ce qui arrive de là , c'est que ces gninds excès de bouche vous remplissent l'estomac de surs acres et indigestes; c'est que vos jambes chancelâmes refusent de soutenir un corps ruiné de débauche. »

II est donc vrai que la sobriélé tend a conserver la santé , et que l'art d'apprêter les mels pour irriter l'appétit des hommes au delà des vrais besoins est un art destrucleur. Dans le temps où Home comptait ses victoires par ses combats , on ne donnait point un talent de gages à un cuisinier; le lait et des légumes apprêtés simplement faisaient la nourriture des consuls, cl les dieux habitaient dans des temples de bois. Mais lorsque V s richesses des Romains devinrent immenses , l'ennemi les attaqua et confondit, par sa valeur, ces sybarites orgueilleux.

La sobtiété Eait parlie de la tempérance et ne saur. lit en élre séparée, c'esl pourquoi j'ai renvoyé à cet article les quelques observalion* (iui sont applicables .1 la sobriété. V.

'J'KMPBnAKCB. Toutefois je n'abandonnerai pas maintenant mon sujet suis parler delà sobriélé de Cornaroel d'Anqaetil. Le premier dont j'ai déjà parlé au molGoi ruand:si .avait (lui p.ir une sobriété telle qu'il ne mangeai! plui à chaque repas qu'un jaune d'u'uf ; en-

core, dit sa petite nièce, en faisait-il deux fois à la fin de sa vie. 11 est vrai que Lessius et autres imitateurs du célèbre Vénitien ne purent jamais supporter un pareil régime, tandis que Cornaro le supporta si bien qu'il put écrire le premier des quatre traités de diététique qu'il a publiés, à l'âge de 8(3 ans, le second à 88, le troisième à 90, et le quatrième à 95 ans. Quant à Anquetil, le célèbre historien, on sait qu'il fut du petit nombre de gens de lettres qui refusa de courber sa tète sous le joug impérial : il tomba dans le plus affreux dénûment. Flabitanl un hôtel garni où on ne le connaissait pas, il vivait de pain et d'un peu de lait. Son revenu n'allait pas, dit-on, au-delà de vin /t cinq centimes par jour, et il n'en dépensait que les trois cinquièmes. « J'ai du superflu, disaitil, et je puis eneore donner deux sous par jour au fler vainqueur de Marengo eld'Austerlilz.» Mais si vous tombez malade, lui objectait un ami, une pension vous de viendra il nécessaire: faites comme tant d'autres, lo.iez l'empereur, vous avez besoin de lui pour vivre. — « Je n'en ai pas besoin pour mourir.... » Eh bienl Anquetil vécut sain et longtemps, car il mourut dans sa quatre-vingt-quatrième année; encore disait-il la veille à ses amis : Venez voir un homme qui meurt plein de vie.

Dieu me garde de conseiller à (ont le monde un pareil régime, mais en citant ces faits, j'ai voulu ét.iblir ce que j'avais posé dans le principe, qu'il n'est point de bornes qu'on puisse posera la sobriété.

SOCI.UiLE, Sociahilitk (qualité). — Les hommes ont été crées pour vivre en société. El c'est parce que telle a été l'intention de Dieu, qu'il a mis en nous un penchant ou disposition naturelle à faire à autrui tout le bien qu'il dépend de nous de lui faire, à concilier notre bonheur avec celui des autres et à subordonner loujours notre avantage personnel à l'avant. ige commun et gênerai, ("est là ce qui constitue la vraie sociabilité) et ceux qui en sont doues sont généralement dits sociables.

Etre sociable c'est donc posséder les qualités propres au bien de la société, c'esl 1 dire la douceur qui attire el rapproche ; l'humanilé, qui rend attentif aux peines d'auliui et aux besoins de tous ; la sincérité sans rudesse qui mérite la confiance, la complaisance sans flânerie, qui rend les rapports sociaux pleins d'agréments et de simplicité ; en un mot, toutes les qualités qui rendent l'ho i' bon ami et bon citoyen

Plus on étudie les êtres en soi-même, et plus on est convaincu que le sentiment de sociabilité bs! conforme à la rolonté do Père commun des hommes ; car outre la nécessi lé de ce principe, nous le trouvons gravé dans noire cœur, c'est-à-dire que si d'un côté le Créateur y a mis l'amour de nous mêmes, de l'autre, la même main y a imprimé un sentiment de bienveillance pour nos semblablei : penchants qm, quoique distincts l'un de l'autre, comme dil Pufendorf, n'ont rien d'opposé , cl peuvent agir de cou-

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