‹ Dictionnaire des facultés intellectuelles et affectives de l'âme où l'on traite des passions, des vertus, des vices, des défauts, etcChapitre 199 sur 251 · TRA · texte numérisé non relu

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quille et charitable, nous seraient des instructions d'autant plus utiles, que nous en verrions mieux la difformité des nôtres, dont l'amour-propre nous cache toujours une parlie. Somme toute, on doit aimer les hommes, plaindre ceux qui sont dans l'erreur, lâcher de les en retirer, pardonnera leurs passions grossières, ne jamais les persécuter.

Du reste, voulez-vous ramener, par exemple, un protestant à la foi catholique ; cherchez tous les moyens capables de le persuader : soyez logique dans vos raisonnements, que vos exemples soient bien choisis ; mais surtout restez vrai, clair, précis; usez de beaucoup de douceur et de patience avec lui, quand il vous contredira : que l'amour de l'humanité, la charité, la pratique de loules les vertus, soient vos seules armes, et rappelez-vous bien que ce n'est point par la rigueur et la persécution qu'on viendra à bout de le convertir. La persuasion seule fait les croyants, et la persécution ne fait que des hypocrites. D'ailleurs, il est impossible que l'intolérance ne soulève pas l'indignation et n'endurcisse pas l'âme. Comment chérir tendrement, en effet, les gens qu'on réprouve? Les aimer, ce sérail haïr Dieu qui les punit : voilà malheureusement le langage que parle l'intolérant. Ah! n'ouvrons pas si légèrement l'enfer à nos frères; jugeons les actions et non pas les hommes, cl sachons bien que l'Lternel, dans sa miséricorde, s'est réservé îles grâces dont il peul disposer tant en faveur des idolâtres que des juifs, que des mahométans, etc., un des principaux attributs de sa divinité étant la clémence ( L'abbé <ï.' Ravignan. ) Dieu est clément parce qu'il est miséricordieux. Adorons-le, respectons ses décrets et soyons tolérants pour nos frères ignorants ou égarés, si nous voulons que le juge suprême, après s'être montré tolérant pour nous sur la terre, où nous prévariquons contre lui, se montre clément et miséricordieux au jour du jugement.

TRAHISON, Thaîthe (vice). — La trahison est une perfidie (voir ce mol), un manque plus ou moins grand de fidélité envers sa patrie, son BOUverain, sesamis, en un mot, envers celui qui a mis en nous toute sa confiant e. On ne saurait employer des expressions trop énergiques pour llelrir les traîtres, car pour eu\, les serments les plus solennels, les proie, plus positives, rien n'est sacre: ils trahiront, s'il le faut, leur pays, leurs parents, leurs bienfaiteurs par fanatisme, ou par cupidité, OU par tiprit de i ■■< ni/eance. Or, quel que >oii le motif qui décide le traître, comme ce motif est toujours coupable, nous

ne serons pas surpris que t'ius les peuples

aient considéré la trahison connue un crime. Il j eul une époque où l'on lii plus : on regarda comme criminel celui-là même qui trahissait sa pairie loul en roulant la servir, l) m. i"iis les cas, ii trahison traîne après plie anclque chose de si odieux, qu'elle éteint ii plus brillante gloire, C'ait pourquoi, i.. Qt on pas i^be/ lie vertu pour delesU r un infâme traître, qu'il Faudrait alors le fuir, un

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homme île celte moralité étant un objet d'horreur, même pour ceux qui l'emploient. Ceci me rappelle une réponse accablante que Philippe, roi de Macédoine, fit à deux misérables qui, lui ayant vendu leur pays, se plaignaient à lui de ce que ses soldats les traitaient de traîtres: « Ne prenez pas ç/arde, dil Philippe, à ce que disent ces grossiers, qui uppellent chaque chose par son nom. La trahison , disons-nous, est une infamie ; j'ajoute que cette infamie est d'autant plus honteuse pour le traître lui-même, qu'il a acheté les quelques instants de satisfaction qu'il pourra goûter, par un crime I De là, pour quelquesuns, une vie tout entière passée dans le chagrin et les remords. Tel fut Judas; il trahit son •.■naître pour quelques pièces d'or, mais bientôt poussé par le désespoir d'avoir livré le sang du juste, il fut son propre bourreau, il se pendit!.... Combien de Judas dans le siècle où nous sommes, qui n'ont pas autant de conscience que ce disciple du Christ I Aussi, quand bien même nous n'aurions pas assez de vertu pour détester la trahison, notre propre intérêt devrait nous faire haïr et éviter le traître.

TRANQUILLE, Tranquillité (sentiment).

— La tranquillité exprime une heureuse situation de l'âme, c'est-à-dire le calme d'une conscience exempte de trouble et d'agitation. Il n'est guère que 1rs personnes vertueuses et désintéressées qui puissent en goûter les douceurs. C'est ce qui fait qu'en général elle est si rare, et que tous les gens sensés soupirent après le bonheur d'en jouir. Voulezvous goûter ce bonheur? soyez toujours en paix avec vous-même ; modelez votre conduite sur celle des hommes de bien et faites qu'on puisse dire de vous à l'heure de votre mort : Il a passé en faisant te bien. A ces conditions, vous pourrez vivre et mourir tranquille.

TRISTE, Tristisse (sentiment). — La tristesse est un abattement de l'âme causé par de grandes afflictions : ou en d'autres termes , c'est une langueur d'esprit et un découragement engendré par l'opinion que nous sommes affligés de grands maux : ou bien enfin, d'après P. .Charron , «c'est une dangereuse ennemie de notre repos, qui flétrit incontinent notre âme si nous n'y prenons garde, et nous ôte l'usage du discours et le moyen de pourvoir à nos affaires, et avec le temps enrouillc et moisit l'âme, abâtardit tout l'homme, endort etassoupitsa vertu, lorsqu'il se faudrait éveiller pour s'opposer au mal qui le mine et le presse. »

Quelle que soit de ces définitions celle qu'on adopte, toujours est-il que la tristesse a plusieurs degrés et plusieurs manières de s'exprimer; c'est-à-dire que les douleurs légères s'exhalent en paroles, et les grandes gardent uu silence slupide.

Les tempéraments ont une grande influence sur les unes et les autres. Ainsi 1 homme sanguin, à cause de la mobilité de les impressions, de son caractère , de ses goûts, passe successivement avec une ex-

Iréme facilité de la tristesse à la joie, et comme chez lui aucun sentiment n'est profond ni durable, tout l'effleure, rien ne le pénètre. Doué d'une insouciance très-grande, il accepte volontiers les événements tels qu'ils sont, et sait toujours plier son âme aux nécessités qu'ils commandent. Le bilieux, au contraire, ayant l'âme fortement trempée, n'éprouve aucune passion à demi; chaque impression le pénètre, chaque sentiment l'émeut , et do môme qu'il lui faut des motifs graves pour le blesser, de même aussi il faut des motifs graves pour effacer une première impression. A son tour, le nerveux qui vit sans cesse dans les choses extrêmes, ne peut rien éprouver légèrement ; sa tristesse est exaltée comme ses autres passions : il vaudrait peut-être mieux dire comme ses autres impressions, car chez lui tout se transforme en impressions. C'est pourquoi, attendu que le calme est un état qu'il ignore, il faut qu'il éprouve les secousses du plaisir et de la joie, ou bien qu'il s'abandonne à la tristesse et au chagrin. Heureusement que la mobilité de sou caractère ne permet pas qu'il y ait en lui rien de durable; et comme il ne peut pas supporter plus longtemps la tristesse que la joie, on peut être sûr qu'aussitôt qu'il éprouve vivement l'une de ces deux passions, l'autre ne lardera pas à lui succéder.

Quoi qu'il eu soit, sous l'empire de la tristesse, l'âme semble abandonner le soin du corps pour ne s'occuper que de ce qui l'affecte, et le physique ne tarde pas à s'en ressentir. L'individu éprouve d'abord, à la région épigaslrique, une conslriction permanente, une sorte de resserrement qui ôta l'appétit. L'organisme tout entier s'affaisse, les membres n'ont plus de vigueur, et les fonctions s'accomplissent mal; la circulation est gênée, le sang s'accumule dans le cœur, au cerveau et dans les autres grands organes ; souvent des congestions, des obstructions sont la conséquence de ce désordre physiologique. La respiration est haute , suspirieuse ; il semble qu'un poids énorme oppresse la poitrine, qu'une main invisible serre le cœur. La faim, la soif, sont presque nulles, les digestions se font mal, le sommeil est pénible et agité ; tous les mouvements se ralentissent, les humeurs soumises à leur influence vitale s'allèrent , et les parties qu'elles doive nt nourrir dépérissent nécessairement. De là des changements notables dans la physionomie, changements qui correspondent nécessairement aux (roubles fonctionnels occasionnés par celte passion. Les observateurs ont noté les suivants : les yeux sont éteints et semblent se retirer dans leur orbite ; des rides profondes sillonnent le front, et rapprochent les sourcils qui s'abaissent sur les yeux ; la face perd son éclat. sa douceur ; tous les traits se dessinent sur la peau et lui donnent une expression caractéristique de dureté ; il semble même que les parties qui la composent se heurtent les unes contre les autres; la télé retombe appesantie sur la poitrine, ou s'appuie sur la main qui, de

temps en temps passe rapidement sur le front, comme pour chasserles nuages qui s y accumulent; le corps se voûte et s amaigrit, tout en un mot, dénote une nutrition imparfaite. On a accusé comme source première de la tristesse le souvenir vague qu'a ! aine <le sa noble origine et de la destinée qu elle craint de ne pas accomplir conformément aux intenlions du Créateur, et on s est demandé : N'est-ce point une réminiscence des deux qui vient lui faire sentir sa misère actuelle , ses infirmités et l'insuffisance des choses d'ici-bas pour son bonheur? Oui, car en dehors des causes de souffrance morale et physique qui sont si nombreuses en nous, il y a dans nos âmes, pour celui qui songe sérieusement à l'éternité, une faiblesse inhérente à notre position déchue, qui jette ses teintes sombres sur nos autres passions , sur nos joies et sur nos plaisirs. Sans cesse nous travaillons pour la vaincre, mais en vain nous agitons notre vie, nous égarons notre cœur dans les jouissances ; en vain nous livrons nos sens à la volupté, toujours nos âmes letombent dans la tristesse.

Celle disposition, native pour ainsi dire. se Fortifie en nous par toutes les causes qui tendent à y produire telle passion; c'est-àdire que chacune d'elles, en frappant sur notre être, en lire un son douloureux et plaintif : et cela devait cire, car la trislesse est la fin de lonte chose ici-bas. die est le messager de l'âme, constatant tout à la fois le peu que valent les créatures, ainsi que les félicités qu'elles donnent.

Parmi les causes innombrables qui produisent la tristesse, les unes sont naturelles et inhérentes à l'humanité, les autres accidentelles et dépendant des individus. Au nombre des premières nous placerons les souffrances physiques qui, étant d'abord en germe dans tous les points de l'organisme, se développent ensuite sous mille influences diverse^; puis viennent les maladies qu'elles engendrent et qui, à chaque instant, torturent notre existence et mena eut de la détruire; puis encore nos besoins si nombreux, qui ions ge nian (estent par quelque douleur, el ne se satisfont que dans nos sueurs et nos roet journalières; puis enfin, l.s infini. i- |Ui nous arrivent, tristes précurseurs de la mort. Et quant aux causes accidentelles dépendant des individus avec qui nous vivons, ce sont les souffrances morales qui, étant inci Bsam i ni le fruit de nos i lions, de nos craintes, di dos affections froissées, de i os remords du passe, de nos a| préhensions de l'avenir, d;i «légoûl du pré- . , mais je lent dans la tristesse 1 1 le d ■cooragemenl.

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couslnnccs sur le genr hou, ..m. abstraction faite des mm ii Dca! uns qu'upp irtent la civilisation, l'éducation, Ici li mpi ram mis, e c, elles si \ isseï t sur le paui i e di nu i t lui

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dire ce dégoût profond de loul el i méi

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el qu'elle traîne péniblement jusqu'à la tombe.

La tristesse est tellement inhérente a notre nature, que malgré tous nos efforts pour l'en chasser, elle y reste continuellement cachée, toujours prête à se montrer. Assoupie par l'attrait des plaisirs et les jouissances factices qu'ils prennent, la moindre circonstance la réveille; aussi est-il rare qu'une journée entière s'écoule sans que, trompé par quelque désir, froissé dans quelque affection, déçu de quelque espérance, atteint de quelque" douleur physique, l'homme impressionnable ne soit pas attristé. Et puis, n'estce pas que souvent nous sommes tristes sans pouvoir en préciser la cause? Cela à lieu surtout quand nous sommes incertains de savoir si nous devons accuser l'état de l'atmosphère, une mauvaise digestion, la nuit ou les pensées pénibles ou desagréables qui viennent frapper nos souvenirs, de produire cetic tristesse qui s'empare de nous, alors que rien de sérieux ne la motive.

Hors ces circonstances, la tristesse a des causes bien naturelles el très-légitimes. Elles consistent, pour le pauvre, de ne pouvaa s'abriter et chauffer sa cabane, d'y geler sous ses haillons, d'y manquer de pain pour sa famille el pour lui-même; et quant au riche, dans la perte d'un parent chéri, d'un ami dévoué, d'un serviteur fidèle, qui, en mourant, le laissent isolé d'affections sur la (erre. C'est pourquoi la tristesse est partout; elle est dans lous les temps, dans tous les lieux, dans tous les âges, chez lous les hommes. Mais de même que les tempéraments in- Ducnl d'une manière remarquable sur l'empire que la trislesse exerce sur nos âmes, do même les âges el les sexes apporteul-ils à leur tour leur part d'influence sur ses degrés el sa d irée. Ainsi l'enfant est rarement atteint de relie passion, ou du moins les causes qui la déterminent chez lui sont tdlement légères el futi es, qu'elle n'a qu'une influence, bien éphémère; à cet âge, en effet. les illusions n'ont pas i(é arrachées m coeur, l'avenir loul entier e*t plein d'cspfl ranceetderianles visions. Quand l'aurore ea si belle, il est permis d'espérer un beau soir. L'enfant, à qui loul courit, qnp tout somblo ir, ne prévoit point les labeurs, les dangers, les misères du l'cxislcncfl . g andes info lum s con: slent nfl la perle u'un jouet, dans la fuite d'un oîsefl

qu'il ai ; mas la longue de sa douleur est

aussi facile à calmer qu'a cxci'cr; son .'l'iie. comme une cire amolbe, reçoit égale i eut vile l'empreinte de la douleur cl du l'un et l'autre gliss ni stii elle en l'elll niant. Qu'a-I il à redouter? Comprend-il les chotéj o ■ la \ ie .' n'e lout le m ado?

d -i-il â la Providence â quel prij il rxis e? H ignore1 les fatigues Je sa i

p es de son lier eau, 1 1 Iles de son père s, us le les laborieuses journées, il mangefl rît, sans arrière-pensée, naturellement ■ d'instinct, comme l'eau i ouïe, comme l abeille prend le mi I aux Heurs.

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latristesse que les hommes;rélemenl nerveux prédomine en elles, l'imagination travaille davantage. Leur vie sédentaire, souvent pisive, la faiblesse de leur organisation, les troubles physiologiques auxquels elles sont assujetties, tout les porte à éprouver fréquemment cetle passion. Mais en général leur tristesse dure peu : cela lient à l'extrême mobilité de leurs impressions, à la facilité avec laquelle leur àme change d'idées et de sentiments. 11 y a beaucoup de ressemblance, à cet égard, entre elles et les enfants. La plus petite circonstance, le motif le plus fuli!e, ont suffi pour faire couler leurs larmes ; la même chose suffira pour faire naître leur joie. Les femmes sont exemples de la plupart des passions effréné' s, terribles, qui agitent h vie des hommes, et qui sont la source des tristesses suprêmes. L'orgueil est rare en elles, ainsi que l'ambi ion; elles on' peu de rêves de gloire, de grandeurs. Presque toutes leurs douleurs naissent de leurs affections, ri leurs affections ies consolent. En général, peu soucieuses des choses de la science, elles ne sont point tourmentées de la soif qui dévore les savants. Leur foi instinctive les élo:gne du doute qui assiège si péniblement la raison orgueilleuse de l'homme. Elles sont moins sujettes aux tristesses factices, pour ain-i dire, des passions et des rapports sociaux, mais elles éprouvent plus souvent celles de l'ennui.

La tristesse est le partage de tout homme sensé qui réfléchit cl qui pense, car s'il n'a pas à s'atti Ntcr sur ses propres inforiur.es, il peut s'attendrir à l'aspect des souffrances, ries afflictions, des misères de ses proches, de ses amis, mais surtout être triste jusqu'au découragement, envoyant a quelle lutte cl à quels combats, à quels désordres, à quels lléaux tous les états sont en butte. Dans ces j >urs d'affreuses calamités, de deuil et de discorde civile, de misère publique, quel est le patriote, le chrétien qui ne se laisse pas aller'à la tristesse? il peut, plein d'espérance dans l'avenir, ne pas désespérer du présent ; mais s'il porte ses regards autour de lui , à i'asp.ecl d'une société corrompue cl dégradée par l'égoïsme, la dépravation des mreurs, la soif des richesses et louies ces honteuses passions qui étouffent loul sentiment de patriotisme et d'humanité, il ne peut que répéter avec le Chri?l ces paroles de la passion : Ttislis est anima mea usque ad morlem , mon Ame est triste jusqu'à la mort; pour montrer toute l'étendue de sa triste-se.

Celle-ci sera aussi grande el peut-être bien plus grande encore si, pour échappera l'ennui, l'homme, au lieu de s'occuper à des travaux utiles, cherche dans des satisfactions coupables à jouir gaiement de la vie. Sitôt que par un retour sur lui-même il s'apercevra qu'il a manqué à ses devoirs de bon citoyen et de chrétien, sitôt qu'il reconnaîtra qu'il doit comp'e à Dieu et aux hommes des mauvais exemples qu'il a donnés, des fautes qu'il a commises envers la société, de sa prévarication contre les lois du Créateur, une sombre tristesse s'emparera de lui et ne sedissipera qu'après que, par son repentir et sa pénitence, il aura reçu la palme de la régénération.

Donc, ainsi que nous le disions naguère, la tristesse a souvent des motifs légitimes; néanmoins, il ne faudrait pas s'y abandonner sans raison. Dieu, en nous envoyant les a filictions comme des avertissements salutaires, nous a donné aussi la résignation chrétienne qui apporte beaucoup de douceur dans les souffrances morales de notre âme. C'est à nous à profiter de ce baume salutaire qu ■ le ciel nous envoie, et à répéter avec Job : Je suis sorti nu du sein de nui mère, nu j'y rentrerai. Le Seigneur m'avait t tut donné, le Seigneur m'a tout ôte, sa volttnté a et accomplie. Béni soit le nom du Seigneur. (Job. i, 21.) Dans ces sublimes et sainlcs pa-oles, on trouve à la fois la résignation el les motifs surhumains. La souffrance et le malheur s'effacent déjà sous les rasons de l'espoir, comme l'ombre à ceux du soleil. L'homme comprend qu'il n'a pas le droit de se plaindre, puisque l'éternité lui li ndra compte du temps, cl que chacune de ses larmes est pour lui un germe de félicités suprêmes, s'il est confiant dans la parole divine. Heureux l'homme qui soutient l'épreuve! (Saint Jacques, l, 12.) Les maux passagers que nous avons à souffrir ici-bas produisent en nous le germe d'une gloire éternelle el incomparable. (II' E pitre aux Corinth., iv, 17.) A l'heure solennelle de la morl, ia résignation el l'espérance viennent s'asseoir à son chevet, endorment ses d mleurs et soutiennent son courage; son âme se dégage peu à peu de ses liens terrestres; il semble, au bonheur, à la joie, qui l'inondent, qu'un rayon céleste vienne déjà l'éclairer. Les souffrances qu'elle endure alors sont un dernier holocauste qu'elleoffre à Dieupourachever de puriQersa vie. Enfin, elle monte au ciel avec des trésors de patience, de douleurs et de réparations.

URB\N1TÉ (qualité'. — Les anc'ens Romains se s- rvaienl du mol urbanité pour distinguer la politesse du langage, 'ies maîiières et des n œurs. Ce mot, nous dit-on, n'es! guère d'usage aujourd'hui parmi nous, quoiqu'il ait été conserve par l'Aca éui e française et par plusieurs écrivains de mutile.'Pour ma part, je dois le dire, je ne vois pus trop la nécessité de l'effacer complète-

ment de nos livres, la variété d'expressions faisant le mérite de l'écrivain. D'ailleurs, du moment où l'on f il consister l'urbanité dans la pureté du langage, joint à la douceur et à l'ag émeut de la prononciali m, du moment où on p'Ut la définir avec (J11'"1'" liée. : « un gotit délicat qui sent le commerce des gens de lettres, et qui n'a rien de choquant et de bas, ni dans le geste, ni da is ta

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prononciation, ni dans les manières , » je ne vois pas pourquoi on ne conserverait pas le mot urbanité, qui bien certainement ne peut être remplacé avec avantage par un autre terme équivalent. Bien plus, il semblerait, d'après l'opinion que Cicéron et Quinlilien s'étaient faite de l'urbanité, que ce derni r mot exprimait davantage que politesse. Dans tous les cas, il en est de l'urbanité comme de la douceur, de la complaisance et

VAIN, Vaniteux, Vanité (défaut). — La vnnilé est l'envie d'occuper les autres de soi, par l'étalage de certains avantages réels, ou supposés, mais en général frivoles ou étrangers à celui qui s'en prévaut. Elle ne respire qu'exclusion et préférences; exigeant tout et n'accordant rien, elle est toujours inique. (J.-J. Rousseau.] La vanité est un produit de la faiblesse humaine; c'est la passion des petites âmes, une sorte d'échasses sur lesquelles montent les médiocrités, pour s'élever à la hauteur de ceux qui ont une grandeur réelle.

Bien différente de l'orgueil qui vit de luimême, de la satisfaclion que lui procurent des qualités vraies ou fausses, la vanité vit au dehors, [rend sa pâture dans les yeux, dans l'attention des hommes. Klle mendie des regards, des éloges, des distinctions ; elle s'étale pour être vue. C'est pourquoi le vaniteux tient plus de place qu'un autre; il se pavane, se prèle aux regards : c'est le paon qui s'étale avec complaisance et s'épanouit sous les compliments qu'il attire.

A la vérité, parfois la vanité singe la modestie, niais on la voit percer sous celle fausse apparence. Socratc l'aperce». lit à travers les trous do manteau d'Anlisthène ; sans elle Diogènc eût quitte son tonneau. Quelquefois aussi la vanité, tant esl grande la corruption du cœur, met son ostentation dans le crime. Le scéiérat se vante de ses vices; dans ces repaires où sont entassés ceux que la société repousse de son sein, en voit les plus criminels, les plus audacieux raconter avec fierté leurs horribles hauts faits. Parmi nous, n'entendons-nous pas tous les jours de jeunes débauchés se vanter de leurs conquêtes; outrager quelquefois, par de menteuses imputations, la vertu des femmes qui les ont repousses ?

La vanité se démontre el se témoigne de plusieurs manières : » Premièrement, en nos pensées et entreliens prives qui sont bien souvent plus que vains, frivoles el ridicules; auxquels toutefois nous consommons grand temps, el ne le sentons point. Nous y entrons, y séjournons et en sortons insensiblement, qui esl bien double vanité el grande inadvertance de soi. L'un se promenant eu une salle regarde à COmpasser se-, pas d'une certaine raçon sur les carreaux ou tables dn plancher; cet autre discourt en son esprit longuement cl .née attention, comment il se comporterait s'il était roi, pape, ou autre

de toutes les autres qualités, qui, pour et éminenles, veulent du naturel et de l'acqu Ainsi l'urbanité, prise dans le sens de pol tesse et de mœurs, ne peut être inspirée qu par une bonne éducation ; prise dans le sen de pureté de langage, c'esl une qualité i lient peu de la nature, el qu'on ne peut quérir qu'en fréquentant beaucoup les g< de lettres et du grand monde. On n'a do qu'àgagner,en montrant qu'on en estremp

chose qu'il sait ne pouvoir jamais étr ainsi se paît de ven', el encore de nioii carde chose qui n'est et ne sera point; c lui-ci songe fort comment il composera son corps, ses contenances, son maintien, ses paroles, d'une façon affectée, et se platt à le faire, comme de chose qui lui sied fort bien, elà quoi tous doivent prendre pl..is:r. i. 'homme sain cherche el se plaît tant à parler loi de ce qui esl sien, s'il croil qu'il ne la fasse savoir et sentir aux autres. A la première commodité, il la cause, la fait valoir, il renchérit : il n'attend même pas l'occasion, il la cherche induslrieusemeni. De quoi que l'on parle, il s'y mêle toujours avec, quelque avantage; il veut qu'on le trou\e et le sente partout, qu'on l'estime ainsi que tout ce qu'il estime. La vanité a été. donnée en partage à l'homme : il court, il bruit, il meurt, il fuit, il chasse, il prend une ombre, il adore le vent , un fétu esl le gain de son jour. 1 unitati creatura subjecta estetiam noient ; universa vani tas omr.is homo vivent. [Rom. \ su, 20.) La créalure est sujette à la vanité même sans le vouloir; tout homme vivant n'est M vanité. » (/'• CAorron.)

De toutes les manières, la vanité est un travers de jugement qui prend lui-incree sa source, soit dans le développement tardif ou incomplet de l'intelligence, comme < <l:i se remarque chez les enfants et chez bien îles femmes ; soit dans la suffisance que doimo une grande fortune donl on aura hérité, ou qu'on aura acquise par son savoir et sa conduite; soit dans ce sentiment puéril d'amourpropre qu'inspire un titre, une gran le naissance. Mais linéique part qu'e le pu inspirations, comme ses sources sont toutes méprisables, elle devient méprisable ellemême el fait perdre à l'individu une grande partie de sa valeur, s'il ne la lui «'>ie tout entière. Notons encore qu'un des ioconrfl nienls de la vanité pour le vaniteux, c'est ■ l'exposer à une analyse sévère; c'esl à-dirr qoe lorsqu'on l'a séparé, par la pensée, de son dire, de sa fortune ou de son rang, si l'on reconnaît qu'il manque de jugement, quelle pari lui fera -l-on dans l'échelle sociale? El pourtant, malgré tous ces inconvénients, I* vanité esl malheureusement un des maux de notre époque. \ it-on jamais, en effet, pareille tendance à sortir de sa sphère? Quel est le père qui consente à laisser son Qls 'l.ms I position où la Providence l'a fail naine'.' I>e la l'immense quantité d'hommes qui réffl

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